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Théories_de_l\'évolution

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En biologie, les Théories de l'évolution sont apparues pour décrire le processus par lequel les espèces se modifient au cours du temps sous la pression de l'environnement, et donnent naissance à de nouvelles espèces. Ces idées se sont développées au cours du XIXe siècle sous le nom de transformisme, en opposition à la génération spontanée ou au fixisme, théorie qui postule que les espèces restent semblables au cours du temps.

Les précurseurs de ce domaine furent Jean-Baptiste Lamarck (1744-1829) et Charles Darwin (1809-1882). Selon Lamarck, les espèces évoluent en adoptant des caractères acquis par les individus au cours de leur vie. Les idées de Lamarck sont ensuite supplantées par celles de Charles Darwin, qui émet l'hypothèse de la sélection du plus apte (ou sélection naturelle) parmi des individus naturellement variants. Il expose cette théorie en 1859 dans son livre l'Origine des espèces. Pendant près d'un demi-siècle, les biologistes, mais aussi les paléontologues s'affrontent sur la validité puis sur le fonctionnement de l'évolution. Vers le milieu du XXe siècle, avec la Théorie synthétique de l'évolution, l'évolution fait l'objet d'un large consensus scientifique sur ses fondements et ses mécanismes, même si des détails des processus sont régulièrement remis en question.

En Biologie, l'évolution est définie depuis le milieu du XXe siècle comme tout changement de la fréquence des allèles au sein d'un pool génétique, transmissible de génération en génération. Par extension, le terme recouvre l'ensemble de mécanismes biologiques qui font varier la fréquence et/ou la diversité des allèles à l'échelle des populations.

Sommaire

[] L'évolution, fait et théorie

Historiquement, le phénomène d'évolution s'est trouvé en premier lieu en opposition avec les théories précédentes, le fixisme et le créationnisme. Ceci a donné lieu à des discussion virulentes au cours du XIXe siècle.

Une observation des êtres vivants révèle l'existence de nombreux points communs entre systèmes vitaux des organismes (respiration, circulation, excrétion, reproduction). Depuis l'Antiquité, l'homme a tenté de classifier la nature selon les ressemblances et les différences qu'il observait chez les animaux et les végétaux qui l'entouraient. Si certaines espèces se ressemblent beaucoup et d'autres moins, une unité du vivant n'a guère été remise en cause; elle a même été renforcée au cours du XXe siècle) par la découverte d'un ADN unique supportant les codes génétiques de tout le vivant.

Le phénomène d'évolution permet d'expliquer ces ressemblances par l'existence de liens généalogiques entre toutes les formes de vie: les organismes se ressemblent parce qu'ils partagent des caractères hérités d'un ancêtre commun. Des faits indiscutablement observés dans plusieurs disciplines scientifiques corroborent cette théorie:

  • Faits anatomiques : les différentes espèces d'un embranchement, malgré des aspects extérieurs très différents, partagent un plan d'organisation invariable (tous les vertébrés ont une chaîne nerveuse dorsale et une tête vers l'avant du corps, par exemple). L'homologie des organes entre tous les membres d'un groupe biologique se retrouve à n'importe quel niveau de la classification. Par exemple, chez tous les mammifères, les membres sont organisés de la même façon : ceux d'une baleine, d'un lion, d'une chauve-souris ou d'un homme comportent les mêmes os, même si leur forme est très variable et qu'ils sont employés à des fonctions complètement différentes.
  • Faits biologiques : dans toutes les espèces, il existe une certaine variabilité (c'est-à-dire qu'on ne trouvera jamais, sauf cas exceptionnels, deux individus complètement identiques). Cette variation peut être de plus ou moins grande ampleur, mais elle montre en tout cas que les êtres vivants ne sont pas fixes. L'éventail de variations que présente une population vivante est le matériau de base avec lequel l'évolution pourrait construire des organismes de plus en plus différents. L'homme a d'ailleurs su très vite utiliser cette propriété à son profit, puisque les éleveurs font évoluer par sélection des lignées pour les transformer, et cela depuis plus de quatre mille ans. On voit parfois directement des populations d'êtres vivants se transformer, en conditions expérimentales ou naturelles, pouvant être interprétées comme des spéciations en cours. L'acquisition de nouveaux caractères de certaines bactéries (la résistance aux antibiotiques ou la capacité à digérer des composés synthétiques introduits par l'homme) et des virus a également été constatée.
  • Faits génétiques : quels qu'ils soient, tous les êtres vivants fonctionnent sur les mêmes bases moléculaires (ADN, ARN, protéines?). Ils utilisent également le même code génétique. Les différences entre les espèces et les variations entre individus au sein d'une même espèce sont dues à des différences dans la séquence des gènes et la structure des chromosomes, différences provoquées par des mutations et des réarrangements chromosomiques occasionnels. Ces événements, qui produisent des individus dont les gènes sont légèrement différents de ceux de leurs parents, sont certes rares et - comme une coquille d'imprimerie - plus souvent nocifs qu'utiles, mais suffisent pour introduire la variabilité, la source de l'évolution.
  • Faits paléontologiques : les fossiles témoignent de la disparition de certaines espèces d'êtres vivants, et ainsi d'une certaine mouvance de la vie depuis son apparition (datée expérimentalement d'il y a 3,5 milliards d'années). Certaines espèces sont appelées des formes « intermédiaires » entre différents groupes (comme l'archaeopteryx, qui serait une forme de transition entre certains dinosaures et les oiseaux, ou le rhodocetus dont l'anatomie semble se situer entre celle des mammifères terrestres et celle des baleines).

