Saisir un mot clé:
 
 

Fréjus

Ce site est un miroir du site http://fr.wikipedia.org/wiki/Accueil

Fréjus

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.

Pour les articles homonymes, voir Tunnel du Fréjus et Valfréjus.

43°25?59?N 6°44?12?E / 43.43306, 6.73667

Fréjus
Blason de la commune.
Logo de la ville.
L'hôtel de ville.
Carte de localisation de Fréjus
Pays France France
Région Provence-Alpes-Côte d'Azur
Département Var
Arrondissement Draguignan
Canton Fréjus
(chef-lieu)
Code Insee 83061
Code postal 83600
83370
Maire
Mandat en cours
Élie Brun (UMP)
2008-2014
Intercommunalité Communauté d'agglomération de Fréjus Saint-Raphaël
Latitude
Longitude
43° 25? 59? Nord
         6° 44? 12? Est
/ 43.432961, 6.736765
Altitude 0 m (mini) ? 616 m (maxi)
Superficie 102.27 km²
Population sans
doubles comptes
49 100 hab.
(2005 (est. INSEE))
Densité 480 hab./km²

Fréjus en français (prononcer [f?e.?ys]), Frejús en provençal selon la norme classique[1] et Freju(s) selon la norme mistralienne[2] (prononcer [f?e'.d??y]), est une commune française située à six cent quatre-vingt onze kilomètres au sud-est de Paris dans le département du Var et la région Provence-Alpes-Côte d'Azur.

Capitale du Fréjurès, elle est située sur la rive de la Mer Méditerranée, à l'embouchure de l'Argens et du Reyran, c'est le chef-lieu du canton, le siège du diocèse, une station balnéaire de la Côte d'Azur, une ville d'Art et d'Histoire et la co-fondatrice de l'association des « Villes et Métiers d'Art ».

À l'origine nommée Forum Julii, le Marché de Jules (sous entendu César), ville romaine fondée en 49 avant J-C pour s'opposer à la toute puissance de Massilia, puis colonie voulue par Auguste en 27 avant J-C sous le nom de Colonia Octaviorum pour accueillir les vétérans de la Legio VIII Augusta. Équipée sous Tibère, elle déclina jusqu'au IVe siècle, date de la constitution de l'évêché, deuxième de France après Lyon. Cité d'accueil du triomphe de Charles Quint en 1536, pôle agricole varois depuis le Moyen Âge, ville de garnison depuis le XVIe siècle, base aéronavale de départ de Roland Garros en 1913, frappée en 1959 par le cataclysme du barrage de Malpasset, Fréjus est aujourd'hui le pôle économique, culturel et touristique de l'est Var et le site de la plus grande concentration française de vestiges antiques après Arles.[3]

Ses habitants sont appelés les Fréjusiens[4] ou Forojuliens en français, les Frejulencs en provençal selon la norme classique et Frejulen selon la norme mistralienne.

Sommaire

[] Géographie

Type d'occupation Pourcentage Superficie
(en hectares)
Espace urbain construit 35,96 % 3 783,00
Espace urbain non construit 9,18 % 966,00
Espace rural 54,86 % 5 771,00
Source : CDIG Var[5]

Fréjus est située à l'extrémité est du département du Var, dans la plaine alluviale commune à l'Argens et au Reyran, entre le massif des Maures à l'ouest et celui de l'Esterel. Elle cerne d'ouest en est le golfe de Fréjus sur la mer Méditerranée. La commune s'inscrit dans un croissant orienté du sud-ouest au nord-est autour du golfe et de Saint-Raphaël, qui entrerait dans un rectangle de dix-sept kilomètres et douze kilomètres de côté. Avec une surface de plus de cent kilomètres carré, c'est la plus grande ville de l'est-varois. Le territoire est inégalement occupé, le site historique de Fréjus est au centre, fortement urbanisé, la plaine de l'Argens, marécageuse et occupée par des cultures la sépare de la station balnéaire de Saint-Aygulf au sud-ouest, la forêt de l'Esterel la sépare des villages de Saint-Jean-de-l'Esterel et Saint-Jean-de-Cannes au nord-est. De plus, sur les dix mille cinq cent vingt hectares que comporte le territoire, cinq mille sept cent soixante-et-onze sont des espaces naturels non agricoles, soit plus de 54 %, en grande partie la forêt de l'Esterel.[6] Pour comparaisons, les espaces construits ne représentent que 36 % du territoire avec trois mille sept cent quatre-vingt-trois hectares. Elle est en totalité incluse dans l'espace urbain Nice-Côte-d'Azur.

