François Ier de France
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| François Ier | ||
| Roi de France | ||
| François Ier en 1530 par Jean Clouet, Musée du Louvre | ||
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| Règne | ||
| 1er janvier 1515 - 31 mars 1547 | ||
| Sacre | 25 janvier 1515, en la cathédrale de Reims | |
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| Dynastie | Valois Angoulême | |
| Titre complet | Roi de France (1515-1547) Comte d?Angoulême (1496-1515) Duc de Valois (1498-1515) Duc d?Orléans (1514-1515) Duc de Romorantin (1498-1515) Duc de Milan, Seigneur de Parme et de Plaisance (1515-1521) (1524-1525) (1527-1529) Comte de Civray-en-Poitou (1498-1515) Baron de Fère-en-Tardenois (1507-1515) |
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| Prédécesseur | Louis XII | |
| Successeur | Henri II | |
| Héritier | Henri II | |
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| Biographie | ||
| Nom de naissance | François de France | |
| Naissance | 12 septembre 1494 | |
| Décès | 31 mars 1547 | |
| Père | Charles d?Angoulême | |
| Mère | Louise de Savoie | |
| Conjoint(s) | Claude de France puis Éléonore de Habsbourg |
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| Descendance | Louise (1515 - 1518) Charlotte (1516 - 1524) François (1518 - 1536) Henri II Madeleine (1520 - 1537) Charles (1522 - 1545) Marguerite (1523 - 1574) enfant illégitime : Nicolas d?Estouteville |
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| Résidence(s) | Château de Blois, de Fontainebleau, de Saint-Germain-en-Laye et de Chambord | |
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| Autres fonctions | ||
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| Rois de France | ||
François Ier (1494 - 1547), dit le Père et Restaurateur des Lettres, le Roi Chevalier, le Roi Guerrier, le Grand Colas, le Bonhomme Colas ou encore François au Grand Nez[1], est sacré roi de France le 25 janvier 1515 dans la cathédrale de Reims, et règne jusqu?à sa mort en 1547. Fils de Charles d?Angoulême et de Louise de Savoie, il appartient à la branche de Valois-Angoulême de la dynastie capétienne.
François Ier est considéré comme le monarque emblématique de la période de la Renaissance française[2]. Son règne permet un développement important des arts et des lettres en France.
Sur le plan militaire et politique, le règne de François Ier est ponctué de guerres et d?importants faits diplomatiques.
Il a un puissant rival en la personne de Charles Quint et doit compter sur les intérêts diplomatiques du roi Henri VIII d?Angleterre toujours désireux de se positionner en allié de l?un ou l?autre camp. François Ier enregistre succès et défaites mais interdit à son ennemi impérial de concrétiser ses rêves, dont la réalisation toucherait l?intégrité du royaume. Les efforts des deux souverains catholiques pour se combattre l?un l?autre ont de lourdes conséquences pour l?Occident chrétien en limitant la répression de la Réforme naissante.
Au plan intérieur, son règne coïncide en effet avec l'accélération de la diffusion des idées de la Réforme. La mise en place de la monarchie absolue et les besoins financiers liés à la guerre et au développement des arts induisent la nécessité de contrôler et optimiser la gestion de l'état et du territoire. François Ier introduit une série de réformes touchant à l'administration du pouvoir et en particulier à l'amélioration du rendement de l'impôt, réformes mises en ?uvre et poursuivies sous le règne de son successeur Henri II.
[] Biographie
[] Jeunesse et éducation
François Ier est né le 12 septembre 1494 à Cognac (Charente). Son prénom lui vient de son parrain, François de la Rochefoucauld[3]. Son père Charles d?Angoulême, que François n?a pas connu, était le cousin germain du roi Louis XII et le petit-fils de la duchesse de Milan Valentine Visconti.
Faute d?héritier, Louis XII avait fait venir à la cour d'Amboise le petit François, accompagné de sa mère Louise de Savoie et de sa s?ur aînée Marguerite. C?est dans ce château et sur les bords de la Loire que François grandit.
