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Jésus de Nazareth

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Cet article traite du personnage Jésus de Nazareth. Pour Jésus vu par les chrétiens comme Christ voir Jésus-Christ
Pour les articles homonymes, voir Jésus (homonymie).

Jésus de Nazareth est un Juif de Galilée (Palestine), né vers l'an 7[1] à 5 av. J.-C.[2], qui apparaît dans le cercle de Jean le Baptiste alors qu'il a une trentaine d'années avant de s'engager, entouré de quelques disciples, dans une courte carrière de prédication itinérante d'un à deux ans et demi[3], essentiellement en Galilée, en pratiquant guérisons et exorcismes. Il suscite engouement et ferveur, s'attirant la méfiance des autorités politiques et religieuses, avant d'être arrêté, condamné et crucifié vers 30 à Jérusalem pendant la fête juive de Pâque, sous l'administration du gouverneur romain Ponce Pilate[4].

L'annonce de sa résurrection par ses disciples, qui le reconnaissent comme le messie (en grec ???????, Christ) et transmettront son histoire et ses enseignements, donnera naissance au christianisme. Pour les chrétiens, Jésus-Christ est le fils de Dieu, le Messie envoyé aux hommes pour les sauver. Pour l?islam, Jésus est appelé Îsâ et est un prophète majeur.

L'impact de son message transmis par les différentes Églises chrétiennes et les interprétations auxquelles il a donné lieu ont influencé différentes cultures et civilisations au cours de l'histoire. Il a inspiré une importante production théologique, littéraire et artistique. Sa naissance est prise comme origine conventionnelle des calendriers julien ? depuis le VIe siècle ? et grégorien, et le dimanche, qui est le jour de repos hebdomadaire en célébration de sa résurrection, l'est devenu au-delà de la chrétienté[5]. Cette importance contraste avec la brièveté de sa prédication et le peu de traces historiques conservées à son sujet.

Sommaire

[] Étymologie

Jésus, en grec ??????, Ièsous, vient de Yehoshua[6] (hébreu : ?????), dont Yeshoua (???) est une forme abrégée[7]. Yehoshua signifie : « Dieu sauve[8] ». La Septante utilise également le nom de Iesoûs pour désigner Josué, lieutenant de Moïse[9].

Jésus est un prénom courant dans la Palestine de l'époque. Il est par exemple attesté pour Jésus Ben Sira, l'auteur du Siracide, pour un fils d'Éliézer dans l'Évangile selon Luc[10] ou encore pour Barabbas, le chef de guerre libéré par Ponce Pilate selon certaines versions de l'Évangile selon Matthieu[11]. L'historien juif Flavius Josèphe cite plusieurs individus nommés Jésus.

Dans le Nouveau Testament Jésus est qualifié plusieurs fois en grec de ?????????, Nazôraios, « Nazôréen[12] ». Ce terme est discuté[13] et peut venir de l'hébreu nsr qui signifie « celui qui observe [la Loi] » ou de nzr, « celui qui se consacre [à Dieu] ». Le nom de nazôréen servira par la suite à désigner un courant juif en Palestine[14] qui croit en la messianité de Jésus[15]. On trouve également parfois ?????????, Nazarénos, « Nazarénien[16] » qui est « l'homme du village de Nazareth[17] », et qui, selon certains historiens, pourrait faire référence à une naissance dans ce village. D'autres théories existent encore[18], comme celle faisant référence à son rattachement à une hypothétique communauté de nazir. Mais, quoiqu'il en soit, il faut noter qu'aucune de ces dénominations n'est jamais utilisée ni par Jésus, ni par ses disciples[19].

[] Titulatures néotestamentaires

Jésus est nommé de multiples façons dans la littérature néotestamentaire, chaque qualificatif suggérant une façon dont on pu l'appréhender ou le considérer ses différents interlocuteurs : « Rabbi », ou le terme proche en araméen « Rabbouni »[20], qui signifie au Ier siècle le maître pharisien, au sens maître et philosophe d'un groupe pharisien[21]; on trouve également « Maître » au sens d'« enseignant », « Prophète », « Serviteur », « Juste », « Saint », « Fils de David », déjà employés pour des personnages de l'Ancien Testament, « Grand prêtre », « juge », « pasteur », « Rédempteur » ou encore « Sauveur ». L'évangile selon Jean rapporte que la croix de son exécution était surmontée d'un titulus portant l'inscription « Jésus le nazôréen, Roi des Juifs »[22]

On trouve également plusieurs fois l'expression « Fils de l?homme »[23] qui est attribuée à Jésus lui-même par les rédacteurs des évangiles[24]. Elle se trouve précédemment dans la littérature hébraïque[25] pour signifier de manière emphatique « homme ». Dans les Évangiles, cette appellation peut aussi être comprise en référence à la vision du livre de Daniel[26] où elle s?applique à celui à qui est donné le Royaume[27].

[] Biographie

La biographie de Jésus de Nazareth est très mal connue. La principale source d'information vient des textes rédigés vraisemblablement entre 68 et 110[28] qui seront appelés Évangiles vers 150[29], textes dont le but n'est pas historique mais d'enseignement religieux, et dont l'interprétation en terme de biographie historique est souvent hasardeuse.

Sur cette base, les éléments biographiques se résument à peu de choses. Le croisement des différentes traditions néotestamentaires permet de présenter des éléments épars qui proposent, mis ensemble, une approche biographique plus étoffée, dont cependant l'historicité peut à bon droit être questionnée[30].

