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Le colonialisme est l'imposition d'une domination politique et militaire d'un pays sur un autre, dont le but peut être d'accroître la puissance du pays envahisseur. Il est contraire au droit des peuples à disposer d'eux-mêmes.
Si le colonialisme, au sens actuel du terme, remonte pratiquement aux grandes découvertes (1492) et même à l'antiquité (colonies romaines), le mot, lui, ne fait son apparition qu'avec le XXe siècle pour prendre presqu'aussitôt une coloration négative et susciter un autre néologisme l'anticolonialisme. La vague d'émancipation des colonies ? ou décolonisation ? qui débutera avec les années 1960 déclenchera divers scénarios visant à pérenniser la tutelle économique des pays colonisateurs ; cette phase sera stigmatisée sous le nom de néo-colonialisme.
Il faut signaler que nombre d'historiens contestent le bien-fondé de l'approche globale du phénomène colonial induite par l'emploi du terme de "colonialisme". En effet, le phénomène colonial recouvre des réalités extrêmements diverses à propos desquels la généralisation est toujours risquée.
[] Quelques définitions
Le Petit Robert : Doctrine qui vise à légitimer l'occupation d'un territoire ou d'un Etat, sa domination politique et son exploitation économique par un Etat étranger.
Le Petit Larousse : Système politique préconisant la mise en valeur et l'exploitation du territoire dans l'intérêt du pays colonisateur.
Le Dictionnaire historique de la langue française d'Alain Rey note que les mots colonialisme et colonialiste apparaissent respectivement en 1902 et 1903 (chez Charles Péguy). D'abord assez neutres, ils prennent rapidement leur place dans le débat d'idées, comme l'atteste l'apparition du terme anticolonialisme en 1903. Ces différents mots nouveaux sont très liés, note Alain Rey, à impérialisme et impérialiste. Le terme de néo-colonialisme est forgé aux alentours de 1960.
[] Les motivations du colonialisme
[] Motivations économiques
- S'emparer des richesses d'un pays, et assurer l'approvisionnement en matières premières (ex. : Amérique latine, Afrique, Asie du Sud).
- "Coloniser, c'est se mettre en rapport avec des pays neufs, pour profiter des ressources de toute nature de ces pays, les mettre en valeur dans l'intérêt national, et en même temps apporter aux peuplades primitives qui en sont privés les avantages de la culture intellectuelle, sociale, scientifique, morale, artistique, littéraire, commerciale et industrielle, apanage des races supérieures."
- Merignhac, Précis de législation et d'économie coloniales, 1882.
- Garantir des débouchés à l'industrie nationale en cas de surproduction (ex. : Inde).
- "Les colonies sont, pour les pays riches, un placement de capitaux des plus avantageux. Au temps où nous sommes et dans la crise que traversent toutes les industries européennes, la fondation d?une colonie, c?est la création d?un débouché."
- Jules Ferry, Discours devant la Chambre des députés, 29 juillet 1885.
- "Un peuple a besoin de terre pour son activité, de terre pour son alimentation. Aucun peuple n'en a autant besoin que le peuple allemand (...), dont le vieil habitat est devenu dangereusement étroit. Si nous n'acquérons pas bientôt de nouveaux territoires, nous irons inévitablement à une effrayante catastrophe. Que se soit au Brésil, en Sibérie, en Anatolie ou dans le sud de l'Afrique, peu importe, pourvu que nous puissions à nouveau nous mouvoir en toute liberté et fraîche énergie, pourvu que nous puissions à nouveau offrir à nos enfants de la lumière et de l'air d'excellente qualité et quantité abondante."
- Albrecht Wirth, Volkstum und Weltmacht in der Geschichte, 1904.
- Contrôler les routes commerciales (ex. : îles britanniques dans les océans Atlantique ou Indien, Empire portugais).
- Contrôler la traite négrière (ex. : Sao Tomé).
[] Motivations stratégiques
- Assurer la sécurité de la navigation maritime en supprimant un foyer de piraterie (Afrique du Nord).
