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Juif

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Juifs

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Cet article traite des Juifs ; pour leurs traditions religieuses, voir Judaïsme
Juifs
????????? (Yehoudim)
Juifs célèbres
Population totale
Entre 13 millions[1] et 14,6 millions[2]
Populations significatives par régions
Israël Israël 5 640 000 (est.)[3]
États-Unis États-Unis 5 300 000[4] - 6 000 000
France France 400 000 - 600 000
Russie Russie 100 000 - 400 000
Canada Canada 371 000
Royaume-Uni Royaume-Uni 267 000- 300 000
Ukraine Ukraine 100 000- 300 000
Argentine Argentine 185 000- 250 000
Allemagne Allemagne 100 000- 220 000
Brésil Brésil 130 000
Afrique du Sud Afrique du Sud 106 000
Australie Australie 100 000
Hongrie Hongrie 50 000
Mexique Mexique 40 000-50 000
Biélorussie Biélorussie 45 000
Belgique Belgique 32 000
Turquie Turquie 18 000 - 25 000
Pays-Bas Pays-Bas 30 000
Italie Italie 30 000
Chili Chili 21 000
Iran Iran 11 000-35 000
Éthiopie Éthiopie 12 000 - 22 000
Azerbaïdjan Azerbaïdjan 10 000
Suède Suède 18 000
Espagne Espagne 12 000
Maroc Maroc 10 000
Tunisie Tunisie 2 000
Langues
'Langues juives traditionnelles
Hébreu (j. IVe siècle EC),aramit , yiddish, judéo-espagnol, et autres langues juives (la plupart ne sont plus parlées)

Langues liturgiques
Hébreu et araméen
Langues actuellement parlées
La langue du pays de résidence, ce qui inclut principalement l'anglais, l'hébreu, l'arabe le russe, le français et l'espagnol ; le yiddish, le ladino,le judéo-marocain sont parlés par certains

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v · d · m

Les juifs (hébreu : ?????????, Yëhûdîm ; yiddish : ?????, yiden ; ladino ???????, djudios, arabe ????????? [?ehud?], latin Iudæus [?udæus], grec ancien ???????? [?uðajos]) sont les adhérents au judaïsme. Ce sont aussi, avec une majuscule (Juifs)[5], les membres du peuple d'Israël (am yisrael), également appelés enfants d'Israël (Benei Yisrael)[6]. Il existe en effet une distinction entre les deux définitions, la Halakha (loi religieuse orthodoxe) indiquant qu'on reste Juif (membre du peuple) même si on n'est plus juif (adhérent du judaïsme)[7].

Ils forment un groupe dont la définition recoupe partiellement les catégorisations usuelles de groupe culturel, ethnique, national ou religieux. Ils se composent des descendants des anciens Israélites de Judée ainsi que des personnes converties au judaïsme au cours des siècles.

La définition que les Israélites puis les Juifs ont donnée d'eux-mêmes a varié dans le temps. L'idée que les Juifs sont un peuple, le « peuple d'Israël », apparaît dès les premiers livres de la Bible[8], et a continué à être affirmée au cours des siècles. La définition religieuse a par contre évolué, la Bible et l'archéologie décrivant même des Israélites polythéistes aux périodes les plus anciennes[9]. L'idée de « royaume d'Israël », qui date de la Bible, a également varié avec le temps, ayant été largement mise de côté par les autorités religieuses à compter du IIe siècle, avant d'être réintroduite par des laïques et quelques religieux sous la forme du sionisme au XIXe siècle. Enfin, des cultures juives très diversifiées dans l'espace et le temps ont encore complexifié l'approche de l'identité juive.

Le nombre total de Juifs est difficile à estimer avec précision, et fait l'objet de controverses. Selon une estimation faite en 2007 il serait d'environ 13.2 millions[10], la majorité vivant en Amérique du Nord, en Europe et en Israël.