Louise de Savoie, veuve à dix-neuf ans en 1495 alors que François n?a que 2 ans, élève seule ses deux enfants. Enfant, il s?entoure de compagnons qui resteront influents dans sa vie adulte tels Anne de Montmorency, Martin de Montchenu, Philippe de Brion et Robert de La Marck, seigneur de Sedan[4], à qui on doit une description de leurs jeux et activités. En 1502, François tombe de cheval et se retrouve dans un état critique. Sa mère en tombe presque malade et ne vit que pour la guérison de celui qu?elle appelle son « César ».
Quand François accède au trône en 1515, il a 20 ans et la réputation d?être un humaniste. Il choisit comme emblème la salamandre. Son entrée dans Paris le 15 février 1515, donne le ton de son règne. Vêtu d?un costume en toile d?argent et incrusté de joyaux, il fait cabrer son cheval et jette des pièces de monnaie à la foule[5]. Alors que ses deux prédécesseurs, Charles VIII et Louis XII, ont consacré beaucoup de temps à l?Italie, ils n?ont pas saisi le mouvement artistique et culturel qui s?y développait. Ils ont néanmoins planté le décor qui permet l?épanouissement ultérieur de la Renaissance en France.
Le contact entre les cultures italienne et française pendant la longue période des campagnes d?Italie introduit de nouvelles idées en France au moment où François reçoit son éducation. Nombre de ses précepteurs, notamment François Desmoulins, son professeur de latin (langue que François aura beaucoup de mal à assimiler), l?italien Gian Francesco Conti, et Christophe Longueuil inculquent au jeune François un enseignement très inspiré de la pensée italienne. La mère de François s?intéresse également de près à l?art de la Renaissance et transmet cette passion à son fils qui, durant son règne, maîtrise la langue italienne à la perfection. On ne peut affirmer que François reçoit une éducation humaniste; en revanche, il reçoit une éducation qui le sensibilise, plus que tout autre de ses prédécesseurs, à ce mouvement intellectuel.
[] Un prince de la Renaissance
[] Le mécène et les artistes
À l?époque où François Ier accède au trône, les idées de la Renaissance italienne se sont diffusées en France et le roi contribue à cette diffusion. Il commande de nombreux travaux à des artistes qu?il fait venir en France. Plusieurs travaillent pour lui, dont les plus grands comme Andrea del Sarto et Leonardo da Vinci François Ier manifeste une véritable affection pour le vieil homme, qu?il appelle « mon père » et qu?il installe au Clos Lucé, à portée du château royal d?Amboise. Vinci apporte dans ses malles ses ?uvres les plus célèbres tels La Joconde, La Vierge, l'Enfant Jésus et sainte Anne, Saint Jean Baptiste. Le roi lui confie diverses missions comme l?organisation des fêtes de la Cour à Amboise, la création de costumes ainsi que l?étude de divers projets. Vinci reste en France de 1516 jusqu?à sa mort en 1519 dans les bras du roi selon une légende battue en brèche par certains documents historiques[6].
On peut citer aussi l?orfèvre Benvenuto Cellini et les peintres Rosso Fiorentino et Le Primatice[7], chargés de nombreux travaux dans les différents châteaux de la couronne. François Ier emploie de nombreux agents comme Pierre l?Arétin, chargés d?amener en France les ?uvres de maîtres italiens comme Michel-Ange, Titien et Raphaël. C?est pendant le règne de François Ier que la collection d??uvres d?art des rois de France, aujourd?hui exposée au Louvre, commence réellement.
[] Le protecteur des Lettres
Ces progrès favorisent la publication d?un nombre croissant de livres. En 1518, François Ier décide la création d?un grand « cabinet de livres » abrité à Blois et confié au poète de la Cour Mellin de Saint-Gelais. En 1536, interdiction est faite de « vendre ou envoyer en pays étranger, aucuns livres ou cahiers en quelques langues qu?ils soient, sans en avoir remis un exemplaire ès mains des gardes de la Bibliothèque Royale »[8], bibliothèque dont il nomme intendant l?humaniste Guillaume Budé avec mission d?en accroître la collection. C?est en 1540 qu?il charge Guillaume Pellicier, ambassadeur à Venise, d?acheter et faire reproduire le plus possible de manuscrits vénitiens.
