Mouton
Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
|
|
|||||||||
|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|
| Troupeau de moutons | |||||||||
| Classification classique | |||||||||
| Règne | Animalia | ||||||||
| Embranchement | Chordata | ||||||||
| Sous-embr. | Vertebrata | ||||||||
| Classe | Mammalia | ||||||||
| Ordre | Artiodactyla | ||||||||
| Famille | Bovidae | ||||||||
| Sous-famille | Caprinae | ||||||||
| Genre | Ovis | ||||||||
| Nom binominal | |||||||||
| Ovis aries Linnaeus, 1758 |
|||||||||
|
|
|||||||||
|
|||||||||
| Parcourez la biologie sur Wikipédia :
|
|||||||||
Le mouton (Ovis aries) est un mammifère domestique herbivore de la famille des bovidés, de la sous-famille des Caprinés. L'homme élève le mouton pour sa viande, son lait, sa laine et sa peau avec laquelle on prépare un cuir appelé « basane ».
C'est un mammifère ruminant qui n'existe pratiquement plus que sous forme domestiquée. À l'instar de tous les ruminants, les moutons sont des ongulés marchant sur deux (un nombre pair) doigts (Cetartiodactyla). Ils descendent très probablement des mouflons d'Europe et d'Asie.
C'est l'un des premiers animaux à avoir été domestiqué et ils sont surtout appréciés pour leur laine et leur viande. La laine de mouton est le poil animal le plus utilisé et est généralement récolté par une coupe avec des cisailles (la tonte).
Les moutons sont élevés dans le monde entier et ont joué un rôle central dans de nombreuses civilisations. A l'heure actuelle, l'Australie, la Nouvelle-Zélande, la Patagonie et le Royaume-Uni sont les principales régions consacrées à son élevage.
Animal clé dans l'histoire de l'agriculture, le mouton a profondément marqué la culture humaine. Les moutons sont souvent associés aux scènes champêtres. Le mouton figure dans de nombreuses légendes, comme la Toison d'Or et dans les grandes religions, en particulier les religions abrahamiques. Dans les rites anciens et modernes, les moutons sont utilisés comme animaux de sacrifice.
[] Noms désignant les représentants de l'espèce
Le petit du mouton est l'agneau (féminin : agnelle), la femelle la brebis et le mâle le bélier, le terme mouton pouvant désigner un mâle chatré. La mise bas s'appelle l'agnelage. Le mouton bêle.
[] Description
Les moutons sont des ruminants relativement petits, le plus souvent avec des cornes situées sur le côté de la tête et des poils bouclés appelés laine. Les moutons domestiques se distinguent de leurs cousins sauvages et de leurs ancêtres sur plusieurs points, après être devenus des animaux purement néoténiques sous l'influence de l'homme[1][2].Quelques races primitives de moutons conservent quelques caractéristiques de leurs cousins sauvages, telles que la queue courte. En fonction de la race, l'espèce ovine domestique peut ne pas avoir de cornes du tout, des cornes chez les deux sexes (comme chez les moutons sauvages), ou chez les mâles seulement. La plupart des races à cornes en ont une seule paire[3].
Un autre trait unique aux ovins est la grande variation de couleur de leur laine. Les moutons sauvages ont pour la plupart des teintes brunes. Les moutons domestiques vont du blanc au chocolat noir et peuvent même être tachetés ou pies[4][5]. La sélection pour une laine blanche a commencé très tôt au début de la domestication des moutons, et la laine blanche est devenue un trait dominant qui s'est rapidement répandu. Toutefois, les moutons de couleur apparaissent à nouveau dans de nombreuses races modernes, et peuvent même apparaître comme un trait récessif chez les troupeaux de moutons blancs.[5][4] Alors que les grands marchés commerciaux souhaitent avoir de la laine blanche, il existe un créneau pour les laines de couleur, surtout dans le filage à la main[6].
En fonction de la race, les moutons montrent une variation importante de taille et de poids. Leur vitesse de croissance et de prise de poids est un trait héréditaire qui est souvent sélectionné dans les nouvelles races de moutons.[7].Ils mesurent entre 1 m et 1,5m de long queue comprise. Les brebis pèsent généralement entre 45 et 100 kg alors que les béliers pèsent entre 45 et 160 kg[8] Les moutons ont 32 dents (formule dentaire: I: 0 / 4 C: 0 / 0 P: 3 / 3 M: 3 / 3). Comme pour les autres ruminants, les huit incisives sont portées par la mâchoire inférieure qui viennent s'appuyer sur un bourrelet édenté porté par la mâchoire supérieure et qui permet à l'animal d'arracher la végétation. Il n'y a pas de canines, mais un écart important entre les incisives et les prémolaires. Jusqu'à l'âge de quatre ans (lorsque toutes les incisives soient sorties), il est possible de connaitre l'âge d'un mouton à son nombre d'incisives, une nouvelle paire d'incisives sortant chaque année.
Les incisives sont perdues peu à peu lorsque l'animal vieillit, ce qui rend plus difficile son alimentation et entraine une dégradation de sa santé et chez la brebis de sa productivité. C'est pour cette raison que l'état général des moutons en pâture commence à se dégrader lentement à partir de quatre ans et que l'espérance de vie moyenne d'un mouton est de 10 à 12 ans, bien que certains moutons puissent vivre 20 ans[3][9][10].