Sommaire

[] Étymologie

En français, le mot « Juif » viendrait du vieux français giu ou juieu depuis le latin iudeus et le grec Ioudaios (????????), transcription de l'araméen Yehoudaïé[11], lui-même issu de l'hébreu ????? (Yêhûdi), « judéen », ce dernier terme désignant un Israélite habitant la Judée. D'autres ethnonymes désignant les Juifs s'appuient sur cette étymologie, par exemple ÏVDÆVS [?udæus] en latin, Yahûdi (?????) en arabe, Jude en allemand, Jew en anglais, jøde en danois, ?yd en polonais, "?idov" en croate zsidó en hongrois. Cependant, dans des pays où le nom originel des juifs est devenu péjoratif (Giudeo, ????????, jid, jidov ) , on utilise des noms qui dérivent du mot « Hébreux », par exemple Ebreo en italien, ???????(Evraios) en grec moderne, ????? (yevrey) en russe, evreu en roumain. Ou encore d'autres dérivant de Moïse, comme Musevi en turc.

Les Juifs sont donc les Israélites de la Judée, par opposition aux Israélites de la Samarie.

Le terme Judée est dérivé de la tribu de Juda, la tribu qui d?après 1 Samuel 17 et suivants a engendré le roi David. Toujours d?après la Bible, le royaume unifié de David et de son fils Salomon, regroupant les 12 tribus d'Israël, aurait éclaté en deux royaumes israélites rivaux vers 930 avant l'ère commune (1 rois 12 et suivants). Celui du Sud serait resté sous le contrôle de la dynastie davidique, issue de la tribu de Juda, et aurait donc pris le nom de « royaume de Juda » (1 rois 12:16-20). Sous la dynastie des Hasmonéens on a restauré l'état juif sous le nom de Royaume de Judée (Yehuda) sur tout le territoire de la Terre d'Israël, y compris la Judée et la Samarie. C'est ainsi que pour les Romains, ce royaume était connu comme Judaea.

Les habitants du royaume de Juda, ou Judéens, ou Juifs, ne sont pas tous Judaïtes, membres de la tribu de Juda, mais regroupent tous les Israélites vivant dans le royaume. La première occurrence de y?h?d? dans la Bible hébraïque[12] désigne d'ailleurs un membre de la tribu de Benjamin.

Cette même Bible hébraïque ne développe pas la notion de Juif comme une notion religieuse à proprement parler : d'une part, elle affirme que d'autres populations pratiquent le culte de YHWH[13], d'autre part, Judéens et Israélites du Nord sont régulièrement dépeints comme des polythéistes pratiquant d'autres cultes[14]. Les auteurs de La Bible dévoilée suggèrent qu'il aurait bien existé une spécificité religieuse judéenne / juive par rapport au royaume du Nord, mais que les rédacteurs de la Bible hébraïque l'atténuèrent, afin d'affirmer l'unité religieuse du « peuple d'Israël »[15]. La notion de Juif est donc pour la Bible surtout une notion politique et géographique, désignant les sujets du royaume de Juda.

Conformément aux conventions typographiques françaises qui imposent une majuscule aux noms de peuples et une minuscule aux noms de croyances, « Juif » s'écrit avec une majuscule quand il désigne les Juifs en tant que peuple, et avec une minuscule quand il désigne les croyants juifs[16].

[] Formation et évolution de l'identité juive

Icône de détail Articles détaillés : Histoire du peuple juif et Identité juive.

La notion de Juif s'est structurée à travers l'histoire. Au cours des trois millénaires écoulés depuis le roi David, elle a connu des évolutions ou infléchissements.

À l'époque la plus ancienne, les Israélites apparaissent comme une population aux pratiques religieuses très diversifiées[9], surtout définis par leur origine supposée commune[17], leur langue, leur territoire et leurs deux États.

Après la disparition du polythéisme et l'exil à Babylone, vers -600, les Juifs remplacent les Israélites. La définition religieuse devient plus claire, mais s'exprime encore à travers la diversité foisonnante des sectes du second Temple. Les idées de peuple et de royaume sont réaffirmées.

Après la destruction du temple par les Romains (en 70), avec la destruction définitive du royaume de Juda (Ier siècle), puis avec la rédaction des Talmuds (IIe siècle - Ve siècle), la religion s'unifie. Le rétablissement de l'État juif est abandonné, renvoyé aux temps messianiques.

Enfin, à partir du XIXe siècle, sous l'influence des idées laïques et nationalistes occidentales, une redéfinition politique et nationale de l'identité juive est mise en avant par une partie des communautés.