Le territoire de Fréjus est traversé au nord par l'autoroute A8 (La Provençale) (le péage du Capitou est situé sur son territoire), au sud par l'ancienne nationale 98 qui parcourt tout le littoral entre La Valette-du-Var et Roquebrune-Cap-Martin, au centre par l'ancienne nationale 7 qui entre en centre-ville, venant du Puget-sur-Argens en direction des Adrets-de-l'Esterel en empruntant le chemin de l'ancienne voie romaine Via Julia Augusta. La voie ferrée de la ligne Marseille - Vintimille emprunte le même chemin mais s'en écarte pour rejoindre Saint-Raphaël sur le littoral. L'axe routier composé des nationale 98, nationale 7 et départementales 100 et 37 forme maintenant une rocade pour l'agglomération de Fréjus - Saint-Raphaël, la départementale 98 est ainsi la pénétrante qui relie les deux centres-villes.

Fréjus est située à six cent quatre-vingt onze kilomètres au sud-est de Paris-Notre-Dame, point zéro des routes de France, cent onze kilomètres à l'est de Marseille, soixante-quatorze kilomètres au nord-est de Toulon, vingt-cinq kilomètres au sud-est de Draguignan, cinquante-cinq kilomètres à l'est de Brignoles, vingt kilomètres au nord-est de Saint-Tropez, vingt-six kilomètres au sud-ouest de Cannes et soixante-quinze kilomètres au sud-ouest de la frontière italienne.

[] Hydrographie

Deux fleuves parcourent le territoire de la commune, l'Argens à l'ouest et le Reyran à l'est. Elle est séparée à l'est de Saint-Raphaël par la rivière le Pédégal, le Gonfaron court dans le quartier Lecoq, le Valescure dans le quartier du même nom, le Gargalon en centre-ville. Un ruisseau parcourt approximativement le tracé de l'ancien canal du port antique et se jette dans la mer à Fréjus-Plage. Un autre encadre la base nature et se jette dans le Reyran. Des rigoles ont été aménagées entre l'Argens et le Reyran pour irriguer les cultures. De nombreux torrents éphémères dévalent les pentes de l'Esterel pour alimenter le Reyran. Plusieurs points d'eau sont répartis sur le territoire : les étangs de Villepey à l'ouest de l'Argens occupent deux cent cinquante hectares protégés, au nord, le lac de l'Avelan de sept hectares et demi, réservoir pour la lutte contre les feu de forêt, le lac du barrage du Saint-Esprit dans le quartier de la Tour de Mare, le lac Aurélien dans le parc de la villa, deux petits lacs sur le rivage de la base nature.

Information Cliquez sur une vignette pour l?agrandir.


[] Relief

À l'inverse des communes voisines de Saint-Raphaël et Roquebrune-sur-Argens, le littoral de Fréjus est plat et constitué d'une plage de sable blond presque continue sur une longueur de six kilomètres entre Saint-Aygulf et Saint-Raphaël. S'ajoutent les plages des Petit et Grand Boucharel et la plage du Pébrier sur la côte découpée des Maures à Saint-Aygulf. Le Mont Vinaigre à 618 mètres est le point culminant de commune, suivi par le sommet du Marsaou à 548 mètres. Le site historique de la ville est construit sur un petit promontoire nommée la butte saint Antoine dans la plaine du Reyran.

