Gilbert du Motier de La Fayette
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| La Fayette | |
| Naissance : | 6 septembre 1757 Château de Chavaniac |
|---|---|
| Décès : | 20 mai 1834 (à 77 ans) Paris |
| Origine : | Français |
| Allégeance : | |
| Grade : | Général de division |
| Conflits : | Guerre d'indépendance des États-Unis d'Amérique Guerres de la Révolution |
| Faits d'armes : | Bataille de Brandywine Bataille de Barren Hill Bataille de Gloucester Bataille de Monmouth Bataille de Rhode Island Bataille de Yorktown |
| Distinctions : | Ordre de Cincinnatus |
| Hommage : | Citoyen d'honneur des États-Unis d'Amérique |
| Autres fonctions : | Homme politique et militaire |
Marie-Joseph Paul Yves Roch Gilbert du Motier, marquis de la Fayette, (6 septembre 1757 - 20 mai 1834), est un général et un homme politique français, héros de la guerre d'indépendance américaine et personnalité de la Révolution française. Il a été fait citoyen d'honneur des États-Unis d'Amérique en 2002, à titre posthume.
A la chute de la Monarchie en 1792, il dut se retirer de la vie publique, pour ne rejouer de véritable rôle politique qu'à partir de la Restauration.
[] Une jeunesse orpheline
Marie-Joseph Paul du Motier est né au château de Chavaniac, en Haute-Loire, le 6 septembre 1757, dans une ancienne famille d'Auvergne dont les origines connues remonteraient au XIe siècle. Le nom de famille trouve son origine à La Fayette, commune d'Aix-la-Fayette, dans le Puy-de-Dôme, site d'une motte castrale documentée[1].
Son père, Michel Louis Christophe Roch Gilbert Paulette du Motier, marquis de La Fayette, colonel aux Grenadiers de France, est tué à l'âge de vingt-six ans sur le champ de bataille de Minden, en Westphalie le 9 juillet 1759. Sa mère, Marie Louise Jolie de La Rivière en 1737, meurt le 3 avril 1770.
À l'âge de 13 ans, le marquis de La Fayette se retrouve donc orphelin et seul héritier potentiel de la fortune de son grand-père maternel, le marquis de La Rivière, qui meurt peu après. C'est donc son arrière-grand-père, le comte de La Rivière, ancien lieutenant général des Armées du Roi qui s'occupera de lui. Le jeune marquis étudie jusqu'en 1771 au collège du Plessis, futur lycée Louis-le-Grand, où il semble qu'il montre un penchant pour l'indépendance et la liberté.[2] C'est à cette date qu'il entre dans l'Armée, qui deviendra pour lui une deuxième famille.
En 1774, le jeune marquis de La Fayette, qui est l'un des plus beaux partis de France, épouse Marie Adrienne Françoise de Noailles (? 1807), fille du duc d'Ayen[3], dotée de 400 000 livres. De ce mariage naîtront trois enfants : un fils et deux filles.
- Georges Washington de La Fayette
- Anastasie (1777-1863), qui épouse Charles de Latour-Maubourg (1774-1824) le 23 février 1798
- Virginie (1782-1849), qui épouse Louis de Lasteyrie du Saillant (1781-1826) le 20 avril 1803.
La Fayette a alors 17 ans. Après son mariage, il fait son service militaire où, après être entré comme simple soldat, il est élevé au rang de capitaine de dragons. Il choisit alors de suivre, à l'exemple de son père, une carrière militaire et entre dans la Maison militaire du roi.
Il parut à la cour de Louis XVI ; mais, soit, au dire de Mirabeau[4], « qu'il y gâta par la gaucherie de ses manières, un langage obséquieux jusqu'à l'humilité, soit, comme il le dit lui-même, qu'il y déplût au contraire par l'indépendance de son langage et l'indocilité de ses idées, il n'y obtint aucun succès. [réf. souhaitée] »
[] Participation à la guerre d'indépendance américaine
C'est la partie la moins controversée et la plus brillante de la vie de Lafayette. Sa participation à la Guerre d'indépendance des États-Unis d'Amérique est l'événement qui l'a rendu célèbre, et lui a donné sa place de symbole: "Le héros des deux mondes". D'ailleurs bien qu'il soit établi qu'il eut une participation militaire effective notable au conflit, celle-ci n'a que peu de poids en face de son rôle indirectement politique.
[] L'arrivée de La Fayette en Amérique
Ce qui fait de La Fayette un symbole du soutien français aux insurgés d'Amérique ainsi que la figure du héros romantique qu'on en conserve, c'est l'âge auquel il partit pour l'Amérique (23 ans), ainsi que les circonstances (sans l'autorisation du roi encore favorable à la paix et en finançant le voyage de ses propres deniers).
[] Mission auprès des tribus indiennes
[] La Fayette en Virginie
Pendant ce temps, La Fayette, chargé d'opérer en Virginie contre des forces quatre fois supérieures en nombre, sacrifia encore une partie de sa fortune pour maintenir ses soldats sous ses ordres, et, joignant la prudence au courage, il sut, par des marches forcées et des retours subits, tellement fatiguer Cornwallis et harceler ses troupes, que le général anglais, après avoir méprisé sa jeunesse, fut forcé de redouter son habileté[5].
[] Bataille de Yorktown
[] Retour en Europe
[] Paris
La Fayette rentre en France vers la fin de 1781. Ce fut le premier essai qu'il tenta de l'application des théories d'indépendance américaine à la société française. L'intention de La Fayette était de brusquer les réformes qu'il méditait. Mais Washington, avec qui il ne cessait de correspondre, lui manda sagement C'est une partie de l'art militaire de connaître le terrain avant de s'y engager. On a souvent plus fait par les approches en règle que par une attaque à force ouverte. Cette observation ralentit un peu la fougue du jeune réformateur, et il renonça à emporter de haute lutte ce que Louis XVI opéra de lui-même sans secousse, peu de temps après.