[] Les royaumes israélites

Icône de détail Articles détaillés : Tribus d'Israël, Royaume d'Israël et Royaume de Juda.
Transcription de la Stèle de Mérenptah
Transcription de la Stèle de Mérenptah

La plus ancienne source documentaire extra-biblique sur les Israélites est la Stèle de Mérenptah, datée de -1207 et trouvée en 1896 dans le sud de l'actuel Israël. Dans cette stèle, le pharaon Mérenptah proclame : « Israël est détruit, sa semence même n'est plus ». Le déterminatif des hiéroglyphes signifiant Israël (un homme, une femme et les trois traits marquant le pluriel), précise que le mot désigne une population. On ignore la localisation exacte de cette population, son périmètre ethnique ou religieux, son statut politique, mais la stèle confirme l'existence assez ancienne d'un groupe humain de ce nom dans le paysage cananéen de l'époque.

On ignore la date exacte de rédaction des livres de la Bible. Selon l'ensemble des biblistes non littéralistes, au VIIe siècle av. J.-C. pour le Deutéronome[18], et aux Ve - VIe siècle pour les livres suivants. La Bible n'est donc pas forcément un témoignage historique fiable, en particulier pour les périodes les plus anciennes. Toutefois, elle exprime la vision de la communauté qu'avaient ses rédacteurs.

Dès les premiers livres de la Bible, les « enfants d'Israël[19] » sont à la fois présentés comme un groupe religieux (pratiquant le culte de YHWH) et comme un peuple, le « peuple d'Israël[20] », que YHWH appelle d'ailleurs « Mon peuple[21] ».

À ce stade, cependant, le « peuple d'Israël » n'est pas présenté comme une nation au sens étatique du terme. Cette notion n'apparaît dans la Bible qu'à partir du récit de la royauté de Saül, dont l'avènement est supposé s'être produit vers l'an -1000 : « Samuel dit à tout le peuple : Voyez-vous celui que l?Éternel a choisi ? [?] Et tout le peuple poussa des cris, et dit : Vive le roi ![22] ».
À compter du livre de Samuel, la Bible affirme de façon permanente qu'il est de la volonté de Dieu que les Israélites soient son peuple, mais aussi qu'ils soient un royaume, sous une direction politique unique, la dynastie davidique, dont viendra un jour futur le Messie.

Frontières estimées des États du levant vers 800 av. J.-C.
Frontières estimées des États du levant vers 800 av. J.-C.
Carte des royaumes de Judée et Samarie qui existaient selon la Bible en 926 av. J.-C. (les frontières sont seulement indicatives)
Carte des royaumes de Judée et Samarie qui existaient selon la Bible en 926 av. J.-C. (les frontières sont seulement indicatives)

En pratique, ces principes ne sont que partiellement mis en ?uvre.

D'une part, le royaume unifié d'Israël éclate d'après la Bible vers -930 en deux États israélites rivaux[23]. Le royaume d'Israël, ou de Samarie (du nom de sa capitale) domine le Nord de Canaan. Le royaume de Juda (du nom de la tribu royale) domine le Sud. Les deux royaumes se sont définis de façon ambiguë l'un par rapport à l'autre. Ils faisaient partie d'une même communauté israélite, mais ils étaient aussi en concurrence territoriale, politique et au final religieuse. La Bible (rédigée semble-t-il dans le royaume de Juda) « nous dépeint immanquablement les tribus du Nord [?] désespérément enclines au péché[24] ».

D'autre part, le polythéisme est très présent au sein de la société israélite. Au nord, « les enfants d'Israël firent en secret contre l'Éternel leur Dieu, des choses qui ne sont pas bien. [?]. Ils fabriquèrent des idoles d'Astarté, ils se prosternèrent devant toute l'armée des cieux, et ils servirent Baal[25] ». Dans le sud, le roi Josias, vers -630 « ordonna [?] de retirer du sanctuaire de Yahvé tous les objets de culte qui avaient été faits pour Baal, pour Ashera et pour toute l'armée du ciel [?]. Il supprima les faux prêtres que les rois de Juda avaient installés et qui sacrifiaient [?] à Baal, au soleil, à la lune, aux constellations et à toute l'armée du ciel. [?] Il démolit la demeure des prostituées sacrées, qui était dans le temple de Yahvé[?][26] ».

