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Impérialisme_linguistique

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L'impérialisme linguistique est la domination culturelle au moyen de la langue. Ce phénomène est une partie du phénomène plus général d'impérialisme culturel qui englobe l'imposition des modes de vie, de l'éducation, de la musique, etc. d'un groupe social sur un autre. Il doit être distingué de la domination linguistique, la différence étant d'ordre idéologique : l'impérialisme linguistique est une volonté, la domination d'une langue est un état de fait, souvent la conséquence du précédent, mais pas systématiquement.

Du fait de sa connotation idéologique, l'expression « impérialisme linguistique » est souvent considérée comme péjorative. La définir est délicat, car interfèrent souvent des considérations politiques, notamment en rapport avec la puissance politique, économique et militaire des nations dominantes. Bien qu'elle puisse théoriquement concerner n'importe quelle langue, elle s'applique le plus généralement de nos jours au cas de l'anglais.

L'impérialisme linguistique peut être le fait d'une puissance coloniale qui marginalise les langues locales, qui risquent alors de tomber en désuétude, voire de s'éteindre. Cela peut consister à véhiculer certaines idées au moyen de la langue elle-même, par l'imposition de termes prescrits (comme « camarade » en Union soviétique) ou par des modes particuliers. Ainsi en coréen, il est impossible de s'adresser à un interlocuteur sans faire référence, par les formes verbales, à sa place dans la hiérarchie sociale, selon qu'il vous est ou non supérieur.

Sommaire

[] L'impérialisme linguistique et la langue anglo-américaine

[] Le débat

Depuis le début des années 1990, l'expression a fait florès, particulièrement dans le domaine de la linguistique appliquée à l'anglais. L'ouvrage de Robert Phillipson, intitulé Linguistic Imperialism professeur d?anglais à l?Université de Roskilde au Danemark, a contribué à populariser le terme. Phillipson définit l'impérialisme linguistique anglophone comme « la domination affirmée et maintenue par l'ordre établi, et la reconstitution continue d'inégalités structurelles et culturelles entre l'anglais et les autres langues ».

Sa théorie de l'impérialisme linguistique s'inscrit dans le cadre de la théorie de l'impérialisme de Johan Galtung et de la notion d'hégémonie culturelle d'Antonio Gramsci. Philippson critique la diffusion historique de l'anglais comme langue internationale et la manière dont elle continue à maintenir sa domination actuelle, en particulier dans un contexte post-colonial comme en Inde, au Pakistan, en Ouganda, au Zimbabwe, etc., mais également de plus en plus dans un contexte qu'il qualifie de « néo-colonial » en parlant de l'Europe continentale.

Le constat de Phillipson est que dans un pays dont l'anglais n'est pas la langue maternelle, cette langue devient souvent la langue des « élites ». Ceux qui peuvent le parler peuvent accéder à des postes à responsabilité dans les lieux de pouvoir et d'influence, comme aux Nations unies, à la Banque Mondiale, à la Banque Centrale Européenne, etc. Les anglophones de naissance, une fois en poste, parviennent donc à prendre des décisions qui concernent ceux qui ne le sont pas, situation en contradiction apparente avec les prétentions démocratiques de ces mêmes personnes.

Claude Piron, ancien traducteur à l'Organisation des Nations Unies et l'Organisation Mondiale de la Santé et psycholinguiste suisse, renforce ce constat en démontrant dans "Le défi des langues" qu'une véritable maîtrise de l'anglais nécessite 10. 000 heures d'apprentissage, soit l'équivalent de six années de travail. Ainsi l'utilisation de l'anglais pour des raisons pratiques comme seule langue officielle des instances de l'Union Européenne, ce qui est déjà le cas de la B.C.E. ainsi que pour beaucoup de documents préparatoires aux décisions de la Commission, transformerait la grande majorité des habitants non anglophones de l'Union Européenne en citoyens de seconde zone et renforcerait l'opacité du pouvoir d'une classe dirigeante anglophone européenne et plus largement transnationale.

Inversement, des linguistes anglophones contestent l'idée que l'hégémonie linguistique de l'anglais serait le résultat d'une conspiration. Dans son ouvrage English as a global language ("L'anglais comme langue mondiale", Presses de l'université de Cambridge, non disponible en français), David Crystal, linguiste anglais, considère que l'anglais devrait être la langue de communication internationale, tout en gardant une sorte de multilinguisme. Les anglophones de naissance favorables au maintien de l'hégémonie actuelle de l'anglais se justifient en associant la notion d'impérialisme linguistique à une attitude de gauchiste qui chercherait à contester la diffusion historique de l'anglais. Les partisans modérés de la généralisation de l'anglais sont donc généralement des libéraux qui réfutent l'idée d'un impérialisme linguistique anglophone. David Crystal et Henry Widdowson ont été assimilés à cette catégorie.

