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La retraite, dans le sens social et financier, se caractérise par :
- la cessation d'une activité professionnelle sous certaines conditions (âge, durée d'exercice, etc.)
- le bénéfice d'une pension de vieillesse (appelée souvent elle aussi « retraite »), obtenu à titre gratuit ou contre cotisation. La cotisation a pu être versée en partie, ou la pension de retraite complétée, par un tiers (l'employeur, l'état...), notamment pour tenir compte de situations particulières :
- invalidité
- modification grave du nombre des assurés (mineurs de houille, agriculteurs, etc.)
- éventuellement, possibilité de reprendre une autre activité rémunérée.
La retraite, historiquement rare et courte créée apparemment par Bismarck au XIXe siècle, se généralise au XXe siècle avec l'allongement de la durée de vie. Devenue perspective probable, elle pose des problèmes particuliers du fait de son horizon inhabituellement lointain (plusieurs dizaines d'années) et donc du caractère hautement spéculatif des conditions dans lesquelles elle pourra s'exercer.
[] Principe de gestion
Tous les systèmes organisent un transfert de ressources des actifs d'aujourd'hui vers les inactifs (pensionnés de retraite). Ce transfert peut se régler selon de multiples clefs qui sont généralement combinées :
- le choix personnel : vivre comme Achille ou la cigale proverbiale (bien maintenant, et tant pis pour la vieillesse, si on y arrive), ou comme la fourmi (préparons l'avenir et tant pis pour mon confort actuel).
- le choix collectif (disciplinons les cigales, sinon il faudra les prendre en charge).
- le mode de transfert vers le futur : par la propriété individuelle ou par des « droits sociaux ».
- la référence utilisée : la situation passée des pensionnées (qu'il s'agisse de leur revenu ou de leur activité) ou la situation présente des pensionnées par rapport aux actifs du moment.
- la détermination du montant transféré : en part relative de la richesse disponible, ou en valeur absolue.
[] Types de retraites
Plusieurs grands principes de fonctionnement, qui peuvent être combinés, existent :
- la solidarité familiale : chaque groupe (famille, famille élargie, clan etc.) prend en charge ses retraités et leur assure l'existence.
- la rente : le détenteur d'un capital venant d'une capitalisation ou d'une autre source ne connaît pas son espérance de vie et il sait que ses capacités vont s'amoindrir : cela limite les possibilités de bonne gestion d'un capital. Il peut donc préférer le convertir en rente viagère, ou bien le convertir en actif capable de produire un revenu relativement sûr avec un minimum de gestion (type placement immobilier, obligations d'état, etc.)
- la capitalisation : chaque (futur) retraité épargne pour son propre compte, constituant ainsi un capital. Il le dépensera le moment venu. Il peut gérer lui-même ce capital ou bien le confier à un ou plusieurs professionnels de gestion de patrimoine. Cela suppose des gestionnaires honnêtes et efficaces, et historiquement des scandales et des situations économiques difficiles ont trompé les espoirs et par suite ruiné la confiance dans ce type de système, conduisant à promouvoir un système « social » :
- la répartition : ce sont les cotisations des travailleurs et employeurs actuels qui payent les retraités actuels. Deux présentations existent de ce système.
- La doctrine officielle est celle d'une solidarité élargie, collective et intergénérationnelle, où chaque (futur) retraité prend en charge les retraités du moment (et sera pris en charge lui-même par les cotisants futurs). Dans cette logique, le cotisant d'aujourd'hui n'a aucun droit réel, et le système se fiscalise : les cotisations sont fixées par le niveau d'impôt, on partage le montant entre les retraités selon des clefs complexes.
- Dans l'imaginaire collectif et dans la présentation publicitaire, ce système est plutôt conçu comme une épargne collective, un système de capitalisation mutuel, où le futur retraité acquiert des droits réels sur les futurs cotisants ; les pensions sont fixées par des règles complexes, et on se débrouille pour trouver les ressources financières nécessaires.
- Ces deux doctrines cohabitent, plus ou moins bien selon la souplesse qu'on laisse aux inévitables variations de population et la gestion politique des intérêts contradictoires des pensionnés et des cotisants. En pratique, c'est une variante de la vente pyramidale, avec ses défauts, et le système génère son propre type de scandale, conduisant par contrecoup à réhabiliter les autres systèmes, y compris la capitalisation.
