Troubles au Tibet en mars 2008
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Le 10 mars 2008, quelques mois avant les Jeux olympiques de Pékin et le jour du 49e anniversaire du soulèvement tibétain de 1959, des manifestations pacifiques de moines bouddhistes ont lieu à Lhassa, capitale de la région autonome du Tibet. Ceux-ci réclament la libération des moines emprisonnés en octobre 2007.
Le 14 mars, les manifestations dégénèrent en violentes émeutes dirigées contre les habitants non tibétains et leurs biens. Les forces de l?ordre se replient devant l?assaut des émeutiers, dont des moines, et ne reprennent progressivement le contrôle de la ville que le lendemain, procédant alors à de nombreuses arrestations. Selon les autorités, le bilan humain et matériel est lourd : 19 morts victimes des émeutiers et un millier de commerces et bâtiments publics détruits.
Selon le gouvernement tibétain en exil, au moins 80 Tibétains seraient morts, victimes de la répression chinoise le 14 mars à Lhassa, bilan que le témoignage des Occidentaux alors présents sur place ne permet pas de corroborer.
Des manifestations se produisent aussi dans d?autres zones de population tibétaine, notamment dans la préfecture autonome tibétaine d?Aba, où des tirs des forces de l?ordre auraient fait des victimes le 15 mars.
Alors que les médias occidentaux présentent des images de manifestations réprimées en Inde et au Népal comme se déroulant à Lhassa, les médias chinois diffusent, pour leur part, des vidéos montrant les agressions et destructions commises par les émeutiers.
La Région autonome du Tibet, qui avait été fermée aux journalistes et aux touristes le 19 mars, est de nouveau ouverte depuis le 26 juin.
Après une compilation exhaustive, le Gouvernement tibétain en exil rapporte un nombre total de morts de 209[1], pendant les manifestations dans les zones à population tibétaine.
Le gouvernement confirme le nombre de victimes tuées par les émeutiers, mais déplore également la mort d'un policier et d'un suspect au cours d'une fusillade lors d'une arrestation dans la ville de Hongke, seul cas de tibétain tué par la police selon les sources officielles.
[] Chronologie des événements
Le 10 mars, 300 à 400 moines du monastère de Drepung défilent dans les rues de Lhassa, afin de demander la libération de moines emprisonnés en 2007, après qu?ils eurent repeint les murs du monastère en blanc pour fêter la remise de la médaille d'or du Congrès des États-Unis au 14e dalaï-lama[2],[3]. Les moines, bloqués par un barrage des forces de l?ordre, s?assoient pour un sit-in de quelques heures avant de se disperser. Au crépuscule, des moines et des étudiants se rassemblent au centre-ville sur la place du Barkhor, 6 ou 7 d?entre-eux sont arrêtés.
Le 11 mars, afin de protester contre ces arrestations, plus de 500 moines de Drepung, auxquels se sont joints ceux de Sera, manifestent de nouveau. Fin de matinée, des incidents éclatent quand la police chinoise et de la Police armée du peuple dispersent les manifestants par la force. Des grenades lacrymogènes sont utilisées, et des moines frappés à coups de matraque.
D?après le gouvernement tibétain en exil, d?autres manifestations ont éclaté dans trois autres monastères, dont l?un situé dans la province traditionnelle tibétaine de l?Amdo incorporée au Qinghai. Le 11 mars, un porte-parole du ministère chinois des affaires étrangères déclare que des manifestations « illégales et menaçant la stabilité sociale » ont eu lieu à Lhassa.
Le 12 mars, la tension monte d?un cran avec les rumeurs de tentatives de suicide de deux moines de Drepung. Selon un témoin, au monastère de Séra, des moines qui ont débuté une grève de la faim sont battus par la police. [3]
Le 14 mars, de violentes émeutes se déroulent à Lhassa, les plus graves depuis le Soulèvement tibétain de 1959[4],[5],[6].
Les premières violences commencent le matin près du temple de Ramoche. Selon Le Monde, les premières violences feraient suite au passage à tabac de deux moines bouddhistes par les forces de l?ordre[3], rumeur qui se propage dans Lhassa, ou bien, selon les sources officielles chinoises, à des jets de pierre contre les forces de l?ordre.[4] Les émeutes éclatent au début de l?après-midi : une foule de plusieurs douzaines de personnes se déchaînent, dont certaines hurlent en jettant des pierres sur les magasins appartenant à des Chinois et sur les taxis dont la plupart à Lhassa sont conduits par des Hans.
L?émeute se propage rapidement à travers les ruelles commerçantes. Des foules, qui se sont rassemblées apparemment de façon spontanée, dévastent les magasins n?appartenant pas aux Tibétains et en répandent les marchandises dans la rue, avant d?y mettre le feu. Pour échapper au saccage, les commerçant tibétains nouent, sur leur devanture, des foulards blancs traditionnels les signalant comme tels. Selon le témoignage d?un touriste suisse qui se trouvait dans la rue principale de Lhassa, il y avait là une foule de 400 à 500 personnes, et des pavés sont lancés à travers la rue pour atterrir dans une rue latérale où une cinquantaine de policiers, mal protégés par leurs boucliers en plastique, finissent par battre en retraite [7]. Selon les témoins occidentaux, des Chinois isolés, passant à pied ou en véhicule, sont agressés, lapidés ou pris en chasse par des manifestants, dont certains armés de sabres tibétains, de bâtons ou de barres de fer.[8]. Quelques émeutiers scandent « Vive le dalaï-lama ! » et « Tibet libre ! ». Selon le gouvernement chinois, 13 personnes seraient mortes, victimes des émeutiers, la plupart brûlées vives dans les incendies. Pendant des heures, les forces de sécurité interviennent peu.
Selon le témoignage de James Miles, correspondant à Lhassa pour The Economist, des Tibétains ont lancé des pierres sur un garçon de 10 ans à vélo. Concernant la répression, Miles n'a pas entendu de rafale de mitraillette, et n'a pas eu le sentiment d'une répression massive comme lors de l'écrasement des manifestations de Tiananmen qu'il a également couvert. Les autorités auraient été paralysées par les risques politiques qu?une vive réaction aurait impliqués[4],[5],[6].