À l?instigation de Guillaume Budé, il fonde le corps des « Lecteurs Royaux », abrité dans le « Collège Royal » (ou « Collège des trois langues », futur « Collège de France »). Bien que décidée par François Ier, la construction du bâtiment, confiée à l?architecte Jean-François Chalgrin, ne se concrétise pas avant la régence de Marie de Médicis, près d?un siècle plus tard. Parmi les lecteurs royaux, on compte Barthélemy Masson, qui enseigne le latin, et le géographe et astronome Oronce Fine, en charge des mathématiques. Il favorise le développement de l?imprimerie en France et fonde l?Imprimerie Royale dans laquelle ?uvrent des imprimeurs comme Josse Bade et Robert Estienne. En 1530, il nomme l?imprimeur Geoffroy Tory « imprimeur du roi », charge qui passe en 1533 à Olivier Mallard, puis en 1544 à Denys Janot. Grâce au graveur et fondeur Claude Garamond, l?imprimerie royale innove dans une écriture à caractères de type romain plus lisible.
De nombreuses bibliothèques privées voient ainsi le jour : Emard Nicolaï, président de la Chambre des comptes possède une vingtaine d?ouvrages. 500 volumes appartiennent au président du parlement, Pierre Lizet, 579 livres constituent la bibliothèque de son confrère André Baudry, 775 chez l?aumônier du roi, Gaston Olivier, 886 pour l?avocat Leferon, au moins 3 000 chez Jean du Tillet et plusieurs milliers chez Antoine Duprat.
François Ier subventionne des poètes tels Clément Marot et Claude Chapuys et compose lui-même quelques poésies - bien que Mellin de Saint-Gélais soit soupçonné d?être l?auteur de certains poèmes dont François Ier s?attribue la paternité[8] - qui sont publiées ainsi que quelques-unes de ses « Lettres ».[9]
Sa s?ur aînée, Marguerite, mariée au roi de Navarre, est également une fervente admiratrice des lettres et protège de nombreux écrivains comme Rabelais et Bonaventure Des Périers. Elle figure aussi dans la liste des lettrés de la cour, étant l?auteur de nombreux poèmes et essais tels La Navire, et Les Prisons. Elle publie également un volumineux recueil intitulé Les Marguerites de La Marguerite des princesses qui reprend l?ensemble de ses écrits. Mais son ?uvre maîtresse reste l?Heptaméron, un recueil de contes inachevés publiés après sa mort.
[] Le bâtisseur
François Ier est un bâtisseur acharné et dépense sans compter dans la construction de nouveaux bâtiments. Il poursuit le travail de ses prédécesseurs au château d?Amboise, mais surtout au château de Blois[10]. Par des travaux qui durent dix ans, il fait ajouter deux nouvelles ailes à ce dernier, dont l?une abrite le fameux escalier, et modernise son intérieur avec des boiseries et des décorations à base d?arabesques propres à la nouvelle mode italienne.
Au début de son règne, il entame la construction du château de Chambord, sur un domaine de chasse acquis par Louis XII. Il est fortement influencé par la renaissance italienne : Léonard de Vinci participe vraisemblablement à ses plans, ainsi que l?architecte italien Boccador, à qui on doit le donjon de ce château.
François Ier tente de reconstruire le Louvre, faisant détruire la tour médiévale de la sombre forteresse de Philippe Auguste. Il demande la construction d?un nouvel Hôtel de Ville pour Paris dans le but d?influencer les choix architecturaux, qui seront d?ailleurs mis en ?uvre par Boccador et Pierre Chambiges. En 1528, dans le bois de Boulogne, il fait édifier le château de Madrid, sous la direction de Girolamo de Robbia, qui évoque par sa structure la demeure que François Ier a occupée pendant son emprisonnement en Espagne. Il fait également construire, sous la direction de Pierre Chambiges, le château de Saint-Germain-en-Laye ainsi qu?un château de chasse, le château de la Muette, dans la forêt de Saint-Germain. Il fait aussi ouvrir les chantiers des châteaux de Villers-Cotterêts vers 1530, de Folembray en 1538, et de Challuau en 1542. En tout, près de 7 châteaux seront construits et remaniés en 15 ans[11].