[] Historique des retraites en France
[] Avant 1945
La vie des anciens a longtemps reposé sur la solidarité inter-générationnalle, qui seule leur évitait la misère. Les anciens se rendaient néanmoins souvent utiles par de menus travaux artisanaux. La première profession à avoir obtenu une compensation pour sa période d'inactivité est celle des marins sous Louis XIV. Il a fallu attendre 1853 pour que les fonctionnaires bénéficient d'une retraite minime. Au service de l'État, ce dernier se devait de leur permettre de survivre à leur fin d'activité.
Pour le privé, en revanche, aucun régime n'existait et bien peu en France pensaient qu'il revenait à l'État de se préoccuper de cette question. Néanmoins, le fort développement de l'industrie, l'exode rural, lui faisaient prendre plus d'acuité. Les sociétés de secours mutuel permettaient bien un palliatif, mais encore fallait-il avoir le moyen d'y souscrire. La pression populaire augmentait donc, comme en témoignait la légalisation du syndicalisme et certaines professions finirent par obtenir des droits à la retraite; les mineurs obtinrent en 1894, dans un cadre obligatoire, l?assurance maladie et un régime de retraite, suivis, en 1897, par les travailleurs des arsenaux et de l?armement.
La question sociale rendait plus urgente une solution globale; certains préconisèrent d'imiter le modèle des assurances sociales allemandes instaurées sous Bismarck par trois lois votées en 1883, 1884 et 1889. Toutefois, en s'opposant au libéralisme alors dominant, on voit dans ce projet réformiste un grand pas révolutionnaire vers le socialisme ! C'est pourquoi du projet défendu par Martin Nadaud en 1879-1880 aux réalisations concrètes, il faudra attendre 30 ans.
Et...la loi sur les « retraites ouvrières et paysannes » (ROP) défendues par des membres du Parti Radical comme Léon Bourgeois et Paul Guyiesse. Le projet est vivement et doublement combattu :
- par la droite et le patronat, qui dénoncent des charges inacceptables pour le pays et remettent en cause son principe même accusé d'encourager la paresse.
- et par la CGT. Le principal syndicat, dominé par les idées révolutionnaires (anarchites), veulent alors la destruction de l'État, et non voir son rôle étendu. Qui plus est, elle peut non sans raison y voir une « retraite pour les morts », quand l'âge de la retraite est fixé à 65 ans et que l'espérance de vie est inférieure à 50 ans.
Les ROP finissent néanmoins par toucher 3 millions de personnes, à comparer à 8 millions de salariés et une population de 40 millions de personnes. La Première Guerre mondiale vient bousculer cette mécanique, notamment en raison de l'afflux d'anciens combattants (3 millions en 1930). La guerre a vu l'extension des responsabilités de l'État, plus communément accepté par une large frange de la population. De plus, avec le retour des trois départements d'Alsace-Lorraine Alsace-Moselle, la question se pose de supprimer le modèle bismarckien qui y est en vigueur ou de l'étendre au reste du pays; dans le cas des retraites, c'est cette solution qui est retenue, la France étant le dernier pays européen à ne pas avoir d'assurance sociale générale.
Les querelles sur la mise en ouvre de ce principe devront attendre... 1930 tant le débat est âpre pour savoir qui de l?État, des syndicats, du patronat, de la Mutualité doit gérer ce système. Un compromis est trouvé avec la mise en place d'un système de protection maladie par répartition et un système par capitalisation pour la retraite, qui couvre théoriquement 10 millions de personnes en 1930 et 15 en 1945. C'est en 1941 que le système par capitalisation est remplacé sous Vichy par un régime par répartition, qui fait mauvais ménage avec l'inflation.
[] Après la Libération
Avec les comités d'entreprise et les nationalisations (couplées au nouveau statut de la fonction publique), la Sécurité sociale est l'une des réalisations majeures du pouvoir qui s'appuye sur le programme du Conseil National de la Résistance. Elle adopte le système par répartition, qui permet au système de franchir sans obstacle les années, mais la démographie et la hausse du chômage imposent dès les années 60 de réévaluer les cotisations. Des professions qui avaient choisi de garder des régimes spécifiques rejoignent peu à peu le régime général.
En 1953, une première tentative de regrouper dans le régime général les régimes spéciaux (mineurs...) fait face à une forte contestation qui fait avorter le projet.
La Sécurité sociale est éclatée en quatre branches vers 1966: création de la CNAM, de la CNAV, de la CNAF et de la branche AT-MP (accidents du travail et maladies professionnelles). La vocation de la branche AT/MP est d'aider les acteurs de la vie économique à éviter les risques liés au travail, à tout le moins à atténuer leur gravité ou leur fréquence, et en cas de survenue à indemniser les victimes.