L'archéologie confirme ce polythéisme, montrant YHWH adoré avec d'autres dieux et déesses, comme Ashera (peut-être son épouse). Les ostraca de Kuntillet 'Ajrud, dans le désert du Sinaï, datant du VIIIe siècle avant l'ère commune (AEC), portent ainsi l'inscription « b?ra?t? ?et?em l?-YHWH ?omr?n [ou ?omr?n?] u-l-A?rat? » (« Je vous ai bénis par YHWH de Samarie et Son Asherah » ou « Je vous ai bénis par YHWH notre gardien et Son Asherah », selon qu'on lise ?omr?n : Samarie ou ?omr?n? : notre gardien[27]). on trouve aussi la mention « YHWH et son Ashera » sur une inscription datant de la monarchie tardive (vers -600) dans la région de la Shefelah (royaume de Juda)[28].
Présentée dans la Bible comme une régression (par rapport à un monothéisme originel), cette situation est au contraire interprétée par certains historiens comme une subsistance des anciens cultes israélites combattus par les réformateurs monothéistes[29].

Les Israélites, au terme d'une évolution allant de la Genèse au premier livre de Samuel sont ainsi dotés d'une triple caractéristique par la Bible : ils sont un groupe religieux, un peuple et une nation, ou plus exactement un royaume (rapidement divisé).
Quelle que soit leur réalité historique les récits intègrent deux idées :

  • La première est que le destin des Israélites est de vivre dans un seul royaume, sous la seule dynastie légitime, celle de Juda[30]. En sortant de ce royaume, les habitants de Samarie divisent le peuple.
  • La seconde est qu'on peut être israélite tout en pratiquant le polythéisme, même si on est alors un mauvais Israélite. Ce pluralisme religieux ne remet pas en cause l'appartenance commune au « peuple d'Israël », qui semble ainsi première.

[] Le premier exil et l'apparition des Juifs

Carte de la région après l'expansion assyrienne. La Samarie et Juda font partie de l'empire, Juda avec un statut de vassal et non de simple province.
Carte de la région après l'expansion assyrienne. La Samarie et Juda font partie de l'empire, Juda avec un statut de vassal et non de simple province.

Le royaume de Samarie a été envahi et détruit par l'Assyrie en 722 av. J.-C., qui en a fait une de ses provinces. Le royaume de Juda survécut jusqu'à sa destruction par les Babyloniens en -586 et à la déportation d'une partie de sa population à Babylone (sans doute essentiellement l'élite). « Le VIe siècle av. J.-C. a été décisif dans l'histoire des Juifs. En fait, on peut dire qu'il en constitue le véritable commencement, car il voit s'opérer une mutation fondamentale : la fin du temps des Hébreux et de l'hébraïsme, la naissance du temps des Juifs et du judaïsme[31] ». Le destin des Israélites du Sud, en particulier de l'élite déportée en Mésopotamie devient totalement distinct de celui des Israélites du Nord.

La population installée à Babylone semble avoir rompu de façon définitive avec le polythéisme. La Bible cesse en effet ses accusations régulières sur ce thème. Les formes fondamentales du monothéisme juif semblent s'être définitivement imposées dans l'épreuve de l'exil.

Les Juifs ne seront plus indépendants avant la monarchie hasmonéenne, vers -140. Ils ne vivront plus exclusivement en Judée, mais se répandront progressivement à travers le Moyen-Orient à partir de la Babylonie.

Après la libération des exilés par l'Empereur perse Cyrus II en -537, celui-ci leur donne la permission de retourner dans leur pays d'origine et de rebâtir le temple de Jérusalem détruit en -586. Les populations de l'ancien royaume de Samarie proposent alors leur aide. Celle-ci est refusée[32], et les Samaritains sont accusés de ne pas être de purs Israélites, mais des immigrants d'origine assyrienne imitant les Israélites : « Le roi d'Assyrie fit venir des gens [?] et les établit dans les villes de Samarie à la place des enfants d'Israël [?]. Ils craignaient aussi l'Éternel [?] et ils servaient en même temps leurs dieux d'après la coutume des nations d'où on les avait transportés[33] ».

L'exil a en effet modifié les identités ethno-religieuses. Pour les anciens exilés de Babylone, la terre d'Israël est mal connue. Les anciennes définitions sont réinterprétées. La captivité de Babylone a créé les Juifs au sens actuel du terme. Les populations se réclamant des anciens Israélites sont maintenant réparties en deux groupes pratiquant des religions proches : les Judéens et les Samaritains, toutes deux sous domination perse, et plus tard séleucide.

