Alexandre le Grand
Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Alexandre le Grand ou Alexandre III de Macédoine (en grec ancien ?????????? ?' ? ??????? / Aléxandros III o Maked?n, ?????????? signifiant « protecteur ou repousseur de l?homme ») (né le 21 juillet -356 à Pella, mort le 13 juin -323 à Babylone) est l?un des personnages les plus célèbres de l?Antiquité.
Fils de Philippe II, élève d?Aristote et roi de Macédoine depuis -336, il devient l?un des plus grands conquérants de l?histoire. Il fait de son petit royaume le maître de l?immense empire perse achéménide, s?avance jusqu?aux rives de l?Indus et fonde près de soixante-dix cités, dont Alexandrie en -331.
Le mythe d?Alexandre s?explique principalement par ses prétentions à la conquête universelle. Cette aspiration, à la fois impossible et presque réalisée avant qu?il ne soit foudroyé à l?âge de trente trois ans, a pour conséquence ? durant un temps très court ? une unité politique jamais retrouvée ensuite entre l?Occident et l?Orient.
L?héritage d?Alexandre, marqué par une tentative de fusion des cultures grecque et orientale, fut partagé entre ses généraux pour former les différents royaumes et dynasties de la période hellénistique.
[] Biographie
[] Naissance et filiation
Alexandre est né à Pella, la capitale du royaume de Macédoine, le 21 juillet -356[1]. Il est le fils de Philippe II de Macédoine et d?Olympias, princesse d?Épire, sa troisième femme. Par sa mère, il est le neveu d?Alexandre le Molosse, roi d?Épire, territoire qui se situe de nos jours entre la région grecque d?Épire et le sud de l?actuelle Albanie.
Une légende, connue dès l'Antiquité, affirme qu?Olympias n?a pas conçu Alexandre avec Philippe, qui avait peur d?elle et de son habitude de dormir en compagnie de serpents, mais avec Zeus. Alexandre se sert de ces contes populaires à des fins politiques, faisant référence au dieu plutôt qu?à Philippe quand il évoque son père. Une autre légende datant du IIIe siècle, d?origine égyptienne celle-là et faussement attribuée à Callisthène, le Roman d?Alexandre, veut qu?Alexandre soit le fils du dernier pharaon égyptien de la XXXe dynastie, Nectanébo II[2].
Par son père Philippe II, Alexandre prétend descendre de Téménos d?Argos, lui-même descendant d?Héraclès, fils de Zeus ? pour cette raison, la dynastie macédonienne s?appelle dynastie des Argéades ou des Téménides. Par sa mère, Olympias, de la dynastie des Éacides, Alexandre affirme descendre de Néoptolème, fils d?Achille[3].
Selon une affirmation du temps, rapportée entre autres par Plutarque, Alexandre naquit la nuit même où Érostrate incendie le temple d'Artémis à Éphèse, une des sept merveilles du monde antique[4]. Alexandre utilise plus tard cette coïncidence pour renforcer son aura politique, et propose de financer la restauration du temple, ce qui est cependant refusé par les Ephésiens[5].
Plutarque indique également que Philippe et Olympias ont rêvé de la future naissance de leur fils. Après avoir consulté Aristandre de Telmessos qui détermina que Olympias était enceinte et que l?enfant aurait le caractère d?un lion[6]. Quant à son physique, il semblerait qu'il eût les yeux vairons et, à cause d'une blessure de guerre qui lui aurait sectionné un nerf, la tête toujours penchée du côté gauche.
[] Enfance et éducation
Alexandre possède, aux yeux des Grecs une double appartenance. Il est aussi un barbare car c?est un Macédonien qui possède un tempérament passionné et se laisse emporter par des colères d?une terrible violence, héritage attribué à sa mère, mais souvent suivies de prompts repentirs. Il est capable d?élans généreux qui lui allient des fidélités sans failles. Ses convictions religieuses sont entachées de superstitions[7]. Cependant le trait de caractère dominant du personnage est sans contestation aucune sa volonté de fer, qui peut aller jusqu?à l?obstination et l?entêtement.
Parallèlement, Alexandre est profondément influencé par la culture grecque. Il est vrai que, située dans le nord de la Grèce actuelle, la Macédoine est l?une des régions pélagiques antiques. La langue parlée est alors l?un des nombreux dialectes grecs et, dès l?époque du roi Archélaos (fin du -Ve siècle ), la langue officielle de la cour et de la chancellerie macédonienne devient l?ionien-attique. Philippe, qui a séjourné à Thèbes dans la maison d?Épaminondas comme otage (entre -369 et -367)[8], le parle pour sa part couramment ainsi que son fils. Ce dernier selon Plutarque ne parle macédonien que sous le coup d'une forte émotion.[9].
Après avoir été éduqué par Léonidas[10], un parent de sa mère Olympias et Lysimaque d'Acarnanie, Alexandre reçoit pour précepteur le philosophe Aristote de -343 à -340. Ce dernier est le fils de Nicomaque, médecin d?Amyntas III, le grand-père d?Alexandre. Il rédige une édition annotée de l'Iliade pour son élève. Alexandre lit également Hérodote et Xénophon, auteurs qu?il sait exploiter plus tard lors de ses conquêtes. Alexandre se révèle un étudiant doué. Il connaît par c?ur de nombreuses tragédies, l?Iliade[11], et possède de nombreuses notions de médecine, d?histoire et de mathématiques[réf. nécessaire].