Le plus grand des projets de François Ier est la reconstruction quasiment complète (seul le donjon du château antérieur est conservé) du château de Fontainebleau, qui devient rapidement son lieu de résidence favori. Les travaux s?étendent sur une quinzaine d?années pour constituer ce que François Ier veut être l?écrin de ses trésors italiens (tapisseries dessinées par Raphaël, bronze d?Hercule réalisé par Michel-Ange, décoration de la galerie François Ier par Rosso Fiorentino, autres décorations de Giovanni Battista Rosso et Le Primatice autour desquels s?est formée la prestigieuse école de Fontainebleau).
Il confie également à Léonard de Vinci l?élaboration des plans du nouveau château de Romorantin dans lesquels l?artiste reprend les plans de sa cité idéale de Milan. Le projet est néanmoins abandonné en 1519, les ouvriers du chantier étant atteints par une épidémie.
Chacun des ambitieux projets royaux bénéficie de somptueuses décorations tant extérieures qu?intérieures. Il décide en 1517 de la fondation d?un nouveau port, initialement appelé « Franciscopolis » mais que l?existence d?une chapelle sur le site choisi pour sa construction fera renommer « Le Havre de Grâce ».
[] Politique extérieure
La politique extérieure de la France sous François Ier est tout entière dominée par la rivalité avec la maison de Habsbourg, en la personne de Charles Quint, héritier de l?empereur Maximilien Ier du Saint Empire, son grand-père, et de l?empire espagnol par sa mère Jeanne la Folle. Durant la période pendant laquelle s?affrontent la maison de France (François Ier puis Henri II) et le Saint-Empire, les autres pays européens font figure de comparses: l?Angleterre d?Henri VIII, les États pontificaux et autres principautés italiennes comme les duchés de Ferrare et de Modène (sous les Este), le duché de Parme-et-Plaisance, le duché d?Urbin (sous les Médicis).
Charles de Habsbourg, est à la tête d?un véritable empire :
- Par son père Philippe le Beau, lui-même fils de Maximilien et de Marie de Bourgogne (fille de Charles le Téméraire), il possède l?Autriche, les Dix-sept Provinces (Pays-Bas bourguignons, Flandre, Artois, Franche-Comté, etc.).
- Par sa mère Jeanne la Folle (fille des rois catholiques), il hérite de l?Espagne (unification des royaumes de Castille, d?Aragon et de Grenade) et de ses possessions américaines, ainsi que du Royaume de Naples.
- À la mort de son grand-père Maximilien Ier en 1519, Charles est le favori pour sa succession au titre d?empereur romain germanique.
| Charles Quint | Père : Philippe Ier de Castille |
Grand-père paternel : Maximilien de Habsbourg |
Arrière-grand-père paternel : Frédéric III de Habsbourg |
| Arrière-grand-mère paternelle : Aliénor de Portugal |
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| Grand-mère paternelle : Marie de Bourgogne |
Arrière-grand-père paternel : Charles le Téméraire |
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| Arrière-grand-mère paternelle : Isabelle de Bourbon |
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| Mère : Jeanne Ire d?Espagne |
Grand-père maternel : Ferdinand II d?Aragon |
Arrière-grand-père maternel : Jean II d?Aragon |
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| Arrière-grand-mère maternelle : Jeanne Enríquez |
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| Grand-mère maternelle : Isabelle Ire de Castille |
Arrière-grand-père maternel : Jean II de Castille |
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| Arrière-grand-mère maternelle : Isabelle du Portugal |
Une fois empereur (1519), Charles a deux ambitions complémentaires:
- Une ambition personnelle qui lui tient particulièrement à c?ur depuis sa jeunesse flamande, la récupération du duché de Bourgogne possession de son arrière-grand-père Charles le Téméraire. Cette revendication, pour laquelle il n?obtiendra jamais satisfaction, ne repose sur aucune base juridique : le duché de Bourgogne avait été reçu en apanage par Philippe le Hardi de son père Jean le Bon. À partir du moment où ce fief ne pouvait être hérité par un descendant mâle de l?apanagiste, et que Charles le Téméraire, descendant de Philippe le Hardi, n?avait eu qu?une fille, le duché revenait automatiquement au domaine royal dont il était un démembrement.
- Une ambition impériale d?une Europe dominée par les Habsbourg, dans lequel il jouera le rôle de défenseur de l?Église Romaine.