Deux éléments semblent marquants dans la rupture :

  • Les Samaritains ont placé leur temple sur le mont Garizim, quand les Juifs ont placé le leur à Jérusalem.
  • Les Samaritains sont accusés de n'être pas d'ascendance israélite, mais de se contenter de se comporter comme des Israélites.

Une autre accusation juive existe, celle de pratiquer le polythéisme. Elle ne semble cependant pas suffisante à justifier la divergence. En effet, le traité mineur Massekhet Koutim[34] du Talmud de Jérusalem admet que les Samaritains ne sont plus polythéistes[35]. Mais l'accusation de ne pas être d'ascendance israélite subsiste. Avec la centralité du mont Garizim, elle apparaît donc comme centrale dans le rejet.

C'est à la fois la religion, la politique et la notion de peuple qui fonde donc le rejet des Samaritains et la structuration d'une identité juive distincte. Elle est non seulement celle de monothéistes qui suivent la Bible (comme les Samaritains), mais qui affirment également au moins trois fortes spécificités : de meilleures pratiques religieuses (comme la centralité du temple de Jérusalem), une fidélité politique et « nationale » au royaume Judéen[36] et l'appartenance à un peuple nettement différencié par son origine supposée (les « vrais » Israélites).

[] Le temps du Talmud

Icône de détail Articles détaillés : Zélotes, Sadducéens, Pharisiens et Talmud.

Le VIe siècle av. J.-C. a vu disparaître le polythéisme. Mais le monothéisme juif n'est pas unifié, et de nombreuses interprétations existent.

Pendant cette période, la définition du fait juif est particulièrement complexe. Les Juifs de Palestine deviennent nettement minoritaires dans le judaïsme global, largement répandu à travers le Moyen-Orient et en particulier en Égypte, où les communautés juives hellénisées prospèrent. La définition strictement nationale du « peuple Juif » (une langue, un territoire, une direction politique) s'estompe donc. Malgré quelques principes généraux (croyance dans la centralité de Jérusalem[37], dans le Dieu Un et Unique, dans le destin particulier du peuple Juif), le judaïsme du second temple est le judaïsme le plus éclaté de l'histoire religieuse juive : certains courants se reconnaissent dans les Rabbanim[38], d'autres dans les prêtres du Temple, certains acceptent la Torah orale, d'autres non, certains courants acceptent des livres de la Bible que d'autres rejettent[39], certains professent l'éternité du monde quand d'autres sont créationnistes, certains professent l'immortalité de l'âme (pharisiens) que d'autres rejettent (sadducéens[40]), certains courants se montrent ouverts aux convertis quand d'autres les rejettent, certains courants se montrent ouverts à la culture hellénistique (dominante dans le Moyen-Orient de l'époque), que d'autres se font un point d'honneur de refuser.

Après la destruction du second Temple de Jérusalem en l'an 70, ce judaïsme éclaté perd son autorité centrale. Le peuple juif perd aussi progressivement son État, réduit d'abord au statut de royaume vassal par les Romains, puis finalement supprimé pour devenir une simple province. Enfin, une nouvelle religion apparaît, le christianisme. Issu du judaïsme, le christianisme primitif met l'universalisme en avant. Les références au « peuple juif » et au « royaume de Juda » (dont le rétablissement était espéré par les Juifs) en disparaissent dès la fin du Ier siècle.

Privé de centralité religieuse et politique, menacé par le prosélytisme chrétien, le judaïsme va se restructurer en profondeur.

La page de garde du Talmud.
La page de garde du Talmud.

Devant la menace de dilution et d'oubli de la tradition, les Sages pharisiens décident de mettre la Torah orale par écrit, rompant ainsi avec un tabou ancien[41]. La Michnah est alors rédigée, au IIe siècle, par les Tannaïtes. Elle « se présente comme un code de loi, en quelque sorte les décrets d'application de la législation biblique. Elle est divisée en six parties [?] 1. les lois agricoles ; 2. les fêtes ; 3. la législation familiale ; 4. le droit civil et pénal ; 5. le culte du temple ; 6. les lois de pureté[42] ». Entre le IIe et le Ve siècle, chaque article de la Michnah est commenté en détail dans la Guemara[43]. « C'est à l'ensemble Michnah (lois) et Guemara (commentaire des lois [?]) que l'on donna le nom de Talmud[44] », dont il existe deux versions : le Talmud de Jérusalem et celui de Babylone, issus des académies religieuses de ces deux grands centres d'étude, et achevées aux IVe et Ve siècles.