Une frange de partisans plus extrémiste de l'impérialisme linguistique anglophone milite pour une langue et une culture unique, ne retenant que la vision anglo-saxonne du monde, en droite ligne de la croyance religieuse que les Anglo-Saxons seraient le peuple choisi par Dieu pour coloniser l'Amérique du Nord et mener le monde vers la liberté. Dans ce contexte, la volonté d'imposer une langue unique au reste du monde est donc l'expression d'un choix divin.

[] Les conséquences

De plus en plus de voix s'élèvent pour dénoncer la marche forcée vers le « tout anglais », car ce développement marginalise le statut des autres langues nationales et régionales. Ce point de vue est particulièrement répandu dans l'Union européenne, où le multilinguisme officiel, censé être encouragé, n'empêche pas 69% des Européens de juger que la langue anglaise est « la plus utile » (source).

La domination de l'anglais dans pratiquement tous les domaines de la vie internationale (politique, scientifique, commercial, financier, aéronautique et même militaire) relègue le multilinguisme parfait au rang des utopies : en matière de langues, la concurrence n'est pas libre et non faussée. De plus, et cela ne date pas d'hier, la plupart des individus qui apprennent des langues étrangères le font plus par nécessité, sinon réelle, du moins ressentie, que pour le plaisir de la connaissance. Cela entraîne parfois des comportements irrationnels, comme en Corée, où des médecins gagnent 300 $ pour couper la petite peau qu'il y a sous la langue, parce que l'idée était répandue que la raison pour laquelle les Coréens n'arrivaient pas à bien prononcer l'anglais, c'était à cause d'elle. On trouve un autre exemple de « nécessité ressentie » au Japon, où beaucoup de parents paient 50 $ américains par heure d'enseignement pour donner des leçons privées à des enfants de 5 ans.

Pourtant, ceux qui se plaisent à critiquer l'impérialisme linguistique s'arrêtent généralement à formuler des v?ux pieux, tels qu'encourager encore davantage l'apprentissage des langues étrangères, même si, bien souvent, eux-mêmes n'en parlent qu'une seule. Alastair Pennycook, Suresh Canagarajah, Adrian Holliday et Julian Edge font partie de ce groupe et sont souvent considérés dans les pays anglo-saxons comme des « linguistes critiques ».

[] Les faces inversées du phénomène

Certains considèrent que l'anglais, ayant pour origine une combinaison de langues latines (notamment le latin et l'ancien français) et nordiques (langues germaniques cousines de l'allemand, puis vieux norrois), est la « langue naturelle du rapprochement européen »; plus sérieusement, c'est la puissance économique du monde anglophone, et par voie de conséquence le nombre de personnes qui le pratiquent, qui fait de l'anglais le meilleur candidat à ce statut.

Si l'on dépasse la vision purement européenne de l'impérialisme linguistique, la même problématique se pose sur d'autres continents, comme en Amérique latine ou en Afrique, où les langues des anciennes puissances coloniales (anglais, français, espagnol et portugais) jouent encore un rôle prépondérant, et où les populations locales pourraient être fondées à parler d'impérialisme linguistique européen.

Enfin, le développement du spanglish aux États-Unis, sous l'influence des immigrés latinos, est considéré par certains comme une invasion linguistique.

