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La_France_dans_la_guerre_d\'indépendance_américaine

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La France - malgré sa situation financière plus que délicate - utilise l'occasion de la guerre d'indépendance américaine (1776-1783) pour prendre sa revanche sur le Royaume-Uni et le Traité de Paris de 1763. Entrée en guerre en 1778, et permettant la victoire des insurgés (traité de Paris (1783)), elle se réaffirme comme grande puissance moderne, satisfait son désir de revanche, récupère des territoires perdus, mais dégrade ses finances, et félicite l'esprit républicain et démocrate (théorique des Lumières, et réel des Américains).

Même si les destructions matérielles sont nulles dans la métropole - ce qui est déjà, en soit, une victoire dans une guerre contre l'Angleterre -, les exploits tels que la décisive bataille de Yorktown ont leur prix, un coût militaire faramineux : 1 milliard de livre tournois dégradant sévèrement les finances fragiles de la France : son déficit s'est encore accru. Pire : l'espoir commercial de devenir le premier partenaire des nouveaux United States of America est déçu, l'Angleterre redevenant immédiatement le partenaire officiel, seul reste à la France l'éternelle reconnaissance du peuple libéré, reconnaissance dont Rochambeau et La Fayette sont les brillants symboles, mais les symboles ne font pas la santé économique d'un État. L'espoir de retrouver la Nouvelle-France jadis perdue est lui aussi finalement ruiné.

Image:USS Constitution vs Guerriere.jpg
Navire insurgé "Constitution" contre le navire britannique "La Guerrière"

L'affaiblissement de l'État français, et la montée et mise en lumière d'une alternative viable à la royauté sont considérés comme les prémisses de l'idée révolutionnaire française.

Sommaire

[] Situation diplomatique française

Louis XVI confia les affaires étrangères à Vergennes qui partage avec Choiseul le désir d'une revanche sur l'Angleterre. Il mène d'abord une politique prudente en Europe, préservant un équilibre entre Prusse et Autriche à l'Est, notamment lors de la guerre de succession de Bavière dans laquelle il n'intervient pas. Parallèlement, il dote la France d'une vraie flotte apte à affronter l'Angleterre, et veille assidûment à l'augmentation des tensions en Amérique.

En 1774, l'alliance France-Autriche promue par Louis XV en 1756 est confirmée par le mariage de Louis XVI avec Marie-Antoinette d'Autriche, et l'alliance du Pacte de famille France-Espagne dominent l'Europe continentale. Mais c'est l'Angleterre, par le traité de Paris de 1763 qui domine finalement les mers, le commerce, et le monde. Les agitations des 13 colonies, notamment à partir de 1776, posent la question de la réaction des États français, autrichien, et espagnol face au leader anglais. C'est finalement la France, seule ou quasiment, qui décide de l'affronter par cette guerre américaine.

Les premières tensions apparues entre Anglais et colons américains laissent sceptiques l'ensemble des diplomaties européennes : c'est une affaire purement britannique. Mais les tensions entre nations européennes font qu'un ?il demeure sur ces 13 colonies, se préparant aux potentialités d'actions.

[] La volonté française

L'élite française rêvait d'une revanche depuis le Traité de Paris de 1763. Le traité, en soit, et au vu des conditions de défaite restait modéré, la France gardait ses possessions les plus lucratives (sucrière, telle Saint-Domingue), et même si l'alliance France-Espagne-Autriche serait nécessairement venue à bout de la Royal Navy anglaise, le coût financier était accablant, et tous demandait l'arrêt rapide de cette guerre. La claque du traité de Paris est donc acceptée, mais il reste en France un puissant désir de revanche voulant terminer cette guerre inachevée.

Choiseul, avant même 1763, avait déjà commencé la modernisation de la marine, en prévoyant un nouveau type de guerre où la vitesse de frappe, le nombre des navires et l'attaque de la flotte marchande de l'ennemi auraient plus d'importance que les forteresses flottantes. La France a donc corsairisé sa marine par de petits navires, rapides et maniables. Il a également modernisé son matériel, la formation des militaires, et a agrandit ses effectifs (300.000 h.). Louis XVI ?uvra d'ailleurs pour cette modernisation en y concédant les financements nécéssaires. La flotte, à son minimum en 1762, remonte à 67 vaisseaux et 37 frégates.

