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Aliénor d?Aquitaine (dite également Éléonore de Guyenne), née en 1120 ou 1122 et morte le 1er avril 1204, à l'abbaye de Fontevraud, près de Saumur, est une femme qui joue un rôle pivot dans l?Occident du XIIe siècle : duchesse d?Aquitaine, elle épouse successivement le roi de France Louis VII, puis le futur roi d?Angleterre, Henri II, renversant le rapport des forces en apportant sa dot à l?un puis à l?autre des rois. Elle tient une cour fastueuse dans son domaine aquitain, y jouant un rôle de mécène pour les troubadours.
[] Jeunesse
[] L?héritière d?Aquitaine
Elle est la fille aînée deGuillaume X, duc d?Aquitaine, fils de Guillaume IX le Troubadour, et d?Aénor de Châtellerault, fille du vassal de Guillaume X, Aymeric Ier de Châtellerault. Aliénor, "l'autre Aénor" en langue d'oc, est ainsi nommée en référence à sa mère Aénor. Le prénom devient Eléanor en langue d'oïl.
Elle est élevée à la cour d?Aquitaine, l?une des plus raffinée du XIIe siècle, celle qui vit naître l?amour courtois (le fin amor), entre les différentes résidences des ducs d?Aquitaine : Poitiers, Bordeaux, le château de Belin où elle serait née. Elle y reçoit l?éducation d?une femme noble de son temps, apprend à lire et à écrire le latin, la musique et la littérature de l?époque, mais aussi à monter à cheval et à chasser.
Deuxième née de Guillaume X, elle devient l?héritière du duché après la mort de son frère aîné, Aigret, en 1130. Son père meurt à 38 ans, le Vendredi Saint lors d?un pèlerinage vers Saint-Jacques de Compostelle. Craignant que sa fille soit enlevée (et épousée) par un de ses vassaux ou de ses voisins, il propose au roi de France, avant de mourir, d?unir leurs héritiers, offre acceptée par Louis VI. Le domaine sur lequel régnera le roi de France s'accroît de ces terres entre Loire et Pyrénées ; mais le duché d?Aquitaine n?est pas rattaché à la Couronne, Aliénor reste duchesse, et le fils aîné du couple sera intitulé Roi de France et duc d?Aquitaine, la fusion entre les deux domaines ne s?opérant qu?une génération plus tard.
Héritière d?un des plus importants domaines du royaume de France, elle épouse le 25 juillet 1137 à Bordeaux le futur roi de France Louis VII. Comme de coutume, les festivités de mariage durent plusieurs jours, au palais de l?Ombrière à proximité de Bordeaux, et se répètent tout au long du voyage vers Paris. La nuit de noces à lieu au château de Taillebourg, les époux sont couronnés ducs d?Aquitaine à la cathédrale Saint-Pierre de Poitiers (aujourd?hui remplacée par une cathédrale gothique). Ils apprennent la mort de Louis VI pendant le voyage.
[] Les premières années de mariage avec Louis VII de France
Aliénor est couronnée reine de France à Noël 1137 à Bourges (son époux avait déjà été sacré du vivant de son père, à l?âge de neuf ans, mais il est recouronné). D?esprit libre et enjoué, Aliénor déplaît à la cour de France, plus froide et réservée ; elle est critiquée pour sa conduite et ses tenues indécentes, tout comme ses suivantes et tout comme une autre reine de France venue du Midi, Constance d?Arles. Ses goûts luxueux (des ateliers de tapisserie sont créés, elle achète beaucoup de bijoux et de robes) étonnent. Les troubadours qu?elle fait venir ne plaisent pas toujours : Marcabru est renvoyé de la Cour pour avoir exprimé son amour de la reine.