La Fayette vint à Paris dans les derniers jours de 1785. Son retour excita un enthousiasme porté jusqu'au délire. La reine Marie-Antoinette, qui assistait en ce moment à une fête à l'hôtel de ville, voulut, par une faveur presque sans exemple, conduire madame de La Fayette dans sa propre voiture à l'hôtel de Noailles, où venait de descendre son époux. Le lendemain, il fut reçu à la cour avec l'empressement le plus flatteur, et ne cessa d'être, pendant plusieurs jours, l'objet des hommages et de la curiosité publics. L'histoire, qui aura bientôt à envisager avec sévérité la conduite postérieure de La Fayette, ne saurait permettre sans injustice quelques préoccupations généreuses par lesquelles il préludait alors aux réformes politiques dont l'affranchissement du nouveau monde lui avait inspiré le dessein.
Le 14 mai 1784, La Fayette écrit une lettre enthousiaste à propos des travaux du médecin allemand Franz Anton Mesmer à George Washington. La Fayette écrit: « Un docteur allemand nommé Mesmer, ayant fait la plus grande découverte sur le magnétisme animal, a formé des élèves, parmi lesquels votre humble serviteur est appelé l'un des plus enthousiastes »[6]. Cette lettre est suivie d'une lettre de Mesmer lui-même le 16 juin à laquelle Washington répond cinq mois plus tard en confirmant qu'il a bien rencontré La Fayette[7]. Ce dernier a entre temps donné une ou deux leçons de magnétisme animal et rencontré une communauté de Shakers ayant vu une similarité entre les pratiques de transe de ces derniers et les crises mesmériennes. Lafayette participe également à des rituels nord-Amérindiens, persuadé que le magnétisme animal est la redécouverte d'une pratique ancienne et primitive[8].
[] La Guyane
L'émancipation graduelle des esclaves était une de ses utopies favorites. Désireux d'appeler à son secours un commencement d'expérience, il acheta une plantation considérable dans la Guyane française, et s'y livra à divers essais, qu'interrompirent les événements de la Révolution française. Il provoqua, en 1786, la formation d'un comité chargé de discuter l'abolition du monopole des tabacs, et il y plaida avec chaleur la cause du commerce américain, que ce monopole frappait d'un préjudice de près de trente millions. Les efforts plus heureux qu'il déploya en faveur de cette nation, lors de la négociation du traité que la France conclut avec elle, provoquèrent de sa part de nouveaux témoignages de reconnaissance, en resserrant les liens d'amitié qui l'unissaient à son glorieux libérateur. La correspondance établie entre ces deux hommes si unis d'intentions, si différents de caractère, ne prit fin qu'à la mort de Washington, qui eut lieu le 14 décembre 1799.[9]
[] Assemblée des notables
La Fayette fut compris dans la première assemblée des notables, réunie à Versailles au mois de février 1787, et appartint au bureau présidé par le comte d'Artois. Il saisit avidement cette occasion de produire quelques-unes des réformes qu'il avait méditées, fit voter la suppression de la gabelle et la mise en liberté des personnes détenues à l'occasion de cet impôt, réclama l'abolition des lettres de cachet et des prisons d'État, et la révision des lois criminelles. Il formula même le v?u d'une convocation des états généraux, comme le seul remède efficace aux maux de la situation ; mais ce v?u demeura sans écho. Il fit la motion expresse (mot prononcé pour la première fois) de la convocation de la nation représentée par ses mandataires.
[] La Révolution française
Porte-parole de l'aristocratie libérale, député de la noblesse d'Auvergne aux États généraux, membre de la société des amis des Noirs et franc-maçon, il rêve d'apparaître, lui, le « héros de la liberté des deux mondes », comme un Washington français.
[] Le Héros des deux Mondes
[] Les États-Généraux de 1789
D'abord favorable à la Révolution, La Fayette fit partie des États généraux comme député de la noblesse d'Auvergne. Il ne remplit aucun rôle dans ces premiers engagements, où domine presque seule la grande figure de Mirabeau. II appuya la motion de Mirabeau sur l'éloignement des troupes, et présente un projet de Déclaration des Droits de l'homme à l'Assemblée constituante, fit décréter la responsabilité des ministres, l'établissement d'une garde civique, et il en fut élu commandant.
[] Droits de l'homme
Deux jours après le rapport de Mounier sur la constitution française, le 11 juillet 1789, il inaugura sa carrière parlementaire par la présentation d'un des projets de Déclaration des droits de l'homme et du citoyen, que l'Assemblée n'a pas retenu. Ce projet, emprunté à la déclaration d'indépendance des États-Unis d'Amérique, fut le premier monument direct de cet esprit d'assimilation entre deux peuples si divers d'origine, de situation et de caractère.
La Déclaration des droits qu'il proposait, constituait un véritable corps de jurisprudence révolutionnaire qui considérait que le peuple français était abusivement soumis au roi de France, comme celui des Amérique l'était à la couronne d'Angleterre, et qu'il convenait qu'il prenne son indépendance et se gouverne lui-même[10].
[] Garde nationale
La Garde nationale est née sous la pression des troubles qui ensanglantèrent Paris dans les journées des 12 et 15 juillet, et composée de quarante-huit mille citoyens, enregistrés en un jour, la garde nationale élut à l'unanimité pour chef La Fayette[11] lui-même, au moment où, comme vice-président de l'assemblée, il venait de féliciter les électeurs de Paris, réunis à l'hôtel de ville, de la conquête de la Bastille. Le vicomte de Noailles, son beau-frère, lui fut adjoint en qualité de major général, et l'on arracha Bailly à ses études pour l'élever au poste périlleux de maire de la capitale.
[] Cocarde tricolore
Son acte suivant comme commandant de la garde nationale fut de faire démolir la Bastille (16 juillet). Le 26 juillet, il présenta aux électeurs de Paris les nouvelles couleurs nationales, la cocarde tricolore[12]
La Fayette sauva par sa fermeté la vie à un grand nombre de personnes que menaçaient les fureurs populaires, et contint la faction d'Orléans, qui aspirait à réorganiser les anciennes gardes françaises. Mais il ne put empêcher le massacre de Foulon et de Berthier de Sauvigny, et ce témoignage de son impuissance le porta à se démettre du commandement dont il était revêtu ; des acclamations unanimes venaient de le rappeler à ses fonctions, lorsque survinrent les évènements des 5 et 6 octobre.