Les moutons ont une bonne audition, et sont sensibles aux bruits artificiels[11]. Les moutons ont des pupilles horizontales leur permettant une excellente vision périphérique. Avec un champ visuel de 270° à 320° environ, les moutons peuvent voir derrière eux sans avoir à tourner la tête[12][6]. Toutefois, les moutons ont une une mauvaise perception de la profondeur de champ; des ombres ou des creux dans le sol peuvent leur faire peur. En général, les moutons ont tendance à fuir l'obscurité et aller dans des endroits bien éclairés[13]. Les moutons ont également un excellent odorat et, comme toutes les espèces de leur genre, ont des glandes odorantes juste en face des yeux et entre les doigts. Le rôle de ces glandes n'est pas connu avec précision[14]; celles sur la tête semblent avoir un rôle d'attirance sexuelle[7]; les glandes interdigitales peuvent également avoir un rôle dans la reproduction[7] mais pourraient avoir d'autres utilités, telles que l'excrétion d'un ou de déchets ou servir de marqueur odorant pour aider les brebis perdues à retrouver leur troupeau[14].
Les moutons et les chèvres sont étroitement liés (les deux font partie de la sous-famille des Caprinae) et il peut être parfois difficile de les distinguer uniquement par leur apparence. Toutefois, ce sont des espèces bien séparées, de sorte que les hybrides sont rares et sont toujours stériles. Un hybride -stérile- d'une brebis et d'un bouc est appelé un chabin ou ovicapre et il a 57 chromosomes (Les moutons ont 54 chromosomes, les chèvres 60). Il ne doit pas être confondu avec la chimère génétique appelée geep obtenue en fusionnant un embryon de chèvre et un embryon de mouton. Visuellement, les moutons et les chèvres diffèrent par la barbe et la lèvre supérieure divisée chez les ovins, unique chez les caprins. La queue des moutons même courte, est pendante tandis que celle des chèvres est érigée. Les races ovines sont également souvent naturellement dépourvues de cornes (soit dans les deux sexes soit seulement chez les femelles), tandis que les chèvres naturellement sans cornes sont rares (bien que de nombreuses chèvres en soient privées artificiellement). Les mâles des deux espèces diffèrent en ce que les boucs ont une forte odeur caractéristique pendant le rut, alors que les béliers n'en ont pas[10].
[] Races
L'espèce ovine domestique est un animal élevé à des fins multiples et il existe maintenant plus de 200 races créées pour servir ces fins diverses[15][3]. Certains auteurs donnent un nombre d'un ou même de plusieurs milliers de races mais ces nombres ne peuvent pas être vérifiés[6][10]. Presque tous les moutons sont classés selon le but pour lesquels ils sont le mieux adapté: laine, viande, lait, peau, ou une combinaison pour les races mixtes. D'autres caractéristiques sont utilisées pour classer les moutons: couleur de la face (généralement blanche ou noire), longueur de la queue, présence ou absence de cornes, topographie de la région où la race a été développée. Ce dernier point est particulièrement noté au Royaume-Uni où les races sont décrites comme étant d'altitude (colline ou montagne) ou de plaine[13]. Les moutons peuvent également être classés par la présence ou non de matières grasses dans leur queue. Les moutons à queue grasse sont rares en Europe mais communs en Afrique et en Asie. On subdivise même ces moutons en moutons stéatopyges (moutons à fesses grasses) et moutons à queue grasse stricto sensu[16].
Les races sont également classées en fonction de la façon dont elles sont aptes à produire un certain type de cheptel reproducteur. En règle générale, les moutons sont classés en "race brebis" ou "race bélier". Les races brebis sont celles qui sont robustes et ont de bonnes capacités de reproduction et de maternité. Leurs brebis servent à remplacer les brebis des autres races. Les races béliers sont sélectionnées pour une croissance rapide et la qualité de leur carcasse et les mâles sont accouplés avec des brebis des races élevées pour produire des agneaux de boucherie. Les races de plaine et de montagne sont également traitées de cette façon, avec les brebis rustiques de montagne accouplées avec des béliers de plaine plus grands et à croissance plus rapides pour donner des agnelles qui deviendront des brebis reproductrices appelées mules, qui seront croisées avec des béliers à viande pour produire des agneaux de boucherie de qualité[13]. Beaucoup de races, particulièrement celles rares ou primitives, n'entrent dans aucune de ces catégories.
Des races sont classées selon leur type de laine. Les races à laine sont celles qui ont une laine dense et bouclée, qui est très appréciée des utilisateurs. La plupart d'entre elles sont issues de moutons mérinos dont la race continue à dominer le monde industriel de la laine. Le record de prix de vente pour un mouton appartient à un bélier mérinos australien qui a été vendu 16 000 dollars australiens[17] Les races à laine mixtes sont généralement des races à viande à croissance rapide croisées avec des béliers à tête noire. Certaines grandes races intermédiaires, comme le Corriedale, élevé pour sa viande et pour sa laine est un croisement de races à laine longue avec une racine à belle laine et ont été créées pour une grande production commerciale. Les races à laine longue sont les races les plus grandes mais ont généralement une vitesse de croissance réduite. Les races à laine longue sont les plus appréciées pour les croisements, pour améliorer les attributs d'autres types de moutons. Par exemple: la race américaine Columbia a été développée en croisant des béliers Lincolns (une race à longue laine) avec les brebis mérinos de Rambouillet à la laine fine.
Certaines races de moutons donnent une laine grossière, à poils longs ou moyens. Ces races sont traditionnellement utilisées pour faire la laine des tapis, laine d'une grande variabilité, mais dont la principale qualité est de résister à une utilisation intensive. Comme la demande de tapis de laine de qualité diminue, certains éleveurs de ce type de moutons ont essayé d'utiliser quelques-unes de ces races traditionnelles à d'autres fins. D'autres sont toujours utilisées principalement comme race à viande[18].
