Signalisation bilingue
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La signalisation bilingue (ou, par extension multilingue) consiste en la représentation sur un même panneau de signalisation d'inscriptions en deux langues ou plus. Son utilisation est réglementairement réservée à des situations locales où est en vigueur le bilinguisme administratif (régions bilingues ou frontalières) ou bien où il existe un important trafic touristique ou commercial (aéroports, gares, ports, points-frontières, villes touristiques, itinéraires internationaux, sièges d'autorités internationales) ; on en trouve parfois aussi dans les quartiers où la proportion d'immigrés originaires d'une même zone linguistique est élevée. Dans un sens plus extensif, elle inclut, dans les régions où coexistent des langues transcrites en alphabets non latins, la translittération des toponymes et l'éventuelle traduction des textes complémentaires. La tendance générale est plutôt de remplacer les informations qui devraient être fournies en plusieurs langues par des symboles et des pictogrammes standardisés au niveau international et représentatifs du contenu de l'information. L'emploi de la signalisation bilingue est sans doute le principal instrument symbolique de perception et d'institutionnalisation de la réalité bilingue d'un territoire.
[] Évolution de la signalisation bilingue
L'utilisation de la signalisation bilingue a augmenté considérablement au cours des dernières années, en particulier dans le monde occidental et démocratique, étant donné les forts mouvements migratoires, ainsi que grâce à l'augmentation de la protection des droits des minorités ethniques et linguistiques et également grâce à la non-correspondance entre les frontières administratives des États et les divisions ethno-linguistiques. Les premiers cas de signalisation bilingue s'appliquaient à des situations comme celle de Bruxelles en Belgique, où au début du XXe siècle l'utilisation du modèle du siècle précédent (assumant un État formé d'une nation culturellement homogène) a mené à des revendications de protections linguistiques importantes pour la langue néerlandaise (pourtant majoritaire dans le pays, en dépit du plus grand prestige du français) ce qui a déclenché un long processus de reconnaissance officielle de l'utilisation des deux langues. Un deuxième exemple est celui du Tyrol du Sud (aujourd'hui nommé Haut-Adige) d'expression allemande, mais annexé à l'Italie à la suite de la Première Guerre mondiale et qui fut ensuite la cible de politiques d'assimilations (comme l'italianisation des toponymes). Pour respecter les traités internationaux, on procéda à l'application de mesures de protection et de reconnaissance officielle des deux langues. Il est à noter que ces deux cas concernent cependant des territoires stratégiques où les habitants parlent une langue reconnue et pleinement officielle dans les pays voisins. Les seules alternatives à la protection officielle seraient donc l'annexion plus ou moins forcée à l'autre État (comme l'invasion allemande des régions Sudètes en Tchécoslovaquie, ou les multiples tentatives de reprise de l'Alsace) ou alors l'accès à l'indépendance (comme dans le cas de l'Irlande), ou encore l'assimilation plus ou moins forcée à la culture nationale (comme dans le cas de la francisation de l'Alsace en France). Le premier exemple de revendication d'une langue « régionale » remonte à l'expérience de revitalisation de la langue Catalane en Espagne, avant la période franquiste, et habilement reprise à la fin de cette dernière, pour ensuite devenir un modèle de protection linguistique qui sera imité dans la plupart des régions autonomes d'Europe et qui servira de point de départ pour la Convention-cadre pour la protection des minorités nationales (Conseil de l'Europe).
L'emploi de la signalisation bilingue est souvent représentatif du niveau de protection et du niveau de multilinguisme effectif sur un territoire donné, ou du moins de la phase d'évolution des revendications de protection :
- La forme la plus élémentaire de protection est l'emploi de simples indications toponymiques dans les panneaux de signalisation (habituellement pour les noms des villes et des routes, ou les indications touristiques et culturelles), parfois sans aucun contrôle officiel et en utilisant un lettrage plus petit que la version « officielle ». Dans ces cas, les indications ne sont jamais transcrites dans les documents officiels, et la langue nationale conserve une plus grande visibilité et un plus grand prestige par rapport à la langue locale, qui est reléguée au rang de dialecte. On retrouve dans cette catégorie, par exemple, les communautés frisonnes de l'Allemagne.