[] Journées des 5 et 6 octobre 1789
Lors de la Journées des 5 et 6 octobre 1789, où les Parisiens montent à Versailles pour demander du pain à Louis XVI, la Garde nationale est en retard, laissant dans un premier temps le roi face au peuple. Chargé de la sécurité du château, il se montrera incapable d'empêcher son invasion meurtrière.
Le 6, il sauva à Versailles la famille royale, et la ramena à Paris où vint s'établir aussi l'Assemblée constituante. II demanda le jury anglais, les droits civils des hommes de couleur, la suppression des ordres monastiques, l'abolition de la noblesse héréditaire, l'égalité des citoyens.
[] 1790
[] L'insurrection est le plus saint des devoirs
Les premiers jours de 1790 furent marqués par l'arrestation et le supplice du marquis de Favras, accusé d'un complot contre-révolutionnaire avec la participation de Monsieur, frère du roi. Le discours que ce prince prononça à l'hôtel de ville, pour désavouer son loyal et infortuné mandataire[13], excita l'indignation de La Fayette, qui s'était fort exagéré l'importance de cette affaire, et devint entre ces deux personnages la source d'une inimitié qui n'eut pour terme que la mort.
Ce fut dans ces conjonctures tumultueuses que l'assemblée eut à discuter la loi sur les attroupements, et dans cette discussion. que La Fayette fit entendre à la tribune une phrase devenue célèbre : « Pour la révolution, il a fallu des désordres, car l'ordre ancien, n'était que servitude, et, dans ce cas, L'INSURRECTI0N EST LE PLUS SAINT DES DEVOIRS ; mais pour la constitution, il faut que l'ordre nouveau s'affermisse, et que les lois soient respectées[14]. » Il faut reconnaître, toutefois, que La Fayette, fidèle, du moins à cette époque, aux conditions du principe qu'il avait posé, ne cessait de se montrer le plus ferme adversaire de l'anarchie.[15] Sa fermeté déconcerta plusieurs séditions qui pouvaient devenir fatales à la sécurité publique.
[] Club des Feuillants
Il s'entendit avec Bailly pour fonder le club des Feuillants, société destinée à contrebalancer l'influence du club des Jacobins. Lorsque l'assemblée promulgua la constitution du clergé, La Fayette, plein des idées américaines sur l'égalité pratique des religions, protégea, dans l'intérêt même de la liberté, le culte non assermenté, et ce culte fut constamment en usage dans sa propre famille. Enfin, il proposa au roi le rappel de ses gardes du corps, licenciés après les évènements d'octobre ; mais la reine s'y opposa de peur de mettre en péril la vie de ces fidèles militaires.[16]
[] Fête de la Fédération
Il prit en charge l'organisation de la fête de la Fédération (14 juillet 1790) qui symbolise la réconciliation du roi avec la révolution. Le général parut avec éclat à la fête de la Fédération, à la tête d'une députation de dix-huit mille gardes nationaux, entouré d'un nombreux état-major et monté sur le cheval blanc qui lui servait ordinairement dans ces solennités, il favorisa avec beaucoup de zèle les acclamations adressées au roi, et dont la chaleur ranima chez tous les amis de l'ordre et du trône des espérances qui devaient trop promptement s'évanouir.
Le retour du duc d'Orléans devint le signal des premières hostilités du parti jacobin contre les constitutionnels et contre La Fayette, que les clubs et les groupes populaires commencèrent à désigner du nom de traître. L'énergie avec laquelle il se prononça pour la répression des désordres occasionnés à Metz et à Nancy par la révolte de trois régiments de ligne qui avaient chassé leurs officiers, fortifia ces dispositions. Sa popularité déclinait visiblement. Un nouvel épisode révolutionnaire vint constater cette défaveur.
[] 1791
[] Les troubles de début 1791
Le 28 février 1791, La Fayette reçut avis qu'un nombreux attroupement, conduit par Santerre, s'était porté sur le donjon de Vincennes, pour faire éprouver sans doute à ce château le même sort qu'à la Bastille.[17] Aidé de quelques cavaliers, il attaqua les factieux, qui se replièrent sur le faubourg Saint-Antoine, dont ils disputèrent avec acharnement l'accès au corps demeuré fidèle. La Fayette triompha de leur résistance et rentra dans Paris aux acclamations de tous les amis de l'ordre public.
Au même instant, une scène d'une autre nature se passait au château des Tuileries. Les périls de la famille royale, évidemment menacée par ce mouvement séditieux, y avaient attiré un certain nombre de royalistes en armes. L'accueil empressé que leur firent la reine et Madame Elisabeth excita l'ombrage et les murmures de la garde nationale, et Louis XVI, informé de ces rumeurs, ordonna à ces gentilshommes de déposer leurs armes entre ses mains. Ils avaient obéi avec résignation, lorsque La Fayette arriva au château. Il prit avec ardeur le parti de la garde qu'il commandait; il souffrit que ce petit nombre de chevaliers fidèles[18] fût chargé de menaces et d'outrages, et expulsé, sous ses yeux, du palais qu'ils étaient venus défendre. Le lendemain, dans un ordre du jour, le commandant général flétrit « le zèle très justement suspect qui avait porté quelques hommes à oser se placer entre la garde nationale et le roi» et ajouta que « le roi de la constitution ne devait et ne voulait être entouré que des soldats de la liberté»[19].
[] L'Émigration
Ces timides ménagements étaient désormais impuissants à sauver la royauté. Chaque jour aggravait les périls qui la menaçaient. L'émigration, commencée dès le 15 juillet 1789, se propageait avec une effrayante activité. Quelques esprits songèrent à appeler l'intervention étrangère dans les débats intérieurs français, et Louis XVI avait secrètement adressé, dès le 3 décembre 1790, un mémoire aux cabinets européens pour solliciter l'établissement d'un congrès continental destiné à imposer, par sa seule existence, aux factieux qui conjuraient la ruine du trône. Ces démarches étaient activement secondées par le comte d'Artois et par les nombreux émigrés qui avaient fui d'imminentes persécutions.
[] Le dernier coup à la cause royale
La Fayette servait l'ordre sans zèle pour le roi. La mort de Mirabeau porta le dernier coup à la cause royale.[20]
Le 18 avril, Louis XVI, qui avait annoncé hautement l'intention d'aller remplir à Saint-Cloud ses devoirs religieux, en fut empêché par une multitude ameutée sur le bruit que ce départ n'était qu'un commencement d'évasion. La Fayette ordonna vainement à la garde nationale de rendre la circulation libre : il ne fut point obéi ; et le roi, forcé de rentrer dans ses appartements, se plaignit, sans plus d'effet, à l'assemblée, de la violence qui lui avait été faite.