[] La théorie de l'évolution

Il faut rappeler au préalable que l'évolution dirigée par l'homme constitue un phénomène parfaitement connu des éleveurs depuis des millénaires : il avait été remarqué depuis longtemps que les animaux d'élevage héritaient dans une certaine mesure de caractéristiques de leurs parents et nul n'aurait songé à utiliser ses bêtes les plus malingres pour la reproduction. D'ailleurs, Darwin utilise de nombreuses observations issues de la sélection des plantes et des animaux en agriculture pour étayer ses idées. Il n'est question ici que de l'évolution "naturelle" des espèces laissées à elles-mêmes dans la nature.

La théorie de l'évolution est, comme son nom l'indique, une construction intellectuelle. Elle est comme telle susceptible d'être renouvelée, remise en question ou même simplement complétée. Elle est en permanence soumise à des controverses (comme l'existence ou non d'équilibre ponctué, voir Stephen Jay Gould, Richard Dawkins). Si le fait même de l'évolution (les espèces vivantes partagent des ancêtres communs) est bien établi, la théorie qui en détaille les mécanismes n'est pas encore complète, et comme toute théorie scientifique, elle est susceptible elle-même... d'évolution. Les discussions qui découlent de ces différents points de vue sont souvent virulentes; il demeure que l'évolution est l'objet d'un large consensus de l'ensemble de la communauté scientifique.

[] Historique

Ce sont les philosophes Grecs qui ont laissé les premières traces d'explication de la diversité biologique que la Terre porte. Platon inscrit la vie dans deux mondes. Un monde réel, idéal impalpable et un monde illusoire perçu par les sens. Il a une vision statique de la biocénose que l'on qualifiera de fixiste. Son disciple Aristote classe le vivant sur une échelle de complexité: la Scala naturæ l'échelle de la vie. Mais comme Platon c'est une vision fixiste de la vie. La culture Judéo-chrétienne notamment dans les récits de l'ancien testament reprend les visions fixistes des philosophes Grecs. Dieu a crée tous le vivant de la Terre et l'homme est à son image. C'est d'ailleurs pour découvrir cet ordre divin que Linné le père de la taxinomie a mis en place la classification binomiale.

Si l'idée d'évolution est apparue au milieu du XVIIIe siècle avec Maupertuis et Buffon, la première théorie de l'évolution est dûe à Jean-Baptiste de Lamarck, qui publie en 1809 sa Philosophie zoologique. Tournant résolument le dos au fixisme, Lamarck explique l'évolution des espèces par la transmission à la descendance de caractères acquis au cours de la vie d'un individu. Ainsi, si une girafe passe sa vie à s'étirer le cou pour manger les feuilles en haut des acacias, ses descendants auront le cou plus long. La transmission des caractères acquis a par la suite été réfutée, mais Lamarck demeure comme le premier évolutionniste moderne. On lui doit notamment une des premières formulations des relations de parenté au sein de grands groupes d'organismes.

En 1859, Charles Darwin, un naturaliste anglais, publie De l'origine des espèces. Il y reprend les idées de Lamarck tout en les critiquant et en les modifiant. Darwin ajoute surtout une foule de preuves en faveur de l'idée d'évolution (par transformation graduelle) et propose pour la première fois le mécanisme de la sélection naturelle ; mais il n'y remet pas en cause l'idée de conservation héréditaire des caractères acquis même si elle ne tient pas de place importante dans sa théorie de l'évolution.