Plusieurs compagnons d?enfance d?Alexandre, dont Ptolémée, Philotas, Héphaestion, se retrouvent à ses côtés lors de la conquête de l?Asie.
La séduction du personnage tient sans doute à ce mélange contradictoire : barbare et Macédonien, mystique et réaliste, violent et généreux, emporté par son imagination et son rêve et guidé par sa lucidité. Sa volonté inflexible se double d?un réel opportunisme et d?un sens inné de la mise en scène.
[] Le roi de Macédoine
[] Un prince associé au pouvoir (-338 / -336)
Bien que considéré comme barbare par les Athéniens, le royaume de Macédoine a, sous le règne de Philippe, étendu son hégémonie sur la Grèce classique. Il vainc Athènes aux Thermopyles en -352, intervient dans un conflit entre Thèbes et les Phocidiens, triomphe d?une coalition d?Athènes et de Thèbes à la bataille de Chéronée, en -338. Alexandre y fait ses preuves en commandant la cavalerie et en taillant en pièces le Bataillon sacré des Thébains[12].
Philippe est également l?initiateur de la ligue de Corinthe, rassemblant toutes les cités grecques, à l?exception de Sparte, sous son commandement. La ligue doit porter la guerre contre l?Empire perse[13]. En -340, en l?absence de son père parti assiéger Byzance, Alexandre, à seize ans, devint régent de Macédoine.
En -337 cependant, une violente dispute oppose le père et le fils quand Alexandre prend le parti de sa mère Olympias à laquelle Philippe souhaite imposer Cléopâtre, s?ur ou nièce d?un général de Philippe, Attale[14], comme seconde épouse légitime et dont il a bientôt un fils. Alexandre doit se réfugier dans la famille de sa mère en Épire. Cependant la brouille ne dure guère et bientôt pardonné, Alexandre sauve la vie de son père lors d?une expédition contre les Triballes[15].
[] L?élimination de tout rival potentiel (été -336)
Au cours de l?été -336, Philippe est assassiné lors du mariage de sa fille Cléopâtre avec le roi d?Épire, Alexandre le Molosse, le frère d?Olympias. L?assassin est un jeune noble, Pausanias, un ancien officier du roi qui garde une rancune contre Philippe, ce dernier ayant ignoré une requête qu?il lui aurait faite. Les historiens de l?Antiquité ont parfois cru que le meurtre de Philippe avait été une machination impliquant Olympias et peut-être Alexandre mais Diodore de Sicile penche pour un motif personnel du meurtrier[16]. Peu d'historiens contemporains[17] considèrent qu'Alexandre est impliqué dans le meurtre de son père alors que toute la conduite de Philippe montre qu'il entend en faire son successeur.
Une autre hypothèse met en cause Darius III, le nouveau roi de Perse. Plutarque mentionne une lettre virulente d?Alexandre à Darius, où le Macédonien blâme Darius (et Bagoas, son grand vizir dont Darius III se débarrasse rapidement peu après), pour le meurtre de son père, soutenant que c?est Darius qui s?était vanté auprès des différentes cités grecques de la façon dont il avait fait assassiner Philippe[18].
Après la mort de Philippe, l?armée proclame Alexandre, alors âgé de vingt ans, nouveau roi de Macédoine. Les villes grecques comme Athènes et Thèbes, qui avaient prêté allégeance à Philippe, ne sont pas si pressées de faire de même vis-à-vis du jeune homme. Alexandre ordonne immédiatement l?exécution de tous ses rivaux potentiels. Ainsi, pour ne pas avoir de concurrent au trône, il fait assassiner son cousin Amyntas IV, roi de Macédoine vers -360 / -359 que Philippe II avait renversé alors qu?il n?était qu?un enfant[19]. Quant à Olympias, profitant d?une absence de son fils parti guerroyer au nord, elle fait tuer le fils de Philippe II et de Cléopâtre et contraint cette dernière à se pendre[réf. nécessaire]. L?oncle de cette dernière, Attale, qui se trouve en campagne en Asie avec Parménion, est également assassiné. Impossible de savoir si elle agit avec l?assentiment d?Alexandre ou non ; toujours est-il que le nouveau roi de Macédoine n?a plus de rival capable de lui contester le trône.
[] La consolidation du pouvoir (fin -336 / printemps -334)
Alexandre n?est pas seulement roi des Macédoniens, mais aussi, comme son père, archonte à vie des Thessaliens et hégémon (??????, « commandant en chef ») et stratège autoproclamé de la Ligue de Corinthe. De fait, la politique de la Ligue est entièrement dictée par les Macédoniens Philippe puis Alexandre.
Cependant, avant de reprendre le projet de son père de porter la guerre en Asie, il assure la sécurité de son royaume par deux expéditions au nord de la Macédoine ; l?une jusqu?au Danube, l?autre en Illyrie révoltée (fin de l?année -336 et début de l?année -335 jusqu?en été). Suivant Strabon et Arrien, des émissaires celtes ? les ancêtres des Scordisques du milieu du -IIIe siècle ? rencontrèrent Alexandre sur le Danube, à cette occasion en -335. L?anecdote suivante est rapportée :
« Quand Alexandre eut vaincu les Gètes et rasé leur ville, sur le Danube, il lui vint des ambassades de tous côtés et entre autres des Gaulois, qui sont (dit-il) de grands hommes. Alexandre leur demanda alors ce qu?ils craignaient le plus au monde, en s?attendant à ce que ces gens disent qu?ils ne craignaient rien plus que lui : mais il fut détrompé car il avait affaire à des gens qui ne s?estimaient pas moins que lui ; ils lui dirent que la chose de ce monde qu?ils craignaient le plus était que le ciel ne tombât sur eux, ce qui signifiait qu?ils ne craignaient rien. »
Cependant, alors que le nouveau roi de Macédoine est occupé au nord, les cités grecques se révoltent.