[] La fuite et l'arrestation du roi
Le général conçut alors et exécuta le projet de se démettre du commandement qu'il exerçait. Mais sa résolution fléchit une seconde fois devant les instances et les protestations de la milice citoyenne, et il eut le malheur de se trouver à sa tête, lorsque la fuite et l'arrestation du roi (20 juin) aggravèrent la responsabilité de ce commandement.
Lors de la fuite du Roi et de sa famille jusqu'à Varennes (20 juin 1791), il répandit le bruit que l'on avait enlevé la famille royale. Cette tentative du roi n'avait été en aucune façon pressentie par La Fayette, que rassuraient, indépendamment de précautions minutieuses, les affirmations précises du roi.[21]
L'exaspération populaire fut très vive contre La Fayette, qu'on accusait hautement de connivence avec la cour ; il calma par degrés ces dispositions menaçantes en s'avançant seul et sans escorte au-devant de la multitude, répandue sur la place de Grève. Mandé à l'assemblée, il se borna à confirmer les explications qu'avait fournies son aide de camp Gouvion, à qui la garde du château était spécialement confiée. Cependant il demanda secrètement au président Beauharnais et au maire de Paris si, dans leur opinion, l'arrestation du roi importait au salut de l'État ; et, sur leur réponse affirmative, il dépêcha un aide de camp sur la route de Montmédy, présumant que ce prince chercherait à s'y réunir au corps commandé par Bouillé.[22]
Lorsque Louis XVI fut descendu aux Tuileries, La Fayette se présenta à lui avec attendrissement et respect.[23] L'effet de cette infructueuse tentative fut de rendre plus étroite la surveillance à laquelle était soumise la famille royale, et La Fayette se trouva, par ses fonctions, l'instrument naturel de ces sévérités.[24]
Au milieu de ces rigueurs, La Fayette ne démentit point un reste de sentiments monarchiques. Il appuya la motion de Barnave tendant à maintenir l'autorité royale à Louis XVI, et il ajouta à cette occasion que ce prince était « le meilleur de sa famille et le meilleur des souverains de l'Europe. » Inculpé de tyrannie envers le roi par le marquis de Bouillé, son cousin, dans une lettre menaçante à l'assemblée, il se borna à répondre « qu'il était prêt à verser son sang » pour le gouvernement établi.
Le 13 juillet, Muguet de Nanthou, rapporteur de l'enquête ouverte sur l'évènement de Varennes, conclut que ce voyage n'avait rien de coupable, et que d'ailleurs le roi était protégé par son inviolabilité constitutionnelle. Cette conclusion pacifique fut accueillie par un décret de l'assemblée qui arracha de vives clameurs au parti jacobin, et il fut décidé qu'une pétition ayant pour objet le report de ce décret serait portée le dimanche au Champ de Mars, où chaque citoyen pourrait la signer sur l'autel de la patrie.
[] L'épisode du Champ de Mars
Il se joignit à Bailly pour empêcher la réunion des patriotes au Champ de Mars le 17 juillet 1791 pour signer la pétition relative au pouvoir royal ; mais il ne put réussir.
Une foule considérable se réunit au lieu et au jour indiqués. La Fayette s'y présenta bientôt, à la tète d'un détachement de la garde nationale ; il renversa quelques barricades et essuya un coup de feu qui ne l'atteignit pas. Deux invalides, qu'une imprudente curiosité avait attirés sous l'autel furent saisis, entraînés au comité du Gros-Caillou et égorgés par le peuple. Invité par l'assemblée nationale à pourvoir à la répression de ces désordres, Bailly se rendit au Champ de Mars, accompagné de plusieurs officiers municipaux et d'une nombreuse escorte de la garde nationale.
Il fit déployer le drapeau rouge et adressa les sommations légales aux factieux, qui ne répondirent que par une grêle de pierres. Le général fit tirer quelques coups en l'air ; mais cette démonstration n'ayant fait qu'enhardir les perturbateurs, il ordonna le feu. Une centaine de ces forcenés tombèrent morts ou blessés ; quelques officiers voulaient employer l'artillerie ; il s'y opposa avec force et poussa même résolument son cheval devant la bouche des canons.
La loi martiale fut proclamée, le sang coula, et cette journée valut à Bailly l'échafaud à quelque temps de là, et à La Fayette la perte de sa popularité et de son commandement.
Haï de la Cour, les révolutionnaires doutent de sa sincérité patriotique. Marat se lance dans une grande campagne de presse contre lui. Il l'appelle l'infâme Motier.
[] La constitution
La constitution, achevée à la hâte, fut sanctionnée par le roi le 13 septembre. Cette solution causa une joie universelle : la révolution semblait terminée. La Fayette appuya et fit décréter la proposition d'une amnistie générale. Ce fut son dernier vote à l'assemblée constituante. Privé de la plupart des qualités oratoires, il n'avait guère exercé sur cette assemblée que l'espèce d'ascendant qui dérive de l'estime personnelle et d'une constance inébranlable dans des opinions conçues avec ardeur et courageusement défendues. Son commandement militaire lui parut terminé par l'acceptation de l'acte constitutionnel et par l'installation de l'assemblée législative, et il fit supprimer l'emploi de colonel général de la garde nationale.
[] La démission
Le 8 octobre, il adressa à la milice citoyenne une lettre d'adieu noblement formulée, et résigna ses pouvoirs entre les mains du conseil général de la commune. Quelques hommages remarquables honorèrent sa retraite.[25]
II se retira aussitôt à Chavaniac, d'où un grand nombre d'électeurs songèrent plus tard à le rappeler, en remplacement de Bailly, dans le poste difficile et périlleux de maire de Paris. Mais Pétion, fut nommé à une forte majorité, et ce choix avança rapidement la défaite du parti constitutionnel.