Un petit nombre de races de moutons sont utilisées pour le lait. La plupart sont des races mixtes, élevées en premier pour leur viande ou leur laine, accessoirement pour leur lait, mais il y a quelques races qui sont principalement utilisées pour la traite. Ces moutons produisent une plus grande quantité de lait et sur une plus longue durée que les autres[19]. La différence de qualité de lait se fait sur la teneur en matières grasses et en protéines mais pas sur la teneur en lactose[20]. Les meilleures races laitières produisent 150 litres de lait sur 180 jours. Certains laits sont transformés en fromages de brebis réputés: Manchego en Espagne, Roquefort en France, Feta en Grèce.
Un dernier groupe de races ovines est utilisé pour leur fourrure car leurs poils ne frisent pas comme dans les autres races. Ces moutons qui ressemblent aux premiers moutons domestiques avant le développement des races à laine sont élevés pour la viande et leur peau. Certaines races modernes de moutons à fourrure, comme le Dorper, sont le résultat de croisements de races à laine et de races à fourrure. Ces races sont moins couteuses à l'entretien car elles n'ont pas besoin d'être tondues[18]. De plus, elles sont plus résistantes aux parasites externes et supportent mieux le temps chaud[10].
Avec l'augmentation moderne des entreprises agro-industrielles et le déclin des exploitations familiales, de nombreuses races de moutons sont en danger d'extinction. Le Rare Breeds Survival Trust du Royaume-Uni a dressé une liste de 25 races ayant seulement 3 000 animaux et l' American Livestock Breeds Conservancy a dressé une liste de 14 races en ayant moins de 10 000[21][22]. Les préférences pour les races de caractéristiques uniformes et à croissance rapide ont poussé les races traditionnelles en marge de l'élevage industriel du mouton[18]. Les races traditionnelles restantes doivent leur survie aux efforts des organismes de conservation des espèces et aux agriculteurs qui se consacrent à leur préservation.
[] Alimentation
Les moutons sont des mammifères exclusivement herbivores. Comme tous les ruminants, les moutons ont un système digestif complexe composé de quatre compartiments, qui leur permettent de décomposer la cellulose des tiges, feuilles, graines et coques ingérées en glucides simples. Lorsque les moutons paîssent, la végétation est mâchée pour former une masse appelée bol, qui, une fois avalé, passe ensuite dans la première chambre: le rumen. Le rumen a une capacité de 19 à 38 l; c'est là où fermente le bol par le biais d'une relation de symbiose avec les bactéries, les protozoaires et les levures de la flore intestinale[23]. Le bolus est périodiquement régurgité dans la bouche pour être à nouveau mastiqué et imprégné de salive[23]. Cette régurgitation est une adaptation permettant de faire paître les ruminants plus rapidement dans la matinée, puis de finir de mâcher et digérer leurs aliments plus tard dans la journée[24]. Cela est bénéfique pour les moutons qui doivent paitre tête baissée et sont à ce moment là plus vulnérables aux prédateurs[10].
Au cours de la fermentation, le rumen produit des gaz qui doivent être expulsés; des perturbations, telles que des changements brusques dans le régime alimentaires, peuvent provoquer des pathologies potentiellement mortelles comme le ballonnement. Après la fermentation dans le rumen, l'alimentation passe dans le bonnet et le feuillet. Des aliments spéciaux tels que les céréales peuvent contourner purement et simplement le rumen. Après les trois premières chambres, la nourriture se déplace dans la caillette finir sa digestion gastrique avant de passer dans l'intestin. La caillette est la seul chambre analogue à l'estomac de l'homme (la seule qui peut absorber des nutriments pour utiliser l'énergie dégagée)[25].
Les moutons ont une activité diurne, s'alimentant de l'aube au coucher du soleil, s'arrêtant sporadiquement de brouter pour mâcher leur bol alimentaire. Les meilleures pâtures pour les moutons ne sont pas des prairies de graminées mais des mélanges de graminées et d'autres plantes herbacées de type dicotylédones[26]. Les types de pâtures où les moutons sont élevés varient fortement, de pâturages semés intentionnellement à leur intention à des zones naturelles parfois très pauvres. Les plantes toxiques les plus communes pour les moutons sont présentes dans la plupart du monde et comprennent (sans s'y limiter) les glands de chêne, les tomates, l'if, la rhubarbe, les pommes de terre et les rhododendrons[27].
Les moutons sont des herbivores qui se nourrissent essentiellement d'herbe broûtée au ras du sol, contrairement à d'autres ruminants apparentés comme les chèvres et les chevreuils qui se nourrissent plutôt de feuilles. Avec une face beaucoup plus fine que les vaches, les moutons coupent l'herbe plus près du sol et épuisent plus rapidement les pâturages que les bovins[10]. Pour cette raison, de nombreux bergers utilisent le système de pâtures tournantes où un troupeau occupe successivement les prairies, ce qui donne le temps aux plantes de récupérer[10][13]. Paradoxalement, les moutons peuvent à la fois être la cause de la propagation ou de la disparition d'espèces végétales envahissantes. En piétinant et coupant la végétation naturelle des pâturages, les moutons et autres animaux d'élevage favorisent l'apparition de plantes envahissantes. Toutefois, les moutons préfèrent souvent manger les espèces envahissantes telles, pour les États-Unis, les bromes, l'euphorbe âcre, les puéraires et les centaurées maculées qui remplacent des espèces naturelles telles que les armoises, et dans ce cas le pâturage des moutons un moyen efficace de restauration de la végétation naturelle[28].