Georg Blume, journaliste allemand présent sur place, rapporte le témoignage très précis d'un Tibétain sur les événements : ce témoin a pu donner libre expression à sa haine envers la Chine mais admet que les policiers n'ont pas tiré le 14 mars au plus fort des émeutes; il suppose que les victimes sont essentiellement des Chinois brûlés dans leurs magasins. George Blume pensait au départ que la police militaire était responsable des victimes, mais plus il a recueilli de témoignages, plus il a remis en cause cette hypothèse initiale. Il est clair pour lui que l'on ne peut pas parler de répression sanglante comme le massacre de Tiananmen en 1989[9] ,[10].
Le témoignage d'un tibétain en exil est rapporté par une dépêche de l?AFP, un reportage de NTDTV (télévision affiliée au Falun Gong, hostile au parti communiste chinois),[11],[12] et le site Phayul.com (créé et géré par des tibétains en exil),[13]. Selon son témoignage, ce tibétain en exil serait l'un des très rares manifestants tibétains à avoir réussi à s?enfuir du Tibet, après 4 jours de manifestations à Lhassa. Il a témoigné d?actes de violence particulièrement graves des forces de maintien de l?ordre à Lhassa ; ce témoignage n?est cependant corroboré par aucune autre source présente sur place lors des manifestations. Selon lui, des troupes chinoises brandissant des couteaux auraient attaqué les manifestants tibétains le 14 mars, « Nous manifestions pour marquer le 49e anniversaire (du Soulèvement tibétain de 1959 contre la domination chinoise) lorsque les troupes nous ont attaqués avec de longs couteaux. Nous avons jeté des pierres et les soldats se sont retirés et sont ensuite revenus avec des armes et puis il y a eu de la fumée, des coups de feu et des cris terribles ». Il affirme avoir vu plusieurs Tibétains mourir de balles et de coups de couteau. « Les troupes ont juste jeté (les morts) comme des carcasses dans des fourgons de police ». Ce réfugié serait le 4e Tibétain à avoir pu s?échapper de la région depuis le déclenchement des troubles en mars 2008.[14],[15]
Le 14 mars, Radio Free Asia rapporte que les policiers et les membres des forces de sécurité « ont tiré sur les manifestants antichinois alors que ces derniers mettaient le feu à des voitures et envahissaient les rues », le bilan serait d?une centaine de morts[16]. Des témoins ont indiqué à des agences de presse étrangères que les rues de Lhassa étaient quadrillées par la police, les forces de la Police armée populaire ainsi que par l?armée[17].
Selon Qiangba Puncog, président du Gouvernement régional de la Région autonome du Tibet, le personnel de sécurité n?était pas armé lors des émeutes du vendredi 14 mars à Lhassa[18], James Miles et certains touristes occidentaux confirment que la police n?était pas armée ("no guns visible"), une détonation a été entendue mais il est difficile de dire s?il s?agissait d?un coup de feu ou d?une explosion due à un incendie[19]. Selon le témoignage d?autres touristes rapportés par l'ambassade des États-Unis à Pékin, des coups de feu ont clairement été entendus[20]. Des « bruits de coups de feu » sont rapportés dans la conversation entre un activiste à Lhassa et le secrétaire culturel du Congrès de la jeunesse tibétaine mais il n'en existe aucun enregistrement vérifiable[21].
Selon Qiangba Puncog, président du gouvernement régional du Tibet, 13 civils chinois ont été brûlés vifs (dont un aspergé d?essence) ou poignardés à mort par les émeutiers[22], 18 civils et un agent de police ont trouvé la mort au cours des émeutes du 14 mars à Lhassa, 241 agents de police ont été blessés (dont 23 actuellement dans un état critique), un autre a été tué par la foule, 382 civils ont été blessés (dont 58 grièvement). Selon Phayul.com, site créé en 2001 par un Tibétain en exil, des manifestations très tendues, dispersées par des tirs des forces de l?ordre, seraient signalées dans le Gansu, une partie de l?ancienne province tibétaine de l?Amdo[23].
Le samedi 15 mars, selon le Centre tibétain pour les droits de l'homme et la démocratie, des milliers de manifestants se rassemblent à nouveau dans cette région proche du monastère de Labrang[24]. La présence de chars et de véhicules militaires chinois à Lhassa est rapportée par des touristes étrangers[25]. Le centre historique de la ville est placé sous couvre-feu, l?accès pour les touristes et les journalistes est suspendu, empêchant les médias étrangers d?accéder à la région[17]. Le 14e dalaï-lama demande à la Chine de « cesser d?utiliser la force », de « répondre au ressentiment des Tibétains par le dialogue » et aux Tibétains de « ne pas recourir à la violence »[26]. Durant le week-end, les manifestations antichinoises débordent hors de la capitale. À Xiahe, dans la province du Gansu, des manifestations éclatent le vendredi et le samedi autour du grand monastère de Labrang, des milliers de moines défilant en criant « Tibet libre ! » et « Laissez le dalaï-lama revenir au Tibet ! ». D?après Kate Saunders, responsable d?International Campaign for Tibet, « des manifestations ont éclaté dimanche dans la ville de Ngawa (dans le Sichuan) et sept personnes ont été tuées ». Le gouvernement local promet de « lancer une guerre du peuple pour combattre le séparatisme et faire éclater en pleine lumière le visage hideux du dalaï-lama et de son groupe », il lance également un ultimatum aux émeutiers, leur demandant de se rendre d?ici à lundi soir[27]. Le mardi 18 mars la centaine de touristes restant en ville est déplacée dans des hôtels situés loin du lieu des émeutes. Le mercredi soir à 22h : 170 personnes s?étaient rendues[28]
Selon un témoignage d?un Tibétain emprisonné à Lhassa après les manifestations de mars -recueilli clandestinement- la police chinoise s?est introduite dans sa maison cassant 5 portes et frappant toutes les personnes présentes. Ce Tibétain affirme avoir été frappé à la tête et maltraité lors de sa détention. Il a assisté aux traitements plus sévères des moines par les soldats. Il affirme qu?un frère et sa soeur ont été jetés par la fenêtre tuant le frère et blessant gravement la soeur. Chaque jour, les prisonniers appelaient les gardes pour signaler des morts. L?un des prisonniers a été battu à mort car les gardes qui le suspectaient d?avoir volé un veston. Un jeune de 17 ans a été torturé alors qu?il n?avait pas participé aux manifestations, le forçant à ?avouer? des actes qu?il n?avait pas commis. [29]
Le 28 mai, selon le Centre tibétain pour les droits de l'homme et la démocratie, 3 nonnes et une étudiante (Rigden Lhamo) ont manifesté à Kardze (Sichuan, Kham) pour le retour du Dalai Lama, la libération des prisonniers politiques tibétains et la liberté au Tibet. La police chinoise aurait tiré des coups de feu et infligés de mauvais traitements à Rigden Lhamo. Des taches de sang auraient été vues sur son corps et l'on ignore ce qu'elle est devenue.[30],[31],[32]
Le 21 juin Palma Trily, vice-président exécutif de la Région autonome du Tibet, a annoncé que le Tibet a libéré 1157 personnes accusées de délits mineurs dans les émeutes à Lhassa, juste avant le passage de la flamme olympique à Lhassa.[33] Le journal en:JURIST remarque que l'annonce de cette libération survient 2 jours après un rapport critique d'Amnesty International.[34]
[] Bilan des morts, des blessés et des arrestations
Depuis le début des troubles, les bilans humains sont contradictoires selon les sources. Les divergences portent non seulement sur le nombre des victimes mais aussi sur leur identité. Les autorités chinoises parlent de civils innocents victimes des émeutiers, tandis que le gouvernement tibétain en exil parle de tibétains tues par la police ou l'armée.[35]
[] Témoignage des journalistes occidentaux
[] James Miles, témoin des émeutes
Le 20 mars, James Miles est interviewé par CNN :
"Ce que j'ai vu était une violence organisée ciblée contre un groupe ethnique, ou devrais-je dire deux groupes ethniques, essentiellement l'ethnie Han chinoise vivant à Lhassa, mais aussi les membres de la minorité musulmane Hui à Lhassa."
