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Louis François de Bourbon-Conti

Louis François de Bourbon-Conti, 5e prince de Conti (1727), est né le 13 août 1717 à Paris dans l?hôtel de Conti, qui se trouvait à l?emplacement de l?actuelle Monnaie de Paris, et mort à Paris le 2 août 1776.

Fils de Louis Armand de Bourbon, prince de Conti, et cousin de Louis XV, il épouse en 1732 la fille du duc d?Orléans, Louise Diane d'Orléans (1716-1736), qui donne naissance à un enfant en 1734, Louis-François-Joseph, comte de la Marche et le dernier des princes de Conti. Devenu veuf en 1736, le jeune prince Louis-François mène une carrière brillante dans l?armée du roi.

Le prince de Conti est l'un des personnages clefs de l?opposition princière à Louis XV et un des collectionneurs d?art les plus importants de la seconde moitié du dix-huitième siècle.

Le prince de Conti joue un rôle central dans la vie de la cour de Versailles dans les années 1740 et 1750 et un rôle ambigu dans la vie de la ville de Paris dans les années 1760 et 1770. Le prince de Ligne se souvient bien dans ses Mémoires de ce prince du sang, dont les différentes qualités n?étaient apparemment pas toutes perçues comme très positives. Il le présente comme un prince fier et ambitieux, qui a reçu une culture et une éducation conformes à un membre de la famille royale, qui peut être « généreux, éloquent et majestueux », mais en même temps dont le caractère noble et ambitieux le conduit à travailler avec le Parlement pour « jouer un rôle » dans la plus pure tradition de la Fronde. Finalement, sans avoir les capacités d?être roi, il est « propre à tout et capable de rien ».

Sommaire

[] Général des armées du Roi

Il participe à la guerre de Succession de Pologne dans les années 1730 et à celle de succession d?Autriche dans les années 1740. Il se distingue par son courage et ses succès militaires, qui lui valent la réputation d?un héros. Après la victoire de Coni remportée sur le roi de Sardaigne en 1744, le roi fait même chanter en son honneur un Te Deum à Notre-Dame.

Le succès rend le prince plus ambitieux et plus fier encore. Il réclame au roi des charges militaires de plus en plus importantes, mais celui-ci ne les lui accorde pas toujours. Louis XV n?ose pas lui confier les plus hautes fonctions dans l?armée, car par certains côtés, il craint son cousin. Grâce à sa popularité, le jeune prince, à qui tout semble réussir, est devenu un personnage influent parmi les militaires et la cour. Ainsi, lorsque le roi ordonne au prince de servir sous l?autorité du Maréchal de Saxe en Flandre en 1746, Conti préfère à démisionner et à rentrer à Versailles, car cela ne convient ni à ses ambitions, ni à son rang. C?est donc par une brouille avec le roi que se termine la brillante carrière militaire du prince de Conti.

[] Courtisan

Ses relations avec Louis XV restent toujours assez difficiles. Le roi estime son cousin à la fois pour ses qualités en matière politique, militaire et juridique, mais il le redoute à cause de ses ambitions. Malgré cela, Louis XV, entouré de conseillers qui n?étaient pas toujours sans ambitions personnelles non plus, est fatigué, las des intrigues politiques qui se trament autour de lui et recherche en son cousin le confident qu?il n?a pas. Protégé de par la maîtresse du roi, Mme de Châteauroux, le prince de Conti gagnait de l?influence sur celui-ci, qui le fit entrer dans son cabinet noir. Ce cabinet était chargé des questions de sécurité stratégique et de la diplomatie étrangère. C?est ainsi que Conti put élargir son pouvoir à Versailles jusqu?à la mort de Mme de Châteauroux en 1744. En observant le changement de protection à la cour après la mort de la maîtresse royale, Choiseul remarque :

« [Conti] perdait une protectrice très efficace. Son éloignement l?avait préservé de toutes les tracasseries qui avaient régné depuis huit mois ; il avait une espérance certaine que Mme de Châteauroux, son amie, reprendrait son empire sur le Roi, qui se portait bien. M. le prince de Conti avait de grandes vues de gloires et de commandement, et le manque d?un appui tel que celui de la maîtresse lui faisait entrevoir quelques obstacles à son roman d?ambition ; car non seulement, il perdait beaucoup de temps en perdant la dernière maîtresse, mais il était incertain de son crédit vis-à-vis de la prochaine. »