À la fin du XIXe siècle, le moine autrichien Gregor Mendel découvre les lois de la génétique avec ses expériences sur les petits pois (des tests statistiques de chi2 suggéreront au XXe siècle que l'auteur avait peut-être légèrement falsifié ses résultats expérimentaux. Ses conclusions n'en demeurent pas moins exactes). En proposant un mécanisme pour l'hérédité, c'est-à-dire la transmission (au moins partielle) des caractères d'un individu à ses descendants, il apporte un soutien crucial aux idées de Darwin.

En 1910, le biologiste de Vries découvre les mutations génétiques. Ces modifications aléatoires du code génétique permettent d'expliquer la variabilité naturelle des caractères individuels, terrain sur lequel se fait la sélection darwinienne. Tout au long du XXe siècle, la génétique émergente viendra étayer les idées de Darwin. Dans les années 1930, des biologistes comme Thomas Hunt Morgan font beaucoup progresser la génétique, notamment grâce à l'étude des chromosomes de la drosophile (Drosophila melanogaster ou mouche du vinaigre) qui portent les gènes.

Dans les années 1940, quelques pionniers (Theodosius Dobzhansky, Ernst Mayr, George Simpson et Julian Huxley) fondent la TSE, ou Théorie Synthétique de l'Evolution. Comme son nom l'indique, celle-ci est destinée à synthétiser et à englober dans une vision d'ensemble les données accumulées séparément par la génétique, la biologie et la paléontologie. Simultanément, un embryologiste autrichien, Richard Goldschmidt, propose sa théorie du monstre prometteur.

Au cours des années suivantes, la TSE s'imposera dans le monde scientifique. Elle subira d'importantes modifications dans les années 1970, avec la proposition par le généticien japonais Motoo Kimura, en 1970, de la théorie neutraliste de l'évolution moléculaire, où il affirme que l'évolution, au niveau des gènes, doit au moins autant sinon plus au hasard qu'à la sélection naturelle. En 1972, S. J. Gould et N. Eldredge publient leur théorie des équilibres ponctués, qui affirme combler une faille de la TSE : les paléontologues (comme Simpson) affirmaient en effet que l'on devrait voir les espèces se transformer toujours très graduellement, et que l'on devrait donc trouver des fossiles correspondant à toutes les étapes d'une spéciation. On peut représenter cette idée sur un graphique sous forme de courbe ou de droite. Le problème majeur est de définir sur quel point du graphique se situe les nouvelles espèces. Des biologistes (comme Mayr) pensaient que les apparitions de nouvelles espèces correspondaient à des événements rares et ponctuels, que l'on peut représenter sous forme d'un escalier, les paliers étant pour les périodes où une population ne subit aucun changement. Pour Gould et Eldredge, ce sont les biologistes qui ont raison ; les paléontologues auraient en fait mal interprété les fossiles.

Enfin, dans les années 1980, et jusqu'à nos jours, les travaux visant à relier la génétique et l'embryologie réhabiliteront certains aspects de la théorie du monstre prometteur de Goldschmidt.

[] Description succincte des mécanismes

L'évolution dépend de divers processus qui tendent à la fréquence des allèles au sein de populations : mutation, brassage génétique, flux de gènes, sélection naturelle et sexuelle, dérive génétique... Ces processus sont détaillés dans Évolution.

L'évolution des espèces est permise par les mutations que subissent les gènes portés par les chromosomes (constitués d'ADN). Tout être vivant possède de l'ADN (cela corrobore l'idée d'une origine commune des espèces) : cette molécule est constituée de deux hélices complémentaires au niveau de leurs bases azotées. Des mutations peuvent affecter cet ADN ; elles sont provoquées par des agents mutagènes tels que rayons X, alpha, UV, ou tout simplement par la défaillance des organites responsables de la réparation de l'ADN mal transcrit ou traduit. La théorie des monstres prometteurs met le stress provoqué par des facteurs externes au premier plan de ces facteurs de mutation. Ces mutations affectent la séquence d'un gène concerné (ordre des bases nucléotides d'un gène: adénine, thymine, guanine et cytosine).
Ces mutations sont à l'origine du polymorphisme des gènes, c'est-à-dire le fait que deux versions d'un même gène (deux allèles) par exemple, sont présentes chacune dans au moins un pour cent de la population de l'espèce considérée. Ces mutations créent donc de nouveaux allèles. Mais il ne faut pas oublier le phénomène des familles multigéniques, qui a un impact très important dans l'évolution : un gène peut être dupliqué et transposé sur un autre chromosome, ainsi tous les gènes issus de ce gène ancestral font partie d'une famille multigénique.

