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La métaphysique désigne :
- un ensemble de livres d'Aristote, La Métaphysique ;
- puis, au Moyen Âge, la philosophie première d'Aristote ;
- le sens moderne du mot s'est particulièrement diversifié, au point qu'il n'est pas possible de donner de définition stricte de ce qu'est la métaphysique. L'idée d'étude et de connaissance de l'être en tant qu'être est peut-être le fond commun minimal acceptable pour l'ensemble du domaine métaphysique. L'objet de la métaphysique serait alors l'être au sens absolu (i.e. en tant que tel) et ses premiers principes. On peut alors distinguer des aspects logiquement reliés :
- l'étude d'un ensemble particulier de réalités : ce que les sens ne perçoivent pas, les choses immatérielles ;
- l'étude de la nature des choses en elles-mêmes, étude du ce que c'est ;
- par suite, l'étude d'une réalité supérieure, vérité du monde naturel.
[] Étymologie
Étymologiquement, la métaphysique (ta meta ta physika) est ce qui vient « après » les choses concernant la nature (i.e. après l'étude de la nature), et désigne donc les livres classés après ; une autre étymologie, suivant une traduction inhabituelle et peu probable, donne ce qui est « au-delà » de la physique. Mais le mot physique a un sens qui est lui-même métaphysique, puisqu'il désigne la nature en tant que principe : on ne peut donc opposer a priori métaphysique et physique, puisque l'étymologie (et l'?uvre d'Aristote) indique plutôt une continuité entre les deux domaines. Le sens de ces mots est en outre susceptible de varier d'une époque à une autre.
On pense que l'emploi de ce mot remonte à la classification du corpus aristotélicien (Ier siècle avt JC), les livres traitant de « l'étant en tant qu'étant » venant « après » ceux touchant à la « physis » ou nature. La raison en serait que l'éditeur, Andronicos de Rhodes, ne savait pas dans quelle division classer les traités que nous connaissons aujourd'hui sous ce nom.
Ce terme a fini par s'appliquer au Moyen Âge (par exemple chez Averroes) à toute question relative aux principes premiers ou à la philosophie première.
D'après le sens donné à physique, la métaphysique sera (avec les problèmes que cela pose) :
- une science parmi d'autres ;
- une connaissance des choses immatérielles (non physique, non sensible) ;
- une science de l'intelligible, ou des essences, par opposition à l'empirique ;
- une science des conditions de possibilités de l'expérience ou simplement de l'expérience en générale (comme épistémologie par exemple) ;
- un discours vide de sens.
[] Les grandes problématiques de la métaphysique
L'objet de la métaphysique est l'être en général. Voici quelques interrogations fondamentales de la métaphysique :
- qu'est-ce que l'être ?
- pourquoi y a-t-il de l'être plutôt que rien ?
- quelle est la différence entre être et essence ?
- quelle est la différence entre essence et existence ?
- en quoi consiste la causalité ?
- qu'est-ce que la liberté ?
- Dieu existe-t-il ?
- etc.
La métaphysique est aussi parfois divisée en deux parties, dans la scolastique (étude des transcendentia ou ontologie, théologie) et chez les philosophes classiques ; on trouve cette division encore au XVIIIe siècle. Spinoza permet d'illustrer une telle division. En effet, dans les Pensées Métaphysiques, il traite dans une première partie de la métaphysique générale, i.e. de l'être en tant qu'être :
- il distingue des types d'être : réel, de fiction, et de raison ;
- il distingue l'être de l'essence, de l'existence, de l'idée ;
- il traité des modalités de l'être : nécessaire, impossible, possible et contingent ;
- enfin, il traite de la durée, du temps, de l'un, du vrai, du bien, etc.
Dans une deuxième partie, il traite de la partie spéciale de la métaphysique :
- Dieu, en tant qu'ens summum : éternité, unicité, immutabilité, simplicité, etc. De l'entendement et de la volonté de Dieu ;
- de la création et de l'esprit humain.
Ce plan permet de se faire une idée plus précise de l'organisation possible des concepts de la métaphysique. C'est une organisation logique, qui est aussi une théorie de la connaissance.
[] Histoire de la métaphysique
[] Métaphysique grecque
Parménide
Parmi les philosophes Présocratiques, Parménide est celui qui pose la question avec le plus de force, n'esquivant aucun des problèmes relatifs à une véritable pensée de l'être, puisque, d'une part, il identifie être et pensée, et, d'autre part, il interdit la pensée vraie d'autre chose que ce qui est, avec les conséquences logiques que cela comporte :
La première voie de recherche dit que l'Être est et qu'il n'est pas possible qu'il ne soit pas. C'est le chemin de la certitude, car elle accompagne la vérité. L'autre c'est que l'Être n'est pas et que le Non-Être est. Cette voie est un sentier étroit où l'on ne peut rien apprendre.