[] L'armée révolutionnaire
Cependant la guerre devenait imminente sur les frontières du Nord et de l'Est. En décembre 1791, trois armées sont constituées sur le front pour repousser les Autrichiens, et La Fayette est placé à la tête de l'armée du Centre puis de l'armée du Nord. Trois corps d'armée, formant environ cent cinquante mille hommes, y furent réunis sous le commandement de Luckner, de Rochambeau et de La Fayette.
La Fayette, qui avait été promu quelques mois auparavant (30 juin) au grade de lieutenant général, est chargé du commandement de l'une des trois armées lors de la première coalition. Il partit le 25 décembre pour Metz, où il établit son quartier général. Il introduisit dans le service des améliorations utiles, il rétablit la discipline, imagina le système des tirailleurs, organisa l'artillerie légère, créa le corps des artilleurs à pied, et organisa celui des artilleurs à cheval[26]
[] 1792
[] L'armée du Nord
La guerre ayant été déclarée dans les premiers jours d'avril, il entra immédiatement en campagne et se porta, avec vingt-cinq mille hommes de très belles troupes, sur la rive droite de la Meuse, près de Givet, ayant son avant-garde à quatre lieues de là, dans les bois au delà de Philippeville. Cette dernière position était mal choisie. Les Autrichiens, qui occupaient Mons avec des forces supérieures, tombèrent un matin à l'improviste sur ce corps de troupes, composé d'environ trois mille hommes, et le dispersèrent avant que le général eût eu le temps d'être informé de cet engagement.
Quelques jours après, La Fayette alla prendre une autre position dans le camp retranché de Maubeuge, ayant encore son avant-garde très loin de lui, dans les bois de Malplaquet et de la Glisuelle. Cette avant-garde fut encore surprise par le même corps autrichien, parti de Mons à la faveur de la nuit. Le bataillon des volontaires de la Côte-d'Or eut beaucoup à souffrir dans cette rencontre, qui coûta la vie au général Gouvion, aide de camp et ami dévoué de La Fayette. Le général survint, rétablit le combat et força l'ennemi à se replier en désordre sur la route de Mons. Mais ce faible avantage n'était guère propre à balancer l'influence fâcheuse que ces deux échecs, quoique peu considérables en eux-mêmes, pouvaient exercer sur le moral de l'armée au début d'une campagne.
Mieux avisé, La Fayette se retrancha à Tesnières sous Bavay dans l'intention d'y tenir en échec le général autrichien Clairfayt, lequel man?uvrait pour se réunir à l'armée ennemie, qui campait sous Tournai. Mais il fut aussitôt appelé au commandement de l'armée du Nord, en remplacement de Rochambeau, et porta son quartier général à Cerfontaine, à Longwy, puis à Sedan.
Il bat l'ennemi à la bataille de Florennes. Voulant se porter de Metz sur Namur, il apprend à Dinant la défaite des deux corps de Dillon et de Biron, et se hâte d'opérer sa retraite.
[] La monarchie constitutionnelle
Cependant, les événements de plus en plus graves de l'intérieur de la France attiraient toute l'attention de La Fayette. Élevé au prix de tant de sang et de sacrifices, l'édifice constitutionnel s'écroulait rapidement sous les coups redoublés des jacobins et des girondins. La Fayette présuma assez d'un reste de popularité pour espérer que l'exposition de ses idées sur cette alarmante situation pourrait produire un effet utile. Voyant que la vie du couple royal était, chaque jour, de plus en plus menacée, il s'oppose au Club des Jacobins, avec l'intention d'utiliser son armée pour rétablir une monarchie constitutionnelle.
[] La lettre du 16 juin 1792
Le 16 juin, il écrivit, de son camp de Maubeuge, une longue lettre à l'assemblée législative, où il dénonça avec énergie la faction jacobine comme l'instigatrice patente de tous les désordres dont les bons citoyens avaient à gémir. Il s'appliquait ensuite à prévenir toute inculpation personnelle en parlant noblement, de lui-même, de son intervention dans la guerre de l'Indépendance, de son zèle à défendre la liberté et la souveraineté des peuples et rappelait la Déclaration des droits, dont il avait été le promoteur. Il adjurait, en terminant, l'assemblée de rétablir l'égalité civile et la liberté religieuse sur leurs véritables bases ; de faire respecter l'intégrité du pouvoir royal, et d'anéantir le régime des organisateur des clubs et des sociétés secrètes. La lecture de cette lettre, dont La Fayette avait adressé une copie au roi, excita dans l'assemblée une vive rumeur.
Le côté droit seul y applaudit et en fit décréter l'impression. Les girondins, par l'organe de Vergniaud et de Guadet, s'efforcèrent d'alarmer leurs collègues sur les dangers que faisaient courir à la liberté de pareilles remontrances, adressées à une assemblée délibérante par un chef militaire, et affectèrent des doutes hypocrites sur l'authenticité de sa signature ; ils demandèrent que la lettre fût renvoyée à un comité, afin que l'assemblée pût venger le général du lâche qui avait osé se couvrir de son nom. Cette proposition fut adoptée, et quelques voix réclamèrent sans succès l'envoi de ce manifeste aux départements. Mais, peu de jours après, soixante-quinze administrations départementales adhérèrent formellement aux considérations développées par le général.
Cette lettre fut mal reçue de la majorité. La Fayette en apprit le mauvais effet en même temps que la journée du 20 juin. Il ne peut marcher sur Paris, son armée stationnée à Pont-sur-Sambre refuse de le suivre, notamment grâce à l?opposition de Gobert.
[] La journée du 20 juin 1792
Lors de cette 20 juin 1792, autre Journée révolutionnaire, au Louvre, la Garde nationale est absente, laissant le peuple aborder le roi en tête à tête[27]
Plusieurs amis de La Fayette, et notamment Dupont de Nemours, lui mandèrent que cette journée avait produit dans le public un sentiment de réaction assez vif pour que sa présence à Paris pût lui imprimer une impulsion décisive. La Fayette n'hésita pas.
[] L'Assemblée à Paris
Malgré les avis timorés de Luckner, La Fayette quitta aussitôt son armée, et le 28 il était à la barre de l'Assemblée. Il avoua hautement la lettre qui avait été lue en son nom, et déclara qu'il avait été chargé, par tous les corps de son armée, d'improuver les insultes faites au roi et de demander la destruction de cette secte qui envahissait la souveraineté, et dont les projets étaient connus.