- Une forme plus avancée de protection consiste en l'utilisation généralisée de panneaux bilingues affichant la langue nationale en premier et la langue locale en deuxième, tant sur les signalisations de lieux que sur les panneaux de direction. On utilise normalement des caractères de même taille mais des polices d'écritures différentes. Les indications complémentaires sont habituellement inscrites dans la langue nationale seulement, afin de ne pas alourdir le texte affiché sur les panneaux. Il s'agit ici d'une solution de compromis entre l'opportunité de donner une visibilité semblable aux deux langues et le désir de maintenir la prévalence officielle de la langue nationale. Cette forme correspond au cas de la Corse, par exemple.
- La troisième forme de protection est l'évolution naturelle de la deuxième. Elle consiste en l'application du bilinguisme signalétique intégral, qui affiche les deux langues de façon égale, incluant les informations complémentaires, sur tous les types de panneaux, d'après un ordre de priorité habituellement basé sur la prévalence linguiste des habitants pour une région donnée. Dans ce cas, les langues ont la même importance réelle, ou on remarque une légère dominance de la langue locale. Cette catégorie représente l'application effective du bilinguisme dans la signalisation. Cette forme correspond au cas de la Province autonome de Bolzano, par exemple.
- La forme la plus extrême de protection se manifeste par le passage à l'affichage monolingue utilisant la langue locale comme seul véhicule de transmission des informations, reléguant la langue nationale au second plan (au moins en terme de visibilité). Cette forme correspond au cas de la Catalogne en Espagne.
- La majeure partie des autres cas possibles représente des situations hybrides, s'insérant parmi les catégories décrites ci-dessus.
Il existe également des cas où l'on remarque que les différentes autorités en charge des routes appliquent différents standards. Habituellement ces réseaux locaux et urbains affichent une forme plus avancée de bilinguisme (mais souvent, sinon toujours avec comme résultat un manque d'uniformité et de standardisation, aux limites de la conformité normative), alors que le réseau routier national révèle des difficultés majeures d'application du même niveau de bilinguisme (bien qu'il soit plus conforme et mieux standardisé, lorsque présent).
[] Problématique liée à l'implantation de la signalisation bilingue
L'implantation de la signalisation bilingue (ou multilingue) sur un territoire requiert donc un important effort d'organisation et de coordination de la part des autorités locales et présente autant d'avantages que d'inconvénients. Parmi les avantages habituellement notés, on retrouve :
- L'utilité accrue de cette signalisation bilingue dans les régions frontalières, pour établir une continuité d'intercommunication avec les pays voisins, dans l'optique de l'intégration des différentes communautés.
- Le renforcement de la perception de l'identité et de la spécificité d'un lieu, le liant à la langue qui devient l'un de ses traits les plus représentatifs. La signalisation devient le principal véhicule visuel qui établie officiellement l'effet rassembleur d'une langue régionale ou minoritaire.
- La contrainte d'utiliser le plus possible des pictogrammes faciles à comprendre, ainsi que l'obligation de concevoir avec soin la présentation des panneaux, afin d'y afficher, à l'intérieur d'un espace raisonnable, toutes les informations devant être transmises en plus d'une langue ainsi que d'en garantir la compréhension immédiate.
- L'incitation à normaliser l'orthographe des toponymes et des diverses variantes locales.
Parmi les inconvénients de la signalisation bilingue, on retrouve :
- Le dédoublement des textes qui peuvent causer des problèmes de sécurité lorsque les informations sont difficiles à comprendre ou mal présentées sur le panneau.
- La répétition dans les textes complémentaires, dans le cas de langues régionales, d'informations déjà présentes dans la version nationale et déjà compréhensibles par les utilisateurs.
- Divers problèmes relatifs à l'adaptation des standards nationaux à la situation bilingue, à la coordination de l'officialisation des toponymes minoritaires et à la normalisation linguistique.
- Une augmentation des dépenses reliées à la plus grande dimension des panneaux de signalisation bilingue.
- Une prévisible opposition « politique » de la part des gouvernements centraux (particulièrement dans les pays non démocratiques et/ou centralisateurs) ainsi que de la part des groupes nationalistes.