[] Origines américaines du conflit

Depuis la fin de la guerre de Sept Ans, la situation financière de la Grande-Bretagne la pousse à exercer un contrôle de plus en plus étroit sur le commerce et l'économie des colonies : les taxes augmentent, le commerce est exclusif, et il leur est demandé de participer à l'entretien des troupes britanniques des colonies par un impôt particulier. Mais les sujets-colons évoquent une loi prétendant que "Nulle population sujette de la royauté britannique ne peut être imposée sans l'accord de sa représentation". L'impôt est pourtant imposé, s'en suit une série de frictions.

L'épisode le plus connu est la Boston Tea Party, où les colons refusent le monopole des compagnies anglaises de thé en le jetant par dessus bord. L'Angleterre décide de fermer le port en représaille, et le reste de l'opinion se sent rapidement solidaire des Bostoniens. Un congrès de colons est organisé, organise des milices armées, et de nouvelles institutions. Le 18 avril 1775, dans la ville de Monfort, une fusillade sonne le départ de l'insurrection. Le 19 avril 1776, les insurgés attaquent une colonne britannique, et le 4 juillet 1776 les États-Unis proclament leur union et indépendance, mais il leur reste encore à l'imposer.

Face à la puissance britannique ils manquent d'armes et d'alliés, et se tournent donc naturellement vers la France. La France, qui n'a aucun intêret direct, s'engage pourtant dans l'effort de guerre insurgé, puis dans une guerre déclarée à partir du 5 février 1778, la mettant presque seule face à la Royal Navy.

[] L'accueil des opinions françaises

L'opinion publique française est favorable à une guerre ouverte, mais les gouvernants sont plus réticents du fait des conséquences et du prix d'une telle guerre.

Dès la déclaration d'Indépendance des 13 colonies, l'insurrection américaine a été particulièrement bien accueillie en France, tant par la population que par les élites éclairées. Elle est apparue comme le fruit de l'esprit des Lumières face à la "tyrannie anglaise". L'accueil de Benjamin Franklin est enthousiaste, et de nombreux Français s'embarquent pour les Amériques, aider les insurgés, motivés par l'occasion ou animés par les idéaux sincères de liberté et de modernité, tel Pierre Charles L'Enfant, et La Fayette, engagés dès 1776.

L'accueil institutionnel est plus calme, Louis XVI (qui temporise pourtant en une aide clandestine par le biais de Beaumarchais) et surtout Vergennes (1774-1781) sont favorables à la participation ouverte de la France et mettent en avant le gain commercial et diplomatique possible : une analyse de la situation du terrain est en cours et ils cherchent également des alliés (l'Espagne par leur pacte de famille, et l'Autriche) ou au moins leur neutralité (Autriche, Pays-Bas, Prusse).

Les responsables militaires, économiques, financiers et diplomatiques sont plutôt réticents. La marine de France est décrite comme encore insuffisante et inapte à une telle guerre, l'économie en serait grandement affectée, et le déficit des finances de l'État français est notifié par Turgot, puis Necker. Les diplomates sont moins enthousiastes que Vergennes et Louis XVI, ils soulignent l'isolement français au milieu d'une Europe décidément désintéressée. L'équilibre pacifique et la prospérité économique du moment sont en opposition avec l'idéal de revanche et l'idéal libéral.

[] Aide aux insurgés ou Guerre ouverte ?

Vergennes et Louis XVI sont partisans de l'entrée en guerre, pourtant, face aux oppositions, Louis XVI se voue au compromis d'une aide matérielle clandestine par le biais de Beaumarchais.

La France s'engage donc dans une guerre privée, par la vente secrète d'armes, commencée dès 1776. Initiée secrètement par Louis XVI et Vergennes, Beaumarchais reçoit l'autorisation de vendre poudre et munitions pour près d'un million de livres tournois sous le couvert de la compagnie portugaise Rodrigue Hortalez et Compagnie. L'aide, passant à travers le filet anglais, aide à la victoire de George Washington. La France a par ailleurs accueilli des frégates américaines qui "pirataient" les navires marchands anglais. La France fournissait aussi une aide économique soit par don, soit par prêt. Mais également une aide technique, accordant des "Congés" à certains de ses militaires et stratèges afin d'aller assister les troupes américaines.