[] Motivations idéologiques
- "Je répète qu?il y a pour les races supérieures un droit parce qu?il y a un devoir pour elles. Elles ont le droit de civiliser les races inférieures". "Messieurs, dans l?Europe telle qu?elle est faite, dans cette concurrence de tant de rivaux que nous voyons grandir autour de nous, la politique de recueillement ou d?abstention, c?est tout simplement le grand chemin de la décadence"
- Jules Ferry, Discours devant la Chambre des députés, 29 juillet 1885.
- Accomplir une "mission civilisatrice", issue de l'humanisme des lumières ou dans un esprit positiviste (ex. : Afrique, Amérique du Nord).
- "Un pays comme la France, quand il pose le pied sur une terre étrangère et barbare, doit-il se proposer exclusivement pour but l'extension de son commerce et se contenter de ce mobile unique, l'appât du gain ? Cette nation généreuse dont l'opinion régit l'Europe civilisée et dont les idées ont conquis les monde, a reçu de la Providence une plus haute mission, celle de l'émancipation, de l'appel à la lumière et à la liberté des races et des peuples encore esclaves de l'ignorance et du despotisme."
- Francis Garnier, La Cochinchine française en 1864 , E. Dentu éd., 1864, pp. 44-45.
- Etablir la domination d'une race jugée supérieure sur d'autres jugées inférieures (idéologies raciales du XIXe siècle).
- "La question des indigènes doit être résolue uniquement dans le sens de l'évolution naturelle de l'histoire universelle, c'est-à-dire que la moralité supérieure doit avoir le pas sur la civilisation inférieure. L'Etat moderne, en tant que puissance coloniale, commet vis-à-vis de ses sujets le plus grand des crimes, lorsque se laissant hypnotiser et dominer par de confuses idées humanitaires, il épargne aux dépens de ses propres nationaux des races nègres vouées à disparaître."
- Kopsch, Discours au Reichstag. Histoire 3e, Bordas, 1971, p 175.
[] Autres citations
[] Histoire du colonialisme
[] Colonialismes antiques et médiévaux
[] L'Empire romain
[] La Conquête arabe
[] Les États latins du Levant
Les États latins du Levant sont formés au Proche-Orient, lors des croisades chrétiennes, dont la première, suite à l'appel du pape Urbain II, aboutit à la prise de Jérusalem par l'armée de Godefroy de Bouillon en 1099. À leur apogée, ils s'étendent du Sud-Est de la Turquie actuelle à la Palestine, en passant par le littoral syrien et libanais, territoires conquis sur les Turcs Seldjoukides ou les Fatimides. Quatre États, reproduisant le système féodal occidental, sont constitués : le Comté d'Édesse (1098-1144), la Principauté d'Antioche (1098-1258), le Comté de Tripoli (1102-1289) et le Royaume de Jérusalem (1099-1291). Les croisés sont essentiellement français, "provençaux", italiens, allemands et anglais. Certains d'entre eux donnent naissance à des ordres de moines-soldats puissants : Templiers, Hospitaliers, Teutoniques.
Les chrétiens qui s'installent au Levant restent numériquement très faibles. Ce sont surtout des nobles sans terre acquérant des domaines fonciers, ou des marchands installés dans les villes cotières. Les sociétés chrétiennes et musulmanes parviennent à cohabiter pacifiquement dans ces États, et les échanges commerciaux ou culturels se développent. Toutefois, elles restent distinctement séparées, les métissages demeurant rares, et la pression militaire extérieure est constante. Le chef guerrier kurde Saladin chasse les croisés de Jérusalem en 1167, et la dernière ville, Acre, est évacuée en 1291. Entre temps, la Quatrième croisade a été détournée en 1204 par les Vénitiens vers Constantinople, capitale de l'Empire byzantin et des chrétiens orthodoxes. Les croisés fondent de nouveaux États en Grèce et en Asie mineure, ainsi que l'Empire latin de Constantinople, qui résiste à la reconquête byzantine jusqu'en 1261.
Les Croisades (ou la Reconquista espagnole, également dirigée contre le monde musulman) ont aussi été une source d'inspiration lors des mouvements de colonisation européens ultérieurs, notamment dans le Nouveau Monde.