Une étude a été réalisée en 2000 par l?institut de recherches en transport, de l?Université de Leeds, à la demande de l'Assemblée de Galles, afin de déterminer si la signalisation bilingue pouvait créer des problèmes de sécurité routière pour les conducteurs (étant donnée l'augmentation de la quantité de texte). La conclusion démontre qu'en présence d'un affichage conçu correctement, il n'existe pas de différence dans les temps de réponses des conducteurs pour saisir l'information présentée sur un panneau bilingue [1].
[] Signalisation routière bilingue dans les pays francophones
[] Algérie, Maroc et Tunisie
L'Algérie, le Maroc et la Tunisie faisaient parti du second espace colonial français. Bien que la langue officielle soit l'arabe, l'utilisation du français, et le bilinguisme de fait sont donc largement répandus et tolérés. La signalisation des indications et des lieux sur les routes principales et dans les zones touristiques et urbaines adopte le modèle européen et affiche la double forme en arabe et en français. Les toponymes mineurs utilisent habituellement une transcription francisée. Les noms de rues sont également bilingues. Les symboles internationaux qui sont habituellement affichés avec des caractères latins (comme le « STOP » ou le « P ») sont accompagnés de la version en arabe (« ??/STOP »). Les informations complémentaires sont au contraire affichées exclusivement en arabe (??), en particulier dans les régions intérieures.
Dans ces pays (en particulier en Algérie et au Maroc), la langue berbère est elle aussi largement répandue, et ses locuteurs tentent depuis longtemps d'obtenir une reconnaissance officielle. Parmi les diverses revendications se trouve celle d'une signalisation trilingue qui inclurait le berbère, mais jusqu'à maintenant, les autorités nationales se sont opposées à cette demande.
Uniquement en Kabylie, une région revendicatrice d'Algérie où les Berbères se défendent avec beaucoup de vigueur, plusieurs communes ont pris l'initiative d'utiliser une signalisation trilingue incluant le berbère (écrit en alphabet tifinaghe), ce qui donne à cette langue sans reconnaissance officielle une visibilité de fait.
La situation au Maroc est différente. Au début 2003, l'Institut royal de la culture amazighe décida d'adopter officiellement l'alphabet tifinaghe pour enseigner le berbère à l'école. La municipalité de Nador (dans le Rif majoritairement berbèrophone), décida ensuite, le 29 avril 2003, d'introduire une signalisation locale écrite en berbère rifain (elle aussi avec l'alphabet tifinaghe). Cette politique ne resta en vigueur que durant quelques heures, après quoi le ministre de l'intérieur Mostapha Sahel annula la décision du conseil municipal et donna l'ordre de retirer tous les panneaux berbères visibles dans la cité.
[] Belgique
En Belgique, la région de Bruxelles est bilingue français-néerlandais. Toute la signalisation locale est affichée dans la double forme linguistique en utilisant un lettrage identique. À l'inverse, la plus grande partie des régions de Flandre et de Wallonie sont respectivement de langue néerlandaise et française, et la signalisation y est donc unilingue. Cette situation rend la signalisation difficile pour les directions des villes où la traduction n'est pas intuitive, comme Rijsel pour Lille ou Bergen pour Mons. Dans ces régions, seules les communes à facilités ont une signalisation bilingue. C'est notamment le cas des communes de la Communauté germanophone de Belgique, à la frontière de l'Allemagne, où la langue officielle est l'allemand et où il existe des « facilités » pour les francophones. La signalisation est donc bilingue allemand-français. Dans les communes à facilités de Flandre, la signalisation est bilingue néerlandais-français. Cependant, les autorités flamandes ont décidé en 2006 de retirer tout caractère officiel à la traduction française des noms des localités flamandes, ce qui a pour conséquence de réduire le nombre de panneaux bilingue. (Un panneau situé dans une commune à facilités indiquant par exemple la direction pour Anvers ne doit plus être traduit ; seul Antwerpen sera indiqué.)
[] Canada
[] Langues offcielles
Au Canada, la signalisation bilingue français/anglais est la norme à travers le Nouveau-Brunswick et dans quelques localités d'Ontario et du Manitoba, ainsi qu'à proximité des zones de transition entre majorité linguistique et sur les routes principales à travers la nation.
La région de la capitale Ottawa est symboliquement bilingue depuis 2002, tant au niveau des services que de la signalisation urbaine (nom de rue et quelques panneaux routiers) même si l'anglais domine au sein de la population (où il y a environ 32 % de francophone) et même s'il s'agit d'une région historiquement anglophone.