L'intrépide allocution de La Fayette fut accueillie avec enthousiasme par le côté droit, et par un morne silence dans le côté gauche.[28]
En quittant l'assemblée, La Fayette se rendit chez le roi, qui l'accueillit avec bienveillance, mais avec réserve. Madame Elisabeth, présente à cette entrevue, conjura son frère de se jeter dans les bras du seul homme qui pût le sauver ; mais la reine, aigrie par de fâcheux souvenirs, s'était déjà prononcée contre toute tentative d'évasion à laquelle le général pourrait prendre part ; elle déclara qu'elle aimait mieux mourir que de lui devoir sa délivrance.[29] L'indécision de Louis XVI et la répugnance de la reine firent avorter ce projet, dont le succès eût été fort problématique d'ailleurs, dans l'état d'effervescence de l'opinion publique. À la suite d'une revue passée le lendemain, en présence du roi, et dans laquelle La Fayette essaya vainement de rendre quelque énergie aux citoyens, le général s'éloigna le désespoir dans le c?ur. La multitude l'avait plusieurs fois salué de ses acclamations dans ce court séjour à Paris, et la garde nationale lui avait fourni un poste d'honneur. Il quitta Paris pour rejoindre son armée et fut brûlé en effigie dans les rues de Paris.
Ce furent les derniers soupirs de cette popularité qui avait pris naissance sur les ruines de la Bastille, pour s'éteindre dans les journées du 20 juin et du 10 août. Sa démarche n'avait rendu au pouvoir exécutif qu'une vigueur passagère ; le maire et le procureur de la commune furent suspendus pour leur conduite au 20 juin ; mais l'assemblée annula bientôt cette décision.
A son retour à l'armée, La Fayette voulut tenter un dernier effort ; il pensa qu'une victoire pourrait changer l'état des esprits, et fit proposer à Luckner, par le colonel Bureaux de Pusy, son ancien collègue et son ami, d'attaquer les Autrichiens à Jemmapes ; mais le maréchal s'y refusa formellement.[30]
[] L'accusation
Tandis que les jacobins lui suscitaient à l'armée mille tracasseries de détail, lui refusaient les renforts dont il avait besoin, interceptaient ou dénaturaient ses dépêches, circonscrivaient son commandement, et appelaient Luckner, exclusivement à lui, à la fédération du 14 juillet, ses ennemis, d'un autre côté, ne demeuraient point inactifs. Il s'écoulait peu de jours qu'il ne fût dénoncé à la barre de l'assemblée par quelque section de la capitale, comme un citoyen rebelle, comme un autre Cromwell, qui aspirait à substituer le despotisme militaire au régime légal et à renverser la constitution par la constitution elle-même. Ces dénonciations rencontrèrent d'imposants appuis dans les députes Vergniaud et Delaunay, qui prononcèrent l'un et l'autre de longs discours sur les dangers de la patrie.[31]
Ces vagues inculpations se compliquèrent d'un incident qui, plus adroitement combiné, eût pu devenir fatal à La Fayette.[32] Cependant, dans la séance du 6 août, Jean Debry, organe de la commission à laquelle avait été déféré l'examen de la conduite du général, conclut à sa mise en accusation ; mais cette proposition, soutenue par Brissot, et combattue avec chaleur par Vincent-Marie Viénot de Vaublanc et de Quatremère de Quincy, fut repoussée à la majorité de 406 voix contre 224. Cette décision faillit coûter cher aux députés qui l'avaient provoquée. Au sortir de la séance ils furent assaillis, frappés, menacés de mort, et ne durent leur salut qu'à la protection de la garde nationale. Selon Hippolyte Taine: « Quant au principal défenseur de La Fayette, M. de Vaublanc, assailli trois fois, il eut la précaution de ne pas rentrer chez lui; mais des furieux investissent sa maison en criant que « quatre-vingt citoyens doivent périr de leur main, et lui le premier » ; douze hommes montent à son appartement, y fouillent partout recommencent la perquisition dans les maisons voisines, et, ne pouvant l'empoigner lui-même, cherche sa famille; on l'avertit que s'il rentre à son domicile, il sera massacré ».[33]
Galiot Mandat de Grancey le remplace à la tête de la Garde nationale. Mais, le 10 août, il est massacré et La Fayette destitué et décrété d'accusation. À la nouvelle du 10 août 1792, le premier soin de La Fayette fut de se rendre au directoire du département des Ardennes, le corps constitué le plus rapproché de lui ; il lui déclara son refus de reconnaître le nouveau gouvernement, et une assemblée évidemment opprimée par la faction qui dominait à Paris.
Il adressa ensuite aux troupes une proclamation énergique, et tenta d'organiser, entre plusieurs départements de l'Est, une fédération dans l'objet de résister aux jacobins ; mais le duc de Brunswick ayant, en ce moment même, commencé son invasion en France, cette entreprise ne put avoir aucune suite, La Fayette se borna à faire arrêter trois commissaires envoyés à son armée par l'assemblée. Cette levée de boucliers eût pu déterminer une impulsion salutaire, si ses compagnons d'armes l'avaient secondé : mais Rochambeau s'était démis de son commandement, Luckner mollit; le général Biron, ami du duc d'Orléans, soutint les jacobins, et Dillon traita avec Dumouriez, au lieu de punir sa désobéissance aux ordres de Luckner, qui lui avait mandé de venir le joindre. Ces défections successives rendirent la situation de La Fayette fort critique.
[] Traître à la nation
Le 19 août 1792, il est déclaré traître à la nation. L'assemblée, dans sa séance du 19 août, l'avait décrété d'accusation, et le directoire de Sedan avait ordonné son arrestation. Il eut un moment la pensée d'aller se présenter en personne à ses accusateurs ; mais cette démarche lui parut aussi stérile que dangereuse. Réduit par l'infériorité et l'abandon de ses troupes à l'impuissance d'attaquer l'ennemi avec avantage, il songea à chercher un asile en pays étranger.
Après quelques précautions destinées à assurer le salut de son armée, il partit secrètement de Sedan, dans la nuit du 19 août, avec César de Latour-Maubourg, Alexandre de Lameth, Bureau de Pusy et quelques autres officiers, et se dirigea vers la forêt des ardennes, sous prétexte de faire une reconnaissance. Il voulut alors passer en pays neutre, obligé de se réfugier à Liège.
