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L'Occident chrétien désigne à la fois
- la zone géographique correspondant aux terres occupées par les peuples se réclamant de l'Occident
- la religion qui, par le biais de l'évangélisation, s'efforce de regrouper l'âme de ces peuples.
Cet article décrit l'histoire de ce concept, bien vivace dans les conceptions du monde de la papauté, en des termes à la fois géographiques et géopolitiques.
[] Origine du concept
Confrontés à des adversaires pénétrant leur zone géographique sanctuarisée, les barbares traversant les limes romains d'abord, le monde arabo-musulman ensuite, les Papes n'auront de cesse de protéger leur zone d'influence contre ceux qu'ils nomment pêle-mêle les païens; ils conférent le titre d'Empereur de l'Occident à divers souverains de stature, qui y trouvèrent en échange une sacralisation de leur pouvoir séculier sur des populations polyglottes, que seule la religion pouvait rapprocher.
Les plus connus sont Charlemagne et Charles Quint; Clovis ne fut "que" Roi.
[] Situations géostratégiques
[] Des temps barbares aux Carolingiens
Graduellement, par un retour à la langue grecque, l'empire byzantin successeur de l'Empire romain d'Orient s'éloigne donc de son origine et suit son évolution propre. Ceci mènera au schisme orthodoxe.
- 800 : La papauté tente de restaurer le concept d'empire unifié avec l'Empire d'Occident,
- le sacre de Charlemagne constitue un changement d'Obédience pour la papauté, qui s'affranchit de l'empereur d'Orient
- hélas, c'est à nouveau le morcellement avec le traité de Verdun :
[] Vers l'Occident lié au catholicisme
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En 924 meurt le dernier empereur titré d'Occident. La chrétienté est divisée ; l'Occident est désormais catholique et l'Orient orthodoxe. Bien longtemps auparavant, le cordon brûlait entre le Vatican et l'église romaine d'Orient; Rome convoitait notamment les reliques christiques amassées à Constantinople sur les Lieux Saints lors des batailles menées au Proche-Orient lors du IVe siècle.
L'Occident du XIe siècle, lui, est morcelé politiquement (nombreux royaumes et principautés) mais uni par la religion. Le latin en est la langue liturgique et culturelle. De cette unité part une volonté conquérante. Entre temps, le surgissement de l'Islam sur les frontières de l'Occident l'a fait percevoir comme sa Némésis. Les papes empoignent cette occasion pour fédérer les puissances étatiques dans une guerre fusionnelle, la guerre sainte. Ceci va lancer l'époque des états latins d'Orient. En fait, ce sera, en quelque sorte, la croix et la bannière. La dernière partie de la Reconquista sera également percue à compter de 1212 comme une croisade (cruzada) avec l'appui des Rois Catholiques jusque les guerres de Grenade.
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[] Un Occident chrétien en expansion
- la geste des Croisés :
- la quatrième croisade, détournée, révèle un but inavoué du Vatican concernant sa rivalité de longue date avec Byzance ;
- en 1291 tombe Saint-Jean-d'Acre; l'échec des croisades en Terre Sainte est globalement imputé à l'absence de considérations géostratégiques suffisantes de la part de leurs instigateurs. Les adversaires rencontrés en route avaient une meilleure connaissance du terrain et de ses vicissitudes, notamment la ressource stratégique des points d'eau dans les zones désertiques.
- La perte de Saint-Jean-d'Acre constitue la fin de la période d'expansion vers le Sud. Les Papes abandonnent l'idée de lutter de manière armée contre le monothéisme le plus récent apparu sur la scène du monde : le surgissement de l'Islam pendant le Moyen-âge en Occident leur avait inspiré une tentation unificatrice, en lançant la guerre sainte : cette aventure s'achève, et chaque souverain des royaumes originaires des croisés va devoir gérer, parfois difficilement, le retour des chevaliers des trois ordres militaires fondés en Terre sainte; l'unité rêvée par la papauté est perdue.
- De retour de Terre sainte, et les Ordres militaires font l'objet d'un repositionnement :
- l'Ordre Teutonique part en expansion vers la Scandinavie et l'Est de l'Europe, contre des peuples hostiles à la christianisation.
- le Temple fait l'objet d'un procès en France et d'un bannissement jusque ses terres conquises de haute lutte en Espagne (procès en sorcellerie du culte du Baphomet).
- les ordres de la Reconquista sont rattachés à la couronne de Castille : ils sont satellisés.