Ce n?est pas par hasard si Choiseul parle d?un « roman d?ambition » du prince de Conti. Comme en témoigne le duc, bénéficier de la protection d?une maîtresse royale pouvait être décisif à la cour de Versailles. Et Choiseul de se poser la question : Conti pourra-t-il compter sur l?appui de la prochaine maîtresse royale ? Effectivement, Madame de Pompadour, la nouvelle maîtresse en titre, ne protégea pas le prince et n?eut de cesse, au contraire, de diminuer son influence sur le roi. L?arrivée de Mme de Pompadour à la cour sonna donc le glas des ambitions politiques de Conti. Elle était trop ambitieuse pour accepter dans l?entourage du roi un prince du sang investi de missions importantes au service des stratégies européennes de la France. Comme les autres conseillers du roi, la Pompadour craint l?emprise du prince sur le roi. Elle le dessert donc systématiquement dans l?esprit du Roi, une campagne d?autant plus efficace qu?elle sait le roi hésitant et pas encore décidé à accorder son entière confiance au prince.

[] Ministre et diplomate

Louis XV place son cousin, ministre sans portefeuille, à la tête du secret du Roi, véritable service d?espionnage. Il consistait en un réseau d?agent secrets qui procurait au roi des informations sur toutes les capitales de l?Europe. Ce réseau parallèle à la voie diplomatique officielle avait été installé par Louis XV pour deux raisons : il se méfiait des ses propres diplomates et projetait de faire élire le prince de Conti roi de Pologne.

De fait, Louis XV se retrouvait dans une situation comparable à celle de son arrière-grand-père Louis XIV, qui chercha à éloigner de la cour les princes du sang susceptibles ? comme au temps de la Fronde ? de se dresser à nouveau contre son pouvoir. À cette fin il avait fait élire le grand-père du prince de Conti, François Louis de Bourbon, roi de Pologne. François Louis de Bourbon, s?il avait été élu roi par les grandes familles polonaises, n?a toutefois jamais pu accéder au trône, usurpé par le candidat russe, Auguste II de Saxe.

Louis XV fait de même : il cherche à satisfaire les ambitions de son cousin avec le trône polonais. En le plaçant à la tête de la monarchie polonaise, il pouvait tout à la fois conserver un allié important en Europe, bénéficier de son appui et l?éloigner de la cour. Cette stratégie n?était pas partagée par tous les conseillers du roi, qui n?appréciaient pas outre mesure les qualités politiques du prince. Le marquis d?Argenson écrit au sujet des négociations entre le prince et les délégués polonais :

« Sitôt après son départ, j?appris que M. le prince de Conti songeait sérieusement à la couronne de Pologne ; je n?avais encore rien vu de si surprenant et de si absurde. Il me vint prôner un soir à Versailles avec beaucoup de mystère un M. Blandowski, gentilhomme polonais. [?] Il [Blankowski] trouvait au contraire dans M. le prince de Conti tant de présomption et si peu de fond, tant de paroles et si peu de suite, qu?il ne pouvait s?embarquer sur ses promesses. »

Le cardinal, comme beaucoup de gens à la cour, trouvait les ambitions du prince « surprenantes et absurdes » ? une opinion apparemment partagée par les Polonais. En dépit de ses conseillers, Louis XV continua de soutenir son cousin en vue du trône polonais pendant les années 1740 et 1750. Il se fait conseiller par Conti en matière de diplomatie étrangère. Pendant toute cette période, Conti est un véritable « powerbroker » à la cour de Versailles, comme l?analyse John Woodbridge dans son ouvrage sur le prince.

La cour de Versailles et surtout les conseillers du roi voyaient en Conti une menace à leurs propres ambitions. Une opposition interne menée par la marquise de Pompadour contre Conti se crée très vite à la cour. Ainsi, le cardinal de Bernis écrit sur le prince de Conti :

« C?est un prince qui a beaucoup d?esprit et de connaissances, mais, à moins que le roi admette dans son conseil un prince de son sang, il sera toujours plus sage de l?écarter des grandes affaires. »

Le roi d?ailleurs est le premier à se souvenir de la Fronde princière du XVIIe siècle, il n?ignore pas que son cousin ferait n?importe quoi pour satisfaire ses ambitions personnelles. On l?a déjà souligné, le roi lui-même est indécis et demeure partagé sur l?attitude qu?il convient à adopter à l?endroit de son cousin. Le prince de Conti avait prouvé à plusieurs reprises qu?il n?était pas toujours le plus loyal des princes envers le roi. Quant à ses ambitions, à coup sur, elles ne le portaient pas à se contenter de ne jouer qu?un petit rôle dans le « théâtre de Versailles ».

