Jean Chrysostome
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Saint Jean Chrysostome, né à Antioche à une date inconnue entre 344 et 354, et mort en 407 près de Comana, a été archevêque de Constantinople et l'un des pères de l'Église grecque. Son éloquence est à l'origine de son surnom de Chrysostome (en grec ancien ??????????? / khrysóstomos, littéralement « Bouche d'or »). Cependant, sa rigueur et son zèle réformateur l'ont conduit à l'exil et à la mort.
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[] Biographie
Sa famille, chrétienne, appartient à la bourgeoisie d'Antioche. Son père, officier dans l'armée syrienne, trouve la mort alors que Jean est encore enfant. Il est alors élevé par sa mère. Devenu adolescent, il reçoit l'enseignement du célèbre orateur et professeur de rhétorique Libanios. Il témoigne avoir mené une jeunesse désordonnée et avoir été « enchaîné par les appétits du monde » (Du Sacerdoce, I, 3), pour s'accuser ensuite d'avoir été gastronome, amateur d'éloquence judiciaire et de théâtre.
À 18 ans, il demande le baptême, après avoir rencontré l'évêque Mélétios. Il commence alors à suivre des cours d'exégèse auprès de Diodore de Tarse. Après avoir terminé ses études supérieures, il reçoit les ordres mineurs, puis s'installe en ermite aux portes d'Antioche, et se consacre à la théologie. Il compose alors son traité Du Sacerdoce, influencé par les idées de Grégoire de Nazianze. Selon Jean, le monachisme n'est pas la seule voie menant à la perfection. Si le moine, menant une vie recluse, éloignée des tentations, peut plus facilement atteindre son but, Jean juge plus méritante encore la voie du prêtre, qui se consacre au milieu des périls du monde au salut de ses prochains (VI, 5) :
- « Le moine qui mettrait ses travaux et ses sueurs en comparaison avec le sacerdoce tel qu'il doit être exercé, y verrait autant de différence qu'entre les conditions de sujet et d'empereur. »
Durant l'hiver 380?381, il est ordonné diacre par Mélétios à Antioche. Quelques années plus tard, il est ordonné prêtre. Il devient alors prédicateur et directeur spirituel. Il poursuit son travail d'écriture, et rédige de nombreux traités : pour consoler une veuve, sur le remariage, sur l'éducation, sur la pratique de cohabitation de moines et de moniales, etc. Il acquiert une certaine célébrité pour son talent d'orateur : des fidèles prennent des notes de ses homélies.
En 397, Nectaire, archevêque de Constantinople, trouve la mort. Au terme d'une bataille de succession acharnée, l'empereur Arcadius choisit Jean. Il s'élève alors avec une grande force contre la corruption des m?urs et la vie licencieuse des grands, ce qui lui attire beaucoup de haines violentes. Il destitue les prêtres qu'il juge indignes, parmi lesquels l'évêque d'Éphèse, et ramène de force à leur couvent les moines vagabonds. Il s'attaque également aux hérétiques, aux Juifs et aux païens : « Les Juifs et les païens doivent apprendre que les chrétiens sont les sauveurs, les protecteurs, les chefs et les maîtres de la cité » (Homélies sur les statues, I, 12). Il eut un langage ordurier vis-à-vis de juifs, il les traitait de porcs s'agissant d'eux il disait : « La synagogue est pire qu?un bordel. C?est l?antre de vauriens et le repaire de bêtes sauvages. Le temple de démons se consacrant à des cultes idolâtres ».
Il impose son autorité aux diocèses d'Asie mineure alentour. Répugnant à ses devoirs de représentation, il prend seul ses repas et impose un mode de vie frugal et austère à son entourage.
S'il s'attire rapidement l'inimité des classes supérieures et de ses évêques, il jouit au départ de la faveur du couple impérial. Lorsque Jean ordonne le retour des reliques de saint Phocas, l'impératrice Eudoxie se charge en personne de porter la châsse à travers la ville, ce dont Jean la remercie ensuite vivement dans une homélie. En 399, son influence parvient à sauver l'eunuque Eutrope, disgracié et réfugié dans la cathédrale. Cependant, l'inimité de la cour impériale va croissant. Jean finit par blesser vivement Eudoxie en lui reprochant l'accaparement d'une somme appartenant à la veuve Callitrope et des biens d'une autre veuve : il aurait comparé l'impératrice à l'infâme reine Jézabel de l'Ancien Testament.
En 402, Jean est pris dans l'affaire de Théophile, patriarche d'Alexandrie, accusé publiquement de tyrannie et d'injustice par un groupe de moines disciples d'Origène. Ces derniers font appel à Jean, qui tente de se récuser, mais doit finalement accepter de présider un synode, convoqué par l'empereur, devant lequel Théophile est censé se présenter. Théophile engage alors la lutte contre son juge, en rassemblant tous les mécontents. Arrivant finalement à Constantinople en juin 403, Théophile est accompagné d'une armada d'évêques égyptiens. L'affaire se retourne alors contre Jean : il est convoqué par ces évêques pour répondre des accusations formulées contre lui. Jean est alors déposé et condamné, condamnation ratifiée par Arcadius.