À l'issue de ce travail, le visage du judaïsme a changé, les divergences d'interprétations entre sectes semblant appartenir au passé, au bénéfice d'un solide corpus de règles religieuses unifiées.

Le judaïsme pharisien, qu'on peut désormais qualifier d'orthodoxe (le terme ne sera utilisé qu'au XIXe siècle), acte parallèlement la fin pratique de la dimension nationale du fait juif : il devient interdit, après la fin des Zélotes (en 67-73 EC) puis l'écrasement de la révolte de Bar Kokhba (en 132-135 EC), de combattre pour le rétablissement d'un État juif. Ces défaites sont interprétées comme manifestant le refus divin de rétablir la souveraineté juive sur la Terre sainte. En théorie l'idée nationale est cependant conservée, puisque la création d'un nouveau royaume d'Israël reste attendue pour l'avènement des temps messianiques.

Sans doute par compensation, le judaïsme orthodoxe a par contre conservé et même renforcé la définition des Juifs en tant que peuple, freinant fortement les conversions au judaïsme, perçues comme un facteur de dilution. Assez nombreuses dans l'antiquité[45], celles-ci deviennent marginales, renforçant le particularisme ethnique.

Fort de ses adaptations face à la destruction de l'État juif, c'est le judaïsme orthodoxe qui va être la structuration idéologique principale des deux mille ans d'existence juive post-exilique.

[] De l'Angleterre à la Chine

Un Juif en prière dans une Synagogue, en Iran, en 1999.
Un Juif en prière dans une Synagogue, en Iran, en 1999.
Un Juif de Chi?in?u (Moldavie), vers 1900.
Un Juif de Chi?in?u (Moldavie), vers 1900.

Les Juifs se sont très largement répandus sur la planète, de l'Angleterre ou du Maroc à la Chine, de la Pologne à l'Éthiopie.

Cependant, l'essentiel de cette dispersion est postérieure au triomphe religieux des pharisiens, entre les IIe et IVe siècles. À cette date, les Juifs étaient encore essentiellement répandus au Moyen-Orient et dans le bassin méditerranéen[46].

Quand l'expansion vers l'Europe, l'Inde ou la Chine commence, les différentes sectes juives ont déjà disparu au profit du judaïsme pharisien, nouveau judaïsme orthodoxe. De ce fait, fortement structuré par les Talmuds, les communautés de plus en plus dispersées n'ont pas éclaté en groupe religieux rivaux, les pratiques restant assez homogènes dans l'espace et dans le temps. On peut citer l'exception des Falashas, dont nul ne connaît clairement l'origine, ou celle des groupes en cours d'assimilation lors de leur redécouverte par le judaïsme (comme les Bene Israël des Indes), dont la « déviation » venait plus de l'oubli que d'une volonté d'innovation religieuse.

La seule véritable contestation interne au judaïsme unifié par les pharisiens sera celle du Karaïsme, un mouvement religieux surtout influent entre les VIIIe et XIe siècles, contestant la validité de la Torah orale.

Si les caractéristiques religieuses des populations dispersées sont restées assez stables, leurs caractéristiques ethniques (apparences physiques) se sont cependant modifiées, par conversion, viol ou mariages mixtes, mais sans de façon notable la définition traditionnelle du Judaïsme.

[] La Haskala, et ses conséquences

Icône de détail Articles détaillés : Haskala, Judaïsme libéral et Judaïsme conservateur.
Moses Mendelssohn, le fondateur de la Haskala.
Moses Mendelssohn, le fondateur de la Haskala.

[] Avant la Haskala

La culture des Juifs fut longtemps celle du ghetto et de la dhimmitude (statut de dhimmi). Les repères matériels de la politique et du culte ayant été détruits, ceux-ci s'étaient déplacés vers les domaines de l'étude et la religion. Les persécutions, expulsions et massacres qui alternaient avec des périodes de calme relatif étaient vécues comme l'accomplissement des paroles du Deutéronome « L?Éternel te dispersera parmi tous les peuples, d?une extrémité de la terre à l?autre [?] L?Éternel rendra ton c?ur agité, tes yeux languissants, ton âme souffrante[47] ». L'échec des révoltes menées par les Zélotes puis Bar Kokhba avaient conforté le peuple dans cette perception d'un exil voulu par Dieu, et le Messie fils de David, de figure politique qu'il était, avait été transmué en personnage eschatologique. Les Juifs se voyaient donc comme un « peuple au sein des nations », maintenu par le judaïsme (qu'on n'appelait pas encore orthodoxe), attendant patiemment sa délivrance de Dieu.