Aristote
(voir Substance (Aristote))
La question fondamentale de l'être, héritée par Aristote, est celle des principes et des causes de l'être. Il réduit à la question de la seule ousia (catégorie de la substance) : ce problème se trouve donc pour lui au fondement de la recherche physique, c'est-à-dire qu'il relève aussi de l'étude de la nature.
Aristote s'efforce de distinguer les différents sens du mot être, pour éviter les pièges logiques de la pensée parménidienne. Ces analyses préfigurent la pensée analytique et les tentatives de dépasser la métaphysique par l'analyse du langage.
Aristote résume l'ensemble des questions portant sur la nature et sur l'être à la question : qu'est-ce que la substance (ousia) ? (Métaphysique, livre Z). On ne peut parler de ce qui est, dans quelque ordre que ce soit, sans savoir ce qu'est la substance qui reçoit des prédicats suivant des relations nécessaires ou accidentelles. Ces relations fondent la possibilité de la connaissance, la science étudiant les relations nécessaires. Le problème est alors de savoir ce qu'est la substance simpliciter, c'est-à-dire ce qu'elle est en tant qu'elle est, en elle-même. En ce sens, la métaphysique d'Aristote, qui aura une grande influence au Moyen Âge, n'est pas absolument différente de l'ontologie de Platon.
Dans l'ensemble de son histoire, la pensée philosophique grecque a tenté d'élaborer des réponses rationnelles, satisfaisantes au regard des critères démontrés ou supposés de la raison ou logos. L'être est ainsi la catégorie fondamentale de la pensée antique.
Pendant la période hellénistique, la métaphysique affronte les objections décisives du scepticisme et de la Nouvelle Académie ; ce sont les Stoiciens qui seront les défenseurs les plus remarquables de la substance, élaborant une conception logique de la réalité qui sera redécouverte seulement au début du XXè siècle (voyez Bertrand Russell par exemple). La lutte entre métaphysique et scepticisme structure une grande partie de l'histoire de la philosophie, et c'est pour surmonter cette tension que Kant élaborera sa philosophie transcendantale.
[] Métaphysique et théologie
Cette pensée grecque de la réalité, qui fait parfois de l'être, ou même de l'au-delà de l'être, le fondement divin du monde, s'est trouvée intégrée par étapes successives dans les références intellectuelles des civilisations islamiques, juives et chrétiennes, transformant considérablement les fondements intellectuels strictement théologiques et issus des différentes Révélations concernées. La pensée métaphysique et la pensée théologique se sont ainsi trouvées indissociablement liées durant toute la période scolastique. Cette influence théologique s'est développée au moins jusqu'à Hegel et Schopenhauer, et fut violemment dénoncée par Friedrich Nietzsche.
Thomas d'Aquin
La philosophie première est pour Thomas une connaissance rationnelle et naturelle, qui précède chronologiquement la théologie, connaissance surnaturelle qui dépasse la raison sans la contredire. Thomas distingue l'être et l'essence : Dieu est, de part sa propre essence, mais la créature a l'être..
Duns Scot
Pour les catholiques nous voyons d'après l'encyclique du Pape Jean-Paul II fides et ratio (foi et raison); montre bien qu'il n'y a pas d'incompatibilité entre la foi et la métaphysique: bien au contraire, reprenant St Thomas, St Anselme et bien d'autres.
[] Métaphysique moderne
Critique kantienne
L'histoire de la philosophie occidentale, de Descartes à Kant, est principalement l'histoire d'une prise d'autonomie de la raison puis d'une critique des possibilités de cette même raison :
à l'age classique, les philosophes (Descartes, Spinoza) dogmatisent, lorsqu'ils cherchent à fonder des systèmes de pensées sur une conception rationaliste de Dieu. Le sens de l'être tend alors à dépendre essentiellement de Dieu, l'être par excellence ; c'est une telle édification de la métaphysique que Kant va vouloir renverser.
dans la Critique de la raison pure, en effet, Emmanuel Kant veut démontrer que la Métaphysique ne peut revendiquer le statut de science à part entière, car elle procède indépendamment de l'expérience et par simples concepts. La métaphysique est donc une science analytique, car on peut en exposer et définir les concepts fondamentaux, mais elle ne parvient pas à nous instruire sur ce qui est indépendant de notre expérience sensible. En particulier, il n'est pas possible de faire de l'être un prédicat, puisque l'être est défini comme une position absolue, hors de la portée de notre sensibilité.