[] Le Drang nach Osten
Le Drang nach Osten ("poussée vers l'Est" en allemand) est un mouvement colonial germanique initié par le saint empereur romain germanique Frédéric II Hohenstaufen dans la première moitié du XIIIe siècle. Il se traduit par un mouvement de colons allemands vers des terres slaves et souvent païennes. L'ordre des chevaliers Teutoniques, crée lors des Croisades, fondateur d'un Etat dans les Pays baltes, est un aspect de ce colonialisme, jusqu'à leur défaite à Tannenberg, en 1410. Évangélisant ces régions païennes avec une extrême brutalité, ces moines-soldats ont permis l'installation de colons allemands dans ce qui deviendra plus tard la Prusse.
Un peuplement germanique s'est répandu plus pacifiquement dans plusieurs régions de l'Europe centrale, par l'installation de paysans, de marchands et d'artisans. Elle se poursuit plus faiblement, jusqu'au XVIIIe siècle, notamment dans le cadre de l'Empire d'Autriche-Hongrie. Les Allemands deviennent majoritaires dans des régions de Tchèquie (Sudètes) ou de Pologne (Silésie, Poméranie). Dans ces deux dernières régions, la politique de germanisation, se traduisant par l'usage obligatoire de la langue allemande et la domination foncière des nobles prussiens (junkers), a été pratiquée au XIXe par le royaume de Prusse, puis le Deuxième Reich. Les Allemands constituent également des communautés importantes en Transylvanie, Hongrie, ex-Yougoslavie ou dans les Pays baltes.
La quasi-totalité de ces populations, dont la présence avait servi de prétexte aux doctrines pangermanistes, a été expulsée à la fin de la Seconde Guerre mondiale.
[] Le colonialisme à l'Époque moderne (XVe-XVIIIesiècles)
[] Les Grandes découvertes : Portugais et Espagnols
Les Grandes découvertes (XVe-XVIe) marquent le début de l?expansion européenne outre-mer et de la domination de l?Occident sur le monde. Plusieurs facteurs ont contribué au moteur initial de cet essor : des avancées technologiques, les expériences accumulées de la navigation sur l?Atlantique, la persistance d?un esprit de croisades, la recherche d?une route menant aux richesses de l?Asie en évitant à la fois le monde musulman et le monopole vénitien sur le commerce des épices, un certain dynamisme démographique, la formation de pouvoirs étatiques forts, ou encore l?émergence d?un modèle capitaliste moderne.
En mai 1493, le pape Alexandre Borgia promulgue la bulle Inter Coetera, modifiée par le traité de Tordesillas, partageant le monde à découvrir entre la Castille (hémisphère Ouest, les Amériques) et le Portugal (hémisphère Est, l'Afrique et l'Asie). Ces arrangements, tout en légitimant les futures conquêtes au nom de la chrétienté, permettaient aussi d'éviter un affrontement direct entre les deux puissances ibériques.
[] L'expansion portugaise
Les explorations portugaises sont initiées par le prince Henri le Navigateur, gouverneur de l'Ordre du Christ (héritier portugais de l'Ordre du Temple), au début du XVe siècle. La recherche de ressources est alors autant une motivation que l'esprit de découverte. Étape par étape, les Portugais contournent le continent africain pour atteindre les Indes, sous-continent aux richesses convoitées, avec lequel les contacts commerciaux terrestres ont été rompus depuis que les Turcs ottoman se sont emparés de Constantinople en 1453. En 1488, le cap de Bonne Espérance est atteint, et en 1499, Vasco de Gama revient de son périple vers les Indes avec une cargaison de poivre.
Entre temps, les Portugais se sont installés dans des archipels atlantiques vierges (Açores, Madère, Cap-Vert). En exploitant ces territoires, ils développent un système économique colonial moderne, avec des cultures exotiques (canne à sucre), le début de la traite négrière européenne (à partir des années 1440), et des investissements capitalistes élevés pour l'époque. Des contacts commerciaux sont établis avec les populations côtières africaines (pour acquérir esclaves, or ou ivoire), et quelques comptoirs sont alors établis, dont le plus important est celui d'Elmina (actuel Ghana), fondé en 1482. Les Portugais considèrent le commerce et la navigation dans ces zones comme leur monopole absolu et répriment violemment les incursions des navires des autres pays européens.