Deane, missionné par les insurgés et aidé par l'animosité de la France envers l'Angleterre a donc obtenu une aide officieuse. Mais le but est bien un engagement total de la France. Une nouvelle délégation composée de Franklin, Deane et Arthur Lee est missionnée pour obtenir l'entrée en guerre de nations européennes. Ils affirment qu'une alliance des 13 Colonies, de la France, et de l'Espagne serait l'assurance d'une défaite anglaise rapide, mais Vergennes, malgré son désir, n'accepte pas. Franklin aurait même proposé d'aider la France à récupérer la Nouvelle-France. Le 23 juillet 1777 Vergennes demande qu'il soit décidé entre l'aide totale ou l'abandon des colonies.

Enfin, le contexte international de fin 1777 est tendu, il y a un conflit de succession en Bavière entre Prusse et Autriche, l'Autriche demande l'Alliance de la France, qui refuse, et froisse ainsi l'allié autrichien. Impossible ainsi d'exiger son effort et soutien dans une guerre anti-anglaise. La volonté d'unir l'Espagne échoue également : l'Espagne n'y a aucun intérêt, cet esprit révolutionnaire est même menaçant pour la légitimité de la couronne espagnole sur ses colonies d'Amérique latine.

[] La guerre française

Entrée dans la Guerre d'indépendance américaine le 6 février 1778, les forces navales anglaises - maîtresses des mers - et françaises - modernisées - s'affrontent dès cette première année. D'abord de front, dans la Manche, puis dans tout l'Océan atlantique, en une guerre des convois. La victoire définitive sera décidé par la bataille navale de la baie de Chesapeake, et par la bataille terrestre de Yorktown

Les Britanniques ont pris Philadelphie, mais la bataille de Saratoga refait naître l'espoir américain et l'enthousiasme des opinions française. L'armée de Burgoyne (Angleterre) est défaite, et pire : la France se décide à aider les colonies, prennant conscience qu'il est possible que ces 13 colonies gagnent a condition de consentir a une aide. L'allié espagnol est plus sceptique. Vergennes et Louis XVI considèrent de plus en plus les propositions d'alliance de Franklin, Deane et Arthur Lee. L'alliance Angleterre-France imposée en 1763 sombre dans une crise diplomatique. La guerre bénéficie du plein soutien populaire, La Fayette prend en importance, et la volonté de revanche peut s'exprimer.

Vergennes et Louis XVI décident donc, le 6 février 1778, de signer avec Benjamin Franklin un traité d'amitié et d'alliance officielle avec les Provinces-Unies d'Amérique. La France reconnaît l'indépendance des Provinces, chacun s'engage à ne signer aucune paix séparée, et les Provinces s'engagent à protéger les possessions française d'Amérique. Les batailles s'engagent en Amérique, dans les Antilles.

Dès l'entrée en guerre Française, l'Angleterre tente de cloitrer la marine française dans ses eaux. L'affrontement naval Brest-Ouessant, dans la Manche, reste indécis : les 2 forces se retirent finalement (amiral anglais Keppel). Un débarquement de 40 000 hommes est envisagé dans des îles anglaises proches, mais la logistique française ne suivant pas, l'opération est abandonnée. Sur le continent, la France se protège par l'alliance autrichienne, qui même si elle ne s'engage pas dans les combats, affirme son soutient diplomatique à la France. Dans le reste de l'Europe, la « ligue des neutres » refuse de prendre parti. Puis, voyant la France tenir effectivement tête à la Royal Navy, la Hollande devient pro-française, les espagnols viennent aider la France en 1779, et la Hollande en 1780. L'Angletterre est en difficulté.

L'intervention française est d'abord maritime et non décisive, puis l'envoi en 1780 des 6 000 hommes de Rochambeau est décisif.
En 1779, 6 000 français affrontaient déjà 3 000 anglais dans la Bataille de Savannah, mais l'attaque française est trop précipitée, mal préparée, et échoue. La bataille de la baie de Chesapeake (1781), met en fuite une partie de la flotte anglaise, détruit le reste, et encercle Cornwallis dans Yorktown, où il attend désespérément les renforts promis. Après une semaine de combats continu, l'alliance France-Colonies permet la décisive victoire du siège de Yorktown (17 octobre 1781). Lorsque les renforts anglais arrivent, une semaine plus tard, ils ne font plus le poids, l'Angletterre a perdu ses amériques.