Ces deux ambitions ne pouvaient que se heurter à l?hostilité de François Ier, gardien de l?intégrité du domaine royal et roi d?une France aux fortes ambitions héritées de ses prédécesseurs, en particulier sur le territoire morcelé de l?Italie de la Renaissance. Comme Charles VIII et Louis XII, François n?aura de cesse de tenter d?installer son pouvoir sur la péninsule en commençant par la reconquête du duché de Milan dont il estime tenir les droits par son arrière-grand-mère Valentine Visconti, duchesse de Milan et épouse de Louis d?Orléans.
[] Conquête du Milanais
Louis XII avait dû reculer face aux attaques de la Sainte Ligue. Peu de temps avant le règne de François Ier, deux des éléments essentiels de cette ligue reviennent à de meilleures sentiments envers le royaume de France : Henri VIII signe en 1514 le traité de paix et d?alliance de Tournai et le pape Léon X, élu en 1513, envisage des relations avec la France moins tumultueuses que celles de son prédécesseur Jules II. Le traité de Dijon n?ayant jamais été ratifié par Louis XII, François Ier ne s?estime pas tenu par les clauses prévoyant la renonciation des droits de sa famille sur le duché de Milan et passe une alliance avec la république de Venise. Du côté du Saint Empire Romain Germanique, le futur Charles Quint est alors seigneur des Pays-Bas bourguignons et l?empereur Maximilien Ier est concentré sur sa diplomatie vers l?est (Bohême, Hongrie, Pologne et Lituanie). L?opposition aux visées du roi de France se limite donc en réalité au duc de Milan Maximilien Sforza, officiellement mais faiblement soutenu par le pape, et son allié le Cardinal Matthieu Schiner, artisan de l?alliance entre les cantons suisses et Jules II, et futur conseiller de Charles Quint.
Au printemps 1515, François Ier ordonne la concentration des troupes à Grenoble et une armée de 30 000 hommes marche sur l?Italie. Solidement établis à Suze, les Suisses tiennent la route habituelle du Mont-Cenis et l?armée franchit les Alpes par une route secondaire proche d?Argentière, y compris les chevaux et l?artillerie (60 canons de bronze) avec l?aide technique de l?officier et ingénieur militaire Pedro Navarro. Dans la plaine du Piémont, une partie de l?armée suisse prend peur et propose, le 8 septembre à Gallarate, de passer au service de la France. Schinner réussit à regagner les dissidents à sa cause et s?avance à leur tête jusqu?au village de Melegnano (en français, Marignan), à 16 kilomètres de Milan. La bataille qui s?engage reste longtemps indécise mais l?artillerie française, efficace contre les fantassins suisses, les forces d?appoint vénitiennes et la furia francese finissent par faire pencher la balance du côté de François Ier, qui emporte cet affrontement décisif. Contrairement à une légende tenace mais malheureusement apocryphe (développée à partir de 1525 pour des raisons de prestige d?une royauté chancelante), il ne se fait pas armer chevalier par Bayard sur le champ de bataille.
Cette victoire apporte renommée au roi de France dès le début de son règne. Les conséquences diplomatiques sont nombreuses :
- François Ier prend rapidement le contrôle de la Lombardie.
- Il signe la paix perpétuelle de Fribourg le 29 novembre 1516 avec les cantons suisses. Ce traité restera en vigueur jusqu?à la fin de la monarchie en France.
- Le 13 août 1516, François Ier et le jeune roi des Espagnes Charles Ier, futur Charles Quint, signent le traité de Noyon qui confirme à François Ier la possession du Milanais, qui restitue la Navarre à Henri d?Albret[13] et qui promet à Charles la main de la fille aînée du roi de France, Louise, alors âgée d?un an (mais qui ne survivra pas à son troisième anniversaire). Dans la dot de la future mariée sont inclus les droits sur le royaume de Naples.
- Antoine Duprat signe en son nom le concordat de Bologne le 18 août 1516. Ce concordat régira les relations entre le royaume de France et la Papauté jusqu?à la Révolution française. Désormais, le roi nomme les évêques, archevêques et cardinaux, qui sont par la suite confirmés par le pape.