Dans la première moitié du XVIe siècle, les Portugais assurent le contrôle de l'océan Indien, après avoir vaincu les flottes des États musulmans, en établissant une série de comptoir fortifiés, du Mozambique aux Moluques en passant par la Côte de Malabar (Cochin, Goa). Cette expansion est motivée par le commerce très lucratif des épices (poivre, clous de girofle, noix de muscade, cannelle). Au Brésil, découvert officiellement par Pedro Alvares Cabral en 1500, les premiers établissements permanents datent des années 1530. Plusieurs vagues pionnières successives liées à l'exploitation d'une ressource (canne à sucre, or, café, bétail, etc.) accompagnent jusqu'à nos jours l'expansion territoriale. La conquète de l'intérieur du pays est essentiellement le fait d'expéditions des habitants des établissements côtiers (bandeirantes), le plus souvent métis et relativement autonomes vis-à-vis de la métropole.
Le déclin de l'empire colonial portugais est inévitable, compte tenu des limites démographiques (un million d'habitants) et économiques de la métropole par rapport à l'étendue de son empire. De 1580 à 1640, le Portugal est annexé à la couronne d'Espagne, et les Hollandais nouvellement indépendants en profitent pour s'emparer de nombreux comptoirs et colonies portugais. Jusqu'en 1822, le Brésil est la principale colonie d'un Portugal sous influence britannique. Ensuite, les possessions africaines (Angola, Mozambique, Guinée-Bissau) sont développées. Dans les années 1960, la dictature de Salazar tente vainement de les préserver malgré des guerres d'indépendance, qui s'achèvent en 1975, après la Révolution des ?illets.
[] L'expansion espagnole
La première étape de l'expansion espagnole outre-mer a été les îles Canaries. Attribuées lors du
traité d'Alcaçovas contre les Portugais en 1479, elles sont conquises en 1491-1496, entraînant l'extermination du peuple autochtone, les Guanches.
Le royaume de Castille ne s'investit dans l'expansion dans l'océan Atlantique que lorsque la Reconquista contre les musulmans d'Espagne est achevée, après la chute de l'Émirat de Grenade en janvier 1492.
Après un refus du roi du Portugal, le Génois Christophe Colomb arrive à convaincre les Rois catholiques, Isabelle de Castille et Ferdinand d'Aragon, de financer une expédition qui doit permettre d'atteindre les Indes et ses richesses par l'Ouest. En octobre 1492, Colomb atteint l'île de San Salvador (Bahamas), puis fonde le premier établissement colonial du Nouveau Monde à Hispaniola. Au cours de trois autres voyages jusqu'en 1504, Christophe Colomb explore les Antilles et le littoral de l'Amérique centrale, mais c'est à un autre Génois, Amerigo Vespucci qu'est attribuée, en 1507, la découverte d'un nouveau continent, l'Amérique, après trois voyages entre 1499 et 1504.
La conquète du Nouveau Monde par les conquistadors est rapide. En 1511, les Grandes Antilles (Cuba, Hispaniola, Porto Rico) sont conquises. Certaines légendes, notamment celle de l'Eldorado, poussent des aventuriers souvent issus de la petite noblesse castillane pauvre d'Estrémadure, à se risquer dans de périlleuses, lointaines et fréquemment mortelles expéditions.
C'est avec quelques centaines d'hommes qu'Hernán Cortés conquiert le Mexique sur les Aztèques en 1519-1521, et que Francisco Pizarro conquiert le Pérou sur les Incas en 1532-1534. La supériorité technologique et l'audace des Espagnols, ainsi que la démoralisation (à laquelle participent des croyances comme le mythe de Quetzalcoatl) et les divisions des Amérindiens ont permit ces conquêtes exceptionelles.
À partir du Mexique, les Espagnols colonisent les Philippines (années 1560), où ils se heurtent aux limites orientales de l'Empire colonial portugais.