[] Grand Prieur de l'ordre souverain de Malte

Sous l?influence de la marquise de Pompadour, le roi cherche une autre fonction pour le prince ; autant pour l?éloigner de Versailles pour lui procurer une charge non seulement prestigieuse, mais bien payée de surcroît ? un aspect non négligeable pour Conti, qui s?endettait en permanence ? Louis XV intervient auprès du Pape Benoît XIV pour faire élire Conti grand prieur de l'Ordre de Malte à Paris. C?est en 1749 qu?il est élu grand prieur du Temple. Bien que l?ordre, dans un premier temps, soit assez sceptique à l'arrivée de ce prince du sang, à la réputation d?athée et de libertin, à la tête de leur commanderie, Conti, rapidement, s?acquitte fort bien de ses devoirs de grand prieur et contribue à la prospérité de l?ordre. Il fait construire des nouveaux bâtiments, qui sont loués surtout à des nobles et à des débiteurs dans l?enclos échappant à la juridiction du roi. Comme grand prieur de l?ordre, Conti a l?usufruit du palais de l?enclos et jouit des privilèges attachés à la charge, entre autres la franchise, le droit d?asile et certaines libertés vis-à-vis à la justice royale. Certes, le prieuré de France n?était pas le trône de Pologne, mais le prince disposait d?un véritable petit royaume au c?ur de la ville de Paris. C?est à partir de 1756 que Conti s?installe définitivement dans le palais prieural pour y mener la vie d?un prince frondeur, en lutte contre l?absolutisme royal qu?il ressent comme despotique.

[] Le frondeur anti-absolutiste

En tant que grand prieur, Conti emploie l?avocat janséniste Adrian Le Paige comme bailli du Temple. À côté de ses écrits théologiques, Le Paige était connu pour ses attaques contre le despotisme royal ? notamment dans ses Lettres historiques sur les fonctions essentielles du Parlement, sur le droit des Pairs, et sur les lois fondamentales du royaume de 1753 ? et contre les Jésuites dans les Nouvelles ecclésiastiques, qui paraissent à partir de 1727. Il collaborait avec Conti pour rédiger des projets de loi et des remontrances, que le prince proposait avec une « éloquence mâle et persuasive » devant le Parlement.

Le jansénisme, à l?origine un mouvement théologique né au seizième siècle, a évolué en un mouvement politique au dix-huitième siècle. Le conflit entre le pape Clément XI et les jansénistes ? notamment à propos de la bulle Unigenitus vox dei de 1713, rédigée à l?initiative de Louis XIV qui envisageait d?excommunier les jansénistes de l?église catholique s?ils ne renonçaient pas à leur dogme ? est également lié à celui qui oppose ultramontains et gallicans. Il marque le dix-huitième siècle comme aucun autre conflit religieux. Nombreux sont les parlementaires qui, opposés à l?intervention du pape dans la politique religieuse conduite en France, affichent leur indépendance en s?alliant à la cause janséniste. Le roi, quant à lui, prend position pour le pape et interdit aux parlementaires de se prononcer à ce sujet. À plusieurs reprises, le parlement est exilé. Le désaccord est tel, que le prince de Conti, membre de la chambre des pairs du Parlement de Paris de par sa naissance, sert d?intermédiaire entre les deux partis jusqu?en 1756. Il a beaucoup d?influence et sur le roi, et sur le Parlement, et peut ainsi négocier des accords entre ces deux pouvoirs. Ce n?est après sa rupture avec le roi que Conti s?engage sans ambiguïté du côté des parlements contre le roi. Influencé par les jansénistes, il est persuadé que le roi devait être seulement un primus inter pares, accordant au Parlement le droit de juger les nouvelles lois et aux princes du sang une partie du gouvernement dans le royaume. M. Dutens, diplomate franco-anglais à Paris, nous donne plus d?information au sujet du prince opposé au roi :

« M. le prince de Conti ensuite se jeta entièrement dans l?opposition aux mesures de la Cour, et acquit une telle influence dans le parlement de Paris, qu?aucune affaire importante n?y passoit contre son avis. Connaissant très-bien la Constitution françoise, soutenu par une éloquence mâle et vigoureuse, appuyé de la dignité de son rang, il entraînoit tous les suffrages, et persuadoit les autres princes du sang de s?unir à lui. »

