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Le marronnage est le phénomène par lequel des animaux domestiques relâchés ou échappés forment des populations vivant partiellement ou totalement à l'état sauvage.
Le mot vient de l'espagnol « cimaron », qui servait d'abord à désigner les animaux domestiques retournés à l'état sauvage. Le terme est principalement employé pour la fuite d'un esclave Amérique et aux Antilles, et retrouve son utilisation initiale, en concurrence avec le terme féralisation (adjectif féral) qui peut être considéré comme un anglicisme.
[] Espèces
Les espèces d'animaux domestiques pour lesquelles le marronnage a existé ou existe sont variées : cheval : observé sur les cinq continents, chèvre sur de nombreuses îles, en Australie, dromadaire en Australie, porc, chat (on utilise pour cette espèce l'expression chat haret), mouton, b?uf, poule (Gallus gallus) : entre autres en Floride, Polynésie française, la Réunion, Australie.
Cela concerne également des plantes.
[] Degrés de marronnage
- Les animaux domestiques échappés ou relâchés peuvent former des groupes vivant hors du contrôle direct de l'homme, mais réalimentés par de nouvelles recrues nées à l'état domestique. C'est fréquemment le cas des chiens en zone urbaine (Russie), ou rurale (chiens errants).
Ces animaux ou leur progéniture peuvent être à nouveau adoptés par l'homme (chat haret ou chien). Il y a donc des échanges dans les deux sens avec la population domestique.
Dans le cas des abeilles, le mode de multiplication naturel est l'essaimage : la vieille reine et environ la moitié des ouvrières sortent en groupe pour former une nouvelle colonie. L'essaim pourra être capturé et mis dans une ruche, s'y installer spontanément, ou adopter un logement naturel.
À l'inverse, un apiculteur peut capturer un essaim provenant d'une ruche sauvage. En dehors des lignées dont la reproduction et la sélection sont étroitement contrôlées, les abeilles sauvages et domestiques d'une région ne forment donc qu'une population.
- Certaines espèces forment des populations sauvages issues d'animaux domestiques, tout en gardant une grande proximité avec l'homme, comme commensaux : c'est le cas des pigeons biset des villes. Ce qui n'exclut pas une colonisation d'espaces moins anthropisés (observée notamment en Grande Bretagne pour cette espèce : des pigeons de ville issus d'animaux domestiques s'installent sur les falaises en zone rurale).
- Le cas le plus typique est celui de populations vivant dans des espaces très peu anthropisés, et dont le lien avec l'homme se réduit à des captures éventuelles ou à la chasse. C'est fréquemment le cas des chevaux, des chèvres, et c'est celui des dromadaires en Australie.
Cela n'exclut pas que les animaux capturés soient élevés à nouveau comme animaux domestiques.
- Enfin il y a des marronnages très anciens, dont on a perdu la mémoire, l'espèce étant par conséquent souvent considérée comme sauvage sans restriction. Le mouflon corse par exemple a été introduit sur l'île à l'état domestique.
[] Pérennité
Qu'une espèce soit prédisposée à la fuite ou non, le critère final du succès du marronnage est la pérennité des populations formées. Celle-ci dépend de leur capacité à s'établir et à se reproduire dans le nouvel environnement.
Les populations marronnes durables s'observent fréquemment après leur introduction dans des régions où elles trouvent leur niche écologique vacante, ou occupée par des espèces indigènes qui semblent moins compétitives. On parle alors d'espèces invasives.
Néanmoins, les marronnages non pérennes ne laissent par nature pas de trace. La pintade par exemple s'échappe facilement ; elle ne forme pas de population sauvage en Europe.
Le marronnage de la poule domestique s'observe en région tropicale, (qui est celle des ancêtres de l'espèce) mais jamais durablement en région tempérée.
Les chevaux sauvages aux États-Unis (mustangs) se sont maintenus jusqu'à présent tandis que les populations marronnes de vaches qui ont été importantes notamment en Amérique du Sud n'ont pas duré, probablement en raison de leur valeur plus élevée.
Lorsqu'une espèce issue de marronnage est établie dans un territoire et n'a plus de lien direct avec l'homme, sa pérennité semble ne dépendre que de ce dernier, qui peut dans certains cas les éliminer par surchasse, recapture des animaux pour leur valeur propre ou par une volonté d'éradication pour des motifs économiques ou écologiques.
[] Prédisposition des espèces
Le marronnage a été observé chez la plupart des espèces domestiques. Parmi les plus fréquemment observés, le cheval, la chèvre, le porc, le chat, qui semblent s'adapter sans délai à la vie sauvage.
C'est aussi le cas de la pintade en climat tropical et de l'âne en climat désertique comme certaines régions de l'Australie ou la vallée de la Mort aux États-Unis. Ceci révèle en plus de l'aptitude à la vie sauvage conservée durant la période domestique, l'adaptation aux climats dont sont originaires ces espèces avant leur domestication.
Le mouton et le b?uf peuvent marronner, mais on peut observer des difficultés comme la laine des moutons, qui ne tombant pas, peut être gênante pour les animaux.
Le succès du marronnage dépend donc du type des animaux (de races plus ou moins rustiques) et surtout de l'écologie du milieu où ils s'introduisent (concurrents, prédateurs...), ce dernier paramètre étant souvent favorable sur des îles.