En 1503, les autorités castillanes créent, à Séville, la Casa de Contratación, un organisme chargé de réglementer le trafic entre l'Espagne et les nouvelles colonies. Il est chargé de prélever une taxe correspondant au cinquième du commerce avec le Nouveau Monde (Quinto Real) et de collecter les informations sur les découvertes des explorateurs. En 1524, le Conseil des Indes (Consejo de Indias) est doté du pouvoir d'administration, relayé sur place par onze audiencias (tribunaux), la première ayant été établie à Saint-Domingue en 1511.
Les colons espagnols s'enrichissent avec le système de l'encomienda (droits de seigneurie sur les communautés indiennes). Les grandes propriétés agricoles (latifundia) se développent surtout à partir du XVIIe siècle. Parallèlement, la métropole exploite intensivement les riches gisements d'or (en Colombie) et d'argent (Zacatecas au Mexique, Potosí en Bolivie).
Le coût humain de cette expansion est très lourd. La population amérindienne s'effondre, passant d'environ 80 millions d'habitants au début du XVIe siècle à environ 12 millions cent ans plus tard. Les massacres, le travail forcé, les déportations, la destructuration des sociétés indigènes, et surtout les maladies amenées par les Européens sont responsables de ce désastre.
Les exactions des conquistadors espagnols ont été dénoncée à l'époque par le moine dominicain Bartolomé de Las Casas. En 1550, lors de la Controverse de Valladolid qui l'oppose au théologien Juan Ginés de Sepúlveda, il parvient à imposer l'idée que les Amérindiens ont une âme. Le roi d'Espagne Charles Quint avait par ailleurs commencé à restreindre le système de l'encomienda.
Au XVIIe, les Jésuites établissent des missions ou Reducciones, notamment au Paraguay avec les Guarani, en Bolivie, au Pérou ou au Brésil. Ce sont de véritables petites républiques, dont le but est d'évangéliser les Amérindiens. Pour ce faire, les Jésuites reproduisent l'organisation des villes espagnoles, mais s'adaptent au mode de vie et acceuillent les Amérindiens qui fuient l'esclavage. Leur présence irrite donc fortement les colons, qui à force d'intrigues parviennent à les faire interdire par le pape, l'Espagne et le Portugal dans les années 1750-1760.
La forte baisse démographique des Amérindiens a pour conséquence de priver les colons d'une majeure partie de leur main d'?uvre. Les Espagnols se tournent alors vers la Traite des Noirs, pratiquée par les Portugais.
Malgré les mauvais traitements infligés aux Amérindiens et aux Noirs, l'Amérique latine, y compris le Brésil portugais, devient un exemple unique de société coloniale métissée.
Le déclin de la puissance coloniale espagnole est perceptible dès le début du XVIIe siècle, malgré (ou à cause de) la domination militaire en Europe et le développement de colonies de peuplement. La politique d'accumulation de métaux précieux, aussitôt dépensés pour honorer les dettes envers les fournisseurs et banquiers d'Allemagne (Fugger, Welser) ou d'Italie (banquiers génois), ne favorise pas le développement de la métropole. Celle-ci, non seulement pâtit du manque d'investissement qui se conjugue à une forte inflation, mais a aussi tendance à se dépeupler au bénéfice du Nouveau Monde. Le choix d'une domination à la fois outre-mer et en Europe (contre les protestants, en Italie et aux Pays-Bas) engendre de couteuses dépenses militaires. En 1627, l'Espagne ne peut éviter une banqueroute.
La domination économique de la métropole mécontente les élites créoles (blancs nés dans les colonies). À l'instar de Simón Bolívar, elles s'inspirent de la Révolution française, et profitent de l'occupation de l'Espagne par Napoléon Ier en 1808 pour proclamer l'indépendance des pays d'Amérique latine. Celles-ci interviennent malgré la répression espagnole et après plusieurs affrontements militaires, entre 1811 et 1825.
En 1898, au cours de la guerre hispano-américaine, l'impérialisme des États-Unis agresse l'empire colonial espagnol, qui perd Cuba, Porto Rico et les Philippines.