La riposte d?Alexandre est à la fois foudroyante, impitoyable et paradoxale. Impitoyable, car la ville de Thèbes est entièrement rasée (automne -335) à l?exception de la citadelle de la Cadmée, de la maison natale de Pindare et des temples des dieux, sa population réduite en esclavage et les terres partagées entre les vainqueurs[20]. Paradoxale, car Alexandre épargne Athènes, trop heureuse de se soumettre à moindre mal. Sans doute faut-il voir dans cette générosité la volonté de ne pas détruire le principal centre artistique, philosophique de la Grèce, ou bien l?influence de son ancien maître Aristote qui s?installe cette même année -335 à Athènes et y fonde le Lycée. Il semble aussi que les conseils de Phocion aient convaincu le roi de ne pas détruire la ville[réf. nécessaire]. Cela dit, les accès de fureur chez Alexandre alternent fréquemment avec des gestes de grande générosité, la destruction de Thèbes et le pardon d?Athènes ne sont que les premiers d?une longue liste.
Au final, Alexandre est assez peu présent comme souverain dans son royaume. Quand il quitte l?Europe au printemps -334 pour son expédition en Asie, c?est pour ne jamais y revenir.
[] Le Conquérant

[] L?armée d?Alexandre
Alexandre ne laisse pas la Macédoine totalement dégarnie. Il donne à Antipater, nommé régent en l?absence du roi, la moitié de la cavalerie macédonienne soit environ 1 500 hommes et 12 000 fantassins. Les effectifs au départ de l?expédition d?Asie sont d?environ 1 800 cavaliers, auxquels s?ajoutent un chiffre équivalent de cavaliers thessaliens et 600 autres recrutés dans les États grecs de la Ligue de Corinthe.
Les fantassins, sans doute 32 000, qui constituent la fameuse phalange, sont recrutés dans la classe paysanne macédonienne. Au total un effectif assez faible, 4 400 cavaliers environ et à peine plus de 30 000 fantassins[21]. Mais tout au long de l?expédition des renforts arrivent de Macédoine et de Grèce, sans compter les troupes indigènes qui vont compléter les effectifs de l?armée au fur et à mesure qu?Alexandre avance en Asie. D?autre part la faiblesse des effectifs est compensée par une grande supériorité tactique. Les phalanges sont allégées et leurs sarisses (longues piques dont la base peut être fichée dans le sol et capables de briser les charges de cavalerie) allongées augmentant ainsi leur vitesse de charge, de sorte qu'avec des formations très serrées, les masses et les énergie cinétiques des hoplites se cumulent rendant le choc lors du contact tel qu?il peut renverser plusieurs rangs d?infanterie adverse[22]. La cavalerie lourde compense le manque de maniabilité des phalanges en protégeant ses flancs très vulnérables et en attaquant ceux de l?ennemi pour désorganiser les formations ennemies et les rendre vulnérables à l?impact des phalanges.
[] La bataille du Granique (mai -334)
Le jeune roi de Macédoine[23] part de sa capitale Pella et, en vingt jours, atteint Sestos en Chersonèse de Thrace. Tandis que Parménion est chargé par le roi de transporter l?armée à Abydos, tête de pont crée par Philippe II sur l?Hellespont, Alexandre se dirige vers Éléonte où il rend sacrifice au premier héros tombé lors de la guerre de Troie, Protésilas. Ce geste[24] est le premier d?une longue liste qui illustre la volonté du roi de frapper les imaginations en se faisant passer pour le nouvel Achille, sans qu?il soit d?ailleurs possible de savoir s?il est sincèrement pénétré de la fierté d?appartenir à la race du héros ou s?il s?agit d?une simple gestuelle théâtrale à destination de ses soldats et des peuples d?Asie Mineure et de Grèce.
C?est ainsi qu?il débarque en Asie près de l?emplacement supposé de Troie, dresse des autels dans le temple d?Athéna à Ilion, puis va mettre une couronne sur le tombeau d?Achille, tandis que Héphaestion fait de même sur celui de Patrocle[25] (allusion à leur possible relation homosexuelle : Élien explique ainsi dans son Histoire variée (XII, 7) qu?il « laissait ainsi entendre qu?il était le mignon d?Alexandre, comme Patrocle avait été celui d?Achille[26] »). Ce n?est qu?après, qu?Alexandre rejoint son armée à Arisbé en quatre jours, en contournant par le nord le massif du Pityos.
Le principal chef mercenaire grec de Darius III, Memnon de Rhodes, est partisan de la politique de la terre brûlée face aux Macédoniens, dont il estime, à juste titre, la valeur. Il propose que l?armée entraîne vers l?intérieur du pays, sans combattre, les troupes d?Alexandre tandis que la flotte perse porte la guerre jusqu?en Macédoine. Memnon pouvait légitimement espérer une révolte des cités grecques, s?appuyant sur l?or de Darius et sur le légitime ressentiment contre Alexandre à la suite du saccage de Thèbes. Mais les satrapes perses se méfient des conseils d?un étranger et ne tiennent aucunement compte de son avis. Arsitès, le satrape de Phrygie, déclare qu?il ne laissera pas brûler une seule maison de sa satrapie[27].