"Presque tous les autres commerces ont été brûlés, pillés, détruits, réduits en pièces, les biens ont été traînés dans les rues, entassés, brûlés. C'était un déversement de violence ethnique de la nature la plus déplaisante qui soit, qui surprit certains témoins tibétains."
"À un moment donné, je les ai vus lancer des pierres sur un garçon d'environ 10 ans à vélo dans la rue. Je suis allé au devant d'eux pour leur dire d'arrêter."
"Je n'ai pas entendu de rafale de mitraillette. Je n'ai pas eu le sentiment d'une répression armée massive comme lorsque je couvrais l'écrasement des manifestations de la place Tiananmen en juin 1989 à Pékin. C'était ici une opération très différente, plus calculée, et je pense que l'effort des autorités cette fois était de laisser les gens se défouler avant d'établir une forte présence armée avec des fusils tous les quelques mètres dans tout le quartier tibétain. Ce n'est que lorsqu'ils ont pu garantir qu'il n'y aurait pas un bain de sang, qu'ils sont réellement rentrés avec une force décisive."[36]
[] Georg Blume, enquête auprès des habitants
Le 20 mars, Georg Blume, journaliste allemand, interroge de nombreux habitants de Lhassa pendant les 5 jours qui suivent les émeutes.
Georg Blume recueille notamment le témoignage d'un Tibétain très hostile aux Chinois qui admet que "La police chinoise n'a pas tiré de coup de feu vendredi passé, au moment du déclenchement et lors de l'intensité la plus importante pour le moment des révoltes." Il suppose que parmi les morts, il y a surtout des Chinois qui ont brûlé dans leurs magasins [9],[10]
Dans un article publié dans Die Zeit, George Blume déclare: "Le gouvernement tibétain en exil en Inde parle de beaucoup plus de victimes parmi les manifestants, une centaine de morts, en raison de la brutalité des forces de sécurité en Chine. Cela semble plausible, en raison du déploiement de milliers de policiers lourdement armés." Il ajoute : " en ce qui concerne le nombre de victimes que le régime et les mouvements de protestation citent, ce n'est pas possible pour le moment d'obtenir des preuves" [37]
Au sujet de son enquête, il déclare : "Moi aussi j'ai pensé au début que la police militaire était coupable. Surtout que la ville est remplie d'hommes en uniforme, la conclusion du coup s'impose que des coups de feux à balles réelles auraient été tirés. Cependant plus je parle avec des témoins sur les révoltes, plus cette possibilité me paraît improbable."[9],[10]
Et il conclue : "Une chose est sûre : concernant les protestations des Tibétains, on ne peut pas parler d'une répression sanglante - comme lors du massacre de Tiananmen en 1989.".[9],[10]
[] Bilan officiel selon le gouvernement chinois
[] Lhassa
Le 15 mars, le gouvernement de la région autonome du Tibet confirme la mort d'au moins 10 personnes dans les émeutes. 580 personnes dont trois touristes japonais ont été secourues. Plus de 160 sites en feu, dont 40 incendies majeurs, ont été rapportés.[38].
Le 16 mars, Zhang Yijiong, secrétaire adjoint du comité du PCC pour la région autonome du Tibet révèle que les violences ont grièvement blessé 12 policiers et soldats de la police armée, dont deux se seraient trouvés dans un état critique.[39].
Le 17 mars, Qiangba Puncog, président du gouvernement de la Région autonome du Tibet, déclare la mort de 13 civils innocents brûlés ou poignardés, et cite deux cas de violence : un civil a été aspergé d'essence par des émeutiers et brûlé vif, dans le second cas, les émeutiers ont battu un agent de police qui s'est évanoui, et ont ensuite coupé un morceau de chair de son postérieur. 61 agents de police ont été blessés dans les troubles de vendredi à Lhasa dont six grièvement. Les émeutiers ont mis le feu à plus de 300 endroits, parmi lesquels des maisons résidentielles et 214 magasins,et détruit et brûlé 56 véhicules[40].
Le 22 mars selon Xinhua (agence de presse contrôlée par le gouvernement chinois), 183 émeutiers se sont rendu à la police et de nombreux témoins racontent se qu'il s'est passé : Zuo Yuancun, un homme de 1,70 m, a été enflammé pour être réduit à des morceaux d'os et de chair. Un travailleur migrant a eu le foie poignardé par des bandits. Une femme a été brutalement battue par des attaquants qui lui ont coupé l'oreille. Un docteur du nom de Losang Cering a été agressé par des émeutiers brandissant des couteaux alors qu'il essayait de sauver un petit garçon de 6 ans qui avait été piétiné et suffoquait. Le bilan officiel selon le gouvernement régional s'établit à 18 civils morts et un officier de police pendant les émeutes survenues le 14 mars à Lhasa. 241 officiers de police ont été blessés, dont 23 sont à présent dans un état critique. Le nombre de civils blessés est passé de 325 à 382, dont 58 grièvement blessés. Les émeutiers ont mis le feu à sept écoles, cinq hôpitaux et 120 résidences. 84 véhicules ont été incendiés et 908 boutiques pillées. Les pertes sont estimées à plus de 244 millions de yuans (environ 34,59 millions de dollars)[41],[42].