En dehors des fourrages, l'autre aliment de base pour les ovins est le foin, surtout pendant les mois d'hiver. Tous les moutons peuvent survivre en pâture l'hiver mais pour des questions de rentabilité, il est plus facile de les rentrer et de les nourrir d'herbes séchées[18]. La plupart des régimes alimentaires des moutons comprend un apport de minéraux, soit incorporés dans le reste de l'alimentation soit en pierres à lécher.
Evidemment, les moutons ont besoin d'une source permanente d'eau potable à leur disposition. La quantité d'eau nécessaire par les moutons varie avec la saison et le type et la qualité des aliments consommés[29]. Lorsque les moutons se nourrissent de grandes quantités d'herbes fraîches et en saison humide (notamment avec la rosée matinale, les moutons se nourrissant beaucoup dès l'aube), ils ont moins besoin d'eau. Lorsque les moutons sont parqués ou mangent de grandes quantités de foin sec, ils ont besoin de plus d'eau. Les moutons ont besoin d'eau propre, et peuvent refuser de boire de l'eau qui est couverte d'écumes ou d'algues[29].
Les moutons sont un des rares animaux élevés pour la viande aujourd'hui qui n'aient jamais été élevés en stabulation[6]. Bien qu'il y ait un mouvement croissant préconisant un abandon de ce style d'agriculture, un grand pourcentage de bovins de boucherie, de porcs et de volailles est encore élevé dans de telles conditions[7]. En revanche, seules quelques races bien spécifiques d'ovins sont régulièrement nourries toute l'année avec des aliments préparés, et encore moins souvent, sont gardés enfermés. Là où il n'existe pas suffisamment de pâturages disponibles ou là les pâturages ne sont pas assez nourrissants, les producteurs peuvent engraisser les agneaux avant l'abattage (procédé appelé "finition"), parfois dans des parcs d'engraissement[10]. De nombreux éleveurs supplémentent l'alimentation des brebis et béliers avec du grain au cours de la période de reproduction pour augmenter la fécondité[30]. Les brebis sont également supplémentées pendant la grossesse pour augmenter le poids des agneaux à la naissance, 70% du poids de naissance d'un agneau se prenant dans les cinq à six dernières semaines de gestation[6]. Sinon, seules les brebis allaitantes, et surtout les brebis âgées ou handicapées sont nourries avec une alimentation complémentaire[6][18]. Les aliments pour ovins doivent être spécialement formulés, comme pour la plupart des autres animaux domestiques: bovins, volaille, porc, et il faut savoir que certains aliments préparés pour les chèvres peuvent avoir des teneurs en cuivre qui sont mortelles pour les moutons[6]. Le même danger s'applique avec les suppléments minéraux comme les pierres à lécher[31].
[] Comportement
Les moutons sont des animaux qui, lorsqu'ils peuvent se sentir menacés, ont un fort instinct grégaire et ce trait peut être considéré comme le trait comportemental fondamental de l'espèce. La hiérarchie dominante naturelle des moutons et leur inclinaison à suivre docilement un chef de file vers de nouveaux pâturages ont été certainement les facteurs essentiels qui en ont fait une des premières espèces animales domestiquées[32]. Tous les moutons ont tendance à se tenir à proximité des autres membres du troupeau, bien que l'intensité de ce comportement varie avec les races[11]. Les agriculteurs exploitent ce comportement pour garder les moutons ensemble sur des pâturages non clos et pour les déplacer facilement. Les bergers peuvent aussi s'aider de chiens de berger dont les capacités remarquables peuvent les aider de façon très importante au déplacement des troupeaux. Les moutons sont aussi très intéressés par les aliments et le fait d'être souvent nourris par l'homme fait qu'on les voit venir solliciter les gens pour avoir de la nourriture[33]. Les éleveurs qui ont des moutons à déplacer peuvent exploiter ce comportement en marchant en tête du troupeau avec un seau de nourriture ce qui permet de les déplacer sans contrainte[34][35].
Dans les régions où les moutons n'ont pas de prédateurs naturels, ils n'ont pas ce comportement grégaire[10]. On peut aussi dresser les moutons pour qu'ils restent sur des pâturages bien précis non clôturés sans qu'ils aillent errer librement dans les zones environnantes. Les brebis enseignent ce comportement à leurs agneaux et lorsque les troupeaux entiers sont abattus, il y a lieu de réapprendre ce comportement aux animaux de remplacement[36][7].
Le comportement observé pour les troupeaux de moutons ne se retrouve, en règle générale, que pour les groupes de moutons supérieurs ou égaux à quatre. En dessous de ce nombre, ils peuvent réagir différemment[6]. Pour les ovins, le principal mécanisme de défense est tout simplement la fuite lorsqu'ils estiment qu'un danger a franchi leur distance de sécurité. Ensuite, s'ils se sentent acculés, ils peuvent charger ou ruer. Cela est particulièrement vrai pour les brebis avec des agneaux nouveau-nés[6].
En troupeau, les moutons ont tendance à suivre un meneur qui, le plus souvent, est tout simplement la première brebis à se déplacer. Toutefois, les moutons établissent une hiérarchie physique avec des animaux à position dominante dans le groupe. Les animaux dominants ont tendance à être plus agressifs envers les autres et se nourrissent habituellement en premier dans les mangeoires[37]. La taille des cornes, surtout pour les béliers, est un facteur important dans la hiérarchie du troupeau[38]. Les béliers avec des cornes de tailles différentes semblent moins enclins à lutter entre eux pour établir une hiérarchie que les béliers avec des cornes de même taille[38].