[] La Haskala

Sous l'influence de la philosophie des lumières, un courant intellectuel juif apparaît à la fin du XVIIIe siècle. L'idée fondamentale de la Haskala est la sortie du ghetto, l'entrée dans la modernité occidentale, à travers une éducation non exclusivement religieuse, l'initiation à l'économie moderne, et grâce à l'amélioration des relations entre les Juifs et les peuples au sein desquels ils vivent. Ce courant va susciter plusieurs réactions au sein des Juifs, les conduisant parfois à des modifications profondes de la perception de leur identité.

[] La réforme du judaïsme

Le mouvement réformé apparait en Allemagne dans la première moitié du XIXe siècle. Fortement influencé par la Haskala, il est en fait composé de divers courants, considérant le judaïsme comme formé d'un noyau moral à conserver, et d'une écorce rituelle à abroger ou à réformer. La notion de « peuple juif » elle-même est limitée, voir contestée, au nom d'une meilleure intégration dans les sociétés occidentales. Les Juifs doivent se comporter, s'exprimer, s'éduquer et s'habiller comme leurs concitoyens, renoncer à leur particularisme culturel, à leurs langues (comme le yiddish), à leurs vêtements traditionnels, à leurs quartiers spécifiques, et le judaïsme doit devenir une religion privée, en accord avec la société et ses valeurs.

Le culte est alors réformé sur le modèle protestant, la cacheroute (lois alimentaires juives) est majoritairement oubliée et l'abandon des pratiques traditionnelles va chez certains jusqu'à proposer l'abandon du chabbat et de la circoncision. La liturgie est simplifiée, les livres de prières (siddour) sont rédigés en allemand et non en hébreu, les services abrégés, enrichis d'un sermon et d'un accompagnement musical. De cette redéfinition du fait religieux Juif axée sur l'adhésion à une religion intériorisée, il ressort que la dimension de « peuple séparé » doit disparaître ou être atténuée.

L'impact de la réforme provoque alors la formation de nouveaux courants religieux, favorables ou opposés à celle-ci.

Elle engendre d'abord l'ultra-orthodoxie juive, qui prône l'exact inverse des valeurs de la réforme, en adoptant un séparatisme assez strict, et en renforçant la pratique du judaïsme au prix d'une rupture avec la modernité.
Elle est également rejetée par les « orthodoxes modernes », qui se laissent néanmoins pénétrer par certaines idées de la Haskala, conciliant une vie moderne avec la tradition, et qui sont dans leur ensemble nettement moins réfractaires au sionisme que les précédents.
En réaction à la réforme, mais également au durcissement de l'orthodoxie, nait la critique positive-historique du rabbin Zecharias Frankel qui tente dans la seconde moitié du XIXe siècle de concilier tradition et modernité. Ce courant, partisan d'une plus grande souplesse rituelle que les orthodoxes, a cependant une vision du judaïsme assez similaire, notamment dans sa dimension politique. Cette opinion « centriste » s'individualise aux États-Unis en 1902 sous le nom de Conservative Judaism.

[] Le nationalisme

Icône de détail Articles détaillés : Histoire du sionisme, Sionisme et Antisémitisme.

La Haskala a exprimé à l'origine une volonté de faire des Juifs des citoyens comme les autres. Mais une de ses interprétations sera dans la seconde moitié du XIXe siècle d'en faire un peuple comme les autres, c'est-à-dire doté d'un État.

Historiquement, les prophètes de l'exil à Babylone (notamment Ezéchiel) furent les premiers à exprimer la nostalgie de Sion. Sous leur influence religieuse, un modeste noyau de Juifs demeura toujours en terre d'Israël, et des petits groupes de juifs religieux « montaient » régulièrement en Terre d'Israël depuis l'antiquité, souvent après des accès de persécutions anti-juives, surtout vers les villes saintes de Safed, Tibériade, Hébron et Jérusalem. Cependant, l'espoir se résumait le plus souvent à une prière prononcée à Pessa'h, « L'an prochain à Jérusalem ».