L'environnement « encadre » ces mutations par le biais d'un phénomène appelé sélection naturelle : un gène présentant un avantage pour une espèce dans un environnement donné, permettant à ses représentants d'atteindre le mieux possible la maturité sexuelle, se répand chez les individus d'une même espèce, à contrario s'il est néfaste, il disparaît. Quant aux gènes neutres, ils se répandent de façon aléatoire mais peuvent permettre de suivre l'évolution (mutation de gènes homéotiques). C'est donc l'environnement qui décide de l'évolution des espèces, celles-ci évoluant pour être toujours plus adaptées à celui-ci. Donc le caractère aléatoire des mutations de l'ADN est compensé par la sélection environnementale.

Il est donc très important de ne pas confondre évolution et innovation, ce qu'il faut retenir, c'est que l'espèce qui survit est l'espèce la mieux adaptée.

Par ailleurs, il ne faut surtout pas voir l'évolution d'un point de vue généalogique, mais phylogénétique, en effet les espèces ne descendent pas les unes des autres. Des phénomènes comme la dérive génétique font que deux populations d'une même espèces isolées pendant une très longue période de temps divergent et forment deux nouvelles espèces. Par exemple pour la lignée humaine, l'arbre phylogénétique est buissonnant : plusieurs espèces Homo et Australopithèque ont vécu simultanément. Il est aussi à noter que l'homme - contrairement aux idées reçues - ne descend pas du singe, il a un ancêtre en commun avec lui. Et cet ancêtre n'était pas un singe. Notre patrimoine génétique est très proche de celui des chimpanzés, en effet les différences entre nous et celui-ci ne tiendraient qu'à la différence de quelques gènes déterminants : ils nous permettent de garder des caractères juvéniles toute notre vie, nous permettant de conserver la bipédie (le petit chimpanzé est quasi-bipède) et ils allongent la phase embryonnaire, permettant la mitose de beaucoup plus de neurones.