[] La captivité et l'exil
[] Capturé
Bureau de Pusy fut député à Rochefort (actuellement en Belgique, mais dans les Pays-Bas autrichiens à l'époque) pour demander le passage « en faveur d'officiers forcés de quitter l'armée française » ce qui fut accordé. Mais, à son entrée à Rochefort, La Fayette fut reconnu et contraint de se nommer. Informé de cette capture inespérée, le feld-maréchal autrichien Moitelle, qui commandait à Namur, y fit amener les fugitifs sous bonne escorte, et l'on prévint La Fayette que le prince Charles de Lorraine allait venir de Bruxelles pour le consulter sur l'état intérieur de la France.[34] Le général, Lameth, Latour-Maubourg et Bureau de Pusy furent conduits au château de Luxembourg. Avant son départ, La Fayette dicta à Romeuf, son aide de camp, une déclaration destinée à être rendue publique dans le cas où il succomberait dans sa captivité : déclaration énergique et même menaçante pour les gouvernements absolus[35]
[] Captivité
Peu de jours après, les prisonniers furent remis par l'Autriche à la Prusse, et transféré dans la citadelle de Wesel, en dépit des interventions de sa femme et des États-Unis. La Fayette tomba dangereusement malade.[36]. Il fut transféré à Magdebourg, où il passa un an dans un appartement souterrain et humide, en butte à la surveillance la plus inhumaine, et réduit à recourir à un cure-dent trempé dans de la suie délayée pour correspondre secrètement avec quelques amis.
Transféré à Neisse, en Silésie, il y fut traité un peu moins rigoureusement. Enfin, au mois de mai 1795, par suite du traité de paix conclu entre la France et la Prusse, La Fayette, Bureaux de Pusy et Latour-Maubourg furent rendus aux Autrichiens et conduits dans la forteresse d'Olomouc en Moravie, où ils furent séparés et privés de toute communication avec le dehors, et où il subit toutes les tortures pendant cinq ans.[37]
Tandis que La Fayette essuyait ainsi toutes les angoisses de la plus dure captivité, la faction qui dominait en France n'omettait aucune persécution propre à se venger d'une retraite qui avait dérobé sa tête à l'échafaud[38]
[] La Terreur en France
Madame de La Fayette, arrêtée dans sa terre au mois de septembre 1792 fut relâchée par l'ordre de Brissot, à qui elle s'était plainte de cet acte de rigueur, mais consignée dans son château de Chavaniac, puis incarcérée de nouveau en 1794 dans un premier temps à Brioude et transférée sur Paris (ordre du 27 mai 1794), et ne recouvra définitivement la liberté que le 21 janvier 1795, après avoir vu périr sur l'échafaud révolutionnaire la maréchale de Noailles, sa grand-mère, la duchesse d'Ayen, sa mère, et la vicomtesse de Noailles, sa s?ur. Cette femme réussit, après mille difficultés, à aller jusqu'à Vienne, où elle obtint de partager, avec ses deux filles, la captivité de son mari, dans la forteresse d'Olmutz . Elle resta jusqu'à la libération de son mari malgré de très graves ennuis de santé.
[] Tentative d'évasion
Ce fut le premier adoucissement que le sort du général eût encore éprouvé. Mais il aggrava bientôt le poids de sa détention par une tentative infructueuse d'évasion entreprise au mois d'octobre 1794, de concert avec le docteur Boliemanu, et un jeune Américain nommé Huger, qui s'étaient dévoués à ses intérêts. La faculté de se promener autour de la citadelle lui fut impitoyablement retirée, ainsi qu'aux deux autres prisonniers.[39] Le caractère de La Fayette ne se démentit point devant ces longues et pénibles épreuves. Une seule préoccupation domine dans tous les rapports qu'il put entretenir au dehors, celle du tort que pourront faire à la cause de la liberté les persécutions qu'il a souffertes au sein de sa patrie. Il s'applique dans ce but, avec une pieuse sollicitude, à atténuer ses propres griefs ; il ne veut pas que l'offense d'un obscur citoyen nuise au succès de tout un principe. Il conserve, sans ostentation, sans amertume, sous les verrous d'Olmutz, l'intrépidité de sa foi politique et de son dévouement aux intérêts de la liberté. Une circonstance douloureuse avait troublé cependant cette foi si bien affermie.[40]
[] L'heure de la délivrance
Cependant l'heure de la délivrance approchait. La campagne de 1796 venait de s'accomplir, et les préliminaires de Leoben s'en étaient suivis. Napoléon Bonaparte et Clarke, traitant au nom de la république française, avaient insisté pour la mise en liberté des trois captifs comme une des conditions de la paix du traité de Campo-Formio (19 septembre 1797), à la condition qu'ils ne pourraient rentrer, quant à présent, sur le territoire français. Le Directoire lui interdit cependant de rentrer en France. Après cinq mois de pourparlers, La Fayette et ses deux compagnons de captivité furent libres, sous leur simple promesse de quitter dans douze jours les États de l'empereur. Arrivés à Hambourg, leur premier soin fut de remercier le général Bonaparte du miracle de leur résurrection.
[] Les relations avec Napoléon
La Fayette passa ensuite en Hollande, où il fut bien accueilli, et se fixa quelque temps à Utrecht, épiant avec impatience l'occasion de rentrer en France, où un parti puissant, ayant à sa tète l'ex constituant Sieyès, s'agitait en sa faveur. ; Ce fut là qu'il apprit le débarquement de Napoléon Bonaparte, au port de Fréjus, d'où sa marche à Paris n'avait été qu'une course triomphale. La Fayette écrivit à Bonaparte pour le complimenter sur son retour ; mais cette démarche, probablement intéressée, n'amena aucun résultat. Ses relations avec Napoléon sont complexes. Ainsi il lui exprime par écrit sa gratitude pour sa libération et il le félicite aussi lors de son retour d'Égypte[41]. Mais Napoléon, sans jamais l'avoir rencontré, lui est hostile et lui interdit de s'installer à Paris.