[] La compétition pour la couronne impériale
Le 12 janvier 1519, la mort de Maximilien ouvre la succession à la couronne impériale. Cette couronne apporte à son titulaire un surcroît de prestige et un certain poids diplomatique mais n?ajoute aucun contrôle territorial. Charles Ier d?Espagne, élevé dans cette perspective, est le candidat naturel à la succession de son grand-père et doit affronter le roi Henri VIII d?Angleterre, le duc albertin Georges de Saxe, dit le Barbu, et François Ier. La candidature de ce dernier répond à une double ambition :
- Éviter que le souverain qui contrôle déjà plus de la moitié de l?Europe et le Nouveau Monde ibérique se voie auréolé d?un prestige diplomatique supplémentaire et parvienne à réaliser son rêve avoué de constituer un nouvel empire de Charlemagne.
- Revendiquer ce surcroît de prestige pour lui-même, comme l?ont tenté avant lui Philippe le Hardi et Charles de Valois.
La compétition se résume vite à un duel François contre Charles. Pour convaincre les sept princes-électeurs allemands, les rivaux useront tour à tour de la propagande et d?arguments sonnants et trébuchants. Le parti autrichien présente le roi d?Espagne comme issu du véritable "estoc" (lignage), mais la clef de l?élection réside essentiellement dans la capacité des candidats à acheter les princes-électeurs. Les écus français s?opposent aux florins et ducats allemands et espagnols mais Charles bénéficie de l?appui déterminant de Jakob Fugger, richissime banquier d?Augsbourg, qui émet des lettres de change payables après l?élection et « pourvu que soit élu Charles d?Espagne ». Charles Quint est élu Roi des Romains le 28 juin 1519 et est sacré empereur à Aix-la-Chapelle le 23 octobre 1520[14]. Sa devise « Toujours plus oultre » correspond à son ambition de monarchie universelle d?inspiration carolingienne alors qu?il est déjà à la tête d?un empire « sur lequel le soleil ne se couche jamais » mais néanmoins très hétérogène.
[] Bourgogne, Italie et Provence
Bien entendu, l?élection impériale n?apaise en rien les tensions continuelles entre François Ier et Charles Quint. D?importants efforts diplomatiques sont déployés pour constituer ou consolider le réseau d?alliance de chacun. En juin 1520, François Ier organise la rencontre du Camp du Drap d?Or avec Henri VIII mais échoue, vraisemblablement par excès de faste et manque de subtilité diplomatique, à concrétiser un traité d?alliance avec l?Angleterre. De son côté, Charles Quint, neveu de la reine d?Angleterre, avec l?aide du cardinal Thomas Wolsey à qui il fait miroiter l?élévation au pontificat, obtient la signature d?un accord secret contre la France au traité de Bruges. Comme aima à le souligner Henri VIII, « Qui je défends est maître ».
Toujours avec pour objectif de conquérir la Bourgogne, les armées de l?empereur mènent l?offensive au nord et au sud. En 1521, Franz von Sickingen et le comte Philippe Ier de Nassau obligent Bayard à s?enfermer dans Mézières assiégée qu?il défendra sans capituler malgré les canonnades et les assauts[15]. Le sort des armes est moins favorable sur le front italien où les troupes du maréchal Odet de Foix, vicomte de Lautrec, sont décimées par l?armée commandée par François II Sforza et Prospero Colonna lors de la bataille de la Bicoque. Toute la province se soulève alors en réaction au gouvernement oppressif du maréchal: la France perd le Milanais en avril 1522.
L?année 1523 est également le théâtre d?une affaire initialement franco-française mais dont les conséquences dépassent les frontières du royaume. Le connétable Charles de Bourbon, en butte depuis son veuvage (1521) aux man?uvres de François Ier pour satisfaire les revendications de Louise de Savoie sur le Bourbonnais et la vicomté de Châtellerault[16], s?accorde avec Charles Quint et passe à son service pour devenir lieutenant général de ses armées.