Le grand éclat entre le prince et le roi survient en 1756, au début de la guerre de Sept ans. Auparavant, de grosses difficultés entre le prince et le roi avaient déjà surgi à propos du Renversement des Alliances. La signature d?un traité entre l?ancien allié de la France, la Prusse, et son ancien et futur ennemi, l?Angleterre, donne naissance à une nouvelle réflexion sur le positionnement stratégique de la France en Europe, qui concrètement aboutit à une nouvelle alliance entre la France et l?Autriche et, finalement, à une nouvelle guerre. La marquise de Pompadour se montre favorable au renversement des alliances ; quant à Conti, il est contre un changement de la politique extérieure du royaume. Il s?était exprimé sur ce point dans son « Système de politique générale », dans lequel il plaide pour la stabilité des puissances européennes telle que définie dans le cadre des traités de Westphalie de 1648. Suivant en cela la politique que menaient déjà Richelieu et Mazarin, il voulait maintenir l?alliance avec les Turcs, les Polonais et la Prusse, contre les Autrichiens. Sous l?influence ? surestimée dans l?historiographie ? de Mme de Pompadour, le roi qui partageait auparavant l?opinion du chef de sa diplomatie secrète, change de politique. Après les traités de Versailles en 1756, la nouvelle alliance avec l?Autriche subit sa première épreuve avec la guerre de Sept ans ? la France est battue par la Prusse et l?Angleterre. Dès le début de la guerre, Conti, hostile à l?alliance avec les Autrichiens contre la Prusse et l?Angleterre, se brouille avec le roi. En 1756 toujours, quand Conti prend position pour le Parlement contre le nouveau vingtième, une énième taxe pour financer la guerre et quand, de surcroît, le roi ne lui accorde aucun commandement dans la conduite de cette guerre, la rupture entre le roi et lui est définitive. Le marquis d?Argenson évoque ce moment dans ses Mémoires :

« L?on dit qu?au lit de justice M. le prince de Conti opina fortement quand M. le chancelier lui demanda son avis, et que le Roi, qui l?entendit, le regarda avec des yeux de colère. Le voilà tout à fait brouillé avec le Roi, et voilà un chef tout prêt pour les mouvements de résistance ou de révolte qui pourrait s?en suivre. »

C?est donc à partir de 1756 que Conti n?est plus admis à la Cour et ne vit plus à Versailles. Il se retire dans son château de l?Isle-Adam et à Paris, au palais du Temple. Ecarté du pouvoir à Versailles, Conti se lance entièrement dans son rôle de prince frondeur, confirmant ainsi les propos du marquis d?Argenson qui craignait un « chef tout prêt pour les mouvements de résistance ».

Conti connaît son plus grand succès d?opposant après le remplacement du Parlement de Paris par un nouveau parlement, plus favorable au roi, dans ce que les historiens ont appelé plus tard le « coup de Maupeou ». C?est une nouvelle occasion pour le prince de Conti de s?engager ouvertement contre le roi. Il parvient à persuader les autres princes du sang d?adresser une note de protestation au roi contre la dissolution du Parlement. En signe de remontrance, ces derniers quittent la cour, à l?exception du comte de la Marche, le fils du prince de Conti, brouillé avec son père depuis longtemps. Les princes du sang retournent à Versailles en 1772, mais le prince de Conti n?y met plus les pieds jusqu?après la mort de Louis XV, en 1774. Comme le rapporte le baron de Besenval dans ses Mémoires, le prince de Conti se voulait et s?érigea le défenseur des droits de la patrie contre le despotisme royal :

« M. le prince de Conti qui, dans sa jeunesse, avait étudié pour être roi de Pologne, et qui n?était parvenu, dans sa studieuse retraite, qu?à être tyran de l?Isle-Adam, et par ses lectures qu?à une nomenclature de mots techniques, dont il surchargeait sa conversation, était, depuis longtemps, brouillé avec la cour, où il n?allait pas. Il n?eut garde de ne pas se faire parti de l?opposition : il n?en avait pas d?autre à prendre pour être cité ; et le reste des femmes, qu?il tenait à sa pension, ainsi que celles, à qui il donnait du thé le dimanche, l?appelèrent le défenseur de la patrie. »

Dès 1756 mais surtout après 1770, Conti entre en opposition ouverte avec la politique du roi. Il ne va pas perd une occasion de remettre en question la position du roi absolu, de s?engager avec le Parlement contre les décision royales, qu?il croit être contraires aux lois fondamentales du royaume. Il protège les philosophes éclairés et tient dans son palais du Temple un salon aristocratique, souvent critique à l?égard de la cour de Versailles. Dans le cadre de sa vie de prince opposant, il donne de grandes réceptions au Temple, emploie un des orchestres les plus réputés de Paris et se met à collectionner toute sortes d'objets d?art et de curiosités. Ses activités de collectionneur aboutissent à former une des collections les plus importantes de la seconde moitié du dix-huitième siècle.


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