[] La vie cachée

Il n'y a quasiment aucun élément entre les récits de la naissance de Jésus et sa vie publique. Ce manque de détail sur l'enfance a conduit à la composition d'un certain nombre de textes apocryphes notamment des « évangiles de l'enfance » qui ont beaucoup brodé sur le canevas originel. Ces textes, non canoniques, participent pourtant de la mythologie chrétienne[31], et ont inspiré une importante production littéraire et artistique. Ce sont ces écrits qui, par exemple, précisent le nom et le nombre des rois mages, ou décrivent les parents et la naissance de Marie[32]. Quoiqu'il en soit, ce qui est relaté de Jésus par les évangiles jusqu'au début de sa vie publique ne réside qu'en très peu de choses, disséminées dans différents textes canoniques.

[] Origines

S'il est communément admis que Jésus est un juif Galiléen dont la famille est originaire de Nazareth, le lieu de sa naissance n'est pas connu avec certitude et les historiens[33] hésitent entre la ville de Bethléem en Judée[34], ville du roi David de la lignée duquel le Messie attendu par les juifs doit descendre, et le berceau familial de Nazareth où il passera toute sa jeunesse.

L'année de sa naissance n'est pas non plus connue précisément. Les dates retenues peuvent osciller entre -9 et -2[35]. Les évangiles selon Matthieu et selon Luc la situe sous le règne d'Hérode Ier le Grand dont le long règne s'achève en 4 avant notre ère[36]. L'estimation généralement retenue par les historiens actuels va de 7[37] à 5 avant notre ère[38].

Naissance du Christ,Mosaïque de la chapelle palatine de Palerme, v. 1150
Naissance du Christ,
Mosaïque de la chapelle palatine de Palerme, v. 1150

Il est évidemment paradoxal que Jésus de Nazareth puisse être né « avant Jésus Christ » : l'origine de l'ère commune est en effet censée être la naissance du Christ. Mais ce début de l'ère chrétienne, qui ne s'est imposé progressivement en Europe qu'à partir du Ier millénaire[39], a été erronément fixé au VIe siècle d'après les travaux du moine Denys le Petit, et si le calendrier a été actualisé depuis, son origine n'a pas été modifiée.

La naissance de Jésus (la Nativité) est traditionnellement fêtée le 25 décembre, à Noël, mais cette date est entièrement conventionnelle, et n'a rien d'un « anniversaire ». Elle a été choisie en 354 pour coïncider avec la fête romaine du Sol Invictus, célébrée à cette date ; le choix de cette fête permettant de joindre la symbolique du soleil renaissant avec celle du Christ ressuscité. Avant cette date, la Nativité était fêtée le 6 janvier et l'est encore par l?église arménienne apostolique, alors que l?église catholique romaine y fête aujourd?hui l?Épiphanie ou Théophanie (baptême du Christ dans le Jourdain, évènement que les plus anciennes églises pré-romaines utilisaient comme acte de « naissance » du Christ sauveur). En réalité, si l'on en croit l'évangile selon Luc, « il y avait des bergers qui passaient dans les champs les veilles de la nuit pour garder leurs troupeaux », ce qui rend invraisemblable l'idée d'une naissance historique située pendant les hivers rigoureux de cette région.

Icône de détail Article détaillé : Anno Domini.

[] Famille

Icône de détail Article détaillé : Proches de Jésus.

Jésus est connu comme « le fils de Joseph le charpentier »[40] et « le fils de Marie ». Les évangiles selon Matthieu et selon Luc professent une conception par la vertu du Saint-Esprit [41] qui ouvrira plus tard sur des débats théologiques très disputés au sein des communautés chrétiennes concernant la virginité de Marie.

Jésus est le premier-né de cette famille appartenant à un milieu artisanal relativement aisé[42], liée à un clan de nazôréens qui attendent l'apparition d'un fils de David en son sein[43]. Les évangiles mentionnent l'existence de « frères et s?urs »[44] qui « apparaissent[45] pour montrer que Jésus n'a rien d'extraordinaire puisque sa famille est bien connue »[46]. Parmi les « frères du seigneur », Jacques le Juste prendra une place prééminente dans la communauté de Jérusalem après la disparition de Jésus. La lecture traditionnelle catholique a été que ces « frères et s?urs » sont en fait des cousins, l'idée d'une fratrie de Jésus allant à l'encontre de l'idée de la virginité perpétuelle de Marie[47]. Aujourd'hui la question des liens de parenté de Jésus avec ces « frères » et « s?urs » reste discutée, voire disputée. La plupart des spécialistes laïques, protestants et juifs[48] considèrent avec des chercheurs catholiques que Jacques est un fils de Marie et de Joseph[49], tandis que nombre d'exégètes catholiques y voient un « cousin »[50]. Si on en s'en réfère aux évangiles, Jésus a lui-même tenu a relativiser le rôle de cette famille naturelle[51] qui ne joue un rôle positif qu'après la résurrection[52].