Le 24 mars, selon le ministère de la Sécurité publique, 5 suspects ont été arrêtés pour deux affaires d'incendie volontaire lors des récentes émeutes à Lhasa, coûtant la vie à dix personnes.[43]. Le 25 mars, le ministère annonce que les suspects ont avoués et donne des informations sur les affaires[44].
Le 28 mars, l'International Herald Tribune rapporte que cinq vendeuses ont été brûlées vives à la suite de l'incendie allumé par des émeutiers dans le magasin de vêtements Yishion où elles travaillaient. Il s'agit de Yang Dongmei, 24 ans; He Xinxin, 20 ans; Chen Jia, 19 ans; Liu Yan, 22 ans; Cirenzhuoga, 21 ans, cette dernière étant tibétaine[45].
Le 1er avril, selon le ministère de la Sécurité publique, 2 suspects ont été arrêtés pour deux autres affaires d'incendie volontaire coûtant la vie à deux personnes. Sur les 6 autres victimes civiles, 2 sont tibétaines.[46].
Un article mis en ligne le 8 avril sur le site de CCTV-F lié à la Télévision centrale de Chine, rapporte que le Bureau de la sécurité publique de Lhassa accuse la « clique du dalaï-lama » d?avoir publié un bilan des morts erroné et gonflé : 5 personnes qui figurent sur la liste sont encore en vie ou n?existent pas et 35 autres personnes sont introuvables; les 18 civils et le policier tués à Lhassa le 14 mars n?y figurent pas,[47].
Le 9 avril, Qiangba Puncog, président du gouvernement de la Région autonome du Tibet, annonce que 953 personnes ont été arrêtées. Parmi elles 403 ont été formellement arrêtées. Au total 362 personnes se sont rendues à la police dont 328 personnes ont été libérées. La police a listé les 93 plus "grands" suspects et a déjà procédé à l'arrestation de 13 personnes. Gungqung Toinzhub avait séjourné au Népal pendant un an et demi avant de franchir la frontière illégalement en 2000. [48].
Le 13 avril, la police de Lhassa révèle qu'elle a arrêté Gungqug Toinzhub dans le monastère de Ramogia, ce suspect, n°2 dans la liste des personnes recherchées, aurait avoué avoir coupé un passant innocent avec un long couteau. Il est soupçonné d'avoir pris la tête dans l'attaque des personnes innocentes [49].
Le 29 avril, 17 personnes impliquées dans les émeutes du 14 mars à Lhasa, ont été condamnées mardi à des peines de prison allant de trois ans à perpétuité. La séance était publique selon l'agence Chine nouvelle[50]. L'agence Associated Press parle de 30 emprisonnements, dont trois Tibétains condamnés à perpétuité : un chauffeur d?une société immobilière de Lhassa qui aurait brulé des voitures, détruit des postes de police et des véhicules de pompier et agressé des pompiers, un moine du Doilungdequen qui serait le meneur d'un groupe de 10 personnes dont 5 moines qui auraient détruit le bureau du gouvernement, détruit et pillé 11 commerces, et attaqué des policiers, et un entrepreneur du Lingzhou qui aurait incité les autres à piller des commerces, bruler des véhicules et des bâtiments les 15 et 16 mars à 70km de Lhassa[51]. Selon Human Rights Watch, les procès des 30 Tibétains accusés d?avoir participé aux manifestations violentes du 14 mars à Lhassa n?étaient pas ouverts au public, comme le prétend le gouvernement chinois, et n?ont pas respecté les normes internationales minimums[52]. D?autres procès seraient attendus[53].
Le 6 juin, rapporte le Quotidien du Peuple en ligne (organe de presse officiel du Comité central du Parti communiste chinois), la police du Tibet annonce avoir arrêté 16 moines bouddhistes et être à la recherche de trois autres, impliqués dans trois attentats ou tentatives d'attentat à la bombe visant un transformateur, une station d'essence, une permanence de la police et une résidence privée. Les moines ont déclaré avoir été inspirés par les événements du 14 mars et l'écoute des radios pro-tibétaine[54].
Le 20 juin, selon Palma Trily, vice-président exécutif la Région autonome du Tibet, 12 personnes de plus sont condamnées, portant le total à 42.[55].
Le 21 juin, Palma Trily, annonce la libération de 1157 personnes accusées de délits mineurs dans les émeutes à Lhassa. La police aurait arrêté 953 personnes, 362 s'étaient rendues d'elle même, 42 ont été condamnées, 116 autres seraient en attente de jugement. [33]
Le 1er août, selon l'agence Chine nouvelle, le bilan officiel pour les émeutes du 14 mars à Lhassa est : 18 civils innocents et un agent de police ont été tués et 382 civils et 241 agents de police ont été blessés. Les émeutiers ont également incendié 120 maisons et 84 véhicules et pillé 1 367 magasins, causant des pertes économiques directes de 320 millions de yuans (environ 47 millions de dollars)[56].
[] Xiahe (Province du Gansu)
Le 23 mars selon le gouvernement local, 94 ont été blessées lors des récentes émeutes survenues dans la préfecture autonome tibétaine de Gannan, causant des pertes économiques estimées à 230 millions de yuans (32,6 millions de dollars). Les personnes blessées incluent 64 policiers, 27 agents de la police armée, 2 officiels du gouvernement et un civil, parmi lesquels 6 policiers et 4 agents de la police armée se seraient trouvé dans un état critique. Depuis le 14 mars, manifestations, coups, cassages, pillages et incendies se seraint produits dans les districts de Xiahe, Maqu, Luqu et Jone, et dans la ville de Hezuo de la préfecture autonome tibétaine de Gannan et dans le district d'Aba de la province du Sichuan (sud-ouest).[57].