[] La prise de Milet (mai / juillet -334)
La victoire d?Alexandre a une conséquence importante : jusqu?à la bataille d'Issos, il n?a que de simples garnisons laissées dans les villes pour s?opposer à lui[28]. Dans la foulée du Granique, Sardes, la capitale de Phrygie, se rend sans résistance, tandis que Parménion s?empare de Dascylion. La ville d?Éphèse, en proie à des luttes de factions, où Memnon s?est réfugié après la bataille, voit le parti démocratique favorable à Alexandre l?emporter. Celui-ci s?attire habilement la sympathie des habitants de la ville en confiant au temple d?Artémis le tribut que la ville payait jusqu?alors à Darius et en rappelant les bannis.
Les adversaires d?Alexandre se sont réfugiés à Milet, où Memnon, qui vient de quitter Éphèse, reprend les choses en main après les velléités de trahison de la cause perse par Hégésistrate, le chef des mercenaires grecs au service de Darius. Cependant la ville est rapidement prise en juillet -334 par Alexandre, après qu?il eut interdit à la flotte perse de mouiller sur la côte en prenant le cap Mycale.
[] Le siège d?Halicarnasse (été / automne -334)
Cependant Memnon s?est réfugié à Halicarnasse dont le roi Pixodaros, le frère du célèbre Mausole, s?est rangé du côté des Perses. Memnon est assisté du satrape Orontabès et du Thébain Ephialte, qui a juré la mort du macédonien depuis la destruction de sa ville d?origine.
Alexandre joue sur les rivalités internes à la cité et fait de Ada, la s?ur de Pixodaros, que celui-ci avait renversé, le satrape de Carie. Celle-ci adopte alors Alexandre comme son fils et en fait son héritier. La plupart des satrapies orientales seront organisées selon ce modèle. Les pouvoirs civils sont donnés à un Perse ou un Asiatique et les pouvoirs militaires à un Macédonien.
Reste cependant à s?emparer de la ville qui comporte deux citadelles dont l?une sur une île. Alexandre après la prise de Milet vient de commettre l?erreur de licencier sa flotte[29],[30]. Aussi ne peut-il s?emparer que de la ville basse tandis que les deux acropoles restent aux mains des mercenaires grecs de Darius. Aussi Alexandre poursuit-il sa route en laissant sous le commandement de Ptolémée une troupe de 3 000 fantassins et 200 cavaliers poursuivre le siège[31].
[] Alexandre s?empare de la Pamphylie et de la Pisidie (hiver -334 / printemps -333)
Alexandre se dirige alors vers la Lycie et s?en empare sans grande résistance. Puis, à la fin de l?année -334 et au début de -333, il pénètre en Pamphylie puis en Pisidie. Ces régions n?appartiennent que très nominalement à l?empire achéménide. Le plus souvent ces villes sont autonomes et rivales entre elles. De ces rivalités, Alexandre va jouer et reçoit la soumission d?Aspendos (à l?est de la ville actuelle d?Antalya), de Sidé (aujourd?hui le port de Selimye à environ 60 kilomètres à l?est d?Antalya). Puis il remonte vers la Phrygie et combat les habitants de la ville de Termessos (34 km au nord-ouest d?Antalya) sans réussir à prendre la ville, traite avec bienveillance leurs ennemis de la cité de Selge, s?empare de Sagalassos et parvient enfin à Gordion (village actuel de Yassihöyük). Il y trouve des renforts venus à la fois de Macédoine et de Grèce ainsi que Parménion qui venait en partie d?hiverner à Sardes. Le gouvernement de la Pamphilie et de la Pisidie est confié à Néarque.
[] La contre-offensive de Memnon de Rhodes (hiver -334 / -333)
La première partie de la campagne d?Alexandre est terminée. La situation est indécise car certes le roi de Macédoine vient de remporter de glorieux succès mais il doit faire face à plusieurs incertitudes. Pour certains membres de son entourage, dont Parménion est semble-t-il le représentant, l?objectif de Philippe II, théorisé par Isocrate[32] à savoir la conquête de l?Asie jusqu?aux rives de l?Halys, est atteint. Un vaste territoire est conquis par la Macédoine et ouvert à la colonisation et l?influence hellénique. Mais Isocrate, dans les projets qu?il avait présenté à Philippe envisageait une seconde solution : l?anéantissement de l?empire perse.
C?est cet objectif que souhaite atteindre Alexandre. Cela explique d?ailleurs pourquoi, bien qu?il proclame sa volonté d?agir en qualité de chef des Hellènes, il s?appuie avant tout, du moins au départ, sur les Macédoniens considérés comme plus fiables et attachés à sa personne par la fidélité dynastique. C?est pourquoi il ne reste qu?assez peu de temps à Gordion, où l?épisode du n?ud gordien, s?il est authentique, lui promet l?empire d?Asie (Alexandre se voit présenter le n?ud gordien : il est dit que la personne qui arrivera à dénouer ce n?ud acquerra l?empire de l?Asie. Alexandre, d?un coup de son épée, tranche le fameux n?ud), et cela alors que la situation n?est pas totalement sans risque sur ses arrières.