En 1981, François Mitterrand accorde la retraite à 60 ans. De nombreux départs en pré-retraite, notamment dans le secteur des mines et de la métallurgie, sont censés permettre de résorber le chômage, ce qui sera hélas l'échec majeur de la gauche dans les années 1980.
Dans l'été 1993, le gouvernement d'Edouard Balladur prend une ordonnance qui fait passer la durée de cotisation de 37,5 années à 40 ans pour les salariés du privé, instaure une décote de 10% par année manquante, indexe les pensions sur les prix et non plus sur les salaires (ce qui à terme fait baisser le niveau des pensions relativement à l'augmentation du niveau de vie des salariés : les prix augmentent en effet moins vite que les salaires).
En 1995, Alain Juppé échoue de nouveau à rapprocher les régimes spéciaux du régime général. La majorité vote la mise en place de fonds de pension (loi Thomas). La gauche, au pouvoir à partir de 1997, abrogera cette dernière mesure, mais n'entreprendra pas de vraie réforme grâce au répit accordé par une forte croissance économique.
De retour au pouvoir à partir de 2002, la droite élabore par son ministre François Fillon une "réforme" allongeant la durée de cotisations de tous les régimes vers 42 ans, concédant quelques avancées sociales sur les départs anticipés des salariés entrés tôt sur le marché du travail pour obtenir le soutien de la CFDT et casser le front syndical au printemps 2003. La décote est instaurée pour les fonctionnaires et celle ci doit tendre pour tous les salariés à 5%. Une surcote est instaurée (de 3%) par année supplémentaire au dela de la durée de cotisation nécessaire pour obtenir une retraite à taux plein. Le cumul emploi retraite est rendu plus flexible. Le mode d'indexation choisi est l'indexation sur les prix. Les salariés peuvent racheter des trimestres au titre des études, dans la limite de 3 ans (avec un coût relativement important : la DRESS évalue le montant moyen des rachats à 22 000 ?). Un nouveau produit d'épargne populaire est proposé : le PERP.
[] Détail des types et organismes de retraite
[] Les différents scénarios du financement des retraites et mécanismes utilisables
Les propositions des acteurs sociaux
La hausse des cotisations
Le refus de principe d?augmenter les cotisations
La hausse des cotisations est un levier permettant de financer la retraite par répartition. Le gouvernement n?a pas utilisé ce levier. Cette décision est logique pour un gouvernement de tendance libérale. En effet, les cotisations sociales sont une des causes du chômage pour les libéraux. Le gouvernement n?augmente pas les cotisations car cette hausse « mettrait en péril la compétitivité de notre économie, c?est à dire l?emploi » (Fillon). Avec cette position, le gouvernement estime qu?il n?existe pas d?autres alternatives. Cependant, cet argument du poids des charges sociales est discuté par les opposants au projet: L?analyse libérale apparaîtrait comme éloignée de la réalité, du fait de 20 ans d?application de cette doctrine en France par les gouvernements de droite et de gauche pour un bilan peu glorieux selon les opposants. L?analyse libérale du marché du travail s?appuie sur des théories contestées par une partie des chercheurs en économie (voir "Pas de pitié pour les gueux" de Laurent Cordonnier). Les alternatives énoncées par la suite ne s?inscrivent pas dans la logique du gouvernement, elles proposent, à l?inverse de celui-ci, d?augmenter les cotisations pour pouvoir financer les retraites. Elles tendent à proposer l?abrogation de la réforme Balladur, le maintien du niveau des pensions et une durée de cotisation de 37.5 ans,voire de 40 ans pour tous.