Les moutons deviennent très stressés lorsqu'ils sont séparés du reste de leur troupeau[7]. Les moutons savent reconnaître les visages des humains et des autres ovins et peuvent s'en rappeler pendant des années[39][40]. À l'intérieur d'un troupeau, les moutons apparentés ont tendance à être plus proches entre eux qu'avec le reste du troupeau; dans les troupeaux contenant plusieurs races, des sous-groupes raciaux ont tendance à se former, et une brebis et ses descendants directs se déplacent souvent ensemble même dans les grands troupeaux[6].
Les moutons sont fréquemment considérés comme des animaux extrêmement stupides[41]. Leur instinct grégaire et la rapidité avec laquelle ils fuient en cas de danger font que souvent leur comportement est mal compris par les non-initiés. Pourtant, une monographie d'une université de l'Illinois sur les moutons les a placés juste après les porcs et sur un pied d'égalité avec les bovins pour leur QI[6], et quelques moutons ont montré des capacités pour résoudre des problèmes, ainsi un troupeau dans le Yorkshire, en Angleterre a trouvé le moyen de traverser les grilles barrières placées sur le sol en se déplaçant sur le dos[42]. En plus, s'ils sont capables de se rappeler longtemps le visage des individus, des moutons peuvent également différencier des états émotionnels par les caractéristiques du visage[39][40]. Si on travaille avec eux patiemment, on peut leur apprendre leur nom et de nombreux moutons sont dressés pour être dirigés par un licou pour des séances de présentation ou à d'autres fins[6]. Les moutons répondent également bien à la formation conditionnée[6]. Très rarement, les moutons sont utilisés comme bêtes de somme. Les nomades tibétains répartissent à parts égales leurs bagages sur le dos des animaux lorsqu'ils déménagent[6].
[] Reproduction
La stratégie de reproduction des moutons est semblable à celle des autres espèces de bétail. Un troupeau de brebis est généralement fécondé par un seul bélier, choisi par l'agriculteur ou le bélier dominant après lutte avec d'autres béliers dans les populations en liberté[18]. La plupart des brebis ont des saisons de reproduction dues au rapport jour/nuit[43], bien que certaines soient en mesure de se reproduire tout au long de l'année[18]. Les brebis atteignent généralement leur maturité sexuelle entre six et huit mois (mais généralement les éleveurs attendent qu'elles aient un an pour les laisser se reproduire afin d'éviter les accidents dus à des grossesses précoces), les béliers généralement entre quatre et six mois[18]. Les brebis ont des cycles menstruels de 17 jours[44], avec un oestrus de 24 à 36 h, l'ovulation ayant lieu 18 à 36 h après le début des chaleurs[45], période au cours de laquelle elles dégagent une odeur qui indique aux béliers qu'elles sont prêtes à s'accoupler. Une minorité de moutons affichent un comportement homosexuel (8% en moyenne)[46] ou sont free-martins (femelles qui ont un comportement mâle par suite du mauvais fonctionnement de leurs ovaires).[47]
Sans intervention humaine, les béliers luttent au cours de la période du rut pour déterminer quels individus pourront s'accoupler avec les brebis. Les béliers, en particulier ceux qui ne se connaissent pas, s'affrontent également en dehors de la période de rut pour établir leur position dominante; un bélier peut en tuer un autre si on les laisse s'affronter[18]. Au cours du rut, des béliers, même normalement très amicaux envers leur maître, peuvent devenir agressifs envers l'homme en raison d'une augmentation de leurs hormones mâles[7].
Après l'accouplement, les brebis ont une période de gestation d'environ cinq mois (150 jours)[48]. et la mise-bas dure normalement de une à trois heures[49]. En France, elle a lieu généralement de janvier à juillet. La plupart des brebis ont des portées de un ou deux agneaux bien que certaines races puissent avoir régulièrement des portées plus importantes[7][50]. Au cours ou peu de temps après la mise-bas, les brebis et leurs agneaux peuvent être placés dans des petits parcs d'agnelage[51], de petits enclos conçus pour aider la brebis et ses petits à cimenter leurs liens entre eux[18][13].
La mise bas des ovins peut être problématique. Les éleveurs ont sélectionné des brebis qui produisent des agneaux avec un poids de plus en plus élevé à la naissance de sorte que les brebis ont de plus en plus de difficulté à agneler; d'ailleurs, l'équilibre entre la facilité d'agnelage et une productivité élevée est un des dilemmes des éleveurs de moutons[52]. En cas de problèmes, les personnes présentes lors de la mise-bas peuvent aider les brebis par l'extraction ou le repositionnement des agneaux[18]. Après la naissance, la brebis doit percer le sac amniotique (s'il ne s'est pas rompu spontanément avant) et commencer à nettoyer l'agneau en le léchant[18]. La plupart des agneaux commencent à se tenir debout dans l'heure qui suit leur naissance[18]. Dans des circonstances normales, les agneaux s'allaitent dès qu'ils sont debout, recevant le colostrum essentiel pour le nouveau-né. Les agneaux qui, soit ne parviennent pas à têter ou qui sont rejetés par par leur mère ont besoin d'aide pour vivre, et doivent soit être élevés au biberon soit confiés à une autre brebis[53].
Lorsque les agneaux ont récupéré, ils sont marqués aux oreilles, ont la queue coupée et, pour les mâles, sont éventuellement castrés[18]. Les vaccinations sont généralement effectuées à ce moment là. Les agneaux reçoivent des plaquettes portant un numéro d'identification aux oreilles pour plus tard pouvoir être identifiés sans erreur. La castration est effectuée sur les agneaux mâles qui ne sont pas destinés à la reproduction, bien que certains bergers choisissent de ne pas appliquer cette procédure pour des raisons d'éthique, économiques ou pratiques[18]. Les agneaux mâles qui sont destinés à être abattus ou séparés des brebis avant la maturité sexuelle ne sont généralement pas castrés[13]. Le raccourcissement de la queue est pratiqué pour des raisons de santé[54]. Les objections à toutes ces procédures ont été soulevées par les groupes de défense des droits des animaux mais les agriculteurs les défendent en disant qu'elles résolvent beaucoup de problèmes pratiques et vétérinaires en n'infligeant qu'une douleur temporaire aux agneaux[7][18]. En Australie et en Nouvelle-Zélande, dans les pays où sévit la myase, les agneaux subissent souvent le mulesing.