En effet lors de l?hiver -334 Darius donne le commandement de sa flotte à Memnon de Rhodes. Celui-ci envisage de porter la guerre en Macédoine en débarquant en Grèce (on parle de l?Eubée) et en organisant une révolte générale. Le sentiment anti-macédonien demeure vivace dans de nombreuses cités. L?idée d?une guerre de revanche contre les Perses, par rapport aux guerres médiques, idée développée par Alexandre et ses partisans en Grèce ne rend pas acceptable à leurs adversaires l?hégémonie macédonienne. N?oublions pas que des soldats grecs combattent dans les deux camps. Memnon reprend Chios, qui lui est livrée par le parti oligarchique (cette tendance politique sera globalement toujours hostile à Alexandre dans les cités grecques contrairement au parti démocratique) puis il rétablit le tyran Aristonicos à Méthymne et met le siège devant Mytilène. C?est alors que Memnon meurt (fin de l?été -333) et que son plan est abandonné par Darius III. Le souverain perse décide de prendre lui-même la tête de son armée contre Alexandre. Autophradatès et Pharnabaze remplacent Memnon à la tête de l?armée et de la flotte. Pharnabaze reprend Milet et Halicarnasse mais doit se séparer de ses mercenaires grecs qui vont rejoindre, sans doute par mer, l?armée que Darius rassemble.
Alexandre estime cependant, à juste titre, avoir fait une erreur en licenciant sa flotte. C?est pourquoi il charge deux officiers, Hégélochos et Amphotéros (le frère de Cratère) d?en reconstituer une[réf. nécessaire]. Il s?en faut de peu qu?un conflit éclate avec Athènes dont les vaisseaux venus du Pont-Euxin sont interceptés par Hégélochos. Celui-ci doit faire face à une menace d?intervention de la flotte d?Athènes et relâche les vaisseaux. Cet épisode illustre la nécessité pour Alexandre d?une victoire en Asie pour empêcher toute tentative de révolte en Grèce[réf. nécessaire]. C?est pourquoi, quant au début de l?été -333 il apprend que Darius III marche sur la Cilicie, Alexandre quitte Gordion.
[] D?Issos à Arbèles
En quittant Gordion, Alexandre se rend dans un premier temps à Ancyre et reçoit la soumission de la Paphlagonie puis celle de la Cappadoce jusqu?à l?Halys. Il pousse ensuite vers le sud, pénètre en Cilicie par le passage gardé par le satrape Arsamès des Portes ciliciennes. Il fait étape à Tarse et y tombe malade plusieurs semaines (sans doute des suites d?une hydrocution après une baignade dans le fleuve Kydnos[33]. Cependant Parménion, véritable second du roi lors du début de l?expédition, occupe les passes qui permettent le passage de la Cilicie à la plaine d?Issos (col de Karanluk-Kapu) puis celles qui au-delà contrôlent le passage vers la Syrie (passes de Merkès et de Baïlan). Alexandre, une fois sur pied, soumet, en sept jours selon Arrien, les populations montagnardes de Cilicie et s?empare de Soles où il rétablit, en théorie du moins, la démocratie. Il apprend à ce moment la pacification de ses arrières avec les victoires de Ptolémée en Carie sur le satrape Orontobatès et la chute d?Halicarnasse, de Myndos et la soumission de Cos. Mais, peu de temps après (-333), le satrape Pharnabaze, à la tête de la flotte perse soumet Ténédos et Sigeion et s?entend avec le roi de Sparte, Agis III, qui tente de soulever la Grèce en lui donnant de l?argent et quelques navires. La situation reste donc délicate d?autant que l?arrivée imminente de Darius III se précise.
Le souverain achéménide s?est installé dans la plaine d?Issos, abandonnant curieusement la position plus favorable à sa cavalerie de Soches, peut-être dans la volonté de couper Alexandre de ses arrières et de le contraindre à la bataille. Alexandre est en Syrie mais il fait demi-tour, ayant besoin pour les raisons invoquées plus haut d?une victoire. Il reprend le chemin des passes syriennes déjà emprunté, s?aventure lentement dans la plaine d?Issos et y organise sa ligne de bataille devant l?armée perse.
[] La conquête de la Phénicie (hiver -333)
La déroute des Perses après la défaite d?Issos (1er novembre -333) est totale. Darius avec quelques milliers d?hommes à peine s?enfuit vers Thapsaque (ville de Syrie sur l?Euphrate) tandis que d?autres fuyards sont dispersés par les divers officiers d?Alexandre. De nombreux fugitifs se réfugient en Phénicie puis de là gagnent l?Égypte ou Chypre. Le résultat le plus net de la victoire c?est, paradoxalement, la soumission totale du monde grec qui ne songe plus à apporter son soutien aux Perses, comme venait de le tenter le roi de Sparte, Agis III en rencontrant des satrapes perses et en tentant de soulever la Crète. Démosthène, à Athènes, avait prédit (et espéré ?) la défaite du roi de Macédoine. La victoire d?Issos fait cesser, provisoirement en tout cas, les velléités d?indépendance des cités grecques.