[] Communes limitrophes

Au sud et au sud-est, Fréjus est baignée par son golfe dans la mer Méditerranée. Au sud-ouest de la station de Saint-Aygulf se trouve le quartier des Issambres dépendant de Roquebrune-sur-Argens. À l'ouest se trouve le village de Roquebrune-sur-Argens, toujours à l'ouest et au nord-ouest la commune est limitrophe du Puget-sur-Argens, au nord du quartier militaire de Caïs se trouve Bagnols-en-Forêt. À l'est de Fréjus ville et plage se trouve Saint-Raphaël, du littoral jusque dans les hauteurs de l'Esterel. Toujours dans l'Esterel, les hameaux de Saint-Jean-de-l'Esterel et Saint-Jean-de-Cannes sont séparés par la route nationale 7 des Adrets-de-l'Esterel au nord-est et de Mandelieu-la-Napoule à l'est.

Puget-sur-Argens Bagnols-en-Forêt Les Adrets-de-l'Estérel
Puget-sur-Argens,
Roquebrune-sur-Argens
N Mandelieu-la-Napoule,
Saint-Raphaël
O    Fréjus    E
S
Roquebrune-sur-Argens,
Les Issambres
Mer Méditerranée,
Golfe de Fréjus
Mer Méditerranée,
Golfe de Fréjus
Enclave: }}

[] Climat

Fréjus est située sur la Côte d'Azur et bénéficie d'un climat méditerranéen aux étés chauds et secs et aux hivers doux et humides. Le mistral souffle parfois bien que la commune soit abritée par les massifs des Maures et de l'Esterel. Elle peut être plus exposée au levant ou au sirocco qui surviennent heureusement rarement. En moyenne annuelle, la température s'établit à 14,4°C avec une moyenne maximale de 19,6°C et une minimale de 9,1°C. Les températures nominales maximales et minimales relevées sont de 28°C en juillet-août et 3°C en décembre et janvier, valeurs douces grâce à la présence de la Méditerranée. L'ensoleillement record s'établit à 2 748 heures par an avec une pointe à 355 heures en août. Autre valeur importante, caractéristique du climat méditerranéen, les précipitations totalisent 823 millimètres sur l'année, très inéquitablement réparties avec moins de quinze millimètres en juillet et plus de cent quinze millimètres en octobre.

Mois Janv. Fév. Mars Avr. Mai Juin Juil. Août Sept. Oct. Nov. Déc. Année
Températures maximales moyennes (°C) 13 13 15 18 21 25 28 28 25 21 16 13 19,6
Températures minimales moyennes (°C) 3 4 5 7 10 14 16 16 14 11 6 3 9,1
Températures moyennes (°C) 8 9 10 13 16 19 22 22 19 16 11 8 14,4
Ensoleillement (h) 147,8 148,9 203,2 252,1 234,9 280,6 310,3 355,5 319,5 247,0 201,5 145,5 2748,1
Moyennes mensuelles de précipitations (mm) 89,6 85,4 72,3 62,1 48,7 37,9 14,6 42,6 59,0 117,0 108,9 85,6 823,4
Source : Climatologie mensuelle à Saint-Raphaël[7].

[] Transports

La gare de Fréjus.
La gare de Fréjus.

Fréjus est accessible en voiture, par l'A 8 (E 80) avec trois sorties : « Puget-sur-Argens-Fréjus quartiers ouest », « Fréjus-Saint-Raphaël » et « Les Adrets-de-l'Estérel » pour les hameaux de Saint-Jean-de-l'Esterel et Saint-Jean-de-Cannes. L'ancienne N 7 (aujourd'hui RD N7 dans le Var) traverse la commune d'ouest en est, l'ancienne N 98 (aujourd'hui RD 98) parcourt le littoral de la commune de Saint-Aygulf à Saint-Raphaël. Un axe continue, composé des N 7 au nord, N 98 au sud, départementale 100 à l'est et départementale 37 à l'ouest, forme une rocade, la départementale 98b et c, qui double la N 98 fait office de pénétrante.

En train, la gare de Fréjus (SNCF) est située sur la ligne Marseille - Vintimille, desservie par les lignes 03 et 06 du TER Provence-Alpes-Côte d'Azur. La gare Fréjus-Saint-Raphaël-auto-couchettes en provenance de Paris-Austerlitz et Paris-Bercy permet encore le transport conjoint des automobiles et des passagers. La gare de Saint-Raphaël-Valescure permet l'accès aux réseaux TGV, iDTGV et Corail Lunéa.