[] Aba (Province du Sichuan)
Selon un officiel local le 3 avril, le district d'Aba a été témoin le 16 mars de violences criminelles menées par des moines du monastère de Kirti. Plus de 200 personnes auraient été blessées et 24 magasins, 2 bâtiments officiels et 81 véhicules auraient été brûlés lors des émeutes.[58]
[] Dari
Selon Xinhua (agence de presse contrôlée par le gouvernement chinois), une fusillade aurait éclaté le 21 mars lors de l'arrestation d'un tibétain soupçonné d'être responsable de l?émeute du 21 mars dans la ville de Hongke dans la région du Dari, un policier et le suspect auraient été tués[59]. Il s'agit du seul tibétain tué par la police selon les autorités chinoises[60]. Le 1er mai, dans la province du Qinghai (nord-ouest de la Chine), à Huzhu, plus de 1 000 personnes ont assisté aux funérailles de Lama Cedain, policier tibétain tué lors de la fusillade[61]. Selon le bureau de sécurité du district, le policier a été tué dans une fusillade, ses collègues ont riposté tuant le suspect. Selon des « sources tibétaines » citées par un journaliste du The Times, ce policier aurait été tué par les villageois pour avoir tué un moine tibétain qui avait enlevé et brûlé le drapeau chinois d?un bâtiment gouvernemental lors des manifestations de la ville de Dari le 21 mars[62].
[] Bilan selon le gouvernement tibétain en exil
Le gouvernement tibétain en exil déclare le 15 mars qu?il aurait reçu « des rapports non confirmés » estimant à 100 morts le bilan de l?agitation au Tibet[63]. Le 15 mars, Radio Free Asia, cite des témoins qui rapportent avoir vu au moins deux corps dans les rues de Lhassa[64]. Le lendemain, le gouvernement tibétain en exil avance au moins 80 morts[65].
Le 24 mars, un moine du monastère de Chokri a été abattu par l'armée chinoise et un autre grièvement blessé par un tir dans les reins lors d?une manifestation où se sont joint 200 nonnes du monastère Ngang-Khong, 150 nonnes de Khasum et 200 moines de Chokri. [66]
Le 25 mars, selon des sources d?information affiliées à l?Administration des Tibétains en exil et au Centre tibétain pour les droits de l'homme et la démocratie, la Police armée du peuple aurait coupé l?eau, l?électricité, l?approvisionnement en nourriture et l?accès aux soins dans les monastères de Sera, Drepung et Ganden et autres monastères actifs au cours des manifestations. De ce fait, les moines risqueraient la famine[67], et le 24 mars un moine serait mort de famine au Temple de Ramoché, lequel aurait été la cible de gaz lacrymogène de la part des militaires[68],[69],[70].
Le 5 avril, le Tibetan Centre for Human Rights and Democracy (TCHRD) déclare que les autorités chinoises auraient arrêté plus de 2 300 Tibétains dans les différentes parties du Tibet[71]. Selon le Gouvernement tibétain en exil, plus de 140 personnes auraient été tuées au cours des répressions des récents troubles au Tibet[72].
Le 9 avril, le TCHRD déclare qu?un moine, relâché après plusieurs jours de détention, montrerait des signes d?atteinte neurologique, des marques de contusions sur le corps, dûs à des tortures pratiquées par la police en prison[73].
Le 16 avril, le Centre culturel tibétain Khawa Karpo, une association tibétaine en exil en Inde, confirme l?arrestation, à la suite des manifestations, de la chanteuse tibétaine Jamyang Kyi[74]. Elle a été libérée le 20 mai 2008, mais attend un procès[75]. Fin mai, selon le Los Angeles Times, une autre chanteuse tibétaine nommée Drolmakyi a été libérée après presque deux mois de détention à condition de garder le silence sur son arrestation et de ne plus faire de représentations pendant quelques temps[76].
Le 18 avril, selon le dalaï-lama, le bilan des morts dépasserait 400 personnes, tandis que des milliers d?autres auraient été arrêtées[77].
Le 29 avril, les Tibétains en exil conteste le bilan de Pékin (18 morts innocents et 400 personnes arrêtés) et avancent le bilan de 203 Tibétains morts, d?un millier de blessés et de 5 175 arrestations[78],[53].
Le 17 avril, selon le Centre tibétain pour les droits de l'homme et la démocratie, une femme tibétaine, de 38 ans, qui a été impliquée dans les manifestations pacifiques les 16 et 17 mars 2008 dans le district de Ngaba, serait morte après avoir été torturée dans une prison chinoise. Après sa libération, l?hôpital gouvernemental, qui pourrait avoir été sous influence des autorités chinoises locales, aurait refusé de l?admettre[79].
Dans une information rendue publique le 18 juin, selon Amnesty International, 1000 Tibétains auraient disparu ou seraient détenus arbitrairement[80],[81],[82],[83].
Le 11 juin, après une compilation exhaustive, le gouvernement tibétain en exil rapporte la mort d'au moins 209 Tibétains tués par les forces chinoises dans les trois provinces traditionnelles de l'Ü-Tsang, de l'Amdo et du Kham entre le 10 mars et le 31 mai 2008. En outre, le nombre de blessé s?élèverait à plus de 1000, celui des personnes emprisonnées à plus de 5972, celui des personnes condamnées serait d?environ 40.[1],[84]
Selon l?écrivain chinois d'origine tibétaine Woeser, de nombreux moines auraient disparu, plus de mille moines seraient enfermés dans le Désert de Gobi (sic) à Golmud, dans le Qinghai, que Woeser qualifie de ?Guantanamo de la Chine?[85]. L?information sur l?emprisonnement d?un millier de moines tibétains à Golmud est également reprise par l?association Étudiants pour un Tibet Libre[86] Une journaliste du Nouvel Obs parle aussi de centaines de Tibétains envoyés au Xinjiang dans « les pires goulags chinois »[87]. L'arrestation des moines remonterait aux alentours du 6 juillet 2008, anniversaire du Dalai Lama[88].