[] Santé
Les moutons peuvent être victimes d'empoisonnement, de maladies infectieuses et de blessures physiques. Comme les autres espèces pourchassées, les moutons ont tendance à masquer les signes de leur maladie, afin d'éviter d'être la cible de prédateurs[7]. Cependant, il y a des signes évidents de maladie: l'animal mange peu, bêle trop souvent sans raison apparente et est généralement apathique[55]. Tout au long de l'histoire, une grande partie de l'argent dépensé et du travail des éleveurs a eu pour objectif de prévenir les affections des animaux. Au cours de l'histoire, les bergers ont eu souvent recours à des méthodes empiriques trouvées par l'expérimentation sur les animaux de la ferme. Dans les pays comme les États-Unis, les moutons n'ont pas une importance économique suffisante pour que les sociétés pharmaceutiques effectuent des essais cliniques coûteux pour faire approuver leurs médicaments pour une utilisation chez le mouton[56]. Aussi les bergers ont souvent recours à des médicaments approuvés pour d'autres animaux[7]. Au XXe et XXIe siècles, une minorité de propriétaires de moutons se sont tournés vers d'autres méthodes de traitements tels que l'homéopathie, la phytothérapie et même la médecine traditionnelle chinoise pour traiter leurs bêtes[7][6]. En dépit de quelques preuves anecdotiques favorables, l'efficacité de ces médecines vétérinaires parallèles fait l'objet de beaucoup de scepticisme dans des revues scientifiques[7][6][57]. La nécessité de médicaments traditionnels anti-parasitaires et antibiotiques est encore largement répandue et est le principal obstacle à l'agriculture biologique pour les moutons[18].
[] Maladies
Pour éviter les intoxications, il est également important de se méfier de produits comme les pesticides, les engrais minéraux, les huiles de vidange ainsi que des liquides de refroidissement des radiateurs de voiture (qui contiennent de l'éthylène glycol, un antigel très agréable au goût mais très toxique)[58]
De nombreux éleveurs prennent toute une série de mesures préventives afin d'éviter les problèmes. La première est de faire en sorte que tous les moutons soient en bonne santé au moment de l'achat. De nombreux acheteurs évitent les points de vente connus pour avoir abrité des animaux de réforme même en bonne santé ou des animaux malades ou tout simplement de qualité inférieure[7]. Cela peut être également le maintien d'un nouveau troupeau en quarantaine pour un mois. Il y a deux mesures de prévention fondamentales pour le maintien des animaux en bonne santé: une bonne nutrition et la réduction du stress. La manipulation des animaux, les lieux nouveaux les amène à produire du cortisol, une hormone de stress. Cela peut conduire à un affaiblissement du système immunitaire, rendant ainsi les moutons beaucoup plus vulnérables à la maladie[6]. Les signes de stress chez les ovins sont les suivants: halètement excessif, grincement des dents, mouvements d'agitation, consommation de leur laine, machonnement de morceaux de bois[6].
Les formes communes de médication préventive pour les ovins sont les vaccins et les traitements antiparasitaires. Les parasites, tant externes qu'internes sont très fréquents chez les ovins et peuvent soit provoquer une issue fatale pour les animaux, soit réduire la productivité des troupeaux[7]. Les vers sont les parasites internes les plus courants. Ils sont ingérés pendant que les animaux pâturent, se développent dans l'hôte et sont expulsés du tube digestif (se retrouvant dans l'herbe et débutant un nouveau cycle). On donne aux moutons des médicaments anti-parasitaires oraux pour les débarasser de ces vers, parfois après avoir fait un comptage dans les fèces des animaux pour évaluer le degré d'infestation. Ensuite, les moutons peuvent être déplacés vers un nouveau pâturage afin d'éviter l'ingestion des mêmes parasites[13]. Les parasites externes des moutons comprennent: les poux (sur les différentes parties du corps), les mélophages du mouton, les oestres du nez, les Psorergates ovis responsables de la gale du mouton et les myaises cuticoles. Les poux sucent le sang des moutons et provoquent une malnutrition générale et une baisse de productivité, mais ne sont pas mortels. Les asticots des espèces de mouches responsables des myaises sont beaucoup plus destructeurs. Les mouches pondent leurs oeufs dans les blessures ou les endroits humides, dans la laine sale. Lorsque les larves éclosent, elles creusent un chemin dans la chair de la brebis dont elles se nourrissent et si elles sont en assez grand nombre, peuvent éventuellement causer la mort de l'animal. Le mulesing est le principal moyen utilisé pour lutter contre cette parasitose. Les oestres du nez sont des mouches qui vivent dans les sinus des naseaux des brebis, causant des difficultés respiratoires et de l'inconfort pour les animaux. Les signes cliniques en sont un mouchage répété, des éternuements et des mouvements frénétiques de la tête. Les parasites externes peuvent être contrôlés grâce à des badigeons, des pulvérisations ou l'immersion des moutons par des solutions insecticides adaptées[7].