En autobus, la gare routière de la place Paul Vernet est desservie par la ligne 21 du réseau LER PACA, la ligne 104 du réseau départemental Sodetrav, les bus S.V.A. à destination de l'aéroport Nice Côte d'Azur et les lignes 1, 1bis, 2, 3, 5, 6, 7, 9, 10 et 13 du réseau intercommunal AggloBus Fréjus/Saint-Raphaël exploité par Veolia Transport.

En avion, l'aéroport de Cannes - Mandelieu est situé à vingt-deux kilomètres, l'aéroport Nice Côte d'Azur à quarante-six kilomètres, l'aéroport de Toulon - Hyères à soixante et un kilomètres et l'Aéroport de La Môle - Saint-Tropez à trente-trois kilomètres.

En bateau, le service de navettes Bateaux de Saint-Raphaël relie Port-Fréjus, Saint-Aygulf et Saint-Raphaël. Au départ de Port-Fréjus, des vedettes permettent de rallier Saint-Tropez et Cannes.

[] Quartiers et Lieux-dits

Fréjus est divisée en différents quartiers : le centre ancien, la Tour-de-Mare, Valescure, le Capitou, Gallieni, Sainte-Brigitte, les grands ensembles de Villeneuve, l'Agachon, la Gabelle et la Provence, et la récente station balnéaire avec Port-Fréjus et Fréjus-Plage.

S'ajoutent le quartier militaire Lecoq avec les lotissements de Caïs, Vernèdes, Colombier et Montourey, et trois villages éloignés, la station balnéaire de Saint-Aygulf au sud-ouest , les villages du massif de l'Esterel, Saint-Jean-de-Cannes et Saint-Jean-de-l'Esterel au nord-est.

Le quartier de La Gabelle est classé zone urbaine sensible[8], l'Agachon[9], Sainte-Croix[10], Villeneuve[11] et le centre-ville[12] sont des quartiers prioritaires au titre du renouvèlements urbain.

[] Toponymie

Le nom de la commune tire ses origines du nom de la colonie romaine Forum Julii, pouvant se traduire par marché de Jules, devenue Forum Julium au IIe siècle, transformé en Foro Julii depuis la Table de Peutinger et apparaissant sous le nom Frejurio en 1024, la commune trouve son nom actuel à partir de 1416. Avant 1801, le nom s'écrivait Frejus sans accent aigu. La commune est parfois donnée pour être la capitale du Fréjurès.

Le lieu-dit Malpasset tirerait son nom de l'époque où il était risqué de traverser ce passage à travers l'Esterel en diligence à cause des nombreux brigands présents dans les collines.

[] Histoire

Icône de détail Articles détaillés : Histoire de Fréjus et Chronologie de Fréjus.

L'origine de l'occupation de Fréjus remonte sans doute au peuple celto-ligure qui possédait le port naturel d'Ægytna.[13] Des vestiges d'un mur de défense sont encore visibles sur le mont Auriasque[14] et au Bonnet de Capelan.[15] À cette époque, le paysage était différent, la Mer Méditerranée s'avançait deux cent mètres plus dans les terres, la butte de Fréjus en était séparée par des marais, qui se prolongeaient jusqu'au confluent du Reyran et de l'Argens.

[] L'antiquité

Illustration de la ville antique de Forum Julii
Illustration de la ville antique de Forum Julii

Le site de Fréjus présentait de nombreux avantages. La vaste butte protégeait naturellement des inondations du Reyran et des attaques, l'eau était facilement accessible, la Mer Méditerranée à proximité et le n?ud de voies de communication formée par la Via Julia Augusta de l'Italie au Rhône, la Via Domitia qui descendait de Segustero et la route des Maures en faisait un carrefour important. De plus, si les phocéens étaient présents à Agathon et Athénopolis, ils n'occupaient pas la vallée de l'Argens. S'il ne reste que peu de traces d'une cité à cette époque, on sait toutefois que le poète Cornelius Gallus y naquit en 67 avant J.-C..