Par contre, la province de Québec est officiellement francophone et sa toponymie n'utilise que le français, même pour les informations complémentaires. Ici, les panneaux STOP deviennent des panneaux ARRÊT, parce que l?emploi de STOP en français, qui date de 1927, y est perçu comme un angliscisme[1], à l'inverse de l'usage dans les autres pays francophones[2].
[] Langues amérindiennes
Dans le territoire du Nunavut, au nord du Canada, la signalisation urbaine dans la capitale Iqaluit est affichée en langue Inuktitut et en anglais.
Dans la communauté amérindienne Huron-Wendat, située à proximité de la ville de Québec[3], les panneaux de signalisation routière bilingue sont affichés en français et en langue wendat, incluant le panneau ARRÊT, qui indique ARRÊT/SETEN.
Dans la communauté amérindienne cri de Mistissini, la signalisation routière est affichée en langue cri, en anglais et en français.
Le long de la baie James, dans le Nord-du-Québec, les panneaux de signalisation routière sont bilingues français / inuit.
[] France
La signalisation bilingue est utilisée dans certaines régions. Elle se limite à des indications toponymiques de localisation et de direction, et exclut les textes complémentaires qui sont rigoureusement affichés en français seulement. Le texte de la seconde langue est habituellement écrit avec un lettrage de même taille et typographie, mais en italique, afin d'accentuer la différence entre les deux langues et de rendre la signalisation plus lisible.
[] Alsace
En Alsace, où la population parle alsacien, les toponymes des petites municipalités sont habituellement d'origine allemande (avec quelques adaptations orthographiques francisées). Le français est toutefois la seule langue officielle, utilisée pour tous les panneaux de signalisation routière. Dans le centre historique de Strasbourg, chaque nom de rue est indiqué dans la double forme française/allemande ou dialectale. Cependant, seul le français est reconnu officiellement. Dans toute la région, de nombreuses villes et villages ont également adopté cette signalétique dont notamment Mulhouse où plus de 61 rues sont bilingues. D'autre part, quelques communes comme Marlenheim ont adopté à l'entrée du village une signalisation routière bilingue.
[] Aquitaine
Dans le département des Pyrénées-Atlantiques (dans la région Aquitaine), il est possible de trouver des panneaux de signalisation français/basque sur les routes locales (départementales et communales), ainsi que des doubles panneaux indiquant les frontières des localités (par exemple : Ascain/Azkaine). Le gascon est parlé dans l'agglomération Bayonne-Anglet-Biarritz (dans laquelle le basque est tout de même beaucoup plus présent). La signalisation routière est donc trilingue à Bayonne (français, basque, gascon).
[] Bretagne
En Bretagne, la signalisation de localisation et de direction est souvent bilingue française/bretonne, en particulier dans les départements de la Bretagne occidentale, où la langue bretonne est toujours bien vivante[4]. Les départements du Finistère, du Morbihan et des Côtes-d'Armor en ont généralisé l'emploi sur les routes départementales et locales, comme on peut le constater dans les municipalités de Guingamp, de Lorient, de Pluguffan, de Quimper, de Spézet ainsi que dans certaines parties de Brest. À l'entrée des divers centres habités on retrouve la double forme sur deux panneaux superposés (par exemple Rennes/Roazhon, pourtant situé à l'extérieur du territoire linguistique breton, Quimper/Kemper), parfois avec quelques erreurs de transcription. On retrouve également des mentions bilingues indiquant les frontières des départements (Département du Finistère/Departamant Penn-ar-Bed), les préavis, les indications géographiques (rivières, etc.), mais avec comme exception les informations complémentaires. Comme pour les autres régions françaises, le texte breton utilise le lettrage en italique, malgré la recommandation de l'Office de la Langue Bretonne d'employer le même type de caractère typographique pour les deux langues. Pour diverses communautés de petites tailles, le toponyme français est identique à la version bretonne. On retrouve aussi plusieurs panneaux où les indications sont exclusivement en français (et souvent corrigées par graffiti), en particulier sur les routes nationales, où les rares toponymes bretons apparaissent selon des règles de transcriptions désuètes.