Surtout, elle est critiquée pour l?influence qu?elle a sur le roi. Le jeune couple (ils ont tout deux moins de vingt ans) prend plusieurs décisions inconsidérées :
- après la constitution de Poitiers en commune, la ville est prise sans effusion de sang par Louis VII, qui exige que les bourgeois livrent leurs enfants en otage ; l?abbé Suger intervient pour lui faire renoncer ;
- après cette intervention de Suger dans le domaine de la jeune reine, celle-ci l?écarte du conseil ;
- Louis VI soumet Guillaume de Lezay, qui avait refusé l?hommage à Poitiers ;
- il tente de conquérir Toulouse, sur laquelle Aliénor estimait avoir des droits (de sa grand-mère Philippa de Toulouse), dans une expédition sans lendemain ; pour le remercier, Aliénor lui offre un vase taillé dans un bloc de cristal, monté sur un pied d?or et orné de pierreries et de perles ; il est encore aujourd?hui visible au Louvre.
- elle pousse le roi à faire dissoudre le mariage de Raoul de Vermandois, pour que sa s?ur Pétronille d'Aquitaine, amoureuse, puisse l?épouser, ce qui causa un conflit avec le comte de Champagne Thibaut.
Au cours de ce conflit, la ville de Vitry-en-Perthois est prise, et l?église dans laquelle s?étaient réfugiés ses habitants est incendiée. L?interdit est jeté sur le royaume, et le couple n?a toujours pas d?enfant. Pour faire lever cet interdit, comme pour obtenir du Ciel une naissance, elle pousse Louis VII à participer à la deuxième croisade et l'accompagne, comme c?était habituel, la croisade étant un pèlerinage.
Elle invite Jaufré Rudel à la suivre lors de la deuxième croisade, et emmène toute une suite, avec de nombreux chariots. Imitée par les épouses des autres croisés, la Croisade française se retrouve encombrée d?un énorme convoi qui la ralentit. La découverte de l?Orient, avec ses fastes et ses mystères, fascine Aliénor, rebute Louis.
Les causes de discorde entre les deux époux s?ajoutent aux difficultés du voyage : la bataille du mont Cadmos, où l?imprudence d?un de ses vassaux manque causer la perte de la Croisade ; les manquements des Byzantins (qui leur cachent d?abord que les Allemands ont été battus, puis ne leur fournissent pas les navires promis) ; les retrouvailles avec son oncle Raymond de Poitiers, qui accueille les croisés mais ne reçoit aucune aide de leur part ; l?échec calamiteux de la Croisade, tout cela provoque, avec des infidélités supposées de sa part, une rupture entre les deux époux. Ils font le retour séparément, en bateau jusqu?en Italie, puis remontent vers la France. Le pape Eugène III à l?abbaye du Mont-Cassin, puis Suger, réussissent à les réconcilier. Une fille naît d?ailleurs l'année suivante. Mais le désaccord est trop grand, et le mariage est annulé le 21 mars 1152 par le synode de Beaugency (le divorce n'existe pas à l'époque).
Deux filles sont nées de ce mariage :
[] La duchesse d?Aquitaine
[] Mariage avec Henri II d'Angleterre
Elle rentre immédiatement à Poitiers, et manque d?être enlevée deux fois en route par des hommes qui convoitent sa main. Six semaines après cette séparation, elle épouse Henri d?Anjou, futur roi d?Angleterre, aperçu à la Cour quelques semaines plus tôt. Celui-ci est de onze ans son cadet, et a le même degré de parenté que Louis VII avec elle. Dans les 13 années qui suivent, elle lui donne 5 fils et 3 filles :
- Guillaume Plantagenêt (17 août 1153-1156),
- Henry dit Henri le Jeune (28 février 1155-11 juin 1183), qui épouse Marguerite, fille de Louis VII le Jeune, roi de France ;
- Mathilda (1156-1189), qui épouse Henri le Lion (?-1195) duc de Saxe et de Bavière en 1168 ;
- Richard (1157-1199), qui devient roi d'Angleterre sous le nom de Richard C?ur de Lion ;
- Geoffroy II de Bretagne (1158-1186) duc de Bretagne, qui épouse en 1181 Constance de Richemont (?-1201) ;
- Aliénor (septembre 1161-1214), qui en 1177 épouse Alphonse VIII de Castille (1155-1214) ;
- Jeanne (oct. 1165-1199), qui épouse Guillaume II roi de Sicile puis Raymond VI comte de Toulouse. Veuve une seconde fois, elle devient abbesse à Fontevrault ;
- Jean (1166-1216) dit Jean sans Terre roi d'Angleterre (1199-1216).