Voulue par Jules César pour supplanter Massalia, la date exacte de la fondation de Forum Julii, le marché de Jules, est incertaine. La ville existait au moins en 43 avant J.-C. puisqu'elle apparaît dans la correspondance entre Plancus et Cicéron et la date de 49 avant J.-C. reste la plus probable. Simple ville romaine, c'est tout de même à Forum Julii qu'Octave rapatria les galères prises à Marc Antoine lors de la bataille d'Actium en 31 avant J.-C.. Entre 29 et 27 avant J.-C., Forum Julii devint colonie sous le nom de Colonia Octaviorum et reçût dès lors les vétérans de la VIIIe légion. Elle se transforma alors en un marché important d'écoulement d'une production artisanale et agricole.

Carte de 1578 présentant la Gaule romaine et les limites de villes. Forum Julium Colonia y apparaît.
Carte de 1578 présentant la Gaule romaine et les limites de villes. Forum Julium Colonia y apparaît.

Sous le règne d'Auguste, la ville devint alors Forum Iulii Octavanorum colonia, quae Pacensis appellatur et Classica,[16] chef-lieu de la nouvelle province proconsulaire de Gaule narbonnaise en 22 avant J.-C.. À partir de cette époque, la ville commença son développement, son port était la seule base navale de la flotte militaire romaine de Gaule et le second après celui d'Ostie. Plus tard, sous le règne de Tibère, furent construit tous les grands équipements dont subsistent aujourd'hui les vestiges, l'amphithéâtre, l'aqueduc, le phare, les thermes, le théâtre.

Le territoire de la cité, la civitas forojuliensis, s'étendait alors de Cabasse à l'ouest, à Fayence et Mons au nord d'où partait l'aqueduc, jusqu'à la Siagne à l'est qui la séparait d'Antipolis. Elle disposait d'une curie et accueillait six mille habitants. L'agriculture était développée avec des villa rustica à Villepey ou Saint-Raphaël, des exploitations minières de grès vert et porphyre bleu et la pêche en viviers assuraient une économie florissante à la colonie.[17]

En l'an 40, Gnaeus Julius Agricola naquit à Forum Julii. Il acheva la conquête de l'île de Bretagne. Beau-père de l'historien Tacite, le récit de sa vie, un des chefs-d'?uvre de la littérature latine permit d'y évoqué brièvement au début Forum Julii comme une « ancienne et illustre colonie ». La ville a aussi été citée plusieurs fois dans les écrits de Strabon et Pline l'Ancien.

Le IVe siècle vit la constitution de l'évêché de Fréjus, le deuxième de France après celui de Lyon, l'édification de la première église est attestée en 374 avec l'élection de l'évêque Acceptus. En 400, ce fut saint Léonce le nouvel évêque, en tant que vicaire apostolique, il régnait sur une grande partie de la Provence.

[] Le Moyen Âge

Carte de « Fréjus » selon Cassini
Carte de « Fréjus » selon Cassini

Malgré la constitution de l'évêché, l'ensablement du port entraîna le déclin de Frejus. En 572, les lombards ravagèrent la cité, suivis en 574 par les saxons. En 896, les sarrasins firent des incursions jusqu'Apt. À la fin du IXe siècle, la ville était totalement détruite, les habitants avaient fuit dans l'arrière-pays et les sarrasins s'installèrent à Fraxinetum. Cette situation dura jusqu'en 973 où ils furent vaincus par Guillaume Ier de Provence sur terre et les byzantins sur mer. En 990, pour récupérer ses biens, l'évêque Riculphe obtint du comte de Provence la possession de la cité et du port de Frejus. Il fît bâtir la cathédrale Saint-Léonce et fortifier la ville.