Pourtant paradoxalement la situation d'Alexandre reste périlleuse. Un des meilleurs officiers perses, Nabarzanès s'est retiré avec d'importantes forces de cavalerie en Cappadoce et Paphlagonie et recrute d'importantes forces (fin -333/début -332). Il y a donc un risque réel sur les arrières d'Alexandre et ses lignes d'approvisionnement en Asie mineure. De plus il apparait clairement que Darius lève une nouvelle armée. Enfin la flotte perse représente un grand danger en mer Égée. La maîtrise de la côte phénicienne, pouvant lui servir de base arrière, est donc indispensable. C?est pourquoi, délaissant la poursuite de Darius III, Alexandre prend la route du sud vers Arados (au nord de la Phénicie) tandis que Parménion est envoyé sur Damas où il s?empare des bagages de Darius. Dans le même temps Alexandre nomme un de ses officiers les plus énergiques, Antigone, au commandement de toutes les forces macédoniennes présentes en Asie mineure. Celui-ci réussit, avec l'aide de Néarque, à briser la contre-offensive perse en Asie mineure au printemps de -332.
La période de l?empire achéménide pour les Phéniciens avait été une période prospère car, en leur laissant une véritable autonomie, les rois perses avaient permis aux cités phéniciennes de reprendre en partie la maîtrise de nombreuses routes commerciales[réf. nécessaire] face à leurs adversaires traditionnels : les Grecs. Les Phéniciens constituaient une grande part des marins de la flotte perse à la bataille de Salamine par exemple[réf. nécessaire]. Mais divisées entre elles, ces cités n?adoptent pas une attitude commune face à l?arrivée des Macédoniens. Le roi d?Arastos, Gérostrate, estime qu?il n?a pas les moyens de résister et surtout que sa cité, plus riche de son commerce terrestre (avec la Perse et la Médie surtout) que de son commerce maritime, n?a aucun intérêt à un siège destructeur. La ville se rend ainsi que les cités de Marathos, Sigôn et Byblos. Quant à Sidon, elle se soumet d?autant plus facilement que ses habitants n?ont pas oublié les représailles d?Artaxerxès II lorsque la ville avait participé à la révolte des satrapes sous le règne de ce prince.
[] Le siège de Tyr (janvier / août -332)
À la fin de l?année -333, alors qu?Alexandre est à Sidon, des négociations s?engagent avec le roi de Tyr, Azemilcos, lequel souhaite rester neutre dans le conflit. Refus d?Alexandre qui par contre désire offrir un sacrifice dans le temple de Melqart à Tyr. Refus des Tyriens qui décèlent le piège. Faire entrer Alexandre en vainqueur dans le temple c?est lui donner pouvoir sur la cité. Quant à Alexandre, il ne lui sert à rien de tenir la côte phénicienne si la ville de Tyr, avec ses deux ports, reste en dehors de son contrôle. C?est pourquoi commence en janvier -332 le long siège de Tyr (jusqu?en août -332). La ville neuve est sur une île (voir Ancharadus) qu?Alexandre compte atteindre en construisant une digue, avec les débris de la vieille ville (la ville continentale), d?environ 60 m de long. Mais les difficultés s?accroissent quand la digue atteint des eaux plus profondes, d?autant que les Tyriens effectuent des raids meurtriers avec leurs navires[réf. nécessaire].
Alexandre cependant a un atout. En tenant les autres cités phéniciennes, il disperse la flotte perse (début -332) dont les équipages phéniciens rentrent progressivement dans leurs ports d?attache. Les rois de Sidon, d?Aratos, de Chypre offrent ces navires à Alexandre qui ainsi peut constituer une flotte suffisante pour le siège de la ville (sans doute une centaine de navires). Après un raid d?une dizaine de jours pour soumettre les populations des montagnes du Liban actuel, il constate que sa nouvelle flotte est prête et apprend l?arrivée de Cléandre avec un corps de 4 000 mercenaires, pour la plupart issus du Péloponnèse.
Attaquée par terre, isolée par mer, la vieille cité résiste jusqu?en août -332.
La flotte de Tyr est détruite par les navires d?Alexandre lors d?une contre-attaque désespérée. Les habitants se défendent au moyen d?engins balistiques, de plongeurs et de navires brûlots[réf. nécessaire]. Une fois les tours de siège et les béliers approchées des murs, Alexandre mène lui-même l?assaut (selon l?historien Diodore de Sicile). La prise de la ville donne lieu à des actes d?une grande violence tant les habitants se défendent avec acharnement. Les Tyriens utilisent des tridents, ressemblant à des sortes d?hameçons, pour arracher les boucliers des Macédoniens, et déversent du sable brûlant sur les attaquants[34]. Ces derniers n?ont pas oublié les scènes de prisonniers de l?armée d?Alexandre précipités du haut des murailles. Sans doute 7 000 à 8 000 habitants de la ville sont tués (selon Diodore de Sicile), et 20 000 au moins sont vendus comme esclaves (une partie de la population dont beaucoup de femmes et d?enfants s?est enfuie vers Carthage). Seul le temple est épargné dans la ville. La digue érigée par Alexandre existe encore en partie de nos jours ; elle servit notamment aux croisés lorsqu?ils assiégèrent Tyr. Ce succès permet à Alexandre de terminer sa mainmise sur l?ensemble de la Phénicie.
[] Quels objectifs?