[] Quelques erreurs célèbres sur la théorie de l'évolution

  • Lamarck et Darwin croyaient en l'hérédité des caractères acquis ; il faut ajouter que Darwin admettait la possibilité d'hérédité de caractères acquis, mais n'en faisait pas - contrairement à Lamarck - le pilier de sa théorie, qui reste applicable que cette hérédité existe ou non. L'un comme l'autre pensaient par exemple que, si une girafe passait sa vie à essayer d'étirer son cou, ses enfants naîtraient directement avec un cou plus long. Darwin mentionne même dans la première édition de L'origine des espèces les « effets cumulatifs du dressage » de génération en génération chez des chiens d'arrêt (pointers). Cependant, on sait aujourd'hui que les gènes ne peuvent être modifiés naturellement que par des mutations aléatoires.
  • On croyait en conséquence, jusqu'à la fin du XXe siècle, que l'adaptation individuelle ne se transmettait pas. Toutefois, au début du XXIe siècle, de nouvelles expériences et observations ont rouvert la porte à l'hypothèse d'une transmission de l'adaptation individuelle dans certains cas (notamment la taille, par rapport aux conditions d'alimentation), non par la modification des gènes, mais par la modification de leurs conditions d'expression, et, par là, de leur niveau d'activité, avec toutes les conséquences. En outre, on a découvert que si les mutations sont bien aléatoires, les probabilités qu'elles soient réparées sont dépendantes des conditions extérieures : les mécanismes d'auto-réparation et d'entretien de l'intégrité du génome sont sous contrôle de l'état des cellules, ce qui fait que les cellules laissent passer plus ou moins de mutations selon leur adaptation à leur milieu. Au final, l'adaptation acquise apparaît bien comme un élément de l'hérédité.
  • Lamarck, Teilhard de Chardin ou Pierre-Paul Grassé, zoologiste français, ainsi que le philosophe Henri Bergson pensaient que l'évolution subissait une « force complexificatrice » : ce point de vue est appelé orthogenèse. L'évolution buissonnante de la plupart des lignées, comme l'arbre de la vie dans son ensemble, montre que la transformation des êtres vivants ressemble peu à une marche linéaire et orientée vers le progrès (quel que soit le sens qu'on donne à celui-ci) - ni même vers un « optimum » quelconque. Elle fait plutôt penser à l'expansion d'un gaz qui occupe tous les emplacements qui lui sont possible (remarquons toutefois que cette pression se comporte en effet bien comme une sorte de force d'expansion). Dans certains cas, la sélection naturelle a pu canaliser certaines tendances, mais cela ne correspond pas à un principe général. En revanche, comme dans beaucoup de système chaotiques, il peut y exister des bassins d'attraction, et c'est sans doute à cette nouvelle lumière qu'il faut repenser les quatre écrivains cités.
  • Selon la théorie de la récapitulation, dont la formulation la plus complète est due à Ernst Haeckel (début du XXe siècle), chaque être vivant, au cours de son développement, récapitulerait l'histoire évolutive de son groupe. La « série des embryons » et la « série des ancêtres », qui aboutissent toutes deux au même individu, devraient être identiques. Sans être totalement fausse, cette théorie n'est que partiellement exacte et n'est justifiée par aucun mécanisme évolutif reconnu. Au contraire même, la néoténie (arrêt prématuré du développement maintenant des caractéristiques juvéniles chez l'adulte) est un processus évolutif fréquent, que l'on retrouve jusque chez les primates ; on admet par exemple que l'être humain ressemble plus à un jeune chimpanzé qu'à un singe adulte. Aldous Huxley a utilisé cette observation dans son roman Jouvence.
  • Il est tout aussi dangereux d'adopter le seul point de vue « adaptationniste », selon lequel chaque caractère d'un être vivant pris isolément aurait été « façonné » par la sélection naturelle. Dans cette optique, tout devrait avoir une utilité adaptative, y compris la couleur des yeux, le chiasme optique et l'appendice. L'expérience montre en fait qu'il existe beaucoup de caractères neutres en ce qui concerne la descendance. Certains gènes sont par ailleurs pléiotropes - c'est-à-dire qu'ils commandent plusieurs caractères à la fois. Une mutation avantageuse entraîne donc avec elle d'autres caractères ; quand la mutation se répandra dans la population, ses « effets secondaires » se répandront en même temps, sans avoir d'utilité en eux-mêmes... en tout cas à ce moment-là. Un exemple flagrant est celui de la drépanocytose, une maladie héréditaire, qui perdure parce-qu'elle confère une certaine résistance au paludisme. La mutation ayant entraîné son apparition n'est pas neutre, mais la grave maladie qu'elle entraîne est en quelque sorte compensée par un avantage sélectif.
  • Une image intéressante est de comparer le comportement des espèces soumises à la pression de sélection au comportement d'un liquide soumis à la gravité : au niveau moléculaire et dans l'instant, les molécules du liquide s'agitent bien à peu près au hasard. Au niveau de milliards de molécules et en regardant avec d'autres échelles de temps et d'espace, on n'en constate pas que le liquide prend globalement la forme de son récipient. De même, une espèce finit par remplir statistiquement sa niche écologique.

Si la théorie moderne permet d'expliquer la plupart des observations, il reste probable qu'elle devra sans doute être retouchée et surtout complétée dans l'avenir, comme toute théorie scientifique.

[] Évolution et Création

Le phénomène d'évolution est admis sans restriction dans les milieux scientifiques académiques, mais il existe des îlots réfractaires. La polémique connait ces dernières années un regain d'activité, notamment aux États-Unis, où les tenants du créationisme sont relativement influents. Ils veulent notamment instruire les élèves américains de cette théorie en la supposant aussi valable que la théorie de l'évolution.

Deux tendances sont à noter :

  • Pour certains mouvements religieux fondamentalistes, principalement chrétiens, l'idée d'évolution est erronée car contraire aux enseignements de la Bible, selon lesquels l'univers et toutes les espèces ont été créées par Dieu en sept jours il y a environ 6000 ans, sous leur forme actuelle. Pour ces mouvements, le créationisme est un article de foi qui ne nécessite aucune démonstration ni discussion scientifique. Il s'agit là d'une interprétation littérale du livre de la Genèse, que ne partagent plus à l'heure actuelle les autorités représentant les principales églises chrétiennes, notamment le Vatican. Jean Paul II s'était prononcé en faveur de la théorie de l'évolution durant son pontificat.
  • Un mouvement plus subtil est celui de l?Intelligent Design (Dessein intelligent), qui promeut une approche scientifique du créationisme. Selon les tenants de cette théorie, les preuves de l'évolution sont insuffisantes à ce jour, et, au contraire, il existe de nombreux éléments scientifiques allant en faveur d'une création des espèces par une « intelligence supérieure ». Le mouvement de l?Intelligent Design admet de nombreuses variantes en ce qui concerne l'identité de cette intelligence supérieure : Dieu, des extraterrestres.
  • Des lobbys créationistes avaient pour intention de rendre public l'enseignement du créationisme, mais aucune université américaine n'a cédé jusqu'alors, si le créationisme avait été autorisé, d'autres théories tel le pastafarisme auraient alors dûes être enseignées également.