En 1138, le port de Frejus offrit l'abri aux marins génois qui avaient l'habitude d'y venir pour une foire.[18] En 1235, le baillie de Frejus fût scellé, il s'étendait de Gonfaron à Cotignac et d'Artignosc-sur-Verdon à la frontière italienne d'alors. Mais sous le règne de Charles Ier de Sicile il fût réduit et le siège transféré à Draguignan. Quatre foires se tenaient à Frejus, le quatrième dimanche après Pâques, le 10 août, le 21 septembre et le 29 septembre.[19] En 1299, Jacques Duèze devint évêque de Frejus, après un passage par Avignon, il devint pape sous le nom de Jean XXII.[20] En 1347, la Peste noire ravagea la Provence et donc Frejus.

En 1471, la ville comptait deux cent soixante six maisons habitées. Une nouvelle invasion de pirates barbaresques, en 1475, vint à nouveau ruiner les efforts de reconstruction. Puis en 1482, alors que la ville était de nouveau menacée par la peste, François de Paule intervint et protégea par un miracle la cité. Dès lors, il devint le saint patron de la commune. C'est aussi à partir de cette date que la mainmise du roi de France sur la Provence et l'installation du parlement à Aix fit perdre à Frejus une grande partie de son indépendance et des droits seigneuriaux des évêques.[21]

[] De la Renaissance à l'Empire

Au début du XVIe siècle, Frejus était un site important de production et commerce du blé. La vigne, la pêche, l'élevage de moutons et la poterie représentaient les autres richesses de l'économie communale. Cette relative richesse permit à Frejus de croître démographiquement, malgré les invasions de 1524 et 1536, la guerre de religion de 1561 à 1563, la commune comptait ainsi plus de six mille habitants vers 1580.[22] Elle fut aussi l'objet de convoitises et querelles entre les évêques et les rois de France. En 1526 et 1565, les évêques perdirent peu à peu de leurs privilèges au profit de la communauté.[23]

C'est en 1536, au cours d'une des guerres qui ont opposé pendant vingt-cinq ans le roi de France François Ier et l'empereur romain germanique et roi d'Espagne Charles Quint, que ce dernier organisa son entrée triomphale dans Frejus, la rebaptisant « Charleville » et l'érigeant en duché. Il y revint en 1537 lors de la signature de la paix de Nice pour ravitailler ses galères.[24] Au cours du règne d'Henri II la ville devint une amirauté.

De 1561 à 1563, les protestants étaient pourchassés et massacrés par une population viscéralement catholique dans ce qui étaient appelés les « Grands Jours de Frejus ». Le calme revint en 1564 à l'occasion de la visite de Charles IX et Catherine de Médicis en Provence.[25] Mais en 1568,[26] entre les deuxième et troisième guerres de religion, le baron de Cipières fut massacré avec trente-cinq cavaliers. Alors qu'ils s?étaient arrêté dans une auberge, un attroupement se forma dans la nuit du 30 juin au 1er juillet aux cris d?« À mort les huguenots ! ». Les consuls négocièrent leur désarmement contre leur sortie sains et saufs, mais à peine dans la rue ils furent massacrés.[27] Gaspard de Villeneuve, baron des Arcs, et gouverneur de la ville, avait juré de les protéger.

Lithographie au crayon : « Bonaparte prend possession du rivage avec seulement 150 hommes, aux acclamations de paysans ».
Lithographie au crayon : « Bonaparte prend possession du rivage avec seulement 150 hommes, aux acclamations de paysans ».

En 1586, l?enceinte fut agrandie, et le roi de France envoya une garnison de gascons. Bien que fervents catholiques, et en contradiction avec leur réaction moins de vingt ans plus tôt, les habitants de Frejus firent appel au marquis de Trans, huguenot, pour qu?il les débarrassa de ces soldats considérés comme étrangers. Ils introduisirent sa troupe de nuit en décembre 1588 et massacrèrent toute la garnison. En octobre 1590, le duc de Savoie qui s?était fait proclamer comte de Provence par les Ligueurs fit une incursion jusqu?à Frejus.[28]

De cette époque à la fin du XVIIIe siècle, la cité périclita. En 1707, le Prince Eugène l'envahît. En 1789, il n'y avait pas de fontaines publiques mais deux puits. La main-d'?uvre manquait, les récoltes ne suffisaient plus à nourrir les habitants qui n'étaient pourtant plus que deux mille cinq cent. Vingt-deux représentants furent choisis pour préparer les États généraux. Finalement, six d'entre eux allèrent à Versailles, dont l'un eu une importance nationale : Emmanuel-Joseph Sieyès.[29] À cause des lois promulguées durant cette période, le clergé perdit sa puissance dans la commune qui était le siège d'un évêché important.[30] Le port qui appartenait à l'évêché était presque totalement ensablé et fût vendu comme bien national. Le nouvel acquéreur choisît de le combler pour en faire des pâtures.