Selon Free Tibet Campaign, deux femmes tibétaines auraient été la cible de tirs de la police chinoise le 9 août 2008 dans la ville de Ngaba, alors qu'elles se rendaient dans un magasin. Elles auraient été emmenées par les militaires chinois dans un hôpital, et on ignorerait ce qu'elles sont devenues.[89]
Le 13 août 2008, lors de sa réception au Sénat, le Dalaï Lama a fait état d'"arrestations arbitraires, d'exécutions sommaires et de tortures à mort et d'un renforcement de la présence militaire chinoise au Tibet" [90]
Selon un article du journal Le Monde, le dalaï-lama, aurait déclaré que l'armée chinoise avait tiré sur la foule dans la région du Kham le 18 août et que « 140 Tibétains auraient été tués, mais ce chiffre demande à être confirmé ».[91] Joint à Dharamsala, Chhime Chhoekyapa, secrétaire du dalaï-lama, confirme l'existence de troubles dans le Kham, mais ne peut préciser ni la date ni le nombre de blessé où de morts.[92] Le Bureau du dalaï-lama a démenti que celui-ci ait dit que 140 personnes avaient été tuées par ce qu' « un témoin fiable » non identifié aurait rapporté être les tirs des forces de sécurité chinoises, déclarant « En réponse à une question du journaliste (...), Sa Sainteté a clairement répondu que nous n'avions pas d'informations précises concernant le nombre de victimes. (...) Sa Sainteté a dit: « Nous avons simplement reçu cette nouvelle, mais sans pouvoir la confirmer. Donc, je ne sais pas », affirme le communiqué. Depuis (...), tous les efforts faits pour communiquer avec la population locale (...) à Kardzé (est du Tibet, province du Sichuan) ont échoué »[93],[94] Le journal a reconnu cette erreur dans l'article où le dalaï-lama avait aussi répété que depuis le début des troubles au Tibet en mars, « des témoins fiables ont pu établir que 400 personnes ont été tuées dans la seule région de Lhassa. Tuées par balles, alors qu'elles manifestaient sans armes. Si l'on considère tout le Tibet, le nombre de victimes est bien sûr plus grand. Dix mille personnes ont été arrêtées. On ne sait pas où elles sont incarcérées ».[95]
Selon des sources tibétaines citées par RFA le 3 septembre, 50 à 80 moines tibétains emprisonnés et torturés dans le Qinghai à Golmud auraient été libérés fin août dans leur région d?origine, le Sichuan. Ces moines affiliés à des monastères de Lhassa étaient suspectés d?y avoir manifesté en mars n?ont pas été autorisés à regagner leurs monastères. Ces moines ainsi que 27 moines du monastère de Kirti et des moines des monastères de Tse et de Gomang à Ngaba, ont été placés en résidence surveillée et subiraient une forme de rééducation politique.[96]
[] Bilan matériel
Le 22 mars, le gouvernement régional du Tibet a confirmé le bilan matériel des émeutes du 14 mars à Lhassa :
« Les émeutes ont eu pour résultat le pillage de magasins, et l?incendie de commerces, de véhicules et de résidences. Des émeutiers ont mis le feu à sept écoles, cinq hôpitaux et 120 résidences. 84 véhicules ont été incendiés et 908 boutiques pillées. Les pertes sont estimées à plus de 244 millions de yuans (environ 34,59 millions de dollars). »[97]
[] Réactions des autorités chinoises
Les autorités chinoises ont répondu en déployant la Police armée populaire le troisième jour des mouvements de protestation[98], et en fermant les monastères. Le Tibet et les zones tibétaines voisines ont été fermés à la presse ; des journalistes, aussi bien étrangers que de Hong Kong, en ont été expulsés[99]. De son côté, le général Yang Deping a affirmé que les troupes de l?Armée populaire de libération n?interviendraient pas[100],[101].
Les autorités chinoises se sont par ailleurs déclarées inquiètes que les manifestations tibétaines puissent inciter les activistes ouïghours de la région autonome voisine du Xinjiang à organiser également des manifestations de rue[102].
Le 11e Panchen Lama désigné par les autorités chinoises mais non reconnu par les Tibétains[103], Gyancain Norbu, a prononcé une déclaration condamnant les troubles : « Les actes des émeutiers ont non seulement nui aux intérêts de la nation et du peuple, mais également violé l?esprit du bouddhisme. Nous sommes résolument opposés à toute activité qui vise à diviser le pays et à saper l?unité ethnique. Nous condamnons fermement le crime d?un petit nombre de gens qui ont brisé les vies et les biens du peuple »[104].
Le chef du gouvernement de la Région autonome du Tibet, Jampa Phuntsok? affirme « Nous n?avons pas ouvert le feu », et accuse la « clique » séparatiste du dalaï-lama d?être responsable de ces troubles[105], il précisera le 17 mars : « Ni port ni usage d?armes destructives par le personnel de sécurité dans les émeutes à Lhassa ».
Zhang Qingli, secrétaire du Comité de la Région autonome du Tibet du Parti communiste chinois, a déclaré le 18 mars : « Actuellement, nous menons une lutte intense de sang et de feu contre la clique du Dalaï Lama, une lutte à mort ». Le premier ministre chinois Wen Jiabao a affirmé le même jour avoir « les preuves » que les émeutes de Lhassa avaient été « fomentées et organisées par la clique du Dalaï Lama » pour « saboter les jeux Olympiques » de Pékin en août[106].
Cependant, selon James Miles sur place, il n?y avait aucun signe d?une activité organisée.[107]
Le Quotidien du Peuple (organe de presse officiel du Comité central du Parti communiste chinois), dans un article du 7 avril sur son site web en français, rapporte que « le département de l?Organisation du Comité central du Parti communiste chinois (PCC) a appelé les membres du Parti et les officiels des régions tibétaines à jouer un rôle actif dans le maintien de la stabilité sociale tout en étant plus fidèles ». Il a notamment « appelé les organes du Parti des régions concernées à renforcer le patriotisme et la conscience morale des membres du Parti et des officiels afin qu?ils restent fidèles lors des tentatives sécessionnistes »[108].
Toujours selon le Quotidien du Peuple, dans un article du 14 avril sur ce même site, « un groupe de travail de formation juridique a été envoyé au monastère de Drepung à Lhassa pour rétablir l?ordre religieux », et « d?autres groupes de travail ont également été envoyés dans d?autres monastères pour maintenir la stabilité sociale, sauvegarder les intérêts fondamentaux du public et assurer l?ordre normal des activités bouddhiques ». Le but de ces « groupes de travail » était de « renforcer la vulgarisation et l?éducation sur le système légal du pays dans les monastères et ils ont obtenu des progrès satisfaisants dans leur travail »[109].
Le 16 avril 2008, un journaliste chinois remarque que « Dans l?état actuel des choses, c?est dans le refus d?une partition du pays et le soutien aux Jeux olympiques de Pékin par des actes réels [ce qui résume la position du dalaï-lama] que se trouve peut-être une amorce de dialogue entre les deux parties. »[110].