En revanche, nous pouvons connaître la constitution de notre connaissance, de notre entendement, et établir les limites de la raison pure spéculative : cette connaissance dite transcendantale permet selon Kant d'édifier une nouvelle métaphysique de la nature et une métaphysique des m?urs (droit et éthique).
Cette conception réduira la philosophie à une théorie de la connaissance et se développera surtout à partir de 1870 dans le néo-kantisme.
On peut considérer que les ?uvres de Georg Hegel, Johann Gottlieb Fichte et Friedrich Schelling sont parmi les derniers grands systèmes philosophiques qui partent de principes métaphysiques fondés rationnellement.
[] La métaphysique au XXe siècle
Il y a eu au XXe siècle plusieurs tentatives de dépassement de la métaphysique ; il faut prendre garde que ce mot de dépassement a pris de nombreux sens, dont notamment :
- le sens de destruction pure et simple de la métaphysique ;
- le sens de prise de conscience des limites de la métaphysique.
[] Le renouveau de la métaphysique en France
Mais la métaphysique va survivre notamment en réaction au positivisme, au scientisme et au traumatisme de la première guerre mondiale. Cette résistance va s'incarner aussi contre une certaine tradition complexée par la suprématie des sciences : il faut noter par exemple cet éffort étonnant du très catholique Léon Ollé-Laprune dans La philosophie et le temps présent qui consistait à montrer en quoi, aussi, la philosophie peut s'avèrer comme science. Si ces philosophes se rendent bien compte du fossé qui sépare la méthode scientifique de la méthode philosophique, ils espèrent que la philosophie se dirige vers l'exactitude. La contestation métaphysique va commencer par s'incarner dans l'intuitionnisme d' Henri Bergson mais aussi à la même époque dans les idéalismes d'Octave Hamelin et de Léon Brunschvicg. Ce dernier tentera de concilier une réflexion sur l'esprit avec le progrès des sciences. Certains même, passeront d'abord par l'épistémologie et les sciences avant d'y renoncer (par insatifaction de l'idéologie du progrès) : ce sera le cas d'Edouard Le Roy et de René Le Senne. Si Brunschvicg tente de concilier métaphysique et science, il laisse de côté ce qu'il ne tient que pour un mot et qui constitue l'objet par excellence de la métaphysique : l'Être. Spéculer, developper une ontologie est chose risquée à cette époque.
Si l'on assiste pourtant à un renouveau de la métaphysique au vingtième siècle dans sa plus haute majesté, c'est à Louis Lavelle que nous le devons. Isolé, ce métaphysicien entreprendra une grande épopée dialectique : analyser notre participation à l'absolu, c'est-à-dire retrouver derrière l'existence contingente des hommes ce qui les dépasse, à savoir l'esprit conçut comme Acte. Avec René Le Senne, Lavelle fonde la collection "philosophie de l'esprit" chez l'éditeur Aubier et rédige avec lui le manifeste introductif où ils défendent la cause de la métaphysique. Lavelle ouvre sur un grand courant de l'entre deux guerre en France : le spiritualisme français. Ceux qui peuvent être ratachés à cette tendance sont Maurice Blondel (philosophe) (bien qu'antérieur), René Le Senne, Gabriel Madinier, Nicolas Berdiaeff, Georges Gusdorf, Aimé Forest, Jean Nabert, Maurice Nédoncelle ext...
La venue de l'existentialisme fera disparaître cette tendance dominante qui ouvra notamment sur le renouveau de la philosophie des valeurs en France. Néanmoins, les philosophies dites existentialistes (il est plus correcte de parler de philosophies de l'existence) telles que celles de Heidegger (bien que sa recherche se porte plus sur l'Être en tant qu'horizon de sens; de provenance) et de Sartre, auront le même combat que celui des spiritualistes même si les deux "camps" ne se sont pas vraiment entendus.
D'ailleurs, les métaphysiques de Lavelle, de René Le Senne et de Berdiaeff rendent possible une éminente mise en valeur de l'existence humaine, du vécu quotidien ainsi que l'angoisse avant l'heure des phénoménologies existentialistes.
[] Le positivisme logique
Le Cercle de Vienne s'était fixé pour but de débarrasser la philosophie de la métaphysique, en appliquant à tout énoncé un positivisme vigoureux, parfois éclairé, mais trop souvent fanatique : ainsi la négation de la métaphysique conduit-elle logiquement à affirmer que l'art n'a aucun sens, ce qui est manifestement absurde, comme le fera remarquer Popper.