[] Enfance

La présentation au Temple,Giovanni Bellini, 1500
La présentation au Temple,
Giovanni Bellini, 1500

L'évangile selon Luc raconte comment, huit jours après sa naissance, il a été nommé Jésus et circoncis[53] conformément à la loi juive[54] lors d'un épisode connu sous le nom de la présentation au temple. L'évangile selon Matthieu expose un épisode connu comme le Massacre des Innocents au cours duquel Hérode, prenant peur pour son pouvoir, décide de faire tuer tous les premiers-nés de son peuple. Les parents de Jésus fuient alors avec lui enfant dans une séquence appelée la Fuite en Égypte qui inspirera une importante production apocryphe[55] et influencera la tradition copte. L'évangile selon Luc rapporte encore un incident au cours duquel, quand il a douze ans, à l'époque de sa Bar Mitzvah, ses parents cherchent Jésus qu'ils retrouvent en conversation avec les docteurs du Temple de Jérusalem.

L'hypothèse d'une enfance dans une communauté religieuse, peut-être proche des Esséniens, a souvent été évoquée mais est amplement discutée[56].

[] Langue

À l'époque de Jésus, deux grandes langues véhiculaires se partageaient le monde gréco-romain, se superposant aux parlers locaux : le grec sur les pourtours de la Méditerranée, jusqu'à Rome, et l'araméen en Syrie et en Orient[57]. Ces deux langues se retrouvaient en Palestine : l'araméen était parlé en Galilée et vraisemblablement dans les campagnes de Judée. Mais le grec avait également pénétré la Judée depuis la côte et ses villes hellénistiques comme Césarée et les juifs hellénistes de la Diaspora avaient des synagogues à Jérusalem[58]. Ainsi le degré d'hellénisation de la Galilée, terre de passage où se croisaient marchands phéniciens et grecs, est diversement envisagé selon le degré d'urbanisation qu'y voient les chercheurs[59]. Si on s'accorde pour dire que le grec était la langue de l'administration et de l'élite économique ou culturelle, certains pensent néanmoins que la majorité des Galiléens ne le parlaient pas, voire ne le comprenaient pas[60].

L'hébreu était quant à lui la langue sacrée des juifs, dans laquelle on lisait les Écritures et chantait les psaumes. Il était peut-être encore vivace dans les familles liées au sacerdoce et les milieux cultivés. Pour ceux qui ne comprenaient plus l'hébreu, un targoum en araméen pouvait accompagner la lecture des Écritures[61].

Ainsi, pour sa part, Jésus s'exprimait-il vraisemblablement dans un dialecte araméen parlé par les paysans de Galilée[62] mais pouvait se servir de l'hébreu liturgique dans les discussions avec les scribes[63]. Par contre, rien n'indique qu'il parlait grec et certains de ses disciples semblent même avoir dû jouer le rôle d'interprètes[64].

[] Vie publique

Province romaine de Judée au Ier siècle
Province romaine de Judée au Ier siècle

Il est traditionnellement dit que la vie publique de Jésus s'est déroulée entre l'âge de 30 et 33 ans. Cet âge de trente ans est probablement conventionnel, il correspond à la majorité légale de l'époque pour les juifs. Dire que « Jésus avait environs trente ans » quand il commença sa vie publique (Lc 3:23) signifie simplement qu'il était reconnu comme majeur, mais n'interdit pas qu'il ait pu commencer son enseignement à un âge en réalité plus avancé. De même, la durée de cette vie publique n'est pas connue avec certitude, la durée de trois ans généralement retenue n'étant qu'une estimation, fondée sur le nombre de fois où sont citées les principales fêtes juives qu'il observe pendant cette période. En tout cas, sa vie publique se déroule avant qu'il n'ait atteint l'autre âge canonique de cinquante ans, puisqu'il n'entre pas dans cette catégorie des « anciens » (Jn 8:57)[65].

Les lieux cités dans les évangiles situent son action de part et d'autre de la mer de Galilée, principalement en Galilée (dont il est ressortissant) et dans la Décapole, avec quelques passages en Phénicie (Tyr et Sidon) et en Trachonite (Césarée de Philippe). Il semble qu'il soit à cette époque considéré comme un habitant de Capharnaüm (Mt 4:13). Il se rend également en Judée, généralement pour aller à Jérusalem à l'occasion de fêtes juives; mais on peut noter un séjour plus prolongé en Judée au début de sa vie publique, alors qu'il était considéré comme un disciple de Jean le Baptiste (Jn 3:22, Jn 4:1-3).

Baptême de Jésusévangéliaire de l'abbesse Hitda von Meschede, vers 1050.
Baptême de Jésus
évangéliaire de l'abbesse Hitda von Meschede, vers 1050.

Les pays à population juive de l'époque étaient la Galilée et la Judée, séparées par la Samarie dont les habitants étaient considérés comme non-juifs. Jésus est perçu comme un étranger en Judée : l'accent des galiléens les fait reconnaître (Mt 26:73), et il y suscite une franche hostilité (Jn 7:1) de la part des judéens (parfois désignés par le terme juifs[66] alors que les galiléens sont également des pratiquants de la loi de Moïse).

La chronologie de cette période de vie publique est extrêmement confuse : les évangiles synoptiques présentent les épisodes parallèles dans des ordres différents, ce qui interdit évidemment d'interpréter le déroulement de l'un ou l'autre des récits comme celui d'une logique temporelle. On considère néanmoins que c'est le baptême de Jésus par Jean le Baptiste qui marque l'ouverture de son activité publique.