Pour les batailles périphériques, Anglais et Français s'affrontent pour la domination des Antilles, mais la France est défaite en 1782, lors de la bataille des Saintes. D'autres batailles d'importances ont lieu, telle que celle de Saint-Pierre-et-Miquelon, le siège de Gibraltar échoue, et le débarquement à Minorque réussit. En Inde, ce sont les Anglais qui avancent, prenant Pondichéry . Les combats décisifs ont déjà eu lieu sur le sol américain, ces luttes périphériques sont la tentatives d'éclats permettant de mieux négocier à Paris.

[] Paix et conséquences

À partir de la Bataille de Yorktown, des négociations secrètes s'engagent directement entre Londres et Washington, dont Benjamin Franklin se garde d'en informer la France. L'Angleterre cède les 13 colonies et leur accorde toutes les positions au sud des Grands Lacs et à l'Est du Mississippi. En faisant ceci, elle brise l'union France-Province-Unis, et limite donc la force de la France et de l'Espagne dans les négociations futures.

Image:1783.jpg
Signature du traité de Paris, 1783. La délégation anglaise refusa de poser.

Une victoire limitée dut donc être signée en septembre 1783, lors du Traité de Paris. La France gagne (ou récupère) des territoires en Amérique, en Afrique, et en Indes, ainsi que des droits accrus (pêche à Terre-Neuve). Les pertes du traité de Paris (1763) et du Traité d'Utrecht (1713) sont en partie récupérées : Tobago, Sainte-Lucie, la zone de la rivière Sénégal, Dunkerque, ainsi que des droits de pêche accrus à Terre-Neuve, etc. L'Espagne récupère la Floride, Minorque, mais Gibraltar reste anglaise.

Guerre lointaine, sur mer, donc nécessairement chère : plus d'un milliard de livres tournois. Les finances de l'État sont désastreuses, les expédients financiers sont mis à contribution par Necker, et lorsqu'il tombe en 1781 (affaire du Conte Bleu) c'est une succession de Secrétaire d'État aux Finances jusqu'a Calonnes, instabilité qui fragilise les réformes nécessaire au rétablissement des finances française. Le commerce est également durement freiné par cette guerre, mais redémarre dès 1783.

Cette guerre est surtout importante pour le prestige et la fierté de la France, elle retrouve un rôle d'arbitre européen. La France ne devient pourtant pas le principal partenaire commercial des États-Unis d'Amérique, malgré des dépenses militaires particulièrement élevées. Des troupes ont été envoyées très loin, donc très coûteusement, d'environ 1 milliard de Livres Tournois, posant la France face à un gouffre financier total de 3,315 milliards de LT.

Une autre conséquence est l'aura qu'en acquièrent les idées des lumières, enfin mises en application dans la déclaration de 1776, par la victoire de 1783, et par la Constitution de 1787 : les élites libérales sont ravies. Mais ceci a aussi son contre-effet : les conservateurs se crispent, la noblesse se replie sur elle-même et sur ses privilèges en une réaction nobiliaire. Le 22 mai 1781, l'Édit de Ségur ferme les postes militaires de rang supérieur aux roturiers pour les réserver à la noblesse.

[] Liens

Internes:

Externes:

[] Bibliographie

  • Susan Mary Alsop, Les Américains à la Cour de Louis XVI, 1982. Traduction française : Jean-Claude Lattès (1983).
  • Mourre, Dictionnaire encyclopédique d'histoire, Paris, Éditions Bordas, 1987, en 8 vol.
  • Le petit Mourre : dictionnaire de l'histoire, Paris, Éditions Bordas, 1990.
  • Henri Haeau, Complot pour l'Amérique 1775-1779, Paris, Éditions Robert Laffont, 1990, ISBN 2-221-05364-8
  • J.-M. Bizière et J. Sole, Dictionnaire des Biographies, Paris, Éditions du Seuil, 1993.
  • Olivier Chaline, La France au XVIIIe siècle (1715-1787), Paris, Éditions Belin, 1996.
  • Joël Cornette, Absolutisme et Lumière 1652-1783, collection Carré Histoire, Paris, Éditions Hachette, 2000. ISBN 2-0114-5422-0
  • André Zysberg, La Monarchie des Lumières (1775-1786), Paris, Éditions du Seuil, 2002.

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