Dans cette perspective, tout énoncé doit pouvoir être analysé et renvoyer à quelque chose de réel par exemple en répondant à des questions telles que :
- de quel énoncé S est-il déductible et quels énoncés sont déductibles de S ?
- comment S doit-il être vérifié ?
Cette critique logique, développée par Carnap par exemple, dénonce entre autres, les confusions du vocabulaire heideggérien. Dans cette perspective, la métaphysique est réduite à une poétique du vécu, qui exprime le sentiment que l'on a de l'existence, sans jamais renvoyer à quelque chose de scientifiquement attestable.
La question de l'être est au fondement des différentes formes de l'existentialisme et une des ?uvres philosophiques les plus influentes du XXe siècle, celle de Heidegger, est tout entière orientée par cette recherche. Chez ce dernier, comme chez Sartre, le sens ne vient à l'être que grâce au néant, ce qui retrouve peut-être ainsi une intuition fondamentale des premiers théologiens (voyez Denys l'Aréopagite) et de la mystique.
Le XXe siècle n'a donc pas éliminé la métaphysique, mais il a gravement remis en question les raisons de distinguer celle-ci de la physique. On en trouvera un exemple dans les réflexions métaphysiques de Michel Bitbol à propos de la physique quantique dans « Physique quantique, une introduction philosophique ».
[] La métaphysique dans les autres civilisations
(voir Philosophie chinoise, Philosophie indienne)
Mais ce terme d'origine grecque n'est manifestement pas réservé au monde occidental : on peut l'appliquer, avec quelques nuances importantes, à presque toutes les grandes civilisations orientales : le Vedanta en Inde, les écrits Taoïstes en Chine sont tout autant « métaphysiques » quoique les modalités d'approches soient différentes de celles du monde gréco-latin et chrétien.
Par exemple, dans la Bhagavad-Gîtâ, le chant XI montre Arjuna contemplant l'omniforme :
- « Et comment, ô grand Être, ne s'inclineraient-ils pas devant toi, plus vénérable que Brahmâ lui-même, toi l'ordonnateur primordial ? O Seigneur infini des dieux, toi qui fais de l'univers ta demeure, tu es l'impérissable, l'Être et le Non Être et ce qui est par-delà. »
Dans le Tao-Tö-King de Lao Tseu :
- « Le Tao qu'on tente de saisir n'est pas le Tao lui-même ;
- le nom qu'on veut lui donner n'est pas son nom adéquat.
- Sans nom, il représente l'origine de l'univers ;
- avec un nom, il constitue la mère de tous les êtres. »
Le philosophe N?g?rjuna expose dans le Mulamadhyamakakarika la doctrine bouddhiste de la vacuité, qui du point de vue de la philosophie occidentale est un scepticisme ontologique :
- « Si l'Être n'est pas, de quoi le non-Être est-il la négation ? »
[] Citations
- « Si la physique s'occupe de dialectiquer la nature/nature, la métaphysique, elle, confronte l'homme/nature »(Simon Chenier)
- « Il faut donc dire que l'objet adéquat de cette science [la métaphysique] est l'étant en tant qu'étant réel » (Suarez, Disputationes metaphysicae, I ; 1)
- « On nomme métaphysique ce qui surpasse la nature et qui est au-delà de la causalité et du langage » (Errenios)
- « Dieu n'est pas sujet dans la métaphysique [...] il n'y a qu'une seule science à propos de Dieu comme premier sujet, qui n'est pas la métaphysique » [mais la théologie] (Duns Scot, Reportata parensiensa)
- « En métaphysique, le philosophe détermine ensemble l'étant commun et le premier étant, qui est séparé de la matière. » (Thomas d'Aquin, In de generatione e corruptione)
- « La métaphysique a cela de bon qu'elle ne demande pas des études préliminaires bien gênantes : c'est là qu'on peut tout savoir sans rien avoir appris » (Voltaire)
- « Un philosophe n'est pas philosophe s'il n'est métaphysicien ; et c'est l'intuition de l'être qui fait le métaphysicien » (Maritain)
[] Bibliographie
- Parménide, Platon
- Métaphysique, Aristote
- Métaphysique, Avicenne
- Somme théologique, Thomas d'Aquin
- Principe de la philosophie, Descartes
- Méditations Métaphysiques, Descartes
- L?Éthique, Spinoza
- Critique de la raison pure, Kant
- Le dépassement de la métaphysique par l'analyse logique du langage, Carnap
- Qu'est-ce que la métaphysique ?, Heidegger
[] Voir aussi
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La source est wikipedia http://fr.wikipedia.org/wiki/Métaphysique