[] Jean le Baptiste

Le Jourdain et ses rives, de nos jours
Le Jourdain et ses rives, de nos jours

Vers 30 ans Jésus rejoint Jean le Baptiste, un prédicateur populaire des milieux baptistes[67] qui dénonce la pratique formaliste des milieux sacerdotaux dont il est issu[68], qui prêche en se déplaçant dans le désert de Judée, sur les bords du Jourdain et que le Nouveau Testament identifie à un nouvel Élie[69] . Jésus reçoit le baptême que Jean administre alors pour le pardon des péchés à ceux qui reçoivent son message favorablement, en un baptême dans l'eau vive qui prépare au règne messianique et à l'imminence du Jugement divin[70]. Il est possible que Jésus ait été transitoirement le disciple du Baptiste quand on le verra plus tard, aux tout débuts de sa vie publique, simplement « annoncer le Royaume de Dieu » comme le faisait Jean. Mais il apparaît des divergences[réf. nécessaire], voire des tensions[71], entre Jésus et Jean-Baptiste quant à leurs conceptions respectives du règne de Dieu, même si c'est bien aux côtés de Jean que Jésus murît sa mission[72]. Par ailleurs, la communauté chrétienne, qui envisage le Baptiste comme un précurseur, conservera le rite initiatique du baptême dans sa forme, mais non point son sens[73].

Jésus s'entoure de disciples dont la tradition veut qu'ils aient été douze[74], dont les premiers sont peut-être recrutés dans les milieux baptistes[75]. On utilise également le nom d'apôtres[76] pour les désigner. Ce groupe de douze disciples choisis par Jésus est sans doute une création relativement tardive, comme le montre l'existence d'apôtres extérieurs à ce noyau. On parle généralement à leur sujet de Groupe des Douze : le chiffre 12 est en effet essentiel pour comprendre le rôle de ces disciples constituant autour de Jésus un cercle restreint à la forte signification symbolique. Si leurs noms varient de livre en livre[77], ils montrent pourtant une triple référence hébraïque[78], araméenne[79] et grecque[80], au coeur de la vie des Galiléens[81] . L'un de ces disciples, Simon-Pierre ou Kepha, reçoit une importance plus particulière au sein du groupe tandis que Judas, auquel est attribué la trahison de Jésus auprès des autorités, a une responsabilité attestée de trésorier de ce groupe.

[] Son enseignement

Le message de Jésus semble prolonger celui de Jean-Baptiste en s'inscrivant dans la fièvre apocalyptique du monde juif au Ier siècle tandis que certains exégètes préfèrent voir Jésus comme un maître de sagesse populaire, la dimension apocalyptique relevant d'une lecture postérieure[82], sous l'éclairage de la foi chrétienne. Ce message, original et varié, entre néanmoins difficilement dans les catégories socio-religieuses préalablement établies[83]. On peut cependant souligner plusieurs point de ruptures avec Jean le Baptiste : Jésus n'est pas un ascète, il présente un Dieu de grâce, de jugement et de l'amour sans limite[84] qui inverse l'exhortation de Jean à la conversion sur fond de colère divine[85]. Enfin, Jésus est celui par qui le jour vient quand Jean annonçait l'aube[86].

Jésus se fait connaître localement, dans un premier temps comme guérisseur thaumaturge, puis par son enseignement. Pour ce qui est de ses talents de guérisseurs, on peut noter une nette progression quand on compare la guérison très hésitante de l'aveugle de Bethsaïde, où il doit s'y reprendre à deux fois, et celle - à distance et d'une seule parole - de Bar Timée à Jéricho[87]. Les évangiles insistent souvent plus sur la confiance des bénéficiaires de miracles qu'ils ne s'attardent sur le détail des manipulations[88]. Jésus présente les miracles comme une anticipation de l'accès au bonheur éternel auquel a droit chaque humain, y compris les plus pauvres.

Icône de détail Article détaillé : Miracles dans le Nouveau Testament.

Les textes révèlent à cet égard un comportement général de Jésus fait de bienveillance, tourné vers les gens, particulièrement ceux plongés dans une situation personnelle ou sociale méprisée et difficile : les femmes, particulièrement les veuves, les malades, les lépreux, les étrangers, les pécheurs publics ou les collecteurs de l'impôt romains[89]. Cette façon d'être, associée à une dénonciation de l'hypocrisie et de toute forme de mensonge, lui attirera inévitablement nombre d'admirateurs en provoquant simultanément de l'hostilité.

Sermon sur la montagne, Carl Heinrich Bloch
Sermon sur la montagne, Carl Heinrich Bloch

C'est l'annonce du « Royaume de Dieu » qui constitue le c?ur de sa prédication en des termes qui, s'ils reprennent l?attente des Juifs qui espèrent la venue d?un Messie qui restaurera l?indépendance d?Israël, déplacent cet espoir : le Royaume de Dieu selon Jésus inaugure le nouveau rapport avec Dieu qui se prépare à intervenir dans le monde pour le gouverner directement[90].

Sa doctrine paraît d'emblée sûre et originale[91]. Son enseignement est essentiellement connu à travers les Évangiles, qui en font le récit, et les commentaires qui en seront faits dans le reste du nouveau testament. Son enseignement et son action montrent une très bonne connaissance des textes religieux et de la loi juive[92]. Il utilise deux méthodes typiques des docteurs de la Loi, ses contemporains : le commentaire des textes canoniques et l'usage de meshalim ou Paraboles. [93] dont il fait le ressort privilégié de sa pédagogie. Par cet usage de la parabole, Jésus laisse souvent l'auditeur libre de ses réactions, en ne le prenant pas de front.