Selon Le Monde, qui reprend un article du Quotidien du Tibet du 21 avril, le parti communiste chinois « a lancé une campagne d?éducation politique de deux mois au Tibet pour venir à bout des velléités d?émancipation et de la popularité du dalaï-lama » : cette campagne, qui, selon Le Quotidien du Tibet, « s?appuiera notamment sur des programmes de télévision et des séances de dénonciations collectives », vise à « unifier la pensée, assurer la cohésion des dirigeants et des masses, accentuer la lutte contre le séparatisme et répondre aux complots séparatistes de la clique du dalaï-lama »[111].
Selon une dépêche de Reuters du 29 avril et reprenant l'agence Chine nouvelle, la 12e Samding Dorje Phagmo, choisie comme incarnation de la déesse Vajravarahi à l'âge de cinq ans, supérieure du monastère de Samding et également vice-présidente du Comité permanent du Parlement régional de la RAT, a condamné depuis Pékin les émeutiers : « En voyant à la télévision un tout petit nombre de gens sans scrupules brûlant et fracassant des magasins, des écoles et le bien de la collectivité, brandissant des couteaux et des bâtons pour attaquer de malheureux passants, j'ai ressenti une surprise extrême, un chagrin profond et un ressentiment mêlé d'indignation », a-t-elle déclaré, ajoutant que « Les péchés du dalaï-lama et de ses partisans violaient gravement les enseignements et préceptes fondamentaux du Bouddhisme et nuisaient gravement à l'ordre normal et à la bonne réputation du Bouddhisme tibétain traditionnel »[112].
Au Tibet, selon des sources proches des Tibétains en exil, les religieux seraient systématiquement obligés par les autorités de dénoncer le dalaï-lama[113].
Fin septembre, 6 mois après les troubles au Tibet, Qin Yinzhi (numéro deux du gouvernement de la région autonome du Tibet) et Wang Binyi chef de la police de Lhassa ont été limogés.[114]
[] Réactions du dalaï-lama et du gouvernement tibétain en exil
Le dalaï-lama déclare le 16 mars, lors de sa première intervention publique depuis le début des manifestations, être « très très inquiet » quant à la tournure des événements et qu?il est « de la responsabilité morale de la communauté internationale de rappeler au gouvernement chinois d?être un hôte convenable »[115]. Le lundi 17 mars, le Parlement tibétain en exil avance un bilan estimé à plusieurs centaines de morts depuis le début des manifestations[116] et demande l?attention des Nations unies et de la communauté internationale. Lhassa est placée sous surveillance policière, tout comme les enclaves tibétaines du Sichuan et de Gansu. Le dalaï-lama déclare que « la nation tibétaine fait face à un grave danger. Que la Chine le reconnaisse ou non, il y a un problème »[117].
Le gouvernement tibétain en exil s?est déclaré « hautement préoccupé » par des informations « émanant des trois régions du Tibet et faisant état de personnes tuées au hasard, de blessés et d?arrestations de milliers de Tibétains qui manifestaient pacifiquement contre la politique chinoise ».
En réponse aux accusations chinoises, le dalaï-lama nie toute responsabilité et déclare que ces manifestations ne sont que l?expression d?un « profond ressentiment » des Tibétains à l?égard du pouvoir chinois[17].
Le 18 mars, Tenzin Gyatso, le 14e dalaï-lama a déclaré : « Puisque le Gouvernement chinois m?a accusé d?orchestrer ces manifestations au Tibet, j?appelle à une investigation minutieuse par un organisme respecté, qui doit inclure des représentants chinois, pour examiner ces allégations. Un tel organisme devrait visiter le Tibet, les secteurs tibétains traditionnels hors de la Région autonome du Tibet, et aussi l?Administration tibétaine Centrale ici en Inde. Pour que la communauté internationale, et surtout le plus d?un milliard de Chinois qui n?ont pas accès à une information non censurée, découvrent ce qui s?est vraiment passé au Tibet, ce serait extraordinairement utile que des représentants de la presse internationale entreprennent aussi de telles investigations. »[118]
Il a également répété ce qu?il avait déjà dit à Jonathan Mirsky, journaliste de The Observer en 1987 : si la majorité des Tibétains au Tibet avaient recours à la violence dans leur lutte pour la liberté, il n?aurait pas d?autre option que de démissionner de sa fonction de porte-parole du peuple tibétain[119].
Le 28 mars, le dalaï-lama a lancé un Appel au peuple chinois[120], pour aider à dissiper les malentendus entre Tibétains et Chinois, et pour aider à trouver une solution pacifique et durable au problème du Tibet par le dialogue dans un esprit de compréhension et de conciliation[121].
Le 1er avril 2008, la Chine a intensifié ses accusations contre les partisans du dalaï-lama, les accusant de planifier des attaques-suicides. Le premier ministre du gouvernement tibétain en exil, Samdhong Rinpoche, a réfuté ces allégations, affirmant : « Les exilés tibétains sont totalement engagés dans la non-violence, à 100%. Il n?est pas question d?attentats-suicide. Mais nous redoutons que des Chinois se déguisent en Tibétains et projettent de tels attentats pour faire une mauvaise publicité aux Tibétains »[122].
Le 2 avril, le dalaï-lama a appelé « les dirigeants mondiaux, les parlementaires, les ONG et les populations » à réclamer « un arrêt immédiat de l?actuelle répression » ainsi que « la libération de tous ceux qui ont été arrêtés ou interpellés »[123].
Le 2 avril, dans un entretien sur Radio France Internationale, Dawa Tsering, secrétaire adjoint du Département de l?information et des relations internationales du gouvernement tibétain en exil, répond ainsi à la question « Pourquoi le dalaï-lama n?a-t-il pas condamné les violences commises par les émeutiers ? » :[124]
- « Tout d?abord, je dois préciser que les Tibétains ont été non violents de bout en bout. Dans l?optique tibétaine, la violence nuit à la vie. Dans les vidéos, on voit les émeutiers tibétains battre des Chinois hans, mais ils n?ont fait que les battre, les Chinois hans étaient libres de s?enfuir. Donc il n?y a eu que des gens battus, la vie a été épargnée. Ceux qui ont été tués, l?ont tous été par accident. Dans les vidéos diffusées par le gouvernemnt chinois, on voit clairement que lorsque les Tibétains martèlent leurs portes, les Chinois hans vont tous se cacher à l?étage. Lorsque les Tibétains mettent le feu aux bâtiments, les Chinois hans restent cachés au lieu de s?échapper, si bien que ces Chinois hans sont accidentellement brûlés vifs. Ceux qui ont mis le feu, pour leur part, n?avaient aucune idée du fait qu?il y avait des Chinois hans se cachant à l?étage. Donc non seulement des Chinois hans ont été brûlés vifs mais aussi des Tibétains. Donc tous ces incidents sont de accidents, par des meurtres ».