Les moutons peuvent être affectés par un large éventail de maladies bactériennes. Les maladies des sabots, comme le piétin sont traitées par des bains de pieds et d'autres méthodes[59]. Ces maladies provoquent la boiterie des animaux et gênent leur alimentation. La maladie de Johne affecte surtout les jeunes ovins. La fièvre catarrhale est une maladie virale transmise par des moucherons et causant fièvre et inflammation des muqueuses.
Quelques maladies des moutons sont transmissibles à l'homme. La dermatite pustuleuse contagieuse du mouton (ou Orf) est une maladie de peau due à un parapoxvirus provoquant des lésions cutanées qui se transmettent à l'homme par contact[60]. Plus grave, certains organismes qui peuvent provoquer des avortements spontanés chez les ovins peuvent être transmis aux femmes enceintes. Un autre sujet de préoccupation est la tremblante du mouton, une maladie à prions et la fièvre aphteuse car ces deux maladies très contagieuses peuvent décimer tout le troupeau. La fièvre aphteuse est légèrement à risque pour l'homme.
[] Prédateurs
En dehors des maladies, la prédation est une menace pour les moutons qui diminue la rentabilité des éleveurs. Les moutons ont peu de moyens de défenses, comparés à d'autres espèces de bétail. Même s'ils survivent à une attaque, ils peuvent mourir par la suite de leurs blessures ou tout simplement de panique[7]. Cependant, l'impact de la prédation varie considérablement selon les pays. En Afrique, en Australie, en Amérique et dans certaines régions d'Europe et d'Asie, les prédateurs posent un problème grave. Aux États-Unis, par exemple, plus du tiers des moutons décédés en 2004 sont morts par suite des prédateurs[61]. En revanche, d'autres pays sont pratiquement dépourvus de prédateurs, en particulier des îles (Grande-Bretagne, Irlande, Islande...) connues pour un important élevage extensif des moutons[7]. De par le monde, les canidés, y compris le chien domestique, sont les principaux responsables de la mort de moutons[62][63][64]. D'autres animaux se nourrissent de temps en temps d'ovins. Ce sont: les félins, les ours, les oiseaux de proie, les corbeaux et les porcs sauvages[65][61]. On attribue même la mort de certains moutons à des animaux aussi mystérieux que le Chupacabra, le Drekavac ou autres[66]
Les éleveurs utilisent une grande variété de mesures pour lutter contre les prédateurs. Les anciens bergers utilisaient leur propre présence, la présence de chiens de berger et des structures de protection telles que des granges et des clôtures. Les clôtures (à la fois ordinaire et électrique), les enclos à moutons et la mise à l'abri des agneaux la nuit à l'intérieur de bâtiments continuent d'être largement utilisés[18]. Les bergers actuels utilisent aussi des fusils, des pièges et des poisons pour tuer les prédateurs[68], provoquant une baisse importante dans leur population. Mais l'éveil des protecteurs de la nature et de la conservation des espèces font que l'utilisation de ces méthodes relève généralement du ressort d'organismes gouvernementaux spécialement désignés plutôt que des producteurs de moutons[69]
Les années 1970 ont vu une recrudescence de l'utilisation des chiens d'élevage et le développement de nouvelles méthodes de contrôle des prédateurs par les éleveurs, dont beaucoup ne sont pas mortelles[13]. Les ânes et les lamas sont utilisés depuis les années 1980 pour garder les moutons, en utilisant le même principe de base que pour les chiens de berger[7]. La présence concomittante dans les pâtures d'animaux plus grands tels que les bovins ou les chevaux, peut contribuer à dissuader les prédateurs, même si ces espèces ne gardent pas activement les moutons[18]. De nouvelles méthodes modernes de protection des moutons utilisent des techniques dissuasives qui ne sont pas mortelles pour les prédateurs telles que les gyrophares et les alarmes sonores[7].
[] Histoire
Les moutons ont été parmi les premiers animaux à être domestiqués par l'homme; des sources fournissent une domestication datant d'entre neuf et onze mille ans en Mésopotamie[70][6][3][7]. L'espèce a plusieurs caractéristiques, comme un manque relatif d'agressivité, une taille gérable, une maturité sexuelle précoce, un caractère sociable et des taux de reproduction élevés, qui font qu'elle est particulièrement facile à apprivoiser[32]. Aujourd'hui, Ovis aries est une espèce entièrement domestiquée, un animal qui est largement tributaire de l'homme pour sa santé et sa survie[71]. De petites populations sauvages de moutons existent encore mais uniquement dans des zones dépourvues de prédateurs (habituellement des îles)[32]. Les populations de moutons sauvages n'ont jamais atteints l'ampleur de celles des chevaux sauvages, des chèvres, des porcs ou de chiens[32].