Augmenter les cotisations est possible
L?objectif de ce scénario est le maintien d?un taux de remplacement constant c?est à dire que le niveau des retraites évoluerait au même rythme que les salaires. La part des salaires dans la valeur ajoutée est supposée constante. C?est l?augmentation de la productivité qui permet une croissance du pouvoir d?achat. Chaque personne peut recevoir plus de richesses car chaque personne produit plus de richesses. Les retraités ont le droit à une part des richesses créées sans participer à leur production. Si le nombre de retraités augmente plus vite que le nombre de participants à la production alors une partie des gains de productivité est absorbée par cette évolution démographique. Ce phénomène est appelé l?équivalent-productivité et il est estimé à 0.5 point par an (d?après une analyse de 1990 mais toujours pertinente aujourd?hui de Denis Kessler, actuel n°2 du Medef). Concrètement, cela veut dire que des gains de productivité seront absorbés par cette évolution démographique. Les gains de productivité attendus pour les années à venir sont de 1.75%. Si il est retiré de ces gains les 0.5 point dû à l?augmentation du nombre de retraités il reste 1.25%. Or, étant donné que les gains de productivité équivalent aux gains de pouvoir d?achat, le pouvoir d?achat n?augmenterait annuellement à l?avenir « que » de 1,25%, soit une hausse deux fois plus importante que celle observée annuellement lors des vingt dernières années. La progression des salaires directs est certes relativement moins importante mais cette perte de revenus directs est compensée par un niveau de pension supérieur à celui proposé par la réforme Fillon. Ce scénario montre donc qu?il est possible de maintenir un taux de remplacement constant tout en assurant la progression du pouvoir d?achat de tout le monde.
Dans ces conditions, la part du PIB que la société devra consacrer au financement des retraites en 2040 sera de 18.5% contre 12.5% actuellement. Il faut donc une hausse de 6 points de la part du PIB consacrée aux retraites, cette hausse s?effectuant sur 40 ans. Il faut donc, comme le chiffre le COR, une hausse du taux de cotisation de 0.37 point par an pour maintenir le niveau des pensions et la durée de cotisation. Il existe plusieurs possibilités pour financer cette augmentation du taux de cotisation.
Le partage de la valeur ajoutée
Depuis les années 80, l?évolution du partage de la valeur ajoutée (entre salaires et profits) s?est fait en défaveur des salariés. En effet, la part des salaires dans la valeur ajoutée est passée de 72% en 1982 à 64% en 2002 alors que la part des profits est passée de 28% à 36% dans la même période (graphique 2 en annexe). De plus, étant donné que l?évolution est en défaveur des salariés, il faut remarquer que la part perdue par ces salariés n?a pas servi au financement de l?investissement mais a été captée par les revenus financiers (+8 points en 20 ans) (tableau 1 en annexe). Une solution pour financer les retraites consisterait à rééquilibrer le partage de la valeur ajoutée en faveur des salaires. Pour ce faire, il est possible d?augmenter les cotisations patronales pour réduire la part des revenus financiers au profit des salaires. Ce moyen est viable si c?est bien la part des revenus financiers et non pas celle de l?investissement qui diminue ; dans le cas contraire, l?augmentation des cotisations aurait un effet néfaste sur l?économie. Il faut tout de même noter que la hausse des cotisations patronales a un effet négatif sur les salaires réels. L?augmentation des besoins de financement peut donc être financée par un partage de la valeur ajoutée plus favorable aux salaires. Ce partage est le fruit du rapport de force entre les salariés et les détenteurs du capital.
L?élargissement de la base de prélèvement
L?élargissement de la base de prélèvement permet de trouver de nouvelles sources de financement pour les retraites. Il existe plusieurs possibilités pour élargir la base de calcul des cotisations. Il est possible de calculer les cotisations sur une base supérieure à la masse salariale ; l?assiette de calcul pourrait englober une partie des profits, et il serait aussi possible de moduler le niveau des cotisations en fonction de la part des salaires dans la valeur ajoutée de chaque entreprise. Avec cette proposition, il y aurait une incitation pour les entreprises à favoriser l?emploi avec une baisse du taux de cotisation. Cette mesure semble doublement efficace puisqu?elle favorise l?emploi et donc accroît les cotisations. Cependant, cette mesure est critiquable sur le fait que, si les cotisations baissent en fonction de la part des salaires dans la valeur ajoutée alors les entreprises augmenteront la part des salaires jusqu?à ce que les baisses de cotisation compensent l?augmentation de la part des salaires.
Des alternatives sont possibles
On voit donc que des alternatives à la réforme Fillon sont proposées. Ces alternatives ont porté sur le financement des retraites. Il est possible de jouer sur d?autres facteurs pour assurer un projet différent de celui du gouvernement.
Les leviers de moyen/long terme : un potentiel à mobiliser
L?équation du financement du régime
Le financement des retraites par répartition peut globalement être résumé à l?aide d?une équation relativement simple : R=D où R représente les ressources et D les dépenses.