Alexandre après la prise de Tyr prend le chemin de l?Égypte non sans avoir repoussé à deux reprises, malgré l?avis favorable de Parménion, des propositions de paix plus qu?avantageuses de Darius III. Darius propose qu'Alexandre épouse sa fille Stateira et lui donne en dot toute la région entre l'Europe et le fleuve Halys en Asie mineure[35]. Ce que semble désirer Alexandre ce n?est pas un empire gréco-macédonien débordant largement sur l?Asie, idée déjà défendue par Isocrate[36] le rhéteur athénien[37], mais l?Asie tout entière, du moins la connaissance qu?en possèdent les Grecs. Le refus d'Alexandre s'explique aussi par le caractère fictif des concessions territoriales de Darius. Celles-ci ne constituent que la dot de Stateira ce qui signifie qu'en aucun cas Darius ne renonce à sa souveraineté sur les régions considérées. C'est ce piège que veut éviter Alexandre qui exige d'être regardé comme le souverain (kurios) plein et entier des territoires déjà conquis. Il ne fait d'ailleurs qu'appliquer le droit grec de la guerre, ainsi défini par Xénophon :
« C'est une loi universelle et éternelle que, dans une ville prise sur des ennemis en état de guerre, tout, et les personnes et les biens, appartient au vainqueur[38]. »
Il semble donc que l'objectif premier d'Alexandre soit de remplacer la souveraineté achéménide par la souveraineté macédonienne et qu'il considère que toutes ses conquêtes le sont à titre définitif. La nomination de satrapes, dès la victoire du Granique, va dans ce sens. Après la prise de Tyr il affirme avec force qu'il ne va pas se contenter de la conquête de la Lydie et la Cilicie[39], ce qui était grosso-modo l'objectif d'Isocrate. Les historiens de l'Antiquité sont tous convaincus que son objectif est bien la conquête de l'ensemble du territoire achéménide[40]. Certes il faut se montrer prudent avec les diverses sources. S'agit-il chez Arrien et Quinte-Curce du rapport fidèle des ambitions territoriales d'Alexandre ou d'un discours historiographique construit après coup afin de donner l'impression chez le conquérant d'une vision à long terme et non d'une conquête improvisée au gré des victoires et des évènements. La réponse à cette question est problématique mais il semble difficile de croire qu'à la suite d'un éventuel accord entre Darius et Alexandre ce dernier ait accepté de faire de l'Euphrate sa frontière orientale. Le fait que tout au long de la période Alexandre revendique, systématiquement, les territoires qui à un moment ou à un autre étaient achéménides illustre bien qu'il y a chez lui une volonté et un projet politique fort et cohérent.
[] Le pharaon (automne -332 / printemps -331)
Sur la route de l?Égypte il rencontre une forte résistance à Gaza, sous la conduite de l?eunuque Batis, et prend la ville (fin -332) dont la garnison est massacrée et la population vendue en esclavage. Alexandre est blessé à deux reprises lors de ce siège. En sept jours depuis Gaza il atteint alors Péluse en Égypte. Quand Alexandre entre en Égypte en décembre -332, il semble être accueilli en libérateur. Il est fort possible que ce soit les Égyptiens eux-mêmes qui aient demandé son aide, pour les affranchir de la domination perse qui s?exerce difficilement car les Égyptiens se sont révoltés de nombreuses fois sur le pays depuis deux siècles. Toujours est-il qu?il ne rencontre que peu de résistance et qu?il étend rapidement son royaume jusqu?à la première cataracte du Nil.
Alexandre se fait proclamer pharaon à Memphis en -331. Il sacrifie au taureau Apis ? gage de respect des traditions égyptiennes ? et honore les autres dieux. Il se dirige ensuite vers la côte méditerranéenne où il choisit l?emplacement de la future Alexandrie qui n?est achevée que sous Ptolémée Ier ou Ptolémée II. La légende veut qu?Alexandre ait choisi lui-même les plans de la nouvelle cité. Il se rend ensuite dans l?oasis de Siwa où il rencontre l?oracle d?Ammon-Zeus qui le confirme comme descendant direct du dieu Amon. Cette salutation, conforme à l?étiquette égyptienne, est très largement exploitée par la propagande du Conquérant. Cette anecdote est rapportée ainsi par Plutarque :
« Quelques-uns affirment que le prophète, voulant le saluer en grec d?un terme d?affection, l?avait appelé "mon fils" (??????? / païdion), mais que, dans sa prononciation barbare, il achoppa sur la dernière lettre et dit, en substituant au nu (?) un sigma (?) : "fils de Zeus" (???? ???? / païs dios) ; ils ajoutent qu?Alexandre goûta fort ce lapsus et que le bruit se répandit qu?il avait été appelé "fils de Zeus" par le dieu »
? (Plutarque, Vies parallèles, 46-120)
De retour à Memphis, il se fait officiellement couronner dans le temple de Ptah et réorganise le pays avant de repartir à la conquête du Moyen-Orient.
C?est durant son séjour égyptien qu?il apprend la déroute définitive de ce qui reste de la flotte perse et la capture de ses derniers adversaires en mer Égée dont le satrape Pharnabaze. Fait prisonnier, celui-ci parvient à s?échapper mais l?un des amiraux d?Alexandre, Hégélochos, apporte à son maître de nombreux prisonniers qui sont exilés dans la ville égyptienne d?Éléphantine. Cela laisse toute latitude à Antipater, le régent de Macédoine pour s?occuper du toujours remuant roi de Sparte, Agis III. La situation en Europe inquiète Alexandre tout au long de l'année -331 même après l'écrasement de la Perse à Gaugamèles. Il multiplie d'ailleurs les faveurs aux cités grecques pour les inciter à rester loyales[41]. Il n'est pas impossible que l'incendie de Persépolis, capitale religieuse des Achéménides, ait pour objectif de prouver à la Grèce que l'objectif de la Ligue de Corinthe est atteint et, ainsi, d'éviter des troubles en Europe.