Les détails sur la descendance des moutons depuis leurs ancêtres sauvages sont actuellement peu connus[72]. L'hypothèse la plus communément admise est que Ovis aries descende des espèces de mouflons d'Europe et d'Asie. On a également supposé que le mouflon européen est une ancienne espèce de moutons domestiques retournée à l'état sauvage plutôt que le contraire[3]. Quelques races de moutons, comme le Castlemilk Moorit d'Écosse, sont le résultat de croisements de moutons avec des espèces sauvages de mouflons européens. On pensait que l'urial (Ovis vignei) avait pu être un ancêtre de mouton actuel car il y a quelquefois des croisements mouton-urial en Iran[3]. Toutefois, l'urial, l'argali (Ovis ammon) et le mouflon des neiges (Ovis nivicola) ont un nombre différent de chromosomes de celui d'Ovis aries, ce qui rend une relation directe invraisemblable et les études phylogénétiques ne montrent aucun signe d'ascendance de l'urial chez le mouton[72]. D'autres études comparant les races de moutons d'Europe et d'Asie ont montré d'importantes différences génétiques entre les deux. Deux explications à ce phénomène ont été proposées. La première est qu'il y a actuellement une espèce ou des sous-espèces de moutons sauvages inconnus qui ont contribué à la formation de l'espèce ovine domestique[73]. Une deuxième hypothèse suggère que cette variation soit le résultat de plusieurs vagues de captures de mouflons dans la nature, de façon semblable à celle d' autres animaux d'élevage.[74]
Au départ, les moutons ont été élevés uniquement pour leur viande, leur lait et leur peau. Les stèles trouvées sur les sites archéologiques iraniens donnent à penser que les premières sélections de moutons pour leur laine peuvent avoir commencé environ 6 000 ans avant J.C.[3][6], mais les premiers vêtements de laine ont été tissés seulement deux à trois mille ans plus tard[75]. À l'âge de bronze, les moutons avaient toutes les caractéristiques principales des races modernes et étaient largement répandus dans toute l'Asie occidentale[3]. Toutefois, il existe une différence essentielle sur les techniques de recueil de la laine entre les moutons actuels et les moutons d'autrefois. Les premiers moutons ne pouvaient pas être tondus et devaient avoir leur laine recueillie à la main dans un processus de délainage[76]. La laine pouvait également être recueillie sur le sol après sa chute. Ce trait survit aujourd'hui dans quelques races telles que le Soay. En effet, le Soay, ainsi que d'autres races d'Europe du Nord ont la queue courte, une toison qui ne peut être tondue, une petite taille et des cornes dans les deux sexes rappelant étroitement les anciens moutons. A l'origine, le tissage et la filature de laine était un art pratiqué à la maison, avant d'être une technique industrielle. Les Babyloniens, les Sumériens, les Perses dépendaient de l'élevage des moutons et, bien que le lin ait été le premier tissu à être façonné pour l'habillement, la laine était un produit prisé. L'élevage de troupeaux pour leur toison a été une des premières industries et les troupeaux étaient un moyen d'échange dans l'économie de troc. De nombreuses figures bibliques avaient de grands troupeaux et les sujets du roi d'Israël étaient imposés en fonction du nombre de béliers qu'ils possédaient[3].
[] En Afrique
Les moutons sont arrivés sur le continent africain peu de temps après leur domestication en Asie occidentale[77]. Quelques historiens développent une théorie alternative très controverséefaisant de l'Afrique le pays d'origine des moutons domestiques[77]. Cette théorie est basée principalement sur des interprétations d'oeuvres d'art et des études ostéologiques du mouflon à manchettes[77]. Les premiers moutons sont entrés dans le nord de l'Afrique via le Sinaï et sont arrivés dans la société égyptienne antique il y a entre sept et huit mille ans[77]. Les moutons ont toujours fait partie de l'agriculture de subsistance en Afrique, mais aujourd'hui le seul pays qui conserve un nombre important de moutons est l'Afrique du Sud. Les éleveurs sud-africains, pour tenter de lutter contre les nombreux prédateurs du pays, ont inventé un collier empoisonné pour la protection du bétail, et qui provoque des empoisonnements graves voire mortels des prédateurs lorsqu'ils les mordent au cou[3].
[] En Europe
À partir de l'Asie du sud-ouest, l'élevage du mouton va se propager rapidement vers l'Europe. Pratiquement depuis sa création, la civilisation grecque antique avait fait du mouton son principal animal d'élevage et on dit que les animaux recevaient un nom propre[6]. Les moutons scandinaves d'un type très proche de ceux d'aujourd'hui, avec une queue courte et une toison multicolore, sont apparus aussi dès le début de cette propagation. Plus tard, l'Empire romain va élever les moutons sur une large échelle et les Romains ont été un agent important dans la propagation de l'élevage du mouton sur l'ensemble du continent. Pline l'Ancien, dans son encyclopédie l'Histoire naturelle (Naturalis Historia), parle longuement de mouton et de la laine[78]. Déclarant "Merci beaucoup, aussi, d'avoir reçu les moutons, à la fois pour apaiser les dieux, et pour nous donner leur toison.", il poursuit en décrivant en détail les anciennes races de moutons et leurs nombreuses couleurs, la longueur et la qualité de leur laine[78]. Les Romains ont également été les premiers à couvrir leurs moutons, en leur enfilant un manteau (aujourd'hui généralement en nylon) pour améliorer la propreté et la brillance de leur laine[3].
Pendant l'occupation romaine des îles britanniques, une grande usine de transformation de la laine a été créée à Winchester, en Angleterre, vers 50 après JC[6]. En l'an 1000, l'Angleterre et l'Espagne étaient les épicentres de la production ovine dans le monde occidental[6][3]. Comme les premiers éleveurs de moutons mérinos qui ont historiquement dominé le commerce de la laine étaient espagnols, l'Espagne est devenue très riche. L'argent rapporté par la laine a servi en grande partie à financer les dirigeants espagnols et, par conséquent, les voyages vers le Nouveau Monde par les conquistadores[6]. La puissante Mesta (son titre complet est Honrado Concejo de la Mesta, l'honorable Conseil de la Mesta) était une corporation de propriétaires de moutons formée essentiellement de riches marchands espagnols, du clergé catholique et de la noblesse qui contrôlaient les troupeaux de moutons mérinos[79] Au XVIIe siècle, la Mesta était propriétaire de plus de deux millions de têtes de moutons mérinos[79].
Les troupeaux de la Mesta faisaient une transhumance saisonnière à travers l'Espagne. Au printemps, ils quittaient les pâturages d'hiver (invernaderos), en Estrémadure et en Andalousie pour aller paître sur les pâturages d'été (agostaderos) en Castille, avant de revenir à nouveau