Ou encore : A X E X (1-c) X S X t =V X p X R
Dans l?équation ci-dessus, A représente la population en âge d?être active, E le taux d?activité, c le taux de chômage, S le taux de salaire moyen, t le taux de cotisation, V le nombre de personnes de plus de 60 ans (ayant suffisamment cotisé pour percevoir des pensions), p le taux de pension moyen et R le revenu moyen des pensionnés.
Analyse de la réforme Fillon
La réforme Fillon a pour objectif de revenir sur le déséquilibre comptable né du vieillissement de la population en augmentant la durée de cotisation. La hausse du nombre de personnes de plus de 60 ans V serait compensée au tiers (à l?horizon 2015) par celle du taux d?activité E (augmentation de ce taux chez les plus de 55 ans) et au deux tiers par celle de (1-c) (baisse du taux de chômage à 5%).
Une autre analyse du projet Fillon peut cependant être élaborée. Le vieillissement de la population serait compensé par une baisse du taux de pension (ou du taux de remplacement) p. Cette vision est celle défendue par les démarches « réformiste », « réformatrice » et « radicale ».
Analyse du scénario « réformiste »
Le scénario réformiste veut entièrement faire reposer l?équilibre du financement du régime sur une hausse du taux de cotisation t .Cette hausse maximale de t a déjà été détaillée précedemment et est chiffrée à 0,37 point par an jusqu?en 2040 avec des gains de pouvoir d?achat plus qu?acceptables.
Désormais, il est possible de réduire cette augmentation maximale du taux de cotisation en jouant sur les autres variables que les optiques « réformatrice » et « radicale » ont tentées de mettre en perspective.
L?objectif de la diminution du ratio de dépendance
Les estimations des différents plans publiés dans les années 90 ont un point en commun :elles sous-estiment complètement le potentiel d?activité que la société peut mobiliser. Elles considèrent en effet comme données toutes les statistiques relatives au rapport futur entre le nombre d?actifs et le nombre de retraités, c?est à dire les statistiques relatives au ratio de dépendance. Autrement dit, les différents rapports sur les retraites prévoient pour 2040 83 retraités pour 100 actifs (contre 44 actuellement) mais ils omettent pour la plupart de signaler que ces statistiques ne sont que des projections : seul le C.O.R. effleure le sujet. L?immigration, le chômage, le taux d?activité des femmes et en dernier recours, l?âge de départ à la retraite sont autant de variables sur lesquelles il est possible de jouer lorsque l?on cherche à augmenter le nombre d?actifs et dans une moindre mesure à diminuer le nombre de retraités. L?âge de départ à la retraite est le levier. privilégié par le gouvernement mais contrairement à celui-ci, Michel Husson le conditionne à une baisse du taux de chômage c essentiellement chez les plus de 55 ans.
Le levier du chômage ne semble pourtant pas être le plus puissant en terme de potentiel d?activité. Le taux d?activité des femmes a été étudié de plus près par Esther Jeffers et Christiane Marty. Les deux membres d?Attac chiffrent en effet à 1,8 million le potentiel d?actifs que représentent les femmes inactives, soit 7% de l?ensemble des actifs prévus pour 2020.Cela permettrait donc une augmentation du taux d?activité E.Or, même un taux de chômage à 3% en 2020 ne permettrait qu?un gain de 6% pour le potentiel d?activité français. De plus, cela permettrait certainement de reconnaître toute l?utilité sociale des activités de ces « inactives » dans le milieu associatif et au sein de l?économie domestique. Accepter des flux d?immigration plus importants serait aussi une possibilité à envisager pour utiliser au maximum le potentiel d?activité français, au travers d?un accroissement de A.
En jouant sur ces quatre variables, il serait donc possible de réduire le ratio de dépendance et de limiter dans le même temps « l?équivalent-productivité » nécessaire au maintien d?un régime par répartition de haut niveau, à 0,35 point au lieu de 0,5.C?est l?estimation (« raisonnable » pour ses auteurs) que font Pierre Khalfa et Pierre-Yves Chanu des bienfaits que la France pourrait tirer de ce potentiel d?activité. La hausse des cotisations serait ainsi moins « douloureuse ».
Le levier de la croissance
Il faut d?emblée signaler que les gains de productivité annuels estimés à environ 1,75% pour les quarante prochaines années en France, ne sont pas a priori synonymes d?une démarche productiviste excessive. Cependant, une croissance plus rapide du P.I.B. ou de la productivité permettrait de faciliter encore plus les ajustements nécessaires au financement du régime par répartition. Le rapport Teulade s?était intéressé au taux de croissance moyen qui aurait permis à la part dévolue aux retraites dans le revenu national de rester stable :ce taux de croissance était alors estimé à 3,5%. La France dans ce scénario connaîtrait une croissance comparable à celle des « 30 Glorieuses », elle devrait recourir alors à des flux d?immigration importants et surtout à la création d?au moins 15 million d?emplois.