[] Les arguments contre l'évolutionnisme

Si actuellement, la théorie de l'évolution bénéficie d'une large crédibilité au sein de la communauté scientifique, elle continue à être combattue par des groupes idéologiques sectaires ou religieux. Lorsque les premières théories évolutionnistes ont été proposées, de nombreux arguments leur ont été opposés. Charles Darwin consacre une partie de son livre à tenter de répondre à certains de ses arguments. Les arguments actuels contre l'évolution ne sont pas pris au sérieux par les scientifiques, mais séduisent facilement dans de nombreux milieux où la culture scientifique est déficiente. Il peut être intéressant de les passer en revue.

[] L'absence de formes fossiles intermédiaires

La théorie de l'évolution suppose qu'entre les espèces vivantes, un grand nombre de formes intermédiaires existèrent autrefois, le processus de l'évolution étant supposé très lent et progressif, ou irrégulier selon les théories. On peut donc s'attendre à en trouver les restes sous forme de fossiles. Or, comme l'admet l'évolutionniste David Kitts, un professeur de l'Université d'Oklahoma : « L'évolution nécessite des formes intermédiaires entre les espèces, et la paléontologie ne les a pas fournies ». (David B. Kitts, « Paleontology and Evolutionary Theory », Evolution, vol. 28, septembre 1974, p. 467). L'absence de ces formes intermédiaires entre les espèces connues (vivantes ou fossiles) est fréquemment avancée pour réfuter les théories de l'évolution. Néanmoins, il s'agit là d'un pur sophisme utilisant une méconnaissance courante du fonctionnement de la science. Pour prendre un exemple non scientifique, cela reviendrait à affirmer que quelqu'un qui ne retrouve pas ses ancêtres dans les documents généalogiques doit s'en remettre au fait que ses derniers ancêtres connus ont été créés ex nihilo.

Par ailleurs, tous les biologistes s'accordent sur le fait que les fossiles retrouvés représentent une part minuscule de ce qui a vécu sur terre. En effet, la fossilisation ne s'applique quasiment pas aux corps mous, elle n'intervient que dans des conditions très spécifiques, puis les fossiles produits doivent résister à l'érosion. Bien évidemment, ils doivent ensuite être découverts. Pour Darwin, la mémoire géologique est donc très incomplète et on ne peut donc pas s'attendre à retrouver tous les chaînons manquants, les formes conservées sous forme fossile ne représentant qu'une faible part des formes ayant existé.

Une des formes les plus connues de cette méthode d'attaque est celle du chaînon manquant, appliquée à l'histoire biologique de l'Homo sapiens. Elle est basée sur l'entretien de la croyance en une généalogie linéaire des fossiles actuellement découverts au sein des Hominidés, alors qu'il s'agit des éléments d'un arbre buissonant, et sur le sophisme ci-dessus. Celle-ci affirme que si l'on ne trouve pas tous les intermédiaires et sans équivoque, c'est que l'humain est apparu par un autre mécanisme que celui de l'évolution.

[] L'évolutionnisme dans les autres sciences

Au cours du XXe siècle, des chercheurs comme Pierre Teilhard de Chardin, Julian Huxley, James Lovelock (hypothèse Gaïa) et David Deutsch ont tâché d'appliquer la notion d'évolution à la totalité de l'univers, depuis les particules subatomiques jusqu'à la société humaine, avec une fécondité inégale.

La pensée évolutionniste s'est notamment propagée au sein de l'anthropologie évolutionniste au XIXe siècle. Pour les anthropologues de cette époque, l'espèce humaine ne fait qu'une, et donc, chaque société suit la même évolution, qui commence à l'état de « primitif » pour arriver jusqu'au modèle de la civilisation occidentale.


[] Voir aussi

[] Liens externes

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[] Ouvrages critiques sur le darwinisme

  • Chauvin R., (1997) Le Darwinisme ou la fin d?un mythe, Ed. du Rocher, Monaco.
  • Costagliola J., (1995) Faut-il brûler Darwin ? L'Harmattan, Paris.
  • Denton M. (1988), Évolution, une théorie en crise, Londreys, Paris.

[] Sites ayant pour but de réfuter les théories de l'évolution

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