- En Espagne, les pèlerins réalisent une symbiose avec les savoirs obtenus au contact du dit adversaire sur cette frange de l'Occident chrétien; l'entreprise de la Reconquista se termine avec succès : avec les découvertes de l'année cruciale, la papauté trouve une nouvelle mission civilisatrice, puisque la surface des terres évangélisables explose littéralement (représente le double de l'extension conjointe de l'Occident chrétien médiéval et du monde arabo-musulman réunis): Cette mission est confiée aux Espagnes au travers du Traité de Tordesillas, qui va mener au monde des colonies.
[] De l'Occident chrétien à l'Europe des nationalismes
- L'Italie de la Renaissance italienne a été ravagée par les guerres, ceci confirme la fin du rêve fusionnel. Cette fois, l'Europe entière se déchire : le Vatican se joint aux alliances des Ligues pour lutter dans le sang contre la Réforme.
- Les colonies d'Amérique du Sud furent le prodrome d'une extension importante de la religion catholique.
- Lentement, la prééminence de l'Europe sur le monde prend le pas sur l'idée d'Occident ; la consolidation de la souveraineté des états prime sur l'unité de la chrétienté ; le droit divin impactant un culte de la personnalité envers le Roy en France, Monarque absolu pour son peuple, achève de détacher les pouvoirs spirituels de ceux assurant la gestion des États : vient aussi l'époque du despotisme éclairé.
- Le catholicisme, qui avait résisté à toutes les hétérodoxies jusqu'alors, ne peut faire face au phénomène exacerbé des nationalismes.
[] Vers une Europe laïque
- (historiographie française)
Les apports de la Révolution française mettent fin à l'Ancien Régime féodal dans les pays d'Europe, non sans constipation; en temps que premier des trois états, les possessions du clergé sont directement concernées.
L'extension de l'hégémonie européenne atteint son apogée au cours du XIXe siècle ; elle s'accompagne des missions évangéliques des pères blancs pour christianiser le monde.
Les migrations liées aux persécutions religieuses sur le Vieux Continent amènent l'émergence d'un second prodrome qui n'est pas d'obédience catholique : il s'agit du monde anglo-saxon, dont les sources idéologiques sont l'anglicanisme et le puritanisme.
En 1905, l'état français applique la laïcité au domaine religieux; cette abolition de toute religion d'état sera suivie avec des succès divers au travers du continent.
Avec la décolonisation, les pays impérialistes connaissent graduellement le désenchantement du monde, et se replient sur les questions que leur posent les populations des métropoles. Les mouvements artistiques les relaient.
Libérée de son pouvoir temporel par le surgissement de l'état italien, l'église catholique mène une réflexion au travers du Concile Vatican II.
[] Mort du concept
L'Europe est désormais portée par l'économie, l'universalité de son mode de pensée est entérinée par son expansion au sortir du colonialisme ; son identité ne provient plus du rattachement à un noyau identitaire lié à l'occident chrétien.
Le catholicisme a connu la crise moderniste. La problématique de l'Eglise catholique devient contemporaine, et ne se règle plus ni par les armes ni par la conquête des âmes par le biais des missions. Contrairement aux chapitres antérieurs, l'évolution de l'Occident chrétien n'est donc plus une question de situation géostratégique.
Parallèlement, la pensée humaine s'est libérée du dogme (conceptions de Nietzsche sur les religions, critique de Kant sur la téléologique rendant caducs les desseins temporels de l'Église, apparition de la laïcité) et n'a plus de référence à la théologie.
Désormais, l'Occident désigne un ensemble de pays ou de régions qui ont une identité commune: des pays capitalistes, de religion chrétienne et de tradition libérale. Le Japon apportant dans cette sphère l'exception en terme religieux, l'identité occidentale contemporaine ne reposerait donc plus sur la religion, mais sur les Droits de l'Homme, et surtout un certain niveau économique et de vie.
Le monde est multipolaire, et se regroupe par proximités géographiques plutôt que par affinités. Les populations de l'aire géographique occidentale ne se considèrent plus sous le spectre de la religion: ceci met fin à l'association des deux termes <<occident>> et <<chrétien>> dans l'esprit des peuples.
L'Occident chrétien cesse donc de porter des valeurs unificatrices.
Pour de bon ?...
[] Postérité
L'héritage historique de ce concept s'est prolongé par le symbole, à compter du XIXe siècle.
L'emploi symbolique de la croix se retrouve dans des motifs extrêmement variés; il n'est plus uniquement lié à l'idée religieuse de chrétienté; dans le domaine idéologique, il renvoie à l'Occident chrétien tel que véhiculé dans la mémoire collective.
[] Voir aussi
[] Acception contemporaine
[] articles connexes
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