De cet Héros françois fut le proye et l'honneur
Et sans la dure mort qui borna son bonheur
Le Monde estoit à luy, ayant le chef du Monde
Cette défection retarde la contre-offensive de François Ier. En 1524, Guillaume Gouffier de Bonnivet prend la tête de l?armée qui doit reconquérir Milan mais trouve Charles de Bourbon sur son chemin, doit se retirer sur la Sesia. Blessé, il confie son arrière-garde à Bayard, qui succombe lui-même le 30 avril 1524. La voie est ouverte aux armées impériales pour une invasion par la route de Lyon, offensive préconisée par Charles de Bourbon. Charles Quint préfère attaquer par la Provence et, en août et septembre 1524, fait mettre le siège devant Marseille, qu?il échoue à prendre. François Ier en profite pour reprendre l?initiative et conduit lui-même son armée au-delà des Alpes pour arriver le 28 octobre sous les murs de Pavie. La ville est défendue par Antonio de Leiva et reçoit les renforts du vice-roi de Naples, Charles de Lannoy. Mal conseillé par Bonnivet et malgré l?avis de Louis de la Trémoille, François Ier engage la bataille dans la hâte. L?artillerie, mal positionnée, doit cesser le feu sous peine de tirer dans les rangs français. L?armée ne peut résister aux troupes impériales; Bonnivet, La Palice et La Trémoille sont tués. François Ier remet son épée à Charles de Lannoy et reste prisonnier jusqu?à la signature, [17] le 14 janvier 1526, du traité de Madrid.
Aux termes de ce traité, François Ier doit céder le duché de Bourgogne et le Charolais, renoncer à toute revendication sur l?Italie, les Flandres et l?Artois, réintégrer Charles de Bourbon au sein du royaume de France et restituer ses terres, et épouser Éléonore de Habsbourg, s?ur de Charles. François est libéré en échange de ses deux fils aînés, le dauphin François de France et Henri de France (futur Henri II).
Charles Quint ne tire pas grand profit de ce traité, que François avait d?ailleurs jugé bon de déclarer inexécutable la veille de sa signature. Le 8 juin, les états de Bourgogne déclarent solennellement que la province entend rester française. De surcroît, Louise de Savoie n?étant pas restée inactive pendant sa régence, une ligue contre l?empire est scellée à Cognac, à laquelle participent la France, l?Angleterre, le pape et les principautés italiennes (Milan, Venise et Florence). Le 6 juin 1527, Charles de Bourbon meurt à Rome lors de son sac par les troupes impériales sous son commandement. Ces circonstances qui semblent rééquilibrer les forces amènent Charles Quint et François Ier à laisser Marguerite d?Autriche, tante de l?empereur, et Louise de Savoie, mère du roi, négocier un traité qui amende celui de Madrid: le 3 août 1529, à Cambrai, est signé la "Paix des Dames", qui sera ratifiée par les deux souverains. François Ier épouse Éléonore veuve du roi du Portugal, s?ur de Charles, recouvre ses enfants moyennant une rançon de 2 000 000 écus et garde la Bourgogne; en revanche, il renonce à l?Artois, à la Flandre et à ses vues sur l?Italie.
[] Nouvelles alliances : les princes protestants et l'Empire ottoman
En fait, François Ier n?abandonne pas ses prétentions et s?ouvre à de nouvelles alliances quelques peu surprenantes pour un roi très chrétien.
François Ier entend profiter des dissensions internes de l?Empire et signe, le 26 octobre 1531 à Saalfeld, un traité d?alliance avec la ligue de Schmalkalden. La France ne rejoint pas la ligue mais promet une aide financière.
À l?extérieur de l?Empire, François Ier s?entend avec les Ottomans de Soliman le Magnifique pour combattre Charles Quint. Aucun traité d?alliance proprement dit n?est signé entre la France et les Ottomans, mais une coopération étroite permet aux deux puissances de combattre efficacement la flotte espagnole en Méditerranée au grand scandale de l?Europe chrétienne. Soulignons que François Ier use d?un intermédiaire pour discuter avec le sultan : il s?agit d?un des premiers cas connus de l?usage de diplomates pour négocier et non transmettre un simple message. Celui-ci, par précaution, est quand même emprisonné pendant un an à Istanbul[18].