La signalisation bilingue française/gallèse est moins courante dans les départements de la Bretagne orientale. On citera quand même la signalisation Loudéac/Loudia dans la municipalité de Loudéac, ainsi que celle de la commune de Parcé en Ille-et-Vilaine. A l'instar de la Basse-Bretagne, la Haute-Bretagne revendique également un passé linguistique gallo et n'hésite plus à l'afficher.
[] Corse
En Corse, cas unique pour la France, la signalisation de lieu et de direction sur la totalité du territoire est entièrement bilingue français/corse (même si la quasi totalité des toponymes officiels français est calquée sur la version locale), incluant les routes nationales (qui sont administrées par la Collectivité territoriale de Corse), et les routes départementales (administrées par le conseil général des deux départements), avec un niveau remarquable d'uniformité : Ajaccio/Aiacciu, Corte/Corti, Porto-Vecchio/Porti-Vechju, Sartene/Sartè, Bonifacio/Bunifaziu. Visuellement, quelques communautés, en particulier dans les zones intérieures de l?île, n'utilisent que des panneaux de direction en langue corse, alors que les anciens panneaux n'affichant que la version française ont été « corrigés » par graffiti. Les noms des rues et les panneaux de services sont par contre exclusivement en français.
[] Roussillon
Dans le département des Pyrénées-Orientales, dans la région Languedoc-Roussillon, une majorité de municipalités a déjà opté pour l'inscription de leurs noms en version originale catalane sous la traduction française. A Perpignan (Perpinyà), les noms des rues sont en double langue. Depuis peu, il est également possible de trouver quelques premiers panneaux français/catalan à caractère informatif (lieux géographiques, historiques, touristiques).
[] Occitanie
Dans certaines communautés de l'Occitanie, on retrouve un affichage bilingue, en français ainsi que dans la variante locale de la langue occitane. Ces panneaux sont présents dans les centres historiques pour indiquer les noms de rue. Quelques fois aussi, ils font référence à l'ancien nom. À Nice, les indications de débuts et de fins des centres habités (Nice/Nissa) et les noms des rues du quartier historique (rue Sainte Marie/Carrera Santa Maria, Quai des États-Unis/Riba dou Miejou) sont affichées en français et en langue niçoise. La toponymie officielle est exclusivement française. La signalisation routière présente généralement uniquement la version française. Même dans la Principauté de Monaco voisine, seul le centre historique (le Rocher) bénéficie d'un affichage bilingue en français (langue officielle) et en monégasque (un dialecte de la langue ligure influencé par l'occitan et aujourd'hui presque complètement disparu). Par exemple : rue centrale/carruyu de mezu.
De plus en plus de communes optent pour une signalisation bilingue aux entrées/sorties des communes, comme cela est déjà très répandu en Catalogne nord et en Bretagne, par exemple.
[] Départements d'Outre Mer
Les panneaux de signalisation sont en français et en créole local.
[] Suisse
La Suisse est officiellement quadrilingue (allemand, français, italien et romanche) et quelques régions de transitions sont bilingues (français/allemand). La signalisation routière est normalement affichée dans la langue majoritaire de la communauté locale, mais elle devient bilingue là où la minorité linguistique représente au moins 30 % de la population. Dans la zone romanche du Canton des Grisons, les indications routières complémentaires sont habituellement affichées en allemand (à l'exclusion des panneaux de limite de vitesse, qui affichent aussi le texte romanche Limita generala) alors que les indications micro-toponymiques sont souvent en romanche ou en italien (et les dénominations des grandes villes sont en allemand).
[] Signalisation routière bilingue ailleurs en Europe
La seule référence à la signalisation et à la toponymie bilingue contenue dans la Charte européenne des langues régionales ou minoritaires du Conseil de l'Europe du 5 novembre 1992 se trouve à l'article 10 (Autorités administratives et services publics), paragraphe 2, lettre g) qui prévoit que les « autorités administratives de l'Etat dans lesquelles réside un nombre de locuteurs de langues régionales ou minoritaires (?) les Parties s'engagent à permettre et/ou à encourager (?) l'emploi ou l'adoption, le cas échéant conjointement avec la dénomination dans la (les) langue(s) officielle(s), des formes traditionnelles et correctes de la toponymie dans les langues régionales ou minoritaires »[5].