Malgré sa réputation de femme légère, forgée a posteriori par des chroniqueurs, Aliénor est excédée par les infidélités de son mari. Ainsi, son premier fils Guillaume et un bâtard d?Henri sont nés à quelques mois d?écart ; Henri eut beaucoup d?autres bâtards tout au long de leur mariage.
Aussi, vers 1168-1170, elle décide de ne plus suivre son mari, et s?établit à Poitiers pour y régner en souveraine. Elle y règne au nom de son fils Richard, proclamé duc d'Aquitaine en 1170. Elle y crée la Cour d?amour, dont quelques règles ont été rédigées par André le Chapelain (ou Andreas Capellanus). Elle y combat aussi les tentatives d?Henri de contrôler son patrimoine et sa cour de Poitiers.
L?assassinat de Thomas Becket dans sa cathédrale de Cantorbéry provoque des réactions d?horreur chez Aliénor.
[] La révolte de 1173-1174
En 1173, elle réussit à soulever ses fils Richard, Geoffrey et Henri le Jeune contre leur père, Henri II. Cette révolte est soutenue par Louis VII, le roi d?Écosse Guillaume Ier, ainsi que les plus puissants barons anglais. Aliénor espère lui reprendre le pouvoir mais, lors d'un voyage, elle est capturée et Richard finit par rallier son père.
Aliénor est emprisonnée pendant presque quinze années, d?abord à Chinon, puis à Salisbury, et dans divers autres châteaux d?Angleterre.
En 1183, Henri le Jeune, endetté et auquel son père refuse la Normandie, se révolte à nouveau. Il tend un guet-apens à son père à Limoges, soutenu par son frère Geoffrey et par le roi de France Philippe Auguste. Mais il échoue, et doit subir un siège à Limoges, puis s?enfuir. Il erre ensuite en Aquitaine, et meurt finalement de dysenterie.
Après la mort de Henri II, le 6 juillet 1189, elle est libérée par le nouveau roi, Richard C?ur de Lion, qui est sur le point de partir pour la Troisième croisade. Sur le chemin du retour, Richard est capturé en Autriche. Régente d?Angleterre durant la croisade, Aliénor arrive à rassembler l'énorme rançon qu'elle apporte elle-même à Mayence à Henri VI, fils de Frédéric Barberousse.
[] Son action de gouvernement
Aliénor s?était renseignée sur les conventions maritimes en Méditerranée orientale, et jeta les bases d?un droit maritime avec les rôles d'Oléron en 1160, et qui est encore à la base de la loi de l'Amirauté. Elle passa également des accords commerciaux avec Constantinople et les ports des Terre Sainte.
Elle modernise la ville de Poitiers : charte de commune, construction de halles, d'une enceinte nouvelle, agrandissement de son palais, etc.
[] La mécène
Elle attire à sa cour artistes et troubadours, dont Bernard de Ventadour, Benoît de Sainte-Maure (qui lui dédie son Roman de Troie), Wace, qui compose son Brut en son honneur. Rigaud de Barbezieux compose des chansons occitanes dans les années 1140 à 1163. Après cette période féconde (milieu du XIIe siècle), elle accueille de nouveau une cour littéraire avec sa fille Marie de Champagne (protectrice de Chrétien de Troyes) au début des années 1170.
Elle se retire en 1202 à l'abbaye de Fontevrault, où elle meurt, à l'âge de 82 ans, et est inhumée en 1204.
[] Sources et bibliographie
- Régine Pernoud, Aliénor d'Aquitaine
- Alison Weir, Aliénor d'Aquitaine : reine de c?ur et de colère (traduit de l'anglais par Aline Weill). ? Laval : Éditions Siloë, 2005. ? 525 p., 22 cm. ? ISBN 2-84231-318-6. ? Titre original : Eleanor of Aquitaine : by the Wrath of God, Queen of England.
[] Voir aussi
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