[] Points de vue

  • « L'anglais doit devenir la langue dominante? La langue maternelle sera étudiée chronologiquement la première mais ensuite l'anglais, par la vertu de son usage et de ses fonctions, deviendra la langue primordiale. » -- Anglo-American Conference. Report 1961 (voir [1]).
  • « Il y va de l'intérêt économique et politique des États-Unis de veiller à ce que, si le Monde adopte une langue commune, ce soit l'anglais et que, s'il s'oriente vers des normes communes en matière de communication, de sécurité et de qualité, ces normes soient américaines et que, si ses différentes parties sont reliées par la télévision, la radio et la musique, les programmes soient américains; et que, si s'élaborent des valeurs communes, ce soient des valeurs dans lesquelles les américains se reconnaissent.&nbsp» -- David Rothkopf, directeur général du cabinet de consultants Kissinger Associates, dans son livre Praise of Cultural Imperialism (Éloge de l'Impérialisme culturel), 1997. (Extrait du livre en anglais)
  • « Au XXI siècle, le pouvoir dominant est l'Amérique, le langage dominant est l'anglais, le modèle économique dominant est le capitalisme anglo-saxon" -- Margaret Thatcher
  • « L'important (...) n'est pas avant tout de savoir si l'anglais a, en certaines occasions, fonctionné comme une ouverture sur le progrès social et économique, mais qu'il a au moins autant représenté une attente, un espoir qu'une telle chose arrive. À l'intérieur de ce schéma de compréhension se sont développés différents mythes; des mythes qui assimilent le futur de l'humanité, le développement, la modernisation, l'occidentalisation, la mondialisation - et l'usage de l'anglais. ». Extrait de Anglais ou norvégien?.

[] L'impérialisme linguistique du français

L'anglais n'est pas la seule langue à s'être développée de manière impériale, au sens de la définition donnée ci-dessus. Tous les responsables d'État ont cherché à imposer l'usage de la langue qui facilitait au mieux la communication du groupe auquel ils appartenaient.

Le français n'a pas échappé à la règle. La langue franque a influencé les parlers romans à partir de la création du royaume franc, ce qui permet à la linguiste Henriette Walter de dire que le français est la langue romane « la plus germanique ».

  • En traversant la Manche, Guillaume le Conquérant emporte le français de son époque sur un sol qui n'a jamais parlé de langue romane. Le français devient la langue des élites, et progressivement il influence la langue anglaise ; c'est la langue étrangère qui lui a transmis le plus de vocabulaire. L'anglais est ainsi la plus « française » des langues d'origine germanique.
  • En France, François Ier, par l'ordonnance de Villers-Cotterêts, impose l'emploi du français dans les actes de justice afin « que les arretz soient clers et entendibles » par le plus grand nombre, alors que cette langue n'est parlée que par une minorité cultivée.
  • À la Révolution française, la langue française devient un symbole national : pour l'unité de la nation, il faut une langue unique. « Le fédéralisme et la superstition parlent bas-breton » dit Barrère au Comité de Salut Public en présentant son « rapport sur les idiomes ».
  • Lors de la création de l'Empire Colonial français, le français traverse les mers et devint, dans un souci de cohérence, la langue obligatoirement enseignée dans toutes les colonies.
  • En 1925, le ministre de l'Instruction Publique annonce : « pour l'unité linguistique de la France, la langue bretonne doit disparaître ! ».
  • En 1972, Georges Pompidou, Président de la République dit encore : « il n'y a pas de place pour les langues régionales dans une France destinée à marquer l'Europe de son sceau ».

Le français, longtemps langue des élites, a ainsi peu à peu pris la place des langues vernaculaires en France, avec une accélération du phénomène au XXe siècle grâce à la mise en place d'un système scolaire obligatoire qui ne transmet qu'une langue : le français. En favorisant une intercompréhension entre tous les citoyens de la République, la diffusion de cette langue unique a été considérée comme un progrès.

Aujourd'hui la France, par le biais de l'article 2 de la Constitution (« La langue de la République est le français ») et la loi Toubon, s'interdit de financer les enseignements dans une autre langue, y compris celles traditionnellement parlées sur son territoire. Le déséquilibre est donc criant entre les moyens à disposition de la langue majoritaire et les langues minoritaires.

Le phénomène n'est pas propre au français ; aussi l'Union Européenne adopte-t-elle en 1992 la Charte européenne des langues régionales ou minoritaires qui consacre « le droit imprescriptible de pratiquer une langue régionale dans la vie privée et publique ». En 1999, la France la signe mais sans la ratifier, à cause de son aspect anticonstitutionnel<ref>Depuis, la constitution française a été modifiée plusieurs fois, mais à aucun moment il n'a été question de la mettre en conformité avec la charte européenne</ref>. La ratification lie juridiquement l'État contractant, la signature est une simple reconnaissance des objectifs généraux de la charte ; il n'y a donc aucune évolution de la situation des langues minoritaires en France, si ce n'est un vieillissement des locuteurs qui devrait amener les plus fragiles d'entre elles à disparaître avant la fin du XXIe siècle, après une existence pour certaines plus que millénaire.