Alexandre quitte ensuite l?Égypte au printemps -331 pour n?y jamais revenir vivant.
[] Vers la bataille décisive avec Darius III (printemps / été -331 ? octobre -331)
Lors d?un nouveau passage à Tyr, il reçoit une délégation d?Athènes qui obtient du roi la libération des mercenaires athéniens qui avaient combattu à la bataille du Granique dans les rangs de l?armée perse. Puis à la fin du printemps/début de l?été -331 l?armée macédonienne se met en marche vers l?Euphrate qui est traversé fin juillet à Thapsaque sur un pont de bateaux. Le satrape Mazaios s?est replié à l?arrivée de son adversaire. Les podromoi d?Alexandre repèrent l?armée de Darius plus au nord, aussi le roi de Macédoine au lieu de marcher sur Babylone selon son plan initial remonte vers le nord, vers Nisibe, et franchit le Tigre vers le 20 septembre -331 (aux environs de Djésireh, dans l?Irak actuel) contournant son adversaire par le nord. Alexandre reprend alors la direction du sud avec le Tigre sur sa droite. Au bout de quatre jours de marche il apprend que l?armée perse, bien supérieure en nombre, l?attend à Gaugamèles, non loin d?Arbèles (actuelle ville d?Erbil dans le Kurdistan irakien).
[] À la poursuite de Darius III
[] L?entrée dans Babylone et Suse (novembre / décembre -331)
Le succès du combat lui ouvre la route de Babylone, qui se rend suite à des négociations. Nous connaissons mieux de nos jours les trois semaines entre la bataille et son entrée dans la ville (fin octobre -331) grâce à une tablette babylonienne qui, bien que détériorée, fait une nette allusion à la bataille de Gaugamèles et à sa chronologie précise. L?auteur anonyme y parle de la fuite de Darius « vers le pays de Guti » ce qui désigne la Médie. La suite de ce texte indique que les autorités de Babylone négocient avec le vainqueur et que celui-ci habilement garantit le maintien des traditions religieuses et la préservation des sanctuaires. Il donne l?ordre de rebâtir le sanctuaire de Bel Mardouk qui tombait en ruine. Le vainqueur de Darius maintient d?ailleurs la plupart des dignitaires à leur poste (souvent sous le contrôle d?un officier macédonien). C?est le cas de Maziaos, un noble perse, qui sur ordre de Darius s?est replié sur Babylone dont il devient alors le satrape[42], poste auquel il est confirmé par Alexandre. Celui-ci s?évite ainsi un siège long qui pouvait permettre à son ennemi de se ressaisir et inaugure sa politique de ralliement à sa personne de l?aristocratie achéménide.
Il entre en vainqueur dans la capitale de l?Empire perse et y demeure près d?un mois. Tandis que Darius, en fuite, tente de réunir une nouvelle armée royale dans les hautes satrapies, Alexandre prend la direction de Suse, laquelle se rend à son tour. Il avait cependant dépêché Polyxénos à Suse afin de s?assurer du trésor important (sans doute près de 50 000 talents d?argent) qui s?y trouvait. Une partie importante de cet argent (sans doute 30 000 talents) est envoyé à Antipater afin qu?il l?utilise dans sa lutte contre Sparte.
[] Les difficultés d?Antipater (-331)
L?année -331 est une année difficile pour Antipater, outre ses relations exécrables avec Olympias, à qui Alexandre a confié le gouvernement de la Macédoine et de la Grèce en son absence. Apparemment la dispersion de la flotte perse, suite à la prise de Tyr, n?attise plus les velléités de révolte des Grecs sauf à Sparte où le roi Agis III s?assure le concours des pirates crétois puis de l?ensemble des peuples du Péloponnèse (Éléens, Arcadiens et la quasi-totalité de l?Achaïe à l?exception de Pellènè)[43]. Mégalopolis et Messène sont les seules cités importantes à refuser d?entrer dans la coalition anti-macédonienne. Dans un premier temps Agis est vainqueur d?un corps expéditionnaire macédonien dirigé par Korragos et assiège Mégalopolis. Le reste de la Grèce cependant ne bouge pas et même Démosthène à Athènes conseille de n?en rien faire. Il est vrai que les gestes habiles d?Alexandre, comme de renvoyer de Suse vers Athènes la statue d?Aristogiton et d?Harmodios ou la libération des prisonniers athéniens de la bataille du Granique, lui concilient provisoirement une partie des habitants de la cité attique[44].
En Thrace, Memnon, un stratège macédonien envoyé pour contenir une révolte, prend le parti des populations insurgées. Enfin, la reine Olympias provoque des difficultés quant à la mort de son frère Alexandre, le roi d?Épire, tué dans une expédition en Italie elle avance des prétentions au trône de ce pays. Elle en assure finalement la régence pour l?un de ses petits-enfants, fils du roi précédent et de sa fille Cléopâtre la s?ur d'Alexandre. Antipater réagit, suivant les ordres d'Alexandre, en traitant avec Memnon pour le neutraliser et en en dirigeant la quasi-totalité de ses forces, sans doute 35 000 à 40 000 hommes vers le Péloponnèse. Agis ne dispose quant à lui que de 20 000 hommes environ et 2 000 cavaliers. Il est battu et tué sous les murs de Mégalopolis à l?automne -331. Sparte est contrainte à dissoudre la Ligue du Péloponnèse et à entrer dans la