Le 9 octobre 1799, le général Bonaparte de retour de la Campagne d'Égypte débarqua à Saint-Raphaël et s'installa dans un hôtel de Frejus.[31] À cette occasion, la communauté choisit un nouveau blason, moins royaliste et clérical que le premier et glorifiant la personne de l'empereur.[32] Plus tard, en 1808, l'empereur saisît les états pontificaux et ordonna le transfert de Pie VII. Ce dernier sur le trajet de retour vers Savone séjourna dans un hôtel de la commune. Il y revint en 1814 durant son voyage de Savone à Fontainebleau.[33] En 1814, Napoléon séjourna de nouveau à Fréjus avant d'embarquer définitivement à Saint-Raphaël pour l'île d'Elbe.[34]

[] Histoire récente

Un tirailleur sénégalais comme Fréjus en accueillie en 1915.
Un tirailleur sénégalais comme Fréjus en accueillie en 1915.
Embarquement des troupes pour le front.
Embarquement des troupes pour le front.

En 1860, la municipalité décida l'assèchement du marais du Grand Escat, situé entre la vieille ville et la mer. Ceci fait, en 1882 la commune loua les terrains aux pêcheurs qui y construisirent des cabanes de planches. Durant la même période, la station balnéaire de Saint-Aygulf se développa, notamment sous l'influence de Carolus-Duran qui y fit construire une villa et décora des édifices, notamment l'église et par la volonté de la Société du Littoral. Plus tard, les touristes britanniques firent construire des villas et hôtels à Valescure au début du XXe siècle.

En 1905, la nouvelle tradition taurine fit de Fréjus la ville taurine la plus à l'est du Rhône, excentrée de la Camargue. Le 26 octobre 1911 fût décidé la création de la base aéronavale.[35] Le 23 septembre 1913, Roland Garros passa à la postérité pour avoir réussi la première traversée de la Méditerranée en avion entre Fréjus et Bizerte en Tunisie. Puis en 1915, grâce au général Gallieni, résidant de la commune et nouveau ministre de la Guerre, la commune accueillit les régiments coloniaux dans des camps de « transition climatique ». Ces installations militaires continuèrent à s'accroître jusqu'en 1920.[36] En parallèle, dès 1920, le quartier de Fréjus-Plage fût réorganisé pour accueillir les touristes avec la construction d'hôtels, d'un casino et d'établissements de bains. L'importance de la présence militaire provenant d'outre-mer fut l'occasion de construire la pagode Hông Hiên Tu en 1917 et la mosquée Missiri en 1928. En 1926 et 1932, la base aéronavale s'étendit, jusqu'à approcher de l'Argens à l'ouest et de la voie ferrée au nord.

En 1942, alors que l'armée allemande traversait la ligne de démarcation, les italiens traversèrent Fréjus le 12 novembre 1942. Le 27 novembre, la Luftwaffe occupa la base navale.[37] En 1944, une rumeur parcourue la cité : « Napoléon a débarqué ici, les alliés feront de même », rumeur confirmée par un message codé diffusé à la BBC : « Nancy a le torticolis ». Et effectivement, le 15 août 1944, dans le cadre du débarquement de Provence, les plages de Fréjus-Plage et de Villepey virent débarquer les forces de la Camel Red composé de la 36e division d'infanterie américaine.[38] La ville fut fortement bombardée, de nombreux bâtiments furent détruits, mais dès le 18 août, la ville était libérée, l'électricité rétablie pour quelques heures le 22 août, et à partir de la fin du mois, les déblaiements commencèrent.[39] En 1958, Fréjus perdit le siège de l'évêché au profit de Toulon mais gardait la domination sur le diocèse.