Ces déplacements n'impliquaient aucun projet politique. L'eschatologie juive espère la renaissance du royaume d'Israël, mais celle-ci est renvoyée à la venue d'un messie, à la fin des temps[48].

Le sionisme des débuts est d'une autre nature. Sous l'influence de la révolution française, le nationalisme moderne se répand dans toute l'Europe au cours du XIXe siècle, attirant particulièrement les populations occupées par un autre État (Pologne, Irlande ou Hongrie), ou divisées en plusieurs États (Allemagne, Italie). L'idée nationaliste finit par toucher les Juifs, privés d'État, et même de territoire. Il devient particulièrement populaire en Europe de l'Est, où les Juifs ne sont au début du XXe siècle pas encore émancipés, soumis de plus à la pression de l?antisémitisme et des pogroms. L'on transforme donc à la fin du XIXe siècle les anciennes thématiques religieuses de « retour à Sion » en un projet politique. Les premières organisations (Amants de Sion) apparaissent en 1881.

Theodor Herzl, créateur de l'Organisation sioniste mondiale, en 1897.
Theodor Herzl, créateur de l'Organisation sioniste mondiale, en 1897.

L'affaire Dreyfus voit l'antisémitisme toucher fortement la France des années 1890, pourtant le premier pays occidental à avoir émancipé les Juifs, en 1791. La déception et le choc chez les Juifs occidentalisés sont importants, et catalysent fortement le développement de la nouvelle idéologie. L'Organisation sioniste mondiale est alors créée en 1897, par Théodore Herzl.

Ce messianisme laïque et politique, sans messie personnifié, irrite autant les juifs orthodoxes que les partisans de l'assimilation. En retour, le sionisme apparaît comme relativement indifférent au religieux, certains courants de gauche (anarcho-sionisme, Poale sion, Hachomer Hatzaïr) y étant même vigoureusement hostiles. Le petit courant ultra-nationaliste cananéen ira encore plus loin, en se réclamant du paganisme, et d'une identité hébraïque non juive[49].

En s'appuyant sur les ambitions coloniales britanniques au Moyen-Orient, le mouvement sioniste obtient par la déclaration Balfour (1917), la conférence de San Rémo (1920) et le mandat de la Société des Nations (1922) un « Foyer national juif » en Palestine, contre l?avis des Arabes palestiniens qui craignent d'être à terme dépossédés. La Palestine est alors placée sous mandat britannique : on parle pour cette période de « Palestine mandataire ».

De 1918 à 1948, l'immigration sioniste est importante, et la population juive passe de 83 000 personnes à 650 000. La croissance est moins due à une forte natalité qu'à une forte immigration, due à l?antisémitisme et aux troubles politiques en Europe.
Cette immigration sioniste est condamnée par les autorités religieuses, parfois violemment. Le Rav Elchonon Wasserman assimile ainsi les sionistes à des descendants d'Amalek, qui voulut détruire le peuple juif, et les rend responsables de tout malheur accablant les Juifs en terre d'Israël, par punition divine. Boruch Kaplan, un survivant du massacre de Hébron de 1929, alors étudiant de la Yeshiva orthodoxe de la ville, et plus tard rabbin, tint toujours les sionistes pour responsables du massacre. Les Juifs des anciennes communautés de Palestine, très religieux, ne se mélangent pas aux immigrants sionistes.

Toutefois, la Shoah, destruction massive du judaïsme diasporique européen, modifie fortement le cours des choses. Au cours de celle-ci, le Juif est défini par des critères raciaux plus que religieux. On peut lire dans cette tendance de l'antisémitisme moderne, par opposition à l'antijudaïsme religieux traditionnel, l'influence des nationalismes européens né à la fin du XVIIIe siècle, volontiers laïques. À sa façon, l'antisémitisme est le versant radical et hostile de la redéfinition nationale et ethnique du judaïsme, redéfinition commune aux nationalismes européens, du sionisme à l'ultranationalisme anti-juif.

Suite à la Shoah, l'ultra-orthodoxie juive se scinde en Agoudat Israël, acceptant le sionisme sans s'y rallier officiellement, et la Edah Haredit, rejetant radicalement le sionisme et l'État d'Israël[50].

[] La création de l'État d'Israël

Déclaration d'indépendance, le 14 mai 1948.
Déclaration d'indépendance, le 14 mai 1948.