En 1535, la France devient la première puissance européenne à obtenir des privilèges commerciaux en Turquie dits capitulations. Ceux-ci autorisent les navires français à naviguer librement dans les eaux ottomanes sous le pavillon fleurdelisé et chaque navire appartenant aux autres pays a l?obligation de battre pavillon français et demander la protection des consuls français pour commercer. Outre cela, la France obtint le droit de posséder une chapelle d?ambassade[19] à Istanbul dans le quartier Galata. Ces privilèges assurent également une certaine protection de la France sur les populations catholiques de l?Empire ottoman.
[] Dernières tentatives italiennes et bourguignonnes
L?empereur et le pape finissent par aplanir leur différends: en 1530, à Bologne, Charles Quint reçoit la couronne impériale des mains de Clément VII. Le 7 août, François Ier épouse la s?ur de Charles Quint, Éléonore de Habsbourg, veuve du roi Manuel Ier de Portugal.
En 1535, à la mort du duc de Milan François II Sforza, François Ier revendique l?héritage du duché. Au début de 1536, 40 000 soldats français envahissent le duché de Savoie et s?arrêtent à la frontière lombarde, dans l?attente d?une éventuelle solution négociée. En juin, Charles Quint riposte et envahit la Provence mais se heurte à la défense du connétable Anne de Montmorency. Grâce à l?intercession du pape Paul III, élu en 1534 et partisan d?une réconciliation entre les deux souverains, le roi et l?empereur signent le 18 juin 1537 la Paix de Nice et se réconcilient lors de l'entrevue d'Aigues-Mortes le 15 juillet 1538, promettant de s?unir face au danger protestant. En signe de bonne volonté, François Ier autorise même le libre passage à travers la France afin que Charles Quint puisse aller mater une insurrection à Gand.
Charles Quint ayant refusé, malgré ses engagements, l?investiture du duché de Milan à un des fils du roi, une nouvelle guerre éclate en 1542. Le 11 avril 1544, François de Bourbon-Condé, comte d?Enghien, à la tête des troupes françaises, défait le marquis Alfonso de Avalos, lieutenant général des armées de Charles Quint à la bataille de Cérisoles. Cependant, les troupes impériales, avec plus de 40 000 hommes et 62 pièces d?artillerie, ont traversé la Lorraine, les Trois-Évêchés et franchi la frontière. Mi-juillet, une partie des troupes assiège la place forte de Saint-Dizier, tandis que le gros de l?armée poursuit sa marche vers Paris. De graves problèmes financiers empêchent l?empereur de solder ses troupes, où se multiplient les désertions. De son côté, François Ier doit également faire face au manque de ressources financières ainsi qu?à la pression des Anglais qui assiègent et prennent Boulogne-sur-Mer. Les deux souverains finissent par consentir à une paix définitive en 1544. Le traité de Crépy-en-Laonnois reprend l?essentiel de la trêve signée en 1538. La France perd sa suzeraineté sur la Flandre et l?Artois et renonce à ses prétentions sur le Milanais et sur Naples, mais conserve temporairement la Savoie et le Piémont. Charles Quint abandonne la Bourgogne et ses dépendances et donne une de ses filles en mariage, dotée du Milanais en apanage, à Charles, duc d?Orléans et deuxième fils du roi.
[] Les relations personnelles avec Charles Quint
Bien que François Ier et Charles Quint ne s?apprécient guère, ils se témoignent en public tout le respect qui s?impose lors de visites officielles. Ainsi, François Ier reçoit plusieurs fois Charles Quint, notamment au Louvre, juste avant que les travaux du nouveau Louvre ne commencent. En janvier 1540, Charles Quint demandant à François Ier de le laisser traverser la France pour mater une révolte en Flandres, est reçu par le roi et, accompagné de celui-ci, fait une entrée à Paris, après être passé par Bordeaux, Poitiers, et Orléans. Il visite ainsi Fontainebleau, où François Ier lui fait découvrir la nouvelle galerie récemment achevée. La communication politique et la diplomatie sont ainsi érigées en outil de parade visant à impressionner l?adversaire.
Les deux chefs d?État cherchent aussi à créer des liens familiaux pour donner un sentiment de paix et d?entente. François Ier offre sa fille Louise (morte en bas âge) en mariage à Charles Quint, et ce dernier est à l?origine du mariage de sa s?ur Éléonore avec François Ier en 1530.