Les ruines du barrage de Malpasset en 1988.
Les ruines du barrage de Malpasset en 1988.

Le 2 décembre 1959, après vingt-quatre heures de pluies torrentielles, à 21h13 survint la rupture du barrage de Malpasset et à 21h34, la ville fut dramatiquement touchée par une vague destructrice, qui fit quatre-cent vingt-trois morts, soixante-dix-neuf orphelins et détruisit cent cinquante-cinq bâtiments[40] pour des dégâts estimés à vingt-quatre milliards de francs. La ville fut aidée dans sa reconstruction par l'émission d'un timbre à surtaxe, la Marianne à la nef surchargée. À la suite de cette catastrophe, deux reportages consacrés à Fréjus furent diffusés dans l'émission « Cinq colonnes à la une » le 4 décembre 1959[41] et le 5 février 1960.[42] Le 9 novembre 1961, le général De Gaulle vint à Fréjus en voyage officiel, reçu par le maire de l'époque André Léotard.[43] En 1968, elle devint la ville marraine de l'Escadron de transport 3/60 Estérel lors de sa constitution sur la Base aérienne 107 Villacoublay.

Pont du port de Fréjus.
Pont du port de Fréjus.

Le 1er janvier 1978, le 4e régiment d'infanterie de marine s'installa jusqu'en 1980, année où la commune récupéra certains terrains militaires et où le 21e régiment d'infanterie de marine s'installait dans le quartier de Caïs.[44] Le 6 juin 1987, la convention du dixième anniversaire du Parti républicain se tint à Fréjus alors que le maire d'alors François Léotard en était le président.[45] Il y annonça sa décision de rester au gouvernement alors que Jacques Chirac lui avait demandé de choisir entre son poste de ministre de la Culture ou de militant politique. Le 12 juillet 1989, le bassin de plaisance de Port-Fréjus était inauguré, alors que la première évocation du projet datait de 1948.[46] En novembre 1991, la ville devint la marraine du TCD Foudre de la Marine nationale.

En 1992, la commune participa à la création du réseau Villes et Métiers d'Art.[47] En 1993, elle accueilli des épreuves de la Coupe Davis. Au cours de l'une d'entre elle le 16 juillet 1993, l'équipe indienne battit la France dans les arènes.[48] En 1995, la base aéronavale fut définitivement démantelée au profit de celle d'Hyères, scellant la fin de l'aviation à Fréjus. Dès lors, cet espace fut transformé en Base Nature François Léotard, un vaste espace naturel, sportif et d'exposition.

Le matin du 17 février 2001, neuf cent huit clandestins kurdes s'échouèrent sur les plages de Fréjus. Placés en détention à proximité de la base militaire, trois semaines plus tard, cinq cent d'entre eux avaient déjà échappé à la surveillance des autorités.[49]

[] Démographie

[] Évolution démographique

La démographie de Fréjus depuis le premier recensement des personnes en 1793 laisse apparaître une constante croissance de la population seulement touchée par des « accidents » en 1806 ( près de 300 personnes perdues), 1851 ( près de 500 personnes perdues). Entre 1911 et 1921, la population de Fréjus a plus que doublé, en grande partie grâce à l'implantation des quartiers militaires de Caïs et de la base aéronavale, passant de 4 022 à 9 451 habitants. Au sortir de la Seconde Guerre mondiale, la population fit un nouveau bond à 12 907 personnes, puis lors des recensement de 1962 et 1968, les rapatriés d'Algérie française firent grimper la population à 16 953 puis 23 629 forojuliens. À partir des années 1970, la construction de nombreux quartiers (Villeneuve, Agachon, Gabelle...) firent augmenter la population jusqu'à approcher en 2005 les cinquante mille habitants, faisant de Fréjus la commune la plus peuplée de l'est Var. En 1999, 8,9 % des Forojuliens étaient étrangers, 13,9 % des foyers étaient composés de familles monoparentales[50].

Évolution démographique
1793 1800 1806 1821 1831 1836 1841 1846