L'Espagne ne contrôle plus que quelques possessions africaines, dont le Rif marocain, acquis au début du XXe siècle, et conservée au prix de sanglantes luttes anti-guérilla contre Abd el-Krim, en 1921-1926, avec l'aide de troupes françaises commandées par le maréchal Pétain. Le Maroc espagnol est après les Canaries, la première base de l'insurrection franquiste en juillet 1936, et pourvoie des troupes (les Maures, et les troupes coloniales, les Banderas del Tercio ou légion étrangère), dont l'usage se révèle décisif dans la guerre d'Espagne. Cette colonie est retrocédée au Maroc en 1956, mais Ceuta et Melilla restent espagnoles.
En 1975, après la mort de Franco, l'Espagne quitte le Sahara occidental.
[] L'expansion mercantiliste : Anglais, Français et Néerlandais
Entre les XVIe et XVIIIe siècles, la pensée économique mercantiliste se développe en Europe. Cette théorie préconise un enrichissement national grâce au développement du commerce extérieur combiné à un rôle protectionniste de l?Etat qui encourage les exportations.
Allant à l?encontre de l?influence de l?Église catholique qui reprouvait l?enrichissement et les mécanismes inhérents au capitalisme comme le prêt (banalisé par les banquiers italiens et allemands de la Renaissance), les souverains européens ont comme objectif d?accumuler un maximum de métaux précieux (or, argent).
Le mercantilisme s?est décliné en plusieurs variantes selon les pays. Le mercantilisme espagnol (bullionisme) se concentre sur l?accumulation de métaux précieux ; le mercantilisme français (colbertisme) est davantage tourné vers l?industrialisation ; et le mercantilisme anglais ou hollandais (commercialisme) est plus ouvert sur le commerce extérieur.
[] Le colonialisme au XIXe et XXe siècles
[] L'impérialisme occidental
Affiche coloniale du temps de l'empire français |
Affiche coloniale du temps de l'empire français |
Affiche conquête française de l'Afrique |
- Voir aussi l'article sur l'Afrique au XIXe siècle.
[] Autres impérialismes
[] Le colonialisme après la décolonisation
- La Rhodésie du Sud de Ian Smith
Voir l'article Histoire de la Rhodésie du Sud
Voir l'article colonialisme israélien
- Colonisation turque à Chypre
Voir l'article Chypre du Nord
- Les Chinois au Xinjiang et au Tibet
Voir les articles détaillés Xinjiang et Histoire du Tibet
[] Espaces coloniaux
Les dates correspondent au début de la domination coloniale dans l'ensemble ou une partie du territoire, et au départ définitif de la puissance impériale.
- en Amérique
- en Afrique
- en Asie
- divers comptoirs sur les côtes africaines et asiatiques au XVIe : Gorée, Elmina, Mombasa, Socotra, Ormuz, Calicut, Cochin, Colombo, Malacca, Bantam, Amboine, Moluques, etc.
Image:Imperioespanol.png Territoires ayant été à un moment ou à un autre sous contrôle espagnol (en rose, possessions portugaises).
- en Amérique
- en Asie et Océanie
- en Afrique
Entre 1580 et 1640, le Portugal et toutes ses possessions sont intégrés au domaine espagnol.
Image:British Empire Anachronous 4a.PNG Carte des différentes emprises de l'empire britannique.
1. Rose : colonies occupées en 1945
2. Lavande : Dominions
3. Rose entouré lavande : colonies de Dominions
4. Rose foncé : régions perdues en 1920
5. Bleu pâle : régions occupées durant la Seconde Guerre mondiale
6. Violet : Protectorats et États princiers (en Inde)
7. Entouré en violet : Iran (protectorat, 1919-1921)
8. Jaune : régions perdues en 1705 (Angleterre seulement)
9. Rayures : sphère d'influence
10. Bleu : régions occupées de l'Axe défait 1943-1955
- en Amérique
- en Asie
- en Océanie
- en Afrique
- en Europe
- Congo belge (République démocratique du Congo)
- Rwanda
- Burundi
- en Asie
- en Europe
- en Afrique
[] Bilans du colonialisme
[] Bilans démographiques
Le colonialisme a provoqué d'importants mouvements de population, forcés (esclaves noirs dans le Nouveau Monde) ou volontaires (immigration contemporaine vers les anciennes métropoles).
[] Bilans économiques
Les puissances colonisatrices ont pu sécuriser leurs importations de matières premières, ou de produits agricoles, notament durant les guerres.