Le chien semble ne pas former facilement de populations réellement indépendantes de l'homme, en dehors du cas du dingo qui est peut-être arrivé en Australie à un degré de domestication moindre que celui des chiens domestiques contemporains.
D'après certains témoignages, des tentatives d'introduction de furets pour le contrôle de populations de lapins ont été sans succès malgrès les conditions a priori favorables.
Cette espèce est néanmoins notée comme invasive en Nouvelle-Zélande, les animaux introduits ayant un degré d'hybridation avec le putois sauvage difficile à déterminer, ce qui aurait pu favoriser voire rendre possible leur marronnage.
Il semble n'y avoir finalement qu'une espèce domestique animale pour laquelle le marronnage serait impossible : le ver à soie.
[] Nuisances et intérêts du marronnage
- Nuisances écologiques : Les populations issues de marronnage qui colonisent un milieu peuvent avoir un impact important sur l'écosystème : par prédation (plantes ou animaux) ou par concurrence sur les espèces indigènes. Elles constituent une part importante des espèces invasives, et rejoignent donc cette problématique.
- Pollution génétique : Lorsque des animaux d'origine domestique s'hybrident avec les animaux sauvages. On cite les cas du canard colvert, du sanglier, du pigeon biset, du coq sauvage (Gallus gallus) mais également la carpe et plus récemment le saumon. On note même le cas du dingo, lui-même issu de marronnage lointain, qui s'hybride avec des chiens d'origine européenne. À l'inverse ce problème semble n'avoir jamais été relevé pour le lapin. Est-ce que ce phénomène compromet définitivement la pureté d'une espèce sauvage ? Dans le cas du canard colvert, par exemple, le phénomène est ancien : on considère qu'il n'y a plus de représentant de l'espèce qui n'ait aucun ancêtre domestique. Cette espèce n'est pourtant pas mise en péril par cette contamination.
- Nuisances économiques : Il s'agit typiquement de la concurrence qu'exercent ces animaux marrons sur les pâturages d'animaux d'élevage, et les dégradations qu'ils peuvent causer aux clôtures, aux points d'eau, voire au sol et à la végétation par surpâturage. C'est le cas des chevaux en régions d'élevage bovin aux États-Unis, et des chèvres en région d'élevage ovin en Australie. On note également la gêne que peut occasionner à l'éleveur la présence de congénères sauvages de ses animaux ; leur présence et leurs cris excitent les animaux domestiques et les poussent à s'évader, puis ils sont entraînés par le groupe sauvage plutôt que de rester dans les environs : pintades en Afrique, chevaux. Enfin, on reproche parfois à ces population leur rôle de réservoir d'infections transmissibles aux animaux domestiques.
- Intérêt économique : Les animaux marrons peuvent être chassés ou capturés et constituent ainsi une ressource importante. Ce fut le cas des mustangs capturés et expédiés en grand nombre en Europe pour la remonte des armées, jusqu'à la Première Guerre mondiale incluse. C'est encore le cas de nos jours des chèvres et dromadaires marrons Australiens, capturés et exportés pour leur viande, ou également comme animaux vivants pour les seconds. Il est à noter que les animaux ont pu à certaines époques être délibérément relâchés sur des îles pour constituer une ressource au bout de quelques années.
- Intérêt scientifique : Les populations d'animaux marrons sont des sujets d'études très riches en matière de dynamique des populations, et surtout d'écologie et de comportement (éthologie) à l'état sauvage d'espèces connues principalement à l'état domestique. Leur observation peut être riche d'enseignements pour les éleveurs ou détenteurs de leurs congénères domestiques.
- Intérêt patrimonial : Les populations marronnes ont conservé ou développé des caractéristiques qu'on ne retrouve pas toujours chez leurs congénères domestiques. Elles forment donc des races (rustiques) constitutives de la biodiversité domestique. Ces races méritent donc souvent d'être préservées, que ce soit dans le milieu où elles sont installées ou à l'état domestique après recapture. Les espèces marronnes visées par des programmes d'éradication en Australie ou en Nouvelle Zélande font l'objet d'inventaire de leur intérêt patrimonial pour leur sauvegarde le cas échéant. (Moutons, ânes, chevaux...) Les mustangs américains ont été protégés à partir de 1971 de l'abattage massif au titre d'emblèmes de l'histoire de l'Ouest américain.
- Intérêt zootechnique : Ces races constituent une ressource génétique pour l'élevage, particulièrement pour l'élevage extensif, étant particulièrement bien adaptées à leur milieu.
[] Conclusion
Il est difficile de cerner la transformation que représente la domestication d'une espèce, et de prédire sa capacité à revenir à l'état sauvage et on observe que des espèces très anciennement domestiquées et qui parraissent les plus transformées par la domestication se révèlent tout à fait aptes à se passer de la tutelle de l'homme.
Les questions en suspens au sujet de l'état sauvage incluent :
- 1. Quelles sont les différences entre une population marronne entièrement établie et ses ancêtres domestiques ?
- 2. Les populations revenues à l'état sauvage de longue date sont-elles comparables à l'espèce de pré-domestication, ou avec d'autres animaux jamais domestiqués ?
- 3. Ces populations offrent-elles toujours de bonnes perspectives de re-domestication, c'est-à-dire maintiennent-elles les traits de leur adaptation à l'état domestique ?
[] Voir aussi
Le Texte ci-dessus est disponible sous GNU Free Documentation License.
La source est wikipedia http://fr.wikipedia.org/wiki/Marronnage (animaux)