Mais il n'en pratique pas moins un enseignement d'autorité[94] qui tranche avec les enseignement des scribes[95], se réclamant eux toujours de l'autorité d'une source. Jésus est néanmoins respectueux de la Loi de Moïse[96] et, si la proximité de Jésus avec les pêcheurs ou des épisodes comme son affirmation que les besoins de l'homme préemptent sur la prescription du sabbat[97] ont pu choquer les pieux de son temps, on ne peut pas dire que Jésus ait violé les lois de pureté chère aux pharisiens[98], au contraire de ses disciples qu'il ne condamne pourtant pas.

Son action suscite des réactions fortes et contrastées. On trouve à la fois des témoignages sur de grandes foules qui le suivent et le cherchent, montrant un indéniable succès populaire, et d'autres le montrant vivant dans une quasi clandestinité au milieu de populations hostiles.

[] Arrestation et la Passion

Bien que ce soit là le coeur de chacun des quatre Évangiles, il est assez difficile de mettre ceux-ci d'accord sur le récit de la Passion. Leur récit est bâti dans une optique d'accomplissement des Écritures plutôt que de reportage sur les évènements[99].

[] Arrestation

Jésus est arrêté alors qu'il séjournait à Jérusalem pour célébrer la fête de la Pessa'h (Pâque juive). Ce dernier séjour à Jérusalem se déroule dans une ambiance très clandestine (Mc 14:13-15), où les disciples échangent des mots de passe et des signes de reconnaissance pour préparer le repas dans un endroit caché. Le contraste avec l'ambiance enthousiaste de l'entrée triomphale de Jésus à Jérusalem (célébrée le dimanche des Rameaux) est flagrant, ce qui suggère que ces deux montées à Jérusalem n'ont pas eu lieu la même année. L'étude des évangiles ne permet pas une lecture très claire des causes et de l'historique de ce retournement d'opinion. On trouve la trace dans les évangiles de l'attente messianique d'une partie de la population, qui attendait un messie politique, libérateur du joug des romains. Cette attente se retrouve dans le qualificatif donné à Simon le zélote et à Judas l'Iscariote[100]. Jésus a pu décevoir cette attente en refusant explicitement l'action sur le terrain politique.[101] Néanmoins, si Jésus ne conteste pas radicalement le pouvoir romain, refusant de s'enfermer dans un cadre nationaliste, il ne manifeste pas davantage d'inclination envers les grandes familles sacerdotales proches de celui-ci[102].

Le retournement d'opinion s'est d'abord manifesté en Judée[103], puis dans son pays en Galilée. Il semble que le signal de la répression soit venu des milieux sacerdotaux conservateurs de Jérusalem, souvent assimilés aux sadducéens[104], inquiets de l'impact de son enseignement ouvert sur la Torah et des effets de l'enthousiasme populaire qu'il suscitait sur le fragile modus vivendi avec l'occupant romain[105]. Il apparait également vraisemblable que c'est le scandale que cet homme, réputé doux, provoque au Temple de Jérusalem un peu avant la Pâque de 30[106] dans l'épisode dit des marchands du temple,[107] qui a pu précipiter son arrestation[108].

Jésus prend un dernier repas avec ses disciples pour fêter la Pessa'h dans un épisode, la Cène, dont les chrétiens de toutes tendances considèrent qu'il institue le sacrement de l'Eucharistie. À la suite de cet ultime repas, Jésus est arrêté au jardin de Gethsémani, par la dénonciation de son disciple Judas[109], sans que le motif soit vraiment clair[110].

Jésus va alors se trouver confronté aux trois pouvoirs superposés de la Palestine[111] : le pouvoir romain, le pouvoir du tétrarque de Galilée et Pérée et le pouvoir des grands-prêtres du temple-État de Jérusalem.

[] Procès et exécution

Le Christ sur le chemin du Calvaire, Maestro di Trognano , fin du XVe siècle, Castello Sforzesco, Milan
Le Christ sur le chemin du Calvaire,
Maestro di Trognano , fin du XVe siècle, Castello Sforzesco, Milan

Quoiqu'il en soit, Jésus est arrêté par la police du Temple, aux ordres des autorités religieuses. Il est tout d'abord conduit chez l'ex-grand prêtre Anân[112], puis devant une cour de justice, que les évangiles appellent Sanhédrin[113], devant le souverain sacrificateur Caïphe, avant de comparaître devant le gouverneur romain Ponce Pilate qui l'envoie chez Hérode Antipas[114] avant de l'interroger à son tour. Cela donne lieu a des confrontations où Jésus soit se tait, soit paraît souligner le caractère relatif du pouvoir de ses interlocuteurs par sa liberté de parole[115]dans des scènes très chargées symboliquement[116].