« Le scénario Teulade » est considéré comme invraissemblable, que ce soit de la part des contributeurs à la loi Fillon ou des opposants, mais un développement relativement rapide de l?économie française semble l?être un peu moins?
Taxer le capital ?
Certains tenants du scénario « réformateur » ont cherché à trouver de nouvelles sources de financement au travers d?une taxation sur les revenus financiers. Ce scénario paraîtrait légitime pour ceux pointent du doigt les modifications qu?a connues le partage de la valeur ajoutée au cours des trente dernières années.
Cette mesure n?est pas pour autant exempte de critiques. Elle soumettrait en effet les ressources de la protection sociale à l?activité de la sphère financière. Or, cette activité financière qui est allée crescendo depuis 25 ans s?est faite au dépens des salaires et voilà pourquoi les tenants des scénarios « radical » et « réformiste » sont très sceptiques vis à vis de cette idée. Ainsi, selon nombre de « radicaux », le meilleur moyen de réduire les revenus financiers à leur portion la plus congrue, est de pousser les salaires vers le haut. De même, mettre en place cette taxation comme moyen de financement des retraites revient à insérer dans le régime par répartition une partie de la volatilité financière ; un moyen apparemment peu sûr lorsque l?on cherche à garantir l?équilibre financier du système. Les « radicaux » ne sont pas forcément contre cette taxation mais ils la voient plus comme un impôt destiné au financement du budget de l?État.
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La réforme Fillon fait apparaître la question du choix de société dans la question du financement
Dans quelques années, le financement du régime de retraite et par là même la répartition, risquent d?être à nouveau mise en question. Or, même si les alternatives « réformiste », « réformatrice » et « radicale » ont le mérite d?élaborer des pistes de réflexion pour le financement d?un système par répartition de haut niveau, le choix à faire reste entier. En effet, la question n?est pas de savoir si un régime par répartition de haut niveau peut toujours être financé, mais plutôt de savoir si la société française veut financer ce type de régime. Il faut se demander si les citoyens français ont envie de mobiliser une part plus importante de leur revenu pour faire perdurer un régime par répartition de bonne qualité. La question mérite d?être posée au regard du projet gouvernemental et du relais dont il a bénéficié auprès de certaines organisations syndicales mais aussi dans les médias. Ainsi, si l?on choisit de ne pas se donner les moyens de faire perdurer un régime de retraite par répartition de haut niveau, ce choix sera avant tout politique et il sera inutile de se « cacher » derrière d?obscures données démographiques. Les citoyens français ont donc tout à fait le droit de rompre avec la logique à l??uvre depuis 1945 et qui a dénoté une réelle volonté de réduire la pauvreté chez les personnes âgées et de rapprocher leur niveau de vie de celui des actifs. Il est tout à fait possible de fragiliser l?utopie selon laquelle, à la fin de sa vie, tout citoyen a le droit de sortir de la sphère du salariat tout en recevant tout de même un revenu décent. De même, la dimension politique des choix de financement fait parti du thème des retraites et de la réforme Fillon. Ainsi, le retour à l?équilibre du régime pourrait comme il a été présenté précédemment, se faire à l?aide d?une augmentation des flux d?immigration ou du taux d?activité des femmes, à l?aide d?une baisse du taux de chômage ou encore au travers d?un recul de l?âge de départ à la retraite. Or, agir uniquement sur la durée de cotisation reviendrait pour une partie des acteurs sociaux par exemple, à repousser à plus tard le véritable problème que rencontrent les femmes dans le domaine de l?emploi. Tout comme la baisse du chômage ou le recours à l?immigration, une hausse du taux d?activité des femmes vers celui des hommes aurait des conséquences sociales non négligeables qui pourrait être synonyme de progrès
[] Bibliographie
- Bernard Friot "Puissances du salariat"
- Henry Sterdyniak, Gaël Dupont "Quel avenir pour nos retraites?"
[] Voir aussi
[] Liens externes
Articles d'opinion du mouvement ATTAC :
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La source est wikipedia http://fr.wikipedia.org/wiki/retraite (sociale)