Il est aussitôt rappelé par l'impératrice, qui a fait une fausse couche et y voit un avertissement du Ciel. Cependant, les accusations reprennent contre lui. Jean se montre particulièrement peu diplomate, commençant un sermon par une allusion à Hérodiade réclamant la tête de Jean le Baptiste. Finalement, il est une deuxième fois condamné et exilé à Cucusus, en Petite Arménie. Peu de temps après, il doit se réfugier au château d'Arabisse pour fuir une incursion des Isauriens. En 407, il est envoyé à Pithyos, sur la mer Noire, aux confins de l'Empire. Affaibli par la maladie, Jean meurt au cours du voyage près de Comane dans le Pont. Selon la tradition, ses derniers mots sont « gloire à Dieu en toutes choses » (doxa to theo pantôn eneken).
En 438, Théodose II fait rapatrier les restes de Jean à Constantinople, qui sont enterrés dans l'église des Saints Apôtres. Cette translation est commémorée le 27 janvier.
[] ?uvres
Saint Jean Chrysostome a beaucoup prêché, beaucoup écrit. Si nombre d'?uvres, autrefois attribuées à son patronage ont été rendues à leur légitime propriétaire, le nombre des ?uvres authentiques n'en reste pas moins considérable. On divise ses écrits (Clavis Patrum Græcorum 4305-5197) en plusieurs groupes :
- Les traités
Exhortations à Théodore ; Traité du sacerdoce ; Apologie de la vie monastique ; Comparaison du solitaire et du roi ; Traité de la componction ; Traité des cohabitations illicites ; Traité de la virginité ; Traités contre les secondes noces ; Traités polémiques
- Les homélies et discours
Homélies diverses
Homélies sur les textes de la Bible (Genèse, Psaumes, Isaïe, Matthieu, Jean, Actes des apôtres, Épîtres aux Romains, aux Corinthiens, aux Ephésiens, aux Galates, aux Philippiens, aux Colossiens, aux Thessaloniciens, à Timothée, à Tite, à Philémon, aux Hébreux)
Les Lettres (en particulier la série des « lettres à Olympiade »)
Enfin, même si elle n'est pas directement de lui, la liturgie habituelle de l'Église orthodoxe porte son nom. De même, l'homélie lue lors de la vigile de Pâques, est attribuée à Saint Jean Chrysostome.
[] Jean Chrysostome et l'Église orthodoxe
Déposé, exilé de son vivant par l'autorité politique, Jean Chrysostome est un des saints les plus marquants de l'Église orthodoxe.
- Sur le plan liturgique
L'Église orthodoxe utilise trois liturgies eucharistiques : Celle de St Basile (utilisée une dizaine de fois dans l'année, particulièrement durant le Grand Carême et pour la Saint Basile), la Liturgie des Présanctifiés (en semaine, durant le Grand Carême), et la Liturgie de Saint Jean Chrysostome, utilisée tout le reste de l'année.
- Sur le plan théologique
Si l'Église orthodoxe se définit souvent comme l'Église des Pères, soulignant la continuité dans la transmission de la foi, elle désigne sous le vocable des « Trois saints hiérarques » (hiérarque = évêque) trois Pères qui, chacun sous un aspect particulier, ont particulièrement compté au IVe siècle : Grégoire de Nazianze, Basile le Grand et Jean Chrysostome. Cette « réunion » de saints si différents les uns des autres par certains aspects, a pour but de montrer que l'unité de l'Église se fait dans la foi unique, et non dans l'uniformité.
- Sur le plan social
Prédicateur inlassable, commentateur infatigable de l'Évangile, Chrysostome entrecroise en permanence deux thèmes : la gloire de Dieu et l'amour du prochain. S'il prêche sur le « sacrement de l'autel » (l'eucharistie), c'est pour continuer sur le « sacrement du frère » (l'expression est de lui), et sur la responsabilité des riches en faveur des plus pauvres. S'il parle du Christ ressuscitant, c'est pour souligner qu'il ressuscite « nu », et qu'à son exemple, il n'est nul besoin d'être enterré dans de luxueuses étoffes : les vendre pour soutenir les miséreux étant bien plus « intelligent »...
[] Relations
Son éloquence, son audace face aux souverains et l'originalité de son nom sont les raisons pour lesquelles le poète Georges Brassens l'a évoqué dans la chanson « Mourir pour des idées ».
Dans le film « le rouge et le noir » (1954) , Julien Sorel (Gérard Philippe) , séminariste , cite Chrysostome .
Stevan Stojanovi? Mokranjac, Sergueï Rachmaninov et Piotr Tchaïkovski, entre autres, ont mis en musique la liturgie de Saint Jean Chrysostome
Un quartier de la ville de Lévis (Québec) porte le nom St-Jean-Chrysostome. Ce quartier compte plus de 21 000 habitants.
[] Bibliographie
- Hans von Campenhausen, Les Pères grecs, Seuil, coll. « Livre de vie », 1969 (1re édition 1963) (ISBN 2-02-000546-8) ;
- (en) « Jean Chrysostome », dans Catholic Encyclopedia, 1913 [détail édition]
[] Textes de Jean Chrysostome en liens externes
- (fr) Saint Jean Chrysostome, ?uvres complètes sur le site de l'abbaye Saint-Benoît de Port-Valais
- (fr) patristique.org, écrits de Jean Chrysostome, informations générales sur les Pères de l'Église, textes originaux, traductions, documentation pédagogique, prières, méditations?
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