Jésus est finalement condamné par Ponce Pilate à être crucifié après s'être lavé les mains de sa mort en la portant uniquement sur la conscience des juifs [117]. Son exécution a lieu un vendredi, veille du Chabbat, sur une croix surmontée d'un titulus portant l'inscription « Jésus le nazôréen[118], Roi des Juifs »[119]. Pour les trois évangiles synoptiques, ce vendredi est le jour même de la fête de Pessa'h, le 15 Nissan, ce qui peut être (compte tenu du calendrier hébreu usuel) un vendredi 7 avril 30 ou un vendredi 3 avril 33 (cette dernière date est celle justifiant le choix de l'an 1 dans le calcul de Denys le Petit). La chronologie donnée par l'évangile selon Jean est différente, et conduit à un vendredi 14 Nissan, mais il est possible encore une fois qu'il y ait des ruptures dans la chronologie de ce récit, voire que les rédacteurs de l'évangile selon Jean aient utilisé une autre version du calendrier. En tout cas, sa mort a eu lieu pendant que Pilate était préfet de Judée, donc après 26 et avant 36, où Pilate est rappelé à Rome.

La Crucifixion, Évangiles de Rabula, 586, Bibliothèque Médicéo-Laurentine
La Crucifixion,
Évangiles de Rabula, 586, Bibliothèque Médicéo-Laurentine
Icône de détail Article détaillé : Passion du Christ.

Qu'on rapproche ces récits du droit romain en vigueur en Syrie-Palestine à l'époque ou qu'on le rapproche du droit hébraïque tel qu'il se pratiquait alors, les narrations du procès faites par les évangiles ne correspondent à rien qui soit cohérent avec la tradition juridique retenue. La question du procès de Jésus - question historique ouverte - est d'autant plus difficile à résoudre que le temps et l'antisémitisme chrétien au cours des siècles écoulés l'ont recouverte de multiples enjeux politiques et religieux[120].

[] Résurrection

Icône de détail Article détaillé : Résurrection.
Anastasis, représentation symbolique de la Résurrection,sarcophage romain, vers 350, Musée du Vatican
Anastasis, représentation symbolique de la Résurrection,
sarcophage romain, vers 350, Musée du Vatican

La mort de Jésus est suivie d'un épisode qui relève de la foi mais qui n'en appartient pas moins à l'histoire par les effets incalculables[121] qu'il a produits : l'épisode de la Résurrection.

Il faut considérer l'annonce de la résurrection de Jésus comme l'élément majeur de la fondation de ce qui va devenir une nouvelle religion. Cet épisode fondamental n'est décrit dans aucun évangile. La peinture suppléra aux textes pour fixer l'interprétation. Tressé que de quelques scènes[122] qui présentent une forte diversité selon les évangiles, les textes présentent l'après-coup : l'étonnement des femmes qui découvrent le tombeau vide, puis l'apparition du Ressuscité parfois en Galilée, parfois dans les environs de Jérusalem ou encore ici et là, envoyant tantôt en mission, tantôt accordant l'Esprit aux disciples ou encore partageant leur repas.

Néanmoins, on peut constater trois constantes des récits canoniques : la résurrection est inattendue, elle n'est pas décrite en tant que telle et elle n'est accessible qu'aux seuls croyants[123]. L'événement ne nie toutefois pas la mort car Jésus ne ressuscite que le troisième jour après sa crucifixion ; il s'agit davantage du passage à une vie qui ne finit pas, qui se place dans l'éternité et sur laquelle le temps n'a pas de prise. L'événement, dans un récit qui ne connait pas de terme résurrection, est raconté dans un langage forgé par la foi juive dans l'apocalyptique de laquelle il ne répond pas à une angoisse de la survie des corps : le tombeau ouvert répond à la promesse de Dieu de relever les morts à la fin des temps[124] qui se concrétise déjà pour Jésus[125].

Armilleavec la Résurrection. Émail champlevé sur cuivre doré, région rhéno-mosane, vers1170-1180, Musée du Louvre
Armille
avec la Résurrection. Émail champlevé sur cuivre doré, région rhéno-mosane, vers1170-1180, Musée du Louvre
D'un point de vue chrétien

Cette résurrection est interprétée par les disciples comme le sceau par lequel Dieu manifeste miraculeusement que le sacrifice sanglant de la Passion a été agréé. Pour eux, cette approbation divine inattendue donne rétrospectivement un sens à toute l'histoire de Jésus : elle signifie pour eux que le but de son sacrifice (rapporté par Jn 17) est atteint, que l'homme est donc libéré du poids du péché originel, et par conséquent que le mémorial institué de l'eucharistie[126] est validé et efficace.

L'annonce de l'évangile (littéralement la « bonne nouvelle) » qui s'ensuit porte avant tout sur cette résurrection; l'histoire et l'enseignement de Jésus étant rapportés dans le but d'attester l'historicité de l'évènement par ceux qui en ont été témoins[127].

L'annonce de l'évangile ne porte plus simplement sur l'homme historique, mais sur un personnage que les yeux de la foi reconnaissent comme rempli de la présence de Dieu, messie et christ par excellence, voire fils de Dieu, et qui est de ce fait désigné sous le terme de : Jésus-Christ.

[] Héritage et postérité

Christ Pantocrator. Icône de l'église de la transfiguration, 18° siècle.
Christ Pantocrator. Icône de l'église de la transfiguration, 18° siècle.

[] Enseignement moral

Sur le plan de la morale, l'enseignement de Jésus est centré sur les notions d'amour et de sollicitude, que l'Homme doit observer pour être à l'image de Dieu. Cet enseignement est exprimé de manière synthétique dans les béatitudes, et plus développée dans le Sermon sur la montagne d'où elles sont tirées. Ces principes sont déjà présents dans la religion juive, mais Jésus les place dans une perspective centrale, et privilégie une interprétation spirituelle de la loi mosaïque au détriment d'une interprétation littérale et formaliste qu'il dénonce.