[] Albanie
En Albanie, on retrouve des panneaux de signalisation routière bilingue (albanais/grec) dans la région de Gjirokastre où est présente une communauté minoritaire grecque.
[] Allemagne
En Allemagne, la signalisation bilingue est utilisée dans certaines régions où existent des langues régionales.
Dans les régions de langue sorabe (aux environs de Cottbus, près de la frontière polonaise), cette signalisation se limite aux panneaux de localisation et aux noms de rue, avec l'emploi de lettrage identique pour les deux langues.
Dans les communes frisonnes (du Saterland, des iles frisonnes orientales et des régions à la frontière du Danemark) cette signalisation se limite aux panneaux de localisation et à la démarcation des limites de centres habités. Ici, la version officielle allemande est de plus grande taille que la version frisonne.
[] Autriche
En Autriche, la loi sur la protection des minorités prévoit la signalisation bilingue dans les localités où une communauté linguistique représente au moins 10 % de la population. C'est le cas de la région de Klagenfurt (Carinthie), de descendance slovène, en particulier dans les zones rurales, où les toponymes allemands et slovènes possèdent le même statut légal, mais où la signalisation bilingue se limite aux panneaux de localisation (frontières des municipalités et toponymes géographiques). L'existence de ces panneaux a causé plusieurs conflits entre les autorités locales slovènes et les mouvements politiques xénophobes (comme le gouvernement régional de Carinthie dirigé par Jörg Haider, qui s'opposa aux mesures de protection des minorités). Les tribunaux trancheront finalement en déclarant obligatoire le bilinguisme slovène dans la signalisation.
En 2006, dans certaines localités de Carinthie (par exemple à Schwabegg/?vabek), suite à une initiative symbolique du gouvernement Haider - s'inspirant d'une décision des tribunaux datant de 2001 (qui précise la légalité d'utiliser un panneau complémentaire comme alternative à l'emploi d'un seul panneau entièrement bilingue), on fit retirer les panneaux bilingues déjà installés (où les deux versions étaient de même dimension) pour les remplacer par un grand panneau unilingue allemand, placé au dessus d'un plus petit panneau affichant le texte slovène (avec lettrage de moindre taille).
Une signalisation routière bilingue est présente dans la région du Burgenland, près de Eisenstadt, à la frontière de la Hongrie. Quelques municipalités (comme Spitzzicken/Hrvatski Cikljin) y utilisent l'allemand et le croate, alors que d'autres (comme Oberwart/Fels??r) y utilisent l'allemand et le hongrois. Contrairement à la Carinthie, le gouvernement local n'applique pas de politique xénophobe en matière d'affichage.
[] Bulgarie, Macédoine, Serbie et Monténégro
Dans les pays slaves qui utilisent l'alphabet cyrillique, les indications sur les routes principales sont habituellement transcrites en caractères latins. Quelques panneaux comme celui de « STOP » sont affichés au contraire uniquement en version cyrillique « CTO? ».
Au Kosovo (région autonome de la Serbie de majorité albanaise assujettie à l'administration internationale), les normes Standards for Kosovo[6] de 2004 établissent que la dénomination des institutions et des toponymes dans la signalisation routière doit être affichée dans la double forme albanaise et serbe, transcrite en caractères latins (elle était en serbe et en albanais sous l'administration yougoslave), avec l'ajout (trilingue) de la dénomination de la localité en turque ou en bosnien (si nécessaire) dans les quelques zones avec une présence significative de chacune de ces populations respectives. Dans diverses communes, on remarque cependant une tendance à afficher soit la version albanaise seulement (comme par exemple dans le cas de Rahovec/Rahoveci qui affiche la double version albanaise en omettant celle de Orahovac en serbe), ou soit la version serbe (par exemple, dans les zones majoritairement serbes, quelques panneaux bilingues ont été remplacés par des versions écrites uniquement en serbe cyrillique).
Au Monténégro, dans les centres habités près de la frontière albanaise, on retrouve des panneaux non-officiels indiquant les noms de rue en serbe (avec l'alphabet latin) et en albanais (par exemple : ulica Majka Tereza/rruga Nëne Terezë).