[] L'impérialisme linguistique d'autres langues

  • Le latin, langue diffusée par les Romains à travers leurs conquêtes militaires et qui s'impose comme langue administrative, juridique et commerciale dans tous les pays conquis. Sa généralisation est à l'origine des langues latines (le français, l'espagnol, le portugais, l'italien, les parlers occitans, le gallo, le roumain), entraînant la disparition des parlers gaulois. Aujourd'hui encore cette langue domine dans certains domaines scientifiques (catalogages d'espèces, botanique), juridiques (nombre de mots techniques et d'expressions sont encore appris dans cette langue) et comme langue liturgique de la religion catholique.
  • l'espagnol, langue diffusée en Amérique du Sud et Amérique Centrale au moment de la colonisation du continent américain à partir du XVIe siècle. Comme le portugais au Brésil, cette langue s'est imposée de fait aux populations d'origine. Cependant cette imposition est moins le résultat d'une politique volontaire de disparition des langues autochtones que la conséquence d'un déséquilibre démographique lié à l'arrivée massive de colons des pays colonisateurs.
  • le japonais, pendant la Seconde Guerre mondiale, a été imposé dans certains pays occupés, notamment en Corée.
  • l'arabe: Du fait de l'expansion territoriale au Moyen Âge et par la diffusion du Coran, cette langue, devenue langue liturgique, s'est répandue dans toute l'Afrique du Nord et en Asie mineure. L'arabisation des berbérophones du Maroc, d'Algérie et de Libye rencontre une résistance des population qui réclamdes droits linguistiques. De même au Soudan où l'arabe prend la place de l'anglais et aussi des langues africaines parlées au sud. Le kurde, parlé en Syrie et en Irak tente également de se maintenir.

[] Une troisième voie

Entre les adeptes de l'uniformisation linguistique et culturelle perçue soit comme une conséquence inévitable de la mondialisation soit comme un progrès, et ceux qui prônent le multilinguisme et la diversité culturelle en oubliant les aspects pratiques qui font qu'un Français connaissant l'espagnol ne pourra pas communiquer avec un Suédois connaissant l'allemand, une troisième voie commence à se faire entendre.

Il s'agit du recours à une langue commune qui n'est pas issue du « marché linguistique » mais d'une langue planifiée choisie par les peuples. Constituant une profonde rupture avec le libéralisme linguistique, une politique linguistique qui va dans le sens de cette « troisième voie » consiste à généraliser l'enseignement d'une langue véhiculaire construite dans le but de la communication internationale (toutes les langues construites n'ont pas cet objectif). De nombreux projets de telles langues ont vu le jour, visant tous à faciliter les relations entre personnes de langues maternelles différentes. La plus répandue actuellement est l'espéranto : depuis plus d'un siècle elle participe avec succès à relier ses locuteurs tous volontaires, dans le monde entier.

Par son côté « révolutionnaire », cette approche n'a pas encore, à ce jour, rencontré beaucoup de succès auprès des dirigeants politiques, pour qui le multilinguisme consiste à connaître quelques mots d'anglais et surtout à avoir des interprètes et des services de traduction à volonté, aux frais du contribuable.

Pourtant cette langue a par construction, une grammaire très régulière et une prononciation nettement plus aisée que celle de la plupart des langues nationales. Ces deux aspects la mette à la portée de tout le monde, ce qu'a prouvé plus d'un siècle d'utilisation de l'espéranto dont les locuteurs ne sont pas une population uniforme. L'autre gros avantage est que cette langue n'appartenant à aucun peuple annule le risque d'uniformisation culturelle, chaque peuple conservant et développant l'usage de sa langue tout en la mettant à l'abri du nivellement dû à l'anglais (voir l'article franglais par exemple). Il faut souligner aussi que l'apprentissage de cette langue développe l'intérêt pour les langues chez ceux qui les parlent. L'usage d'une langue neutre n'est pas incompatible avec le multilinguisme et la diversité culturelle, il en est le préservateur.

Malgré tous les avantages que cette « troisième voie » présente, elle se heurte au fait que l'usage d'une langue n'est pas indépendant des aspects culturels et économiques de la société dont elle est issue. L'espéranto n'étant pas à même de lutter avec l'anglais sur ce terrain, il y a peu de chances que son rôle puisse s'accroître de façon significative dans un avenir prévisible.

[] Voir aussi

[] Liens internes

[] Liens externes

 
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La source est wikipedia http://fr.wikipedia.org/wiki/Impérialisme linguistique
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