Icône de détail Article détaillé : Jésus-Christ.

[] Histoire des religions

Icône de détail Articles détaillés : paléochristianisme et histoire du christianisme.

Sur le plan de la religion, Jésus n'a jamais cherché à se séparer du judaïsme, et ses disciples ont dans un premier temps été considérés comme une secte juive parmi d'autres. La séparation des christianisme d'avec le judaïsme est progressive et peut être lue en partie comme une conséquence de la crise d'identité qui traverse le judaïsme Ier et IIe siècles qui se traduit entre autre par les révoltes contre Rome auxquelles ne prennent pas part la secte des nazaréen[128], et qui entraîne la disparition de la plupart des courants du judaïsme suite à la destruction du Temple en 70 [129]. La diversité des pratiques juives se réduisant au seul néo-pharisianisme, c'est alors qu'être juif devient vivre en conformité avec l'enseignement des sages pharisiens, ce qui devient incompatible avec l'observance de l'enseignement de Jésus, comme le souligne Ignace d'Antioche[130].

Selon l'école traditionnelle et même dans l'apologétique récente[131], cette séparation serait esquissée dès les premières dissensions apparues au cours d'une réunion décrite dans les Actes des Apôtres, qui sera nommée rétrospectivement le premier concile de Jérusalem, réunion qui admet l'adhésion des non-juifs sans les circoncire, et écarte de fait l'application littérale des lois mosaïques au moins pour les prosélytes (voir Christianisme ancien).L'histoire de la séparation se réunit autour de deux pôles selon que l'historiographie est issue de l'une ou l'autre école : l'école européenne considère qu'elle est chose faite avec la Birkat haMinim qui serait écrite en 135 ; l'école anglo-saxonne [132] remarque que bien des cérémonies sont encore communes dans certaines régions (surtout en Orient, mais parfois en Occident) jusqu'au Ve siècle, c'est à dire quand la période des conciles christologiques est engagée.

Le christianisme connaîtra une croissance importante dans ses multiples branches, jusqu'à en faire la religion la plus importante en nombre de fidèles dans le monde au XXIe siècle.

[] Sources de la vie de Jésus

Les sources de la vie de Jésus ont longtemps reposé essentiellement sur des documents littéraires produits par le christianisme lui-même. Dessiner l'histoire de Jésus s'est ainsi longtemps fait suivant le canevas proposé par les textes canoniques du Nouveau testament, par la Tradition et par certains passages apocryphes qui ont noué la trame de la traditionnelle histoire sainte, laquelle sera la norme pendant des siècles, amplement et spectaculairement relayée et magnifiée par l'iconographie chrétienne. Or les auteurs des Évangiles canoniques n'avaient pas pour objet de livrer une documentation de caractère historique à la postérité mais bien un témoignage de foi[133]à une époque où la notion d'exactitude historique n'existait pas.

La nécessité d'une approche historique et rationnelle de Jésus est apparue au XVIIIe siècle avec Hermann Samuel Reimarus[134] qui voulait « arracher Jésus au dogme chrétien » pour « retrouver le Juif de Palestine » et « le restituer à l'histoire »[135]. Au XIXe siècle, il y eut de nombreux auteurs pour écrire une « vie de Jésus » à visée de reconstitution historique, comme celle, célèbre, d?Ernest Renan en France où l'imagination suppléait souvent au silence des sources. L'ouvrage d'Albert Schweitzer sur l'histoire des vies de Jésus a mis un terme à ce genre de projet.

Certains mythologues ont pensé résoudre les difficultés rencontrées par l'historien en expliquant les Évangiles comme un mythe solaire ou un drame sacré purement symbolique dans une démarche qui ne résiste désormais plus à l'analyse[136]. Si l'existence de Jésus n'est plus guère discutée que par quelques auteurs marginaux, la nature de cette existence reste, quant à elle, elle bel et bien débattue sous différents aspects.

Icône de détail Article détaillé : Thèse mythiste.

Les textes constituent évidemment des sources d'étude valables à condition de les soumettre à la critique. L?étude des premiers temps du christianisme, l'exégèse de la Bible et des autres textes comme les apocryphes, constituent aujourd?hui une discipline à laquelle contribuent en commun des chercheurs et des universitaires, religieux et laïcs, quelles que soient leurs convictions et leur appartenance religieuse. La plupart des publications actuelles traitant de la naissance du christianisme pointent, outre une meilleure interdisciplinarité, l'important enrichissement de la documentation que les découvertes archéologiques et les nouvelles sources documentaires ont permis depuis le milieu du XXe siècle[137], particulièrement depuis les années 1990.

[] Sources chrétiennes

[] Les sources canoniques

Papyrus 37, extrait de l'évangile de Matthieu, vers 250, University of Michigan
Papyrus 37,
extrait de l'évangile de Matthieu, vers 250, University of Michigan

Le Nouveau Testament dans son entier est la source la plus complète dont on dispose concernant la vie et l'enseignement de Jésus.