[] Le retour en France
[] La Brie
Enfin, en 1800, las du rôle de proscrit, le général manda au premier Consul que la prolongation de son exil ne convenait ni au gouvernement, ni à lui-même, et qu'il arrivait à Paris. Ce retour imprévu causa au chef de l'État une humeur qu'il ne put dissimuler. On remarqua l'affectation avec laquelle, dans l'éloge de Washington, que Fontanes prononça à cette époque par son ordre, l'orateur omit jusqu'au nom de son brillant auxiliaire.[42]
Cependant La Fayette se retira dans son château de Lagrange à Courpalay, (Seine-et-Marne), dans une propriété de sa femme qu'il avait héritée de sa belle-mère, et cet acte de prudence calma graduellement les dispositions ombrageuses du premier Consul.
La Fayette se lie d'amitié avec Joseph Bonaparte et dans un premier temps se voit accorder quelques faveurs. Il est rayé de la liste des émigrés, reçoit une retraite de 6?000 francs tandis que son fils, Georges Washington de La Fayette devient officier dans un régiment de hussards. Il obtint pour son fils un grade dans l'armée et pour lui le titre de membre du conseil général de la Haute-Loire, avec le maximum de la pension de retraite de son grade.
[] Napoléon
Finalement Napoléon et La Fayette se rencontrent, par l'intermédiaire de Lebrun, peu après la bataille de Marengo.[43] La Fayette refusa la dignité de sénateur qui lui fut offerte par Talleyrand et par Cabanis, en ajoutant que le lendemain de sa promotion il se verrait obligé de dénoncer le premier Consul et son administration. il refusa aussi la légation des États-Unis, se regardant, dit-il, comme trop Américain pour y jouer le rôle d'étranger.
Bien qu'un peu blessé de ces négations successives, le vainqueur de Marengo avait montré à La Fayette de l'ouverture et de la simplicité.[44] Lors de la rotation du consulat à vie, La Fayette déclara qu'il ne l'approuverait pas tant que la liberté publique ne serait point garantie, et il développa cette opinion dans une lettre dont la franchise ne parut pas trop déplaire au maître de la France ; cependant, ce fut alors que les relations de ces deux hommes cessèrent entièrement. La rupture intervient en 1802 car La Fayette s'oppose au titre de consul à vie de Napoléon dans une lettre écrite le 20 mai.[45]
La Fayette s'éleva avec énergie contre l'exécution du duc d'Enghien. La Fayette refuse, à plusieurs reprises, d'entrer au Sénat et ne cache pas son hostilité au régime.
[] L'Empire
L'avènement du premier Consul à l'empire fut pour l'austère démocrate le sujet d'une vie encore plus retirée. Il s'abstint de toute participation, même indirecte, aux affaires publiques.
En 1804, il vote contre le titre d'Empereur. À partir de cet instant La Fayette se tient à l'écart de la vie publique et s'adonne à l'agriculture et l'élevage dans son domaine briard.
A l'époque de l'institution de la Légion d'honneur, l'empereur lui fit proposer, par le comte de Ségur, son parent, d'être un des dignitaires de l'ordre ; mais La Fayette refusa ce cordon comme un ridicule, et l'on n'y revint plus. Son isolement finit par indisposer Napoléon, qui supportait difficilement toute position en dehors de son gouvernement ; et, lorsque, après la campagne d'Ulm, Georges de Lafayette, fils unique du général, qui servait comme lieutenant de hussards, fut proposé pour un grade supérieur, l'empereur lui-même repoussa cette promotion avec persévérance.
Les splendeurs croissantes de l'Empire achevèrent de condamner La Fayette à une obscurité absolue. Ses ennemis supposaient qu'il endurait cette situation avec peine ; aussi, une chute grave qu'il fit sur la glace, à cette époque, ayant excité quelque intérêt, on prétendit que le héros des deux mondes n'avait trouvé que ce moyen de faire parler de lui. On le sollicita vivement alors de visiter l'Amérique, ce théâtre de ses premiers exploits ; mais il s'en défendit par la crainte que le gouvernement impérial ne mît obstacle à son retour. Cette appréhension n'était pas sans fondement.
Napoléon, qui ne le perdait pas de vue, disait un jour au conseil d'État : « Tout le monde en France est corrigé, excepté La Fayette : vous le voyez tranquille, eh bien ! je vous dis, moi, qu'il est prêt à recommencer. »
[] Le ralliement aux Bourbons
Il se rallie aux Bourbons en 1814. Avec Fouché, il participe à la déchéance de l'Empereur.
Le général nous apprend lui-même, dans ses Mémoires, qu'il revit avec plaisir le régime pacificateur de la restauration, dont les princes, ses contemporains, avaient été ses compagnons d'enfance ou de jeunesse. Cédant à l'entraînement universel, il parut aux Tuileries avec l'uniforme d'officier général et la cocarde blanche, et il y fut bien accueilli.
Cette visite, toutefois, fut la seule qu'il rendit aux frères de Louis XVI ; l'esprit général du gouvernement, des attaques semi-officielles dirigées contre lui, ne tardèrent pas à réveiller ses anciens ressentiments, et il s'abstint de reparaître au château. Cette retraite fut une faute regrettable des Bourbons ; quelques égards sans conséquence eussent suffi pour rallier ou pour neutraliser celui qui devint bientôt leur plus implacable et leur plus dangereux adversaire. La Fayette eut à cette époque plusieurs conférences avec l'empereur de Russie, et ce souverain libéral d'un État despotique se plaignit ouvertement à lui du peu de libéralisme de cette dynastie que la mauvaise foi, bien plus que l'erreur, lui a si souvent reproché d'avoir imposée à la France.
[] Le retour de Napoléon
Malgré la défaveur personnelle que la famille royale inspirait à La Fayette, il vit avec effroi, au mois de mars 1815, le retour de Napoléon, qui remettait en question cette paix européenne achetée au prix de tant de sacrifices. Quelques royalistes étant venus lui demander si le gouvernement des Bourbons pouvait, dans la ligne de ses opinions, compter sur son dévouement, il répondit oui sans hésiter : ne doutant pas, dit-il, qu'à la faveur d'une opposition bien dirigée, on ne pût tirer meilleur parti de Louis XVIII que de celui qu'il regardait depuis longtemps comme le plus redoutable ennemi de la liberté.
Dans une réunion à laquelle il fut appelé,