Toutefois la concomitance du colonialisme et de la croissance économique n?est pas si évidente dans les faits. Les grands empires coloniaux qu?ont été l?Espagne et le Portugal n?ont par exemple pas connu le développement du capitalisme industriel avant le XXe siècle. Au contraire, des nations comme l?Allemagne et le Japon ont su développer un capitalisme efficace bien que ne possédant pratiquement pas de colonies.
Certains historiens ont souligné le rôle pervers des colonies dans le développement économique des métropoles. Ces dernières, constituant des débouchés « faciles », ont joué le rôle de marchés captifs, c?est à dire qu?elles ont découragé l?investissement matériel sur le territoire national en détournant d?importants volumes de capitaux vers l?extérieur.
Il n?est pas absurde de considérer que les efforts de conquête, mais surtout d?aménagement des territoires occupés, ont coûté davantage qu?ils n?ont rapporté aux économies capitalistes d?Europe.
Dans une thèse datée de 1984, Empire colonial et capitalisme français, histoire d?un divorce, Jacques Marseille se demande si l?empire colonial a été un frein ou un moteur pour le développement du capitalisme français. Selon lui, l?importance de l?empire pour le capitalisme français n?a été qu?une apparence statistique. En effet, de grandes compagnies ont su profiter de la crédulité des épargnants pour s?attirer des capitaux qui ne prenaient souvent pas de formes matérielles dans les colonies. Par ailleurs, les produits importés des colonies n?étaient pas, contrairement aux a priori, des produits rares ni des produits dont les prix étaient substantiellement inférieurs aux cours mondiaux. À partir de la crise des années 1930, ce sont les secteurs économiques en déclin qui se sont accaparés les marchés coloniaux, tandis que les secteurs sources d?innovation ne s?y sont en réalité que très rarement intéressés. Il semble ainsi que l?empire n?a pas été la source du progrès économique.
Une prise de conscience de ce phénomène a progressivement renversé l?opinion des élites quant aux bienfaits du colonialisme, tandis que l?opinion publique, pourtant rapidement opposée au colonialisme, pour des raisons morales, conservait l?idée que celui-ci était favorable à la France. Le problème des marchés captifs a d?abord été identifié comme une source de démotivation à l?innovation pour les entreprises nationales, cette dernière n?étant pas nécessaire dans un contexte d?absence de concurrence de la part des pays étrangers. Le résultat serait alors de ce point de vue une perte de compétitivité face aux autres économies avancées. Seul le régime de Vichy a un temps préconisé le développement industriel des colonies, notant que le commerce avec des économies développées était plus profitable que celui avec des pays sous-développés. À la suite de la Seconde Guerre mondiale, les capitalistes ont cédé au « complexe hollandais ». En effet, le constat de la croissance exceptionnelle de l?économie des Pays-Bas suite à l?abandon en 1949 de l?Indonésie troublait la thèse couramment admise sur l?influence économique positive de l?empire.
En effet, sur la période 1945-1960, la France a dépensé deux fois l'aide américaine versée au titre du plan Marshall dans le développement de ses colonies, lorsque cet argent aurait pu servir a développer la métropole. C'est ce qui fera dire à Raymond Triboulet, ministre de la coopération : « Plutôt la Bretagne que le Dahomey ». On se souvient également de la formule du journaliste Raymond Cartier, "Plutôt la Corrèze que le Zambèze" (voir Cartiérisme).
Finalement, la thèse du « pillage » colonial est très largement contestable, et il est notable que le développement récent du capitalisme a exigé au contraire un abandon des colonies, un divorce à l?amiable entre les deux parties. Si un des divorcés en a largement profité, la métropole, le cas du second est plus nuancé. Si certaines anciennes colonies ont su développer un capitalisme efficace suite à leur émancipation, de nombreux pays, d?Afrique notamment, ont de nos jours des revenus par habitants inférieurs à ceux qu?ils avaient avant leur indépendance.
[] Bilans politiques
Le système colonial est associé à l'application d'une domination politique, militaire et économique des anciennes colonies par les puissances européennes ; il a laissé le souvenir d'un système par principe inégalitair