Les Évangiles selon Matthieu, Marc et Luc, qui racontent l'histoire de Jésus d'un point de vue relativement semblable, sont dits synoptiques. L'évangile selon Jean relève lui d'une autre christologie, appelée johannique. Le premier des évangiles a avoir été rédigé semble être celui selon Marc. Les parties communes à Matthieu et à Luc dépendent peut-être, selon certains chercheurs, d'un document plus ancien mais perdu appelé source Q. Dans leur état actuel, les évangiles datent vraisemblablement d'entre 68 et 110[138]. Ils sont le fruits d'un long processus de recueil de paroles et de leur agencement est organisé à la manière d'une Vie (une Vita) à l'antique, qui n'est pas une biographie[139].

Les Actes des Apôtres, vraisemblablement rédigés par Luc autour de l'année 80, retracent les débuts des premières communautés chrétiennes à partir de la Pentecôte qui, pour Luc, préfigurent l'Église universelle[140]. Ils racontent le début de la diffusion de ce qui est alors obscure courant du judaïsme[141], dans certaines parties de l'empire romain, dans une vision centrifuge à contre-courant de l'eschatologie juive centrée sur Jérusalem.

Les Épîtres de Paul, où se trouve le passage qui constitue la mention la plus ancienne du christianisme concernant la mort et la résurrection de Jésus[142], sept autres Épîtres, dites catholiques - c'est-à-dire, alors, adressées à toutes les communautés chrétiennes - et l'Apocalypse forment un corpus qui témoigne de la réflexion des premiers disciples sur Jésus. Leur rédaction prend place entre 50 et 65 mais elles ne fournissent que peu de renseignements sur la vie de Jésus[143].

[] Autres sources chrétiennes

Papyrus Egerton 2un évangile apocryphe à l'auteur inconnu, entre 100 et 150
Papyrus Egerton 2
un évangile apocryphe à l'auteur inconnu, entre 100 et 150

Les agrapha, mot signifiant « choses non écrites », sont des paroles de Jésus qui ne se trouvent pas dans les textes canoniques. Certaines d'entre elles pourraient être authentiques. Elles proviennent de variantes des Évangiles, des papyri d'Oxyrhynque, des textes apocryphes du Nouveau Testament comme l'Évangile selon Thomas, dont les fouilles de Nag Hammadi ont mis à jour une traduction complète en copte et dont l'attribution à l'apôtre Thomas est rejetée par les chercheurs. Le Papyrus Egerton 2 publié pour la première fois en 1935, composé de 4 fragments, retranscrit des faits et des paroles à rapprocher de l'Évangile de Jean.

Les apocryphes (du grec ????????? / apókryphos, « caché ») sont très divers dans leur style et leur contenu : récits de l'enfance (Protévangile de Jacques), recueil de logia (Évangile selon Thomas), descente aux Enfers (Actes de Pilate), harangues, récits de miracles, etc. : La critique textuelle laissent apparaître une fiabilité documentaire et/ou une ancienneté souvent bien supérieures des sources canoniques.

Les écrits des Pères apostoliques[144] (Didachè, Épître de Clément de Rome, les Lettres d'Ignace d'Antioche[145], Lettres de Polycarpe de Smyrne, Lettre de Barnabé, Lettre à Diognète, Fragments de Papias d'Hiérapolis, Le Pasteur d'Hermas) dont les auteurs, bien que vivant à la fin du Ier siècle, n'ont pas de liens direct avec la génération apostolique. Il arrive à d'autres Pères de l'Église comme Eusèbe de Césarée ou Jérôme de Stridon de citer des fragments d'évangiles apocryphes, en général pour en contester la valeur (Évangiles des Hébreux, des Ébionnites, des Égyptiens, des Nazôréens, ...)

[] Sources non-chrétiennes

[] Chez les auteurs juifs

[] Flavius Josèphe
Icône de détail Article détaillé : Testimonium flavianum.

Il n'existe aucun acte officiel des autorités romaines se rapportant à Jésus. Le premier chroniqueur qui évoque Jésus vers 94 est Flavius Josèphe, romain d'origine juive né en 39. Son témoignage mentionne, dans ses Antiquités judaïques, Jésus à deux reprises. Il est évoqué sujet de la lapidation de Jacques de Jérusalem, décrit comme « le frère de Jésus appelé Christ »[146]. Un passage beaucoup plus développé consacré à Jésus lui-même, connu sous son nom latin de Testimonium flavianum, le décrit comme « un homme exceptionnel, [qui] accomplissait des choses prodigieuses (...) et se gagna beaucoup de monde parmi les juifs... », puis mentionne la résurrection, l'admiration et la foi de ses disciples évoquant une lignée de chrétiens qui se perpétue à l'époque de Josèphe[147]. L'authenticité de ce passage fait encore l'objet de débat, la plupart des commentateurs envisagent aujourd'hui que ce passage, en son état actuel, a été retouché par des mains chrétiennes, ce qui n'exclut pas que Joseph ait rédigé une notice sur Jésus, peut-être moins enthousiaste[148].

D'après la lecture qu'en fait Photios au IXe siècle, aucune mention de Jésus ne figurait dans l?Histoire des juifs, texte disparu de Juste de Tibériade[149], gouverneur militaire de Galilée et historien juif rival de Flavius Josèphe qui le critique sévèrement dans son Autobiographie.

[] Le Talmud

Une vingtaine d'allusions possibles à Jésus existent dans le Talmud mais toujours de manière anecdotique et parfois sous un autre nom et ne sont pas antérieures au IIIe siècle[150]. Il y est fait référence à un certain Yeshu. Depuis le