[] Chypre
À Chypre (comme en Grèce), la signalisation affichée sur les panneaux d'indication utilise la double transcription en grec et en alphabet latin. Dans les communes où l'on retrouve une minorité turque significative, l'affichage trilingue incluant la version en langue turque est utilisé lorsque la dénomination turque est différente de la transcription latine (par exemple : ????/Pyla/Pile). Dans la République turque de Chypre du Nord, la signalisation routière est habituellement affichée exclusivement en turc.
[] Croatie
En Croatie, diverses communes de la région d'Istrie sont officiellement bilingues, en particulier les régions côtières et l'arrière-pays rapproché (incluant Pula, Parenzo, Rovinj et Umag). La signalisation de localisation, de direction et de noms de rue est normalement affichée en double forme croate et italienne. La responsabilité d'adopter ou non l'affichage bilingue revient à chaque commune. Cette absence de normalisation à l'échelle nationale crée de grandes variations dans l'affichage d'un endroit à l'autre, quelques fois à l'intérieur d'une même commune, avec des résultats qui ne sont pas toujours satisfaisants, tant du point de vue esthétique que pratique.
Comme dans le cas de la Slovénie, les indications en italien dans les communes bilingues du reste de l'Istrie croate sont souvent plus sombres, et parfois incomplètes. Entre autre, l'affichage de direction est exclusivement en croate (sans aucune exception), même là où l'on dirige vers une cité avec un nom italien. À l'extérieur des communes bilingues, l'affichage est exclusivement en croate, même pour les panneaux de direction vers les communes bilingues (par exemple, « Rovinj », plutôt que « Rovinj/Rovigno »). La plupart des micro-toponymes et des informations complémentaires ne sont affichées qu'en croate, surtout dans l'arrière-pays. À Rijeka et en Dalmatie, la signalisation est exclusivement en croate, malgré la présence de minorité italophone.
[] Espagne
En Espagne, les régions officiellement bilingues sont celles de langue catalane (Catalogne, Communauté valencienne et Îles Baléares), celles de langue basque (Pays-Basque et une partie de Navarre) et celle de langue galicienne (Galice). D'après l'article 2.3.5 de la norme 8.1-IC sur la signalisation routière verticale (Instrucción de Carreteras) émanant du Ministère espagnol des transport (Ministerio de Fomento) avec l'ordonnance n.1798 du 28 décembre 1999 [7]: Dans les communautés autonomes ayant une langue différente de l'espagnol, les noms propres des centres habités, des provinces et des lieux géographiques doivent être toujours écrits dans la forme officielle du toponyme (dans la langue locale ou dans la forme bilingue). Dans le cas où il n'existe pas de forme officielle du toponyme en langue locale ou que la forme locale officielle diffère beaucoup de celle inscrite sur la Carte officielle des routes (Mapa Oficial de Carreteras), on affichera le toponyme dans la langue régionale, suivi d'une barre oblique « / » et du toponyme en espagnol castillan. Dans le cas d'un texte sur deux lignes, on affichera la version locale en haut et la version en castillan en bas, séparées par une ligne horizontale. Il n'y a pas de différence typographique entre les deux langues. L'utilisation de noms en langue étrangère n'est pas admise. Les noms des pays voisins sont écrits seulement en espagnol castillan, sauf en cas d'accord bilatéral. Les noms communs suivent les mêmes règles que les noms propres, mais lorsque possible, il faut les remplacer par des pictogrammes. Selon l'article 128 du Règlement général de la circulation [8], approuvé par le décret royal n. 1428 du 21 novembre 2003, les textes complémentaires des panneaux de signalisation doivent être affichés en espagnol castillan et, ensuite dans la langue locale, même si souvent les autres textes explicatifs (sólo bus, desvío provisional, área de servicios) n'apparaissent qu'en castillan.
[] Catalogne, Communauté valencienne et Îles Baléares
En Catalogne, la toponymie a été entièrement convertie en catalan avec certaines exceptions dans les grandes villes pour lesquelles depuis 1992 seule la toponymie catalane prévaut officiellement (Girona, Lleida, etc.). Donc la signalisation de localisation et de direction n'est pas vraiment bilingue mais est plutôt affichée seulement en catalan.
Dans la Communauté valencienne, la toponymie bilingue espagnole/catalane a été introduite officiellement mais la signalisation de direction affiche majoritairement des textes et des toponymes espagnols. Dans le cas des panneaux bilingues, les deux versions utilisent le même lettrage, avec l'espagnol en haut et le catalan en dessous.
Au sein de la Comarca du Val d'Aran (occitanophone) les toponymes ont affichés en occitan.
[] Communauté autonome du Pays-Basque
Au Pays-Basque, la signalisation est hétérogène, avec de vieux panneaux de direction monolingue espagnol (et plus rarement en espagnol/basque), ainsi que des nouveaux panneaux bilingues basques/espagnols, et où ceux installés par les autorités locales utilisent des graphiques très différents. Les petites communes ont entretemps converti leurs dénominations en basque (comme l'ont aussi fait les provinces de Bizkaia et Gipuzkoa). La ville principale, pour sa part - tenant compte des problèmes de lisibilité de la toponymie basque - conserve le bilinguisme (dans la forme unique officielle comme pour Vitoria-Gasteiz et Donostia-San Sebastián ou avec la double dénomination officielle dans les deux langues). Malgré cela, les textes complémentaires sont souvent affichés uniquement en espagnol. Durant les dernières années, le gouvernement régional basque a lancé une initiative afin de garantir une plus grande uniformité visuelle et textuelle dans la signalisation bilingue, tant routière que touristique. La norme prévoit : l'utilisation de lettres majuscules pour les noms propres de régions, de districts et de communes ; l'utilisation de lettres minuscules pour les noms communs et les services ; la généralisation des textes bilingues basques (en haut) et espagnols (en dessous) avec la même apparence visuelle pour les deux langues ; l'emploi de symboles et pictogrammes faciles à comprendre dans les cas où une indication est transcrite en basque seulement.
[] Galice
Depuis 1998 en Galice, la toponymie officielle a été convertie entièrement en galicien (A Coruña, Ourense, etc.). Les indications de direction ne sont donc pas bilingues mais unilingues.
[] Finlande
En Finlande, environ 6 % de la population parle le suédois. Ce pays possède l'une des législations européennes les plus évoluées en matière linguistique. Les villes de Finlande peuvent être officiellement de langue finnoise, suédoise ou bilingue. Les catégories sont établies de la façon suivante :
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- Villes avec une minorité suédoise de moins de 8 % et de moins de 3 000 habitants : Officiellement finnoise.
- Villes avec une minorité suédoise de plus de 8 % ou de plus de 3 000 habitants : Officiellement bilingue.
- Villes avec une minorité finnoise de moins de 8 % et de moins de 3 000 habitants : Officiellement suédoise.
- Villes des l'îles Åland : Par loi, le suédois y est la langue officielle.
Dans les villes classifiées bilingues, principalement dans la région de l'Ostrobotnie et le long de la côte sud-ouest du pays (incluant Helsinki (Helsingfors)), la toponymie officielle est généralement affichée en double forme finnoise/suédoise et toute la signalisation est bilingue (incluant le réseau autoroutier). La langue majoritaire de la commune est inscrite en haut, la langue minoritaire en bas du panneau.
Dans l'archipel des l'îles Åland et dans les municipalités continentales de Korsnäs, Larsmo et Närpes, le suédois est l'unique langue officielle. Elle est donc la seule affichée dans la signalisation.
Au nord de la nation, en Laponie, les indications de localisation sont affichées soit en finnois, soit dans l'une ou l'autre des langues sames parlées dans la région.
[] Grande-Bretagne
En Grande-Bretagne, la signalisation bilingue est utilisée au Pays de Galles et dans la partie nord-ouest de l'Écosse. De plus, la ville de Douvres utilise une signalisation bilingue anglais/français et un affichage km/miles le long des itinéraires principaux qui mènent au tunnel sous la Manche. La Grande-Bretagne utilise encore le système de mesure anglo-saxonnes dans la signalisation routière, bien que le système métrique soit désormais officiel.
[] Écosse
En Écosse, depuis 1997, une loi sur les noms écossais[9] permet aux gouvernements locaux des îles Hébrides et des Highlands d'utiliser les deux langues dans la signalisation. Les informations sont affichées dans la double forme bilingue, écossais en haut (en vert) et anglais en bas (en noir) avec des lettrages de même dimension.
[] Pays de Galles
Au Pays de Galles, la signalisation bilingue anglais/gallois est utilisée sur tout le territoire, tant pour la désignation des lieux que pour les informat