Le 6 avril, dans une déclaration, le dalaï-lama donne ses recommandations à l?ensemble des Tibétains à l?intérieur du Tibet et en exil. Il y réaffirme sa position politique, notamment pour l?arrêt des répressions chinoises et en faveur de la non-violence[125].
Le 11 avril, en visite au Japon, le dalaï-lama a réitéré son appel pour une enquête internationale sur les répressions sévères de la Chine, qualifiant la version des événements présentée par Pékin de « déformée » [126].
Le 24 avril, le dalaï-lama a déclaré qu?il avait écrit au président chinois Hu Jintao lui demandant d?accepter la visite de ses émissaires pour calmer la situation au Tibet,[127], la lettre adressée le 19 mars est restée sans réponse.[128] A la même date, le Dalai Lama fait appel à tous les Bouddhistes chinois[129]
Le 29 avril, le porte-parole du gouvernement en exil Thubten Samphel réaffirme ce qu?avait déjà exprimé le dalaï-lama lors de son Appel au peuple chinois du 28 mars : « Nous ne sabotons pas les Jeux », mais et il retourne les accusations contre leurs auteurs : « si quelqu?un le fait, c?est la Chine elle-même par ses mesures répressives au Tibet. Nous demandons aux autorités chinoises de permettre à des organisations internationales respectées de découvrir qui est derrière les troubles »[53].
Le 12 mai, le 14e Dalai Lama demande à la Chine et la Communauté internationale d?autoriser la présence de média indépendant au Tibet.[130]
Le 13 août, lors d'une réception au Sénat, devant une quarantaine de parlementaires français, 14e Dalai Lama a fait état d'"arrestations arbitraires, d'exécutions sommaires et de tortures à mort et d'un renforcement de la présence militaire chinoise au Tibet".[131]
[] Dialogue entre le gouvernement chinois et le gouvernement tibétain en exil
Des représentants chinois et tibétains se sont rencontrés à sept reprises entre 2002 et 2007 sans qu?aucune ébauche de solution n?ait été trouvée. Le dimanche 4 mai, pour la première fois depuis 10 mois et depuis les troubles du mois de mars, les deux parties se sont à nouveau retrouvé à Shenzhen dans la province de Canton, pour une entrevue à huis clos. Les deux représentants tibétains étaient Lodi Gyari et Kelsang Gyaltsen, 2 émissaires du dalaï-lama. Du coté chinois, étaient présents Zhu Weiqun et Sithar, hauts responsables du Département du Front uni du Parti communiste. Sithar d?ethnie tibétaine, est un ancien diplomate en Suisse et vétéran des discussions sino-tibétaines. Cette rencontre n?a débouché sur aucune décision concrète, sinon celle de poursuivre les discussions ultérieurement[132].
Les émissaires du Dalaï Lama doivent maintenant s?entretenir avec le Dalaï Lama, et ils feront une conférence de presse par la suite.[133]
[] Manifestations internationales pro-tibétaines et pro-chinoises
Dans le monde, des manifestations rassemblent samedi 15 et dimanche 16 mars des centaines de personnes à New York et dans plusieurs capitales européennes afin de dénoncer la répression de Pékin au Tibet.
[] En Inde
Des centaines de Tibétains en exil en Inde étaient parti le 10 mars de Dharamsala vers la frontière chinoise pour réclamer la liberté au Tibet.[134] Le 13 mars, la police a arrêté une centaine de Tibétains en exil qui marchaient vers le Tibet afin de manifester contre la répression chinoise.[135] Le 15 mars, 44 autres Tibétains prirent le relais de la marche et furent rejoints par les marcheurs relâchés après 14 jours de détention.[136]
[] Au Népal
Le 24 mars 2008, au Népal où vivent 20 000 Tibétains en exil, une manifestation a réuni environ 500 tibétains portant des pancartes "Tibet libre". L?un d?entre eux a déclaré à l?AFP : "Nous allons continuer nos manifestations. Les Chinois ne peuvent pas tuer impunément des Tibétains". Cette manifestation a été violemment réprimée par la police népalaise et 245 personnes ont été arrêtées, entraînant les protestations de l?association Human Rights Watch. [137]
Selon le site créé par des étudiants chinois anti-cnn.com, certains journalistes occidentaux, notamment en Allemagne avec la chaîne N-TV, le journal Bild Zeitung et le site en ligne de la RTL, et aux États-Unis avec le Washingtown Post, ont utilisé ces images en prétendant qu?il s?agissait de répression policière à Lhassa au Tibet.[réf. nécessaire]
[] En France
Le dimanche 16 mars 2008, 500 manifestants, dont des députés et des personnalités se sont rassemblés devant l?Ambassade de Chine à Paris, avenue George V. Un manifestant parvient à escalader le bâtiment et à remplacer le drapeau chinois par un drapeau tibétain, la police utilise lors des gaz lacrymogènes[138], [139].
Le 19 avril, la communauté chinoise et des étudiants chinois en France organisent une manifestation à Paris (7 000 personnes selon les organisateurs[140], 4 000 selon la police et « plusieurs centaines de personnes » selon le Nouvel Observateur). Protestant contre la désinformation des médias occidentaux, ils appellent les gens à soutenir les Jeux Olympiques de Pékin et au dialogue entre les peuples[141]. Arborant des drapeaux de la RPC, de la RC et de la France, ils scandent les slogans « La liberté de la presse, ce n?est pas mentir », « Un peuple, une seule Chine ». Un appel est lancé pour construire un pont et non un mur entre les peuples français et chinois[142],[143]. Selon le magazine Marianne, cette manifestation pro-chinoise aurait été organisée par l?ambassade de Chine[144]. Des manifestations semblables ont également eu lieu à Londres, Berlin et Vienne ainsi qu?à Los Angeles [145].
[